Musique
Les Baluba ont plusieurs instruments de musique. Ils ont des instruments à percussion, à vent et à corde. a) Instruments à percussion :
1° Le nkumvi ou mulimba, gong ou tambour plat, en forme de trapèze renversé. Il est fait d'une seule pièce de bois évidé. C'est l'instrument qui sert à la plupart des danses et aussi à la téléphonie soit dans le village, soit dehors; il appelle les gens au village, au pombe, à la guerre, etc. C'est l'instrument de la collectivité dans ses relations avec ses membres ou avec les autres collectivités.
20 Le kyondo ou tambour des sorciers. C'est un cylindre de bois dur, évidé, long de 0.50, large de 0.25 environ, muni d'une fente par le haut. Le batteur du sorcier tambourine devant la porte de l'initié au moment 011 celui-ci se revêt de ses oripeaux sacrés et entre « en possession » ; c'est l'heure de l'entrée en relation avec « son génie ».
Ce tambour sert aussi à accompagner le chant des joueurs de kisolo (v. p. 89), afin d'attirer l'assistance des esprits et de procurer de la chance au joueur.
3° Le ngoma ya litiimba, tambour de bois en forme de coupe, recouvert par le haut d'une peau de varan. Il est haut de 50 à 60 centimètres. On le bat avec les mains. L'instrument est, soit posé par terre sur un peu
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de paille, soit serré entre les genoux. Souvent le côté est garni d'une petite peau spéciale, espèce de minuscule mirliton, qui procure une vibration spéciale très appréciée. Ce tambour sert pour les danses ordinaires, à côté du mulimba.
4^ Le ngoma ya mutumbi, semblable au précédent, mais plus petit; il mesure 30 centimètres environ. 11 ne sert qu'aux membres du Buhabo.
5° Le lulibu {pl.malibu), clochette simple, en fer forgé, ressemble pour sa forme à la clochette que l'on pend au cou des vaches.
Le lubembo (p\, membo)y clochette double, comprend deux malibu réunis par le haut, de tonalité différente.
Ces deux instruments servent à la danse, ou bien pour stimuler les gens en vue d'un effort commun. Le plus souvent le lubembo sert à parler à distance, à dire par exemple que le Kalala (conducteur des armées) sort du village ou que le chef y est attendu.
Les bitolo, grelots de fer forgé en forme de noix fendue sur le côté. Ces instruments sont fixés à une lanière et attachés aux jambes ou aux bras des danseurs. Le son cadencé des grelots rythme certaines danses, tout en attirant le regard des spectateurs sur celui qui en est^revêtu.
7^ Les minyange, espèce de hochets, faits d'écorces durcies de fruits dont la chair a été remplacée par des graines. 11 y en a de deux sortes, a) Les petits minyange composés de deux ou trois boules fixées sur une tige de bois qui les traverse par leur axe. Ces boules ne sont autres que des fruits desséchés, gros comme une pomme, à écorce très dure, b) Les grands minyange, courges évidées de leur pulpe, en forme de poires gigantesques, j La surface intérieure est garnie de fortes épines qu'on
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y enfonce de Textérieur. Ces épines ont pour but d'éparpiller à chaque saccade les graines dures qu'on y a introduites.
Les minyange, grands et petits, sont les instruments obligés pour plusieurs sortes de danses, en usage spécialement dans les sociétés secrètes. Ils vont toujours par couple. Le musicien tient par le manche un munyange à chaque main, donne en cadence de petits coups secs qui lancent les graines contre la paroi et produisent un bruit particulier.
8° Le kizanzi, petit piano portatif à lamelles. Sur un rectangle de bois dur, creusé dans le sens de la longueur, mesurant 20 à 25 centimètres sur 15 environ de largeur et 6 ou 7 d'épaisseur, on fixe par un bout des lamelles de fer ou de bois. Toutes donnent un son différent, et sont disposées d'après un ordre qui ne rappelle en rien notre gamme. L'artiste tient l'instrument des deux mains devant la poitrine, mais de manière à avoir les pouces libres. Il fait résonner les lamelles avec le bout des pouces, pendant qu'il fredonne un petit air approprié. Quelquefois on y suspend une écuelle pour faire office de 2"ie caisse de résonnance. L'instrument à une seule caisse s'appelle kizanzi kya masabu; s'il a deux caisses, on le nomme kizanzi kya nonda. Cet instrument de musique est très populaire en Uruwa. On le trouve entre les mains de tout muluba un peu huppé qui aime à charmer ses loisirs en accompagnant son chant de cette « musique » du terroir ;
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Qo Le lilimba (plur. malimba) xylophone primitif, est l'instrument qui sert surtout à honorer les chefs et les visiteurs de distinction. Sur deux traverses on a fixé des planchettes en bois dur, longues 15 à 30 centim., larges de 4 à 6. Sous chaque planchette est une courge creuse, ouverte par le haut ; c'est la caisse de résonnance. L'artiste porte l'instrument suspendu devant lui au moyen d'une corde qui lui passe sur les épaules. De chaque main il tient une tige terminée par une boule de caoutchouc brut dont il bat les planchettes. Souvent un partenaire joue d'un instrument à sons plus graves. Dans ce cas, le 1^^ joueur donne le chant, le 2"ie l'accompagne. Le xylophone à sons clairs s'appelle lilimba lya kubamba ; l'autre se nomme lilimba lya ntembo.
10<^ La cassette en roseaux, espèce de cithare primitive, est une boîte dont le couvercle et le fond sont faits de petites tiges juxtaposées, longues de 25 à 35 centim. Le long des tiges on soulève avec un canif un bout de l'écorce, large d'un à deux millimètres, de telle sorte que les bouts restent adhérer. Sous cette écorce on passe en travers un petit bout de bois ; la corde peut donc vibrer. L'artiste se contente de passer en cadence un bâtonnet sur les tiges et produit ainsi une musique pareille à celle d'une petite crécelle. Souvent on garnit de graines l'intérieur de la boîte pour augmenter l'effet.
Cet instrument se présente parfois sans les petites lamelles. Alors on s'en sert comme d'un tambourin de de basque.
b) Instruments à vent :
lo Le kahulu, sifflet de bois, en forme de tige creuse surmontée d'un croissant. Pour s'en servir on l'adapte à la lèvre inférieure. Il comporte deux sons; ce qui permet de s'en servir pour parler à distance, il est fort employé par les sociétés secrètes.
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2° Le kimpungili, corne trompe, qui sert pour exciter la marche; il comporte lui aussi deux sons, et sert pour la téléphonie. Les noirs l'emploient surtout dans les grandes réunions, à cause de sa portée puissante; on l'entend de très loin.
3° Le musololo, grande flûte en bambou garnie de trois ou quatre trous. Elle émet cinq ou six notes. C'est l'instrument de l'artiste qui pérégrine de village en village pour faire entendre sa virtuosité. Ces spécialistes, d'ailleurs considérés, ne sont pas nombreux en Uruwa ; je n'en ai guère connu que sept ou huit.
40 Les misiba ou flûtes de Pan. (Voir danse des misiba n^ 126.)
c) Instruments à corde :
1^ La mandoline appelée kizanzi. C'est l'instrument des jeunes ; il est d'importation arabe. On en use, comme du piano à lamelles, pour accompagner sa chanson.
2° Le hisuba^ pendant, bien primitif il est vrai, de notre guimbarde. 11 se compose d'un arc de bois oii se trouve fixée une lanière en écorce de roseau; c'est un instrument propre aux femmes. L'artiste qui en joue tient la corde dans la bouche entr'ouvrte et fredonne son refrain. Le chant est nasillard et peu agréable à nos oreilles.
30 Le kyomba kungulume est le correspondant du lusuba pour hommes. L'arc est plus grand que le précédent; il atteint parfois la longueur d'un mètre. Le musicien tient contre la poitrine un bout de l'arc; il pince avec le doigt l'autre côté, au bout duquel est fixée, contre le bois,
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une petite courge ; la main libre sert à manier un bâtonnet au moyen duquel il fait vibrer la corde.
4^ Le njila, arc avec courge pour hommes. Il se joue sans bâtonnet. C'est une variété du précédent.
Les Baluba n'ont pas d'orchestre; ces instruments sont le plus souvent employés chacun à part.
Exception doit être faite, si l'on veut, pour la danse des misiba oii les sons des flûtes de Pan alternent et concordent avec les tambours. (Voir n^ 126.)
La cadence est marquée de diverses manières : par le battement de pieds contre le sol ou des mains l'une contre l'autre, par les grelots des chevilles et des genoux, par les tambours et par d'autres instruments.
Le muluba est, nous l'avons dit, un musicien-né. Il passe la moitié de sa vie à faire de la musique. Non seulement il fait de la musique dans les grandes circonstances de la vie collective, mais il ne se passe guère de soir sans que le son joyeux ne domine le village populeux.
Les meilleurs musiciens se font entendre ; les autres font tapisserie et les enfants s'emplissent d'harmonie, préparant en eux l'éclosion du rythme traditionnel.
Comme instrumentistes proprement dits, les grands flûtistes et les joueurs de xylophones sont les seuls musiciens ambulants.
Il arrive que des « phénomènes » s'exhibent. Un jour, ainsi que je l'ai déjà dit ailleurs, un chanteur qui avait la spécialité d'émettre des sons étranges, en se tapant sur la gorge d'une certaine manière, eut un succès fou dans rUruwa. Les villages se le disputaient. C'était à qui le récompenserait davantage : il se fit une petite fortune. Car il faut vous dire qu'en Uruwa , quand l'artiste ambulant a bien chanté ou joué, les assistants lui font
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des petits dons, qui une pincée de perles, qui un bout de tabac, une flèche, une épingle à cheveux ou un brancelet. Il en est qui poussent la générosité jusqu'à offrir une poule ou une coudée d'étoffe. Les chefs et les grands du village tiennent à honneur de se montrer plus généreux encore.
Savez- vous qu'on applaudit là-bas ceux qui ont plu ? Mais pas avec les battements de mains.
Les femmes marquent leur approbation en criant : « you, you, you... » : son qu'elles émettent en se tapotant la main sur la bouche ; le son ainsi fabriqué est d'autant plus fort et dure d'autant plus longtemps que l'enthousiasme est plus grand.
Les hommes agissent parfois de même, mais il faut qu'ils soient arrivés au comble de l'enthousiasme. Généralement ils manifestent leur approbation par l'une ou l'autre parole ou par la communication à voix haute de leur sentiment les uns aux autres.
P. Colle.
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E. — Vie intellectuelle.
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a) Arts