‹ Les Baluba (Congo Belge) (volume 2)Chapitre 46 sur 59 · Succession · texte numérisé non relu

Succession

Un double principe semble présider aux idées que nos noirs se forment d'une succession. 1^ Les biens qui passent à l'héritier comprennent les personnes, les animaux et les objets laissés par le défunt. Par conséquent l'héritage d'un père de famille se compose de ses femmes, de ses enfants, de ses esclaves, de son bétail, de ses poules, de ses cultures, de ses armes, de ses instruments de travail, de ses menus bibelots, etc.

2° Les biens passent non pas à la lignée directe, ascendante ou descendante, mais à la lignée collatérale. En conséquence, parents et enfants sont exclus de l'héritage proprement dit. On se contente de leur donner un « souvenir » du défunt, c'est-à-dire un des menus objets laissés par lui. C'est le «nfwanfwa». Les personnes susceptibles d'hériter sont donc, par ordre de primauté : 1^ l'aîné des oncles maternels; 2° les autres oncles maternels par ordre; 3^ le frère aîné du défunt ; 4° les autres frères par ordre d'âge; 5^ le neveu, fils aîné de la sœur aînée ; 6^ ses frères utérins ou autres, par ordre de primauté de leurs mères (voir n^ 87 en note).

Il est évident que la polygamie embrouille souvent les cartes; il faut recourir alors à quelque compromis.

Guidés par ces notions préliminaires, il est aisé de se rendre compte de l'ordre observé dans l'héritage.

Baluba. Congo, F, a, i6i.

L'homme marié, à sa mort, laisse tout à son oncle maternel, ou à son frère, ou à son neveu (voir n^ 100). La question des biens de sa femme ne se pose pas. Chaque enfant reçoit, en principe, un souvenir.

La femme mariée laisse ses biens personnels à sa sœur. La raison semble être que, sa personne disparaissant, elle se fait remplacer au foyer par une femme de même sang et aux mêmes affections; ainsi le foyer n'est pas désorganisé. Si elle n'a pas de sœur libre, le mari cherche simplement une autre femme.

Que fait-on de la hutte du mort? Si le défunt est un homme marié, sa hutte est généralement abandonnée ; quelquefois on la livre aux flammes, rarement on la retappe à neuf pour un nouvel occupant. Si la morte est une femme mariée, le mari continue à l'occuper le plus souvent, y introduit même celle qui vient remplacer la défunte à son foyer. Il y a évidemment des exceptions à ces règles.

Voici une coutume assez bizarre. Il arrive fréquemment qu'un ayant-droit soit privé de la part qui lui revient. C'est, par exemple, un enfant qui n'a rien reçu des objets laissés par sa mère défunte. Il en ressent une vive tristesse, et se répand en plaintes contre ceux qui l'ont ainsi oublié. Sa mère, dans la tombe, entend la douleur de son enfant; vite elle vient se saisir de lui et lui donner une maladie. Le père, inquiet sur la cause du mal, s'en va consulter le sorcier. Instruit par son fétiche, ce dernier donne alors sa réponse : « ton enfant meurt de « nfwanfwa », sa mère est fâchée de ce qu'on ne lui a rien donné; va vite et donne-lui le fer de santé ». Le père se rend alors près de son enfant, et lui met dans la main, en lui enjoignant de le bien tenir, le fer d'une lance et une hâche, ou une pioche et une agraffe indigène.

BALUBA

(Congo)

F, 16! {suite).

selon que l'enfant est garçon ou fille. Puis il va chercher une poule blanche, ou une petite chèvre et en fait cadeau au malade. La nuit suivante, il vient s'étendre près de son enfant jusqu'au matin, et alors, il sort, s'en va dans la brousse à quelques pas du village et se met à crier : « O toi qui fus mon épouse, abandonne mon enfant, ne le tourmente plus; allons, retourne dans ton pays souterrain ». La défunte entend les cris du père et, contente de ce que son enfant ait reçu quelque chose, elle le laisse en paix. Depuis lors le malade doit guérir ; s'il ne le fait pas, c'est la faute du sorcier; il a trompé.

Au lieu d'une chèvre, le père donne souvent un esclave; celui-ci dort avec le malade, prend le nom de « bukomo » (santé) ou « muhale » (voué) et désormais il est le compagnon et la propriété de l'enfant.

Quand la défunte a quitté son enfant, le père revient, balaie la case de fond en comble, en jette dehors toutes les vieilleries, tout ce qui n'a pas de valeur; et tout le monde est content.

P. Colle.

Baîuba, Congo, F, a, i6i.

BALUBA

(Congo.)

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