Tabou
Il y a de nombreux tabou en Uruwa. Toutes les catégories de tabou y sont représentées : ainsi il y a des tabou de chefs, des tabou de sorciers, des tabou sexuels, des tabou prémiciels, des tabou sacrificiels, etc.
Il suffit de parcourir les numéros de cette étude se rapportant à ces catégories de phénomènes pour en apercevoir des exemples nombreux et décisifs.
En voici quelques-uns à titre de rappel.
Le chef de sang sacré doit manger seul. Si quelqu'un d'autre que la femme spéciale préposée au service et le kamona voyait manger le chef, un malheur arriverait. (Voir no 24.)
Si le chef perd son Pungwe ou son Kyanda, un grand malheur est à craindre pour les siens. (Voir n^ 103, 3, k, 1.)
Dans la cérémonie d'initiation du Kutamba-Bulungu, lorsque le chef débande les yeux de l'aspirant, il lui dit : « Vois-tu ceci? C'est Kalombo. Si jamais tu révélais aux étrangers son nom sacré, tu mourrais sur le champ d'une pneumonie ». (Voir n^ 119.)
Si les femmes mangent du cochon, leur corps se couvrira de pustules et leurs enfants naîtront difformes. (Voir no 25.)
Si les Baluba mangeaient du hérisson, ils mourraient. Etc. (Voir no 25.)
Baluba. Congo, D, a, 104.
Pour les tabou prémiciels, voir 103, pour la chasse notamment.
On ne peut s'adonner à la culture le lendemain de la nouvelle lune. (Voir n^ 51.)
Défense de contracter mariage avec une personne apparentée du côté de la mère, à quelque degré que ce soit. (Voir n^ 82.)
Le mari ne peut assister à l'accouchement de la femme. (Voir n^ 66.)
Sans doute, l'examen attentif en ferait découvrir bien d'autres.
P. Colle.
BALUBA
(Congo.)
D. — Vie religieuse.
a) Idées religieuses et philosophiques 105. Totémisme.
Le serpent Mamba est craint et redouté, tous en parlent avec respect. Est-ce l'animal totémique de la tribu? Je serai tenté de le croire. Des recherches ultérieures s'imposent sur ce point.
Ce serpent est gros, 6 centimètres de diamètre, et long de 2 m, 70 à 3 mètres.
Moins heureux que mes confrères, je ne l'ai jamais vu; cependant, j'ai observé des traces de son passage sur le sable et dans l'herbe.
Les dents de ce serpent sont utilisées avec vénération dans certaines préparations magiques. Le sorcier les mélange à de la poudre rouge, à des ossements humains. Le tout est mis dans de petits sachets d'écorce de ficus, matière qui sert aussi à la confection de l'amadou indigène. (Voir n^ 2L) Dans les croyances communes, si le sachet en question est placé dans un objet, celui qui le reçoit doit mourir peu après en avoir pris possession.
Un jour, je reçus un pareil sachet lié sur un sac de sel; en le voyant, mes gens s'écrièrent avec effroi :
« Père ne prends pas ce paquet, tu vas mourir. »
Curieux, je fais venir l'individu qui m'avait envoyé le sel et lui demande des explications.
« C'est vrai, dit cet homme, que c'est un sachet de Mamba, mais je n'ai pas voulu te l'envoyer ; je le portais
Baluba. Congo, D, a. io5.
à la ceinture; il aura glissé tandis que je ficelais ton sac de sel et ainsi le hasard seul est cause du fait. »
Mes gens n'en crurent rien. A leurs yeux, cet homme inventait une excuse piteuse.
Ces sachets s'obtiennent soit chez le sorcier professionnel, moyennant finances naturellement, soit chez les sorciers de la secte des Bagabo,et aussi chez les Bakazanzi, m'a-t-on assuré.
A propos de serpent, je ferai remarquer ceci :
Qnand un individu a été piqué par un serpent quelconque, le sentier témoin de l'accident est barré et abandonné. On en forme un autre à côté.
Mais revenons à notre serpent Mamba. Serait-il téméraire de prétendre que le serpent Mamba est la personnification ou mieux l'habitat préféré de l'esprit de l'arcen-ciel, si vénéré par les Baluba?
En effet :
L L'arc-en-ciel s'appelle Mwamba Nkongolo.
Mamba est la partie essentielle du nom ; nkongolo, qui signifie courbé, semble être secondaire.
Mwamba peut être devenu maamba par la mutation du préfixe. Mu, mw est le préfixe des êtres raisonnables ; ma préfixe pluriel de la classe noble, amba constitue le radical. Et l'on aurait Mamba par la contraction de aa en a.
2. Quoiqu'il en soit, l'arc-en-ciel est, aux yeux de nos Baluba, un double serpent ; l'un s'unit à l'autre par une traînée lumineuse, aux vives couleurs qui tue tous ceux qu'il touche, sauf les individus nommés Mwamba et Nkongolo. Entendons-nous; si l'un ou l'autre bout de l'arc-en-ciel repose sur une case, l'occupant, à moins qu'il ne porte le nom du génie Mwamba ou Nkongolo,
BALUBA
(Cong^o.)
D, 105 (suite,)
doit mourir. Relation donc entre ces individus et le génie de Tarc-en-ciel et du serpent mamba.
Je signale ces faits aux futurs observateurs, afin d'en dégager l'éventuelle signification totémique.
Ce que je viens de suggérer pour les Baluba qui portent le nom de Mwamba-Nkongolo, pourquoi ne le suggérerais-je pas pour ceux des Baluba qui portent le nom des autres génies : les Nkulu, les Ngoy, les Mwilambwe, les Kibawa, les Mbuyu-Manga, etc.?
C'est encore une question à étudier en Uruwa. Dans l'état actuel de nos connaissances, je n'oserais me prononcer.
Ce qui est certain, c'est que, s'il est vrai que l'exogamie est un caractère essentiel du totémisme, celle-ci ne se rencontre pas pour les Nkulu, les Ngoy, etc. Les porteurs de ces noms, garçons et filles, se marient entre eux.
Si, au contraire, l'exogamie n'est pas un caractère essentiel du totémisme, alors des relations totémiques sui generis peuvent apparaître dans les relations religieuses qui existent entre les individus et les génies dont ils portent le nom. Ce génie, en effet, est leur protecteur ; ils sont persuadés que le génie les préserve du danger et qu'il les fera réussir dans leurs entreprises. Le génie du Ngoy, par exemple, s'incarnant dans le crocodile, entre celui-ci (l'espèce) et les Ngoy s'établissent des relations déterminées, reposant sur des services réciproques.
Baluba. Congo, D, a. io5.
Le numéro 119, relatif aux confréries religieuses, contient l'indication d'un certain nombre de totem, du moins de ce que j'ai cru pouvoir appeler de ce nom.
Les détails donnés permettront à chacun des lecteurs de se faire une idée, aussi approximative que possible, de ces « totem » des confréries baluba.
P. Colle.
BALUBA
(Congo.)
D. — Vie religieuse.
a) Idées religieuses et philosophiques.