‹ Les Baluba (Congo Belge) (volume 2)Chapitre 17 sur 59 · Philosophie · texte numérisé non relu

Philosophie

On a vu, au 105, que le serpent Mamba est vénéré. Il faut ajouter ici que le serpent, aux yeux des peuplades du Tanganika ne meurt pas. Il change seulement de peau. Il est immortel. I! meurt toutefois si on l'écrase complètement.

Je ne puis assurer que cette croyance soit aussi nette chez les Baluba de l'Uruwa; mais je suis porté à croire, d'après des indices nombreux, qu'elle règne parmi eux aussi.

A ce propos, une légende précise a pu être recueillie chez les Baholoholo, nos voisins du nord-ouest.

Au commencement Dieu, le Grand Esprit, avait un jour réuni le premier homme et la première femme; il appela aussi le serpent. Voulant les éprouver, il présente, main fermée, un noyau à la femme et un noyau au serpent. C'est le noyau de la mortalité et de l'immortalité. « Choisissez », dit-il. La femme prend le fruit de la mortalité, le serpent celui de l'immortalité. « Je regrette pour vous, dit Dieu à la femme, que vous ayez choisi la mort tandis le serpent a choisi la vie éternelle ». Et voilà pourquoi, ajoute la légende, les serpents ne meurent pas tandis que les hommes meurent.

Le Muluba ne songe pas à appliquer cette idée de l'immortalité à l'âme humaine.

Baluba. Congo, D, a, ii5.

Ainsi qu'il a été dit, notamment au 109, tant que le cadavre humain garde encore quelque forme apparente, que les os ne sont pas tout à fait réduits en poussière, râme reste pour ainsi dire en relation avec le corps au moyen de Tâme animale.

Voilà, par exemple, pourquoi l'on redoute le regard d'un défunt, au point qu'à peine mort on lui jette un linge sur la face (voir n^ 97).

Quand le corps est absolument réduit en poussière, qu'il n'en reste quasi plus rien, l'âme s'enfonce bien bas chez Kalunga (voir n^ 109).

Là elle continue à exister. Jusques à quand ? C'est ce que le noir ne se demande pas.

Voilà la croyance populaire.

Quand au fatalisme, nos Buluba ne sont pas des fatalistes à la façon des Mahométans.

Il est vrai qu'au Mektoub (c'est écrit) des Musulmans, paraît correspondre l'expression qui revient si souvent sur leurs lèvres : « i Kabezya Mpungu », c'est le Grand Esprit, c'est Dieu. Ce qui signifie : Le Grand Esprit, Dieu, l'a ainsi voulu ; ou bien c'est Dieu qui a fait cela, nous n'y comprenons rien. C'est d'ailleurs par cette même expression qu'ils traduisent les mots « hasard heureux».

Quand ils ont dit : « i Kabezya Mpungu » il n'y a rien à y faire.

En 1899, la petite vérole décimait la population. La seule explication qu'ils nous donnèrent alors était : i Kabezya Mpungu. Et quand la mort enlevait un malade, ils ne disaient pas autre chose.

Mais n'oublions pas que nos Baluba admettent l'intervention des esprits dans les affaires humaines. Ils les craignent et les invoquent. La preuve en a été abondamment fournie dans les numéros qui précèdent. Quant à

5og —

BALUBA

(Congo.)

D, 115 (suite.)

ridée de la fin du monde, je n'en ai pas entendu parler une seule fois. De l'ensemble de leurs croyances, on paraît pouvoir dégager que le monde doit durer un nombre d'années indéfinies, longtemps, longtemps. Ne pressez pas trop les Baluba sur ce sujet, ils vous répondront sans aucun doute. « Katuyukile » nous ne savons pas ; ou encore « i Kabezya Mpungu » ça c'est l'affaire de Dieu. Ce problème ne les intéresse pas, pas plus que l'éternité de l'au delà.

P. Colle.

Baluba. Congo, D, a, ii5.

^ 5ii ~

BALUBA

(Congo.)

D. — Vie religieuse.

a) Idées religieuses et philosophiques

116. — Manifestatio7î de la religion dans les formes diverses de la vie privée et sociale.

Les numéros précédents montrent de nombreuses interventions. On peut dire, d'une manière générale, que la vie privée et sociale de nos Baluba est compénétrée d'esprit religieux, celui-ci étant entendu au sens large.

On a pu s'en rendre compte déjà, les Baluba sont très religieux; je dirais peut-être mieux : superstitieux. L'idée d êtres invisibles les hante. Ils en voient partout : les âmes des morts, les esprits sont censé agir avec eux dans la plupart de leurs actes. Les trépassés méchants, les vivants momentanément désincarnés, les entourent pour nuire. De là l'abondance de devins, de sorciers, de talismans, d'amulettes, de fétiches, de sacrifices, de là aussi l'initiation en masse aux sociétés secrètes dans lesquelles on se procure des talismans préventifs. Le pays d'Uruwa est vraiment pour toutes les peuplades voisines, la terre classique des sorciers.

La grande cérémonie commune est la néoménie. A l'apparition de la lune, tout l'Uruwa danse en son honneur; et plut à Dieu que ces danses fussent toujours exemptes d'immoralité. C'est le jour de repos forcé.

Une autre cérémonie publique est celle qui a lieu à la mort du chef et à l'installation de son successeur.

Toutes les réjouissances publiques importantes, comme

Baluba, Congo, D, a, ii6-

le retour triomphal de la guerre par exemple, sont plus ou moins imprégnées de rites religieux.

En somme, le culte a pénétré la vie sociale comme elle a pénétré la vie privée.

Quand il faut apaiser un esprit, on récite la formule d'incantation, à genoux le plus souvent, ou debout, la figure ou le corps bariolé des couleurs du fétiche (rouge ou blanc) et on formule son vœu en faveur du malade, invitant l'esprit à le laisser tranquille. On verse l'offrande liquide : eau et farine ou un peu de bière, on immole la poule ou la chèvre. Dans certains cas, on laisse couler un peu de sang sur le fétiche, on fait de même avec l'eau mêlée de farine et avec la bière.

S'il s'agit des mânes à apaiser, même opération, sauf la formule. Je crois que l'on se met le plus souvent à genoux accroupis sur les talons, devant la hutte nouvellement dressée. Sur le soir on apporte des charbons ardents si l'esprit est un de ceux qui réclament le feu.

Chaque esprit veut être invoqué par une formule d'incantation qui lui est propre. Tout dévot doit la connaître. Il n'en comprend pas le sens, si tant est qu'elle ait un sens. Plusieurs formules font allusion à des faits attribués aux esprits, faits que je ne connais pas.

Voici vingt formules que j'ai pu recueillir.

Formules d'incantations que l'on récite pour appeler et honorer les fétiches.

Page 1