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Parenté avec les tribus voisines

Les habitants de l'Uruwa se trouvent placés sous l'autorité d'un certain nombre de familles seigneuriales, dont ils forment pour ainsi dire la clientèle. Les familles Kyombo, Mulongo, Ngoy, Mulenga, Mwenge, Kasanga, Kitentu, etc., forment le groupe que les voisins d'ouest appellent Baluba-hemba, que je décris spécialement. (1)

Ces familles sont toutes plus ou moins apparentées les unes aux autres par les liens d'une commune origine. Découvrir ces liens, n'est pas chose aisée. Mais comment arriver à un tel résultat? Comment faire pénétrer un peu de lumière dans ce fouillis. Un des moyens les plus pratiques pourrait bien être celui de noter soigneusement ce que la tradition a conservé des déplacements successifs des chefs de village et surtout des grands chefs du pays.

Voici tout d'abord la légende que me racontèrent des pagayeurs du Kamelondo, légende que j'ai d'ailleurs retrouvée au Marungu et en Utumbwe.

11 y a fort longtemps, le nommé Kahatwa, fils de Kazali, vint avec ses deux femmes, de loin au-delà du Lomami, s'établir au lac Kisale. Tous trois descendaient de la famille Bwina-Mbayo. Sa femme appelée Ndaï,

(i) Nous groupons sous le nom de Baluba-hemba les groupes Baluba-hemba et Bahemba purs.

Baluèa. Congo, A, 7.

était issue de la branche Bena-luba ou baluba. Elle donna le jour à un fils qu'elle nomma Kongolo, et à deux filles, Bulanda et Keta. Tous avaient le teint rouge. La terre alors était encore molle.

Bulanda se maria à un grand chef venu de l'Est, le nommé Kakenda. Elle en reçut un fils extrêmement intelligent, Kalala Ilunga, qui tua son oncle Kongolo auquel il succéda. Lui-même engendra plusieurs fils : Ilunga-Nsungu, llunga-Kabale,Kibanza. A sa mort ceux-ci se partagèrent le. pays situé entre le Lualaba et le Lomami. Leurs descendants l'occupent encore aujourd'hui.

11 existe une autre légende, que Mwamba, grand chef des Babemba, raconta dans un discours de bienvenue adressé à deux de mes confrères du Nyassa en 1892, discours immédiatement noté par eux : (1)

« Autrefois les Européens et les Baluba vivaient ensemble dans l'Uluba (Uruwa). Ils avaient un père commun, mais leur père les faisait travailler beaucoup. Ses fils alors se fatiguèrent de cette situation. Kitimkulu l'aîné et tous les autres qui étaient tous chefs de village se levèrent pour aller chercher ailleurs une vie plus douce. Les Baluba blancs passèrent la mer et allèrent en Europe oii ils ont eu beaucoup de biens. Pour nous, arrivés sur le bord de la mer nous eûmes peur et le fils de Kitimkulu mourut. Alors nous avons découvert dans les rochers de la mer une vieille femme et nous la priâmes d'enterrer le fils de notre chef. Elle le fit. Nous ne pouvions plus quitter le pays oh était enterré le fils de notre chef. Nous revînmes donc sur nos pas, et lorsque nous fûmes arrivés au pays de l'Ubemba,

(i) Les deux missionnaires étaient venus dans cette partie du Nyassaland, dans le but de créer avec Mwamba les premières relations, qui devaient faciliter rétablissement projeté d'une mission.

BALUBA

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Kitimkulu partagea le pays entre ses frères. Ils tuèrent beaucoup de monde, mais enfin ils se dirent : « Si nous tuons tout le monde, avec qui resterons-nous? » Ils cessèrent alors de tuer et de mutiler les gens qui se réunirent bientôt autour des chefs, et firent le grand peuple des Babemba. »

Ici Mwamba place l'histoire de toutes les provinces et de tous les chefs de l'Ubemba. C'est une longue nomenclature de noms propres d'hommes et de pays qu'il a été impossible aux Pères de retenir.

La légende de Mwamba, comme on le voit, mérite toute notre attention. D'après ce vieux chef d'une grande famille, le peuple tout entier des Baluba s'est porté vers la mer, à une époque indéterminée, puis une partie est revenue en arrière, se fixant définitivement dans l'Ubemba.

11 est intéressant de rapprocher de ces légendes deux noms que le R. P. Vervaecke place à l'origine des Bena-Lulua : je veux dire Muluba et Mufemba. Muluba devient le père des Baluba; Mufemba, le père des Bafemba au Bahemba, (1) branche cadette issue de Muluba. Or il est à remarquer que les Baluba de l'Ouest appellent tous les Baluba situés à l'est de chez eux des Bahemba c.-à-d. gens, descendants de Muhemba. D'oii vient aux habitants de l'est cette appellation ?

(i) Le changement de / en A est très fréquent. Ainsi le mot prononcé Kikofolo à l'ouest du Lualaba, devient Kikoholo à l'est. Cette permutation se I constate dans une foule de mots.

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Peut-être pourrait-on l'expliquer par le fait d'une première séparation.

Les familles issues de Muluba, c'est-à-dire les Baluba dont parle Mwamba, se seraient dirigées vers le nord ou le nord-ouest. A leur retour ils se seraient établis à l'ouest des Baluba restés au pays, et les auraient tous considérés comme descendants du Mufemba.

Peut-être aussi la branche aînée occupait-elle au début des territoires situés à l'ouest de la branche cadette issue dé Mufemba. Vu la tendance des noirs d'une branche aînée à se prévaloir sur ceux d'une branche cadette, les Baluba auraient affecté du dédain pour les Bafemba ou Bahemba. De là, la coutume qu'on retrouve chez les Baluba d'appeler avec une pointe d'ironie Bahemba tous ceux qui habitent à l'Est de chez eux.

De plus ne pourrait-on pas reconnaître dans ces groupes de Baluba que l'on rencontre vers le nordouest, jusque près des monts de cristal les plus anciens envahisseurs. La langue qu'ils parlent semblerait le prouver, puisque les formes grammaticales paraissent d'autant plus archaïques, les éléments du verbe d'autant plus usés, qu'on avance vers ces groupements extrêmes.

Tout cela tend donc à prouver : 1° que le pays primitif des Baluba est situé à l'ouest, loin de leur pays actuel; 2° qu'une première poussée s'est faite vers les lagunes du Kamelondo ; 3^ qu'une poussée s'est faite en même temps, ou plus tard, vers le nord, ou le nord-ouest, jusqu'à la mer; 4^ que tout ce monde est revenu sur ses pas, sauf quelques groupes qui sont restés en route; 5° qu'un groupe nombreux, dirigé par Kitimkulu, est allé s'établir en Ubemba, d'où il a donné naissance aux

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groupes Babemba et Batabwa établis depuis le Nyassa jusqu'au Tanganika: 6^ que les Baluba restés aux Lagunes ont pris l'habitude de désigner sous le nom de Bahemba leurs frères établis à l'est.

Suivons les pérégrinations de nos Baluba, devenus Babemba.

Ces Baluba d'Ubemba ou Baluba-Babemba se sentirent bien vite à l'étroit dans leur nouveau pays ; les émigrations ne purent tarder. Mowa Kakunga Mukulu femme de sang noble, se dirigea vers le nord, et s'arrêta dans une région située entre le Banguelo, le Mwero et le Tanganika, en Itawa. Elle y fonda la royauté des Bazimba. Plus tard, d'autres Babemba émigrèrent vers la même région. En effet à une époque qu'il est bien difficile de déterminer, mais qui est bien antérieure à deux cents ans , les Babemba campés à l'Ouest du lac Nyassa subirent la poussée d'une invasion venue du Sud (1), je veux dire une bande de Zoulous ou Bangoni, bande qui reparut d'ailleurs au début du siècle dernier jusque sur les deux rives du Tanganika. Ces Babemba ainsi bousculés pénétrèrent en grand nombre dans le pays d'Itawa. Ils vinrent se buter contre leurs frères de race, les Batabwa, ou plus exactement, les Babemba d'Itawa, sous l'autorité de la famille Bazimba. Le chef de cette

(i) Le fait est indiqué par un travail de Mgr Lechaptois sur l' ethnographie des peuples situés sur la rive allemande du Tanganika.

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famille était alors le nommé Nsama, petit-fils ou au moins descendant de Mowa Kakunga Mukulu.

Des renseignements qui précèdent, nous pouvons déjà conclure que les Babemba du Nyassa, et ceux d'itawa ou Batabwa, ont avec les Baluba des liens d'une commune origine.

Un jour, le chef Kasanga, apparenté à Nsama, alors chef de la famille Bazimba, mis à court de terrains par les nouvelles immigrations de Babemba, quitta le pays avec tout son monde et vint établir ses pénates au bord sud-est du Tanganika.

Cette famille Kasanga est reconnue comme la plus ancienne, celle qui descend de la branche aînée des Babemba. Elle est originaire de chez Tanga, au Muovwe, dans ritawa. Le mariage d'un de ses chefs nommé Mango (fils de Kaobo et d'une femme de la famille Bwanza, branche aînée des Kasanga) avec une fille de \ Nsama, occasionna la fusion des bakasanga aux bazimba, en sorte que ses descendants ont dans les veines du sang de bakasanga et de bazimba. La famille Bwanza dont faisait partie la mère de Mango est une ancienne branche de bakasanga, établie au Kabwire (Lukumbi).

Voici comment un chef de village du plateau de Kirungu raconta l'histoire (1) : La famille Kasanga, vint jadis s'établir au pays de Masanza. A cette époque, ce pays était probablement désert. Là les membres de cette famille ne tardèrent pas à se multiplier, et remplirent bientôt toute la contrée (2). Plusieurs d'entre

(1) Je traduis presque littéralement les paroles de mon narrateur, nommé Mwembezi. Fils d'un père Mubwire, et d'une mère Mutabwa, descendant de la famille Kasanga, il est des plus autorisés pour en parler.

(2) Cela signifie que les membres de la famille seigneuriale étaient si nombreux qu'il devenait difficile de leur trouver un bout de territoire.

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eux s'en allèrent. Les uns gravirent les hauts plateaux du Marungu, les autres allèrent le long du Tanganika. Parmi ces derniers se trouvaient deux jeunes Batabwa, un frère et sa sœur. Ils s'arrêtèrent avec leur suite sur les bords du marais Lunga, non loin du cap Zongwe. lis trouvèrent là quelques personnes, peu nombreuses d'ailleurs.

Ces personnes étaient de leur parenté, et l'une d'elles n'était autre que leur plus jeune frère. La sœur ayant des plaies, le frère aîné lui dit : « Toi, ma sœur, reste ici, que j'aille à Masanza chercher les objets que nous y avons laissés ». Et il partit. A son retour, voilà qu'il trouve sa sœur mariée et son mari était son propre frère cadet. L'aîné alors dit : « le pays est-il si restreint que le frère soit obligé d'épouser la sœur? » Et la guerre commença. Enfin, ils déposèrent les armes ; mais la famille Kasanga s'était divisée en plusieurs branches. Celle du marais Lunga fut nommée Luluvya, c'est-à-dire qui a perdu ; une autre branche s'appela Bakwakilunga ; celle-ci s'en alla sur les plateaux du Marungu; il y eut encore les bakwakisanza, les bakwamanda et les bapemba. La branche principale (celle sans doute du frère aîné) s'appelait bakalanga ; celle-là conserva le nom d'origine bakasanga. Elle vint s'établir plus au nord dans le pays, le long duquel coule le Tanganika, pays désigné sous le nom d'Utumbwe, et qui allant du Mrumbi jusqu'à Rutuku couvre les hauts plateaux du Marungu

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jusqu'à rUruwa et le Buoloolo. C'est pourquoi les Bakasanga établis dans l'Utumbwe sont appelés Batumbwe, alors que ces mêmes Bakasanga qui se sont fixés sur les monts Marungu sont désignés sous le nom de Bena Marungu (1). Leur langue à tous est le Kitabwa qui a seulement varié un peu d'un pays à l'autre. C'est dans ce pays d'Utumbwe que sont nés Lusinga et Tumbwe son frère cadet, devenus chefs des deux grandes familles. Tel est le récit de Mwembezi.

Comme on le voit, une partie des descendants de Kasanga allèrent' au Marungu. Tout près de là, au sudouest, sur la Lufunzu, se trouvait déjà une autre branche venue d'Itawa, et descendant elle aussi de Kasanga, je veux dire les Bwanza de chez Kizabi ; leur pays s'appelle Kabwire. Ils se disent plus anciens que les autres Batabwa. Et sont-ils en dispute ou en discussion avec ces derniers, ils ne manquent pas de le leur rappeler par ces mots : « Tais-toi, je suis mubwire, je suis plus vieux que toi », ce qui signifie « j'ai droit à ton respect, puisque je descends d'une branche plus ancienne ».

Que devinrent les Luluvya, les Bakwakilunga et les autres dont il a été question? Je n'ai pas eu l'occasion de prendre sur elles des renseignements. Je pense que toutes sont à compter parmi les Bena-Marungu. Quant à la branche principale, celle que les noirs continuent à appeler « Mukulu wa Babemba » la grande des Babemba, c'est-à-dire des Babemba issus d'Itawa, la famille bakalanga ou bakasanga proprement dite, voici quelques autres détails à son sujet. Je les tiens d'un vieillard plus qu'octogénaire, Kiwele, chef d'un village situé au pied du mont Murumbi, arrière-petit-neveu du

(i) C'est ainsi que nous disons aussi : les Bourbons de France, d'Espagne, de Naples.

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chef envahisseur; ce qui fait remonter Tinvasion approximativement vers Tan 1800.

L'aîné Lusinga dominait sur les monts Mugila auMaumbwe; il avait établi son village aux environs de la source de la Nyemba, affluent de la Lukuga. Tumbwe son frère cadet s'établit entre Lusinga et le lac, tout près des sources salines d'Usongo.

L'aîné eut la fortune moins favorable que son cadet. En effet, un de ses descendants, Lwenge, fut battu par les guerriers de Kyenga, vers la fin du dix-huitième siècle.

« Un chef de l'Itawa, appelé Kyenga, de la branche Manda de la famille des Bazimba, venait de faire la guerre avec Kazembe-Malunda (dans la Rhodézie actuelle) et avait été battu. Une des clauses du traité de paix fut que Kazembe recevrait pour femme la nièce de Manda. Celle-ci fut donc enlevée à son mari, un certain Mango. Furieux et impuissant le mari devenu veuf s'expatria. Il partit dans la direction du Nord, à travers les montagnes du Marungu, et s'arrêta dans un pays occupé par la famille des Batumbwe, c.-à-d. aux environs du m.ont Murumbi. Il fut dès l'abord frappé de la fertilité du sol et de la timidité des habitants. C'en fut assez pour le déterminer à retourner dans son pays, et à faire part de sa découverte à ses parents et amis : « J'ai vu, dit-il, un pays où le maïs, l'éleuzine et les haricots poussent en toute saison avec une extrême vigueur. Le gibier y

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abonde comme les herbes de la brousse. Les femmes y sont plus nombreuses que les hommes, et ceux-ci sont peureux comme des femmes. » Ces paroles suffisent pour exciter toutes les convoitises. Kyenga réunit un grand nombre d'hommes, et se met en route pour le pays fortuné. Ses trois frères l'accompagnent. Six jours de marche, et le voilà sur les lieux.

Lwenge le chef de la famille Tumbwe veut s'opposer à l'invasion ; il est culbuté, et chassé jusque dans les montagnes au delà de la rivière Lufuko, le pays actuel des Batumbwe. Kyenga prend possession de toute la région du Murumbi.

Lwenge perdit presque tout son territoire. Une partie de ses gens se réfugièrent chez Tumbwe, ou dans rUruwa, ou même passèrent le lac Tanganika pour aller chercher en Ufipa un peu de paix; les autres, moins nombreux, restèrent avec Lusinga sur le lambeau de territoire que les envahisseurs lui avaient laissé.

Cependant une partie de la population du chef Lwenge, ne tarda pas à rentrer dans ses villages brûlés, et à s'accorder avec les vainqueurs, mais sans trop fusionner. Kyenga étant venu à mourir, il eut pour successeur son neveu Lobe, et après lui Kilengwe, frère de Lobe que les Baluba tuèrent. Son neveu Mukeya lui succéda. (A ce moment mon narrateur était à peine sorti de l'enfance.) Mukeya eut pour successeur Kaombe, enfin Kabunda, chef actuel de la branche Manda, encore actuellement au Mrumbi.

Les descendants de Tumbwe furent plus heureux. Voici d'ailleurs ce que me raconta un vieillard plus qu'octogénaire, l'ancien du pays, le nommé Sinsango. Je me hâte de dire que ses détails, tout en étant justes (je n'ai pas de motif pour croire le contraire,

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puisqu'ils confirment de tous points ce qui m'a été dit de par ailleurs) me paraissent incomplets. « II y eut un chef Tumbwe (1), dit-il, surnommé le bossu, Tumbwe Kaongo, à cause d'une bosse et d'un cou semblable à celui du bœuf. Son père s'appelait Ngolwa, fi!s de Bunga; sa mère Kolo, fille de Mlobe. II était maître de tout le pays et percevait l'impôt de tous (2). De sa mère était né un deuxième fils, appelé Lombo, plus jeune, mais plus puissant que son aîné. Voyant que tout le monde s'empressait de porter l'impôt chez Tumbwe, l'aîné de la famille qui seul y avait droit, il résolut de lui disputer le pouvoir. Tumbwe vaincu s'enfuit vers l'Uruwa, oii il obtint sans peine des guerriers pour l'aider à se venger (3). Lombo l'ayant appris, se mit à trembler. Il dépêcha d'urgence des

(i) Ceci prouve que Tumbwe, tout en étant le cadet de Lusinga, et par conséquent son vassal, d'après la coutume de nos noirs, était déjà à cette époque plus grand et plus puissant que lui. La branche cadette a pris sa place. Voilà pourquoi, sans doute, on appelle celle-ci « Mukulu wa Babemba » la grande, l'aînée des Babemba.

( 2) Il est bon de remarquer que Tumbwe est le nom donné au chef de la famille, au successeur légitime du fondateur. Celui-ci a donc toujours au moins deux noms : le sien propre et celui de chef de famille ; c'est ce dernier qui prévaut habituellement. Il faut dire la même chose de tous les chefs ; et c'est peutêtre là la véritable cause des lacunes que nos noirs ont dans leurs généalogies. L'identité des noms engendre des confusions et des oublis.

(3) Le fait s'explique sans peine ; d'abord par le goût batailleur bien connu des Baluba ou Waruwa ; ensuite et surtout parceque Tumbwe était le suzerain reconnu par les chefs d'Uruwa, les Bakyombo, sortis précédemment de sa parenté. Et ceci est une preuve que mon vieux Sinsango, en parlant de Tumbwe Kaongo ne parle pas de celui qui vint fonder la famille des batumbwe, en d'autres termes, qu'il a oublié une bonne partie de la généalogie.

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hommes en Uruwa pour en ramener son frère aîné et lui exprimer son regret. Alors Lombo repentant lui dit : « Toi Tumbwe, tu es le plus grand, reste maître du pays de Mrumbi (1). Que toutes les choses que tu as reçues de tes vassaux continuent à me passer sous les yeux (c'est-à-dire garde-les pour toi seul) pourvu que tu restes ici tout près ». Par la suite, il se tint en paix, parmi ses parents, puis il déménagea et alla s'établir un peu plus loin, avec les siens. Son vrai frère Mseba fonda les villages au pays actuel de Bondo.

Tumbwe le bossu étant mort, Mseba son frère devint le grand du pays. Ce dernier n'avait plus de frères, mais seulement un neveu, fils de sa sœur, du nom de Tempe. A sa mort Tempe prit sa succession; son règne fut de courte durée. Un autre neveu de Mseba, né d'une sœur plus jeune, le nommé Kitala succéda après Tempe. Kitala mort, Kombe Kasumpya devint grand chef ; c'est lui qui régna le plus longtemps (2). 11 avait un frère et deux neveux, le premier s'appelait Mjenga, les seconds étaient Kombe et Bondo. Mjenga son frère étant mort avant Kasumpya, Kombe plus âgé que Bondo attendit et recueillit la succession. Son neveu et successeur légitime est Mizaëli Kansabala (baptisé par les missionnaires de Mpala) qui a lui-même actuellement trois fils.

Tel est le récit de mon bon vieux Sinsango, récit qui contient sans doute tout ce que la tradition locale a conservé des gestes des chefs Tumbwe.

Pour plus de clarté, je le récapitule en quelques mots. Tumbwe le bossu, neveu des grands chefs Kasanga par

(1) Ces faits se passaient donc avant l'invasion des Bamanda avec Kyenga (dont j'ai parlé p. 53) soit avant l'an 1800. La révolte de Lombo doit avoir eu lieu après que les bakyombo se furent établis en Uruwa (vers la moitié du dix-huitième siècle, et l'invasion de la fin du même siècle.

(2) Kasumpya est mort en 1906, âgé fort probablement d'au moins 85 ans.

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sa mère Kolo et sa grand'mère Mlobe a pour successeur immédiat son frère Mseba, puis ses deux neveux Tempe et Kitala; après ceux-ci son petit neveu Kasumpya, mort en 1906 plus qu'octogénaire, dirige l'Utumbwe, enfin son arrière-petit neveu Kombe, qui aura pour successeur son neveu Mizaëli Kansabala.

La branche Tumbwe ne se contenta pas de son petit territoire. Elle réussit, je ne sais comment, à étendre son pouvoir depuis le lac Tanganika jusqu'au fleuve Lualaba et depuis la Lukuga jusque près de la Lukulu.

Des familles sorties d'elle-même, occupaient le pays en fidèles vassaux. Telles étaient, entre autres, les familles nobles de Mwenge et Mulenga. Un jour cependant, elle se vit disputer son autorité. Des Baluba venus de l'Ouest avaient pénétré dans le pays. Ceci se passait il y a au moins deux cents ans. Un descendant de Ilunga Nsungu, venait de franchir le Lualaba, avec une immense troupe de guerriers. Il eut tôt fait de conquérir toute la région jusqu'aux monts Mugila. Riche de gloire et de butin de guerre, il s'en retourna dans son pays, situé entre les lagunes Pemba et les sources du Lomami. Il laissa sur les lieux quelques petits chefs, entre autres Kitentu et Ngoï. Celui-ci se fixa vers la Luisi, celui-là vers le Balaï. Il y avait alors fort peu de population sédentaire. Les chasseurs nomades au contraire étaient disséminés en assez grand nombre dans les bois qui recouvraient ces régions. De-ci de-là de petits chefs appartenant à la

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famille Tumbwe étaient revenus sur leurs terres; mais ils étaient contraints de payer le tribut de vassalité au conquérant Ilunga-Nsungu. Tels Mwenge et Mulenga. Cependant le grand Tumbwe d'alors songeait à regagner le terrain perdu. Peu confiant en ses propres forces, il eut recours aux qualités diplomatiques d'un de ses neveux. Il envoya donc à l'extrême limite de son ancien royaume, les quatre enfants issus de l'une de ses sœurs nommée Mambwe et de son mari Kabalo. C'étaient les frères Sohola, surnommé Nzazi, « l'éclair » et Kayua, et leurs sœurs Kabwa et Kalunga, qui vinrent se fixer tout près du mont Suya, sur la rive droite du Lualaba. Or un jour Sohola réunit une grande quantité de poules, de chèvres et de vivres de toutes sortes, s'en alla vers Ilunga-Nsungu, tout près du lac Pemba, offrir ces riches présents comme hommage et reconnaissance de sa soumission. Le vieux chef fut tellement enchanté, qu'il confia à Sohola l'administration des vastes domaines situés de l'autre côté du Lualaba (1). Et pour insignes de ses nouveaux pouvoirs il lui remit deux esclaves dont l'un portait un bouclier, l'autre une lance. Revenu dans son pays, Sohola n'eut rien de plus pressé que de chasser Kitentu du Balaï pour s'y établir (2), et de forcer Ngoï à lui payer tribut.

Un autre fait vint encore consolider cette royauté. Sur les bords de la Lukulu demeurait un chef de la famille d'Ilunga-Nsungu, chassé du pays par ce dernier. Mazanza, c'était son nom, avait un vaste territoire et

(1) Sohola, en arrivant chez Ilunga-Nsungu avait arraché des herbes pour s'y asseoir. Les personnes présentes durent trouver le fait étrange, puisqu'ils donnèrent à Sohola le surnom de Kyombo c.-à-d. herbe, qui servit désormais à désigner sa famille.

(2) Il construisit son village près du petit ruisseau Katakwa qui est considéré comme le berceau des Bakyombo.

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beaucoup de sujets. Un jour, sa sœur se trouva sur le point de devenir mère, à la suite d'un adultère commis avec un membre de la famille de Sohola. A la naissance de Fenfant les Bakyombo dirent à Mazanza : « Cet enfant qui vient de naître est de notre race. Puisque tu n'as pas d'autres neveux, ton pouvoir nous revient. 11 n'y aura plus ici que des Bakyombo. » Depuis lors, Mazanza est devenu un tout petit chef.

Bientôt une nouvelle chance s'offrit à Sohola.

Deux chefs Bangoy : Ngoy Makwamba et Ngoy Kampulumpulu, établis au Nord de la Luisi, étant sur le point de se faire la guerre, le premier demanda l'aide de Sohola et triompha de son ennemi.

En retour du service rendu, il lui donna un lambeau de territoire situé au Sud de la Luisi.

Sohola fut donc le premier chef de la famille Kyombo; aussi est-il appelé Mukulu, le grand. Kayua son frère lui succéda.

Cependant la sœur aînée, Kabwa s'était mariée à Lutenga. Elle se fixa près du ruisseau Koya, un peu au nord du village de son frère. Elle y donna le jour à un garçon nommé Kyombo Kyesa, et à deux filles. Ayant donné un héritier à ses frères et assuré la transmission du sang royal par une descendance féminine on l'appela « Mukulu » la cofondatrice, la mère de la famille. La branche aînée est désignée sous le titre de « Kihona kya Sohola », le siège, le trône de Sohola.

Baluba. Congo, A, 7.

Malheureusement, celle-ci est sur le point de s'éteindre. L'arrière-petite fille de Kabwa Mambwe Mukulu n'ayant donné le jour qu'à des garçons, à la mort de ceux-ci le pouvoir du chef de famille passera à la branche cadette issue de Kalunga, jusqu'à ce qu'il revienne aux descendants de son fils aîné, Kyombo Kyesa, comme je le dirai tantôt.

Kalunga, sœur cadette de Kabwa se maria à son tour, et alla habiter un peu au Sud, au Mont Kivwele, près de la Nyemba, affluent de la Luaiaba. Elle y donna le jour à Kabwiba Nsumba qui devint le premier chef de la branche cadette, et à une fille Ngoya, laquelle en devenant plus tard mère de deux filles et d'un garçon, acquit le titre de « grande » ou mère de la branche cadette.

L'aînée des deux sœurs, appelée Ngoya comme sa mère eut de ses maris Musongela et Matumbu, un garçon et deux filles.

L'aînée de ces dernières s'appelait Kabwa. Elle eut huit enfants, issus de trois lits. Son benjamin, le fruit de sa vieillesse, fut Kyembela, ou Kyombo Mbayo (2).

C'est près de son village qu'a été établie la mission de Lukulu Sacré-Cœur.

Kyembela n'ayant plus ni frères, ni neveux issus de sœurs, ses successeurs immédiats seront des cousins issus de cousines germaines, Juba et Kabanga ; et après eux son petit-neveu Kabwe, petit-fils de sa sœur aînée. Ses nièces Kasongo et Pande étant trop vieilles pour avoir d'autres enfants, et ses petites-nièces étant décé-

(1) On voit que les noirs considèrent comme mère fondatrice d'une famille, non pas la mère, mais la plus âgée des soeurs de son premier chef.

(2) Kyembela est son nom de naissance ; Kyombo, son nom en tant que chef de la branche cadette; Mbayo, son nom en tant que successeur de Mbayo. Tout ehef peut avoir trois noms au moins.

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dées, le bulohwe ou pouvoir sacré, ou sang royal, passe ailleurs.

Le pouvoir ne pouvant plus se transmettre dans la branche cadette, il revient à la descendance du fils aîné de la fondatrice. C'est là en effet qu'on a le plus de chance de trouver le vrai sang de Mambwe leur ancêtre commun.

Voici d'ailleurs le tableau généalogique desbakyombo, tel que je l'ai obtenu après de très nombreuses interrogations auprès des anciens de la tribu :

Balubu., Cong-o A, 7.

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Résumons en quelques mots la poussée des Babemba d'Itawa.

Un premier groupe se dirige vers le Nord, et s'établit à la Lukumbi en Kabwire ; c'est le groupe Bwanza.

Un autre groupe, va s'établir plus tard au Sud du Tanganika; c'est le groupe Kasanga. Il se divise en bakwakisanga, bakwamanda, luluvya, bapemba, bakwakilunga qui tous se dirigent vers l'Ouest ou le Nord- Ouest, dans le Marungu, et en Kalanga, qui conserve le nom Kasanga et réside le long du Tanganika. Ce dernier groupe donne naissance au groupe Lusinga qui ne se développe pas, et au groupe Tumbwe qui envoie ses ramifications : Bamwenge, Bamulenga, etc.. et surtout Bakyombo, dans le pays situé à l'Est du Lualaba. Ce sont les Baluba-hemba proprement dits.

Le groupe Bazimba envoie le long du Tanganika les familles : Manda, Kikongo, Kaputo, Moliro, Zongwe, Kapampa, Katampa, Ndaile, Katele et Rutuku qui envoie à son tour en Usoa vers 1750.

On doit ajouter quelques autres familles dont je n'ai pas eu l'occasion de rechercher l'origine. Ce sont les Bakalumbi, les Bakinsunkulu, les Bakiliba, les Bamuya, les Bamwika. Les premières viennent je crois de l'Est ou Sud-Est, la dernière ou Bamwika vient de l'Ouest, est par conséquent originaire de l'Uluba, sans avoir passé par l'Ubemba et l'Itawa.

Si l'on condense toutes les pages précédentes, on voit que les Baluba, sortis de la famille Bwina-Mbayo, ont dirigé leurs pas d'abord vers l'Est, puis une grande partie est allée vers le Nord-Ouest, est revenue ensuite vers le Sud-Est jusqu'au Nyassa ; de là ils ont essaimé vers le Nord-Ouest, le Tanganika, jusqu'à la Lukuga,

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d'où ils se répandent vers l'Ouest, où ils se trouvent de nouveau en contact avec leurs frères de race après plusieurs siècles de séparation.

Voici quelques autres détails capables d'éclairer encore la question de parenté de nos Baluba-hemba.

Nous voyons une chefîesse quitter les rives occidentales du lac, il y a cinq fois trente ans (comme dit Mgr Lechaptois) passer le Tanganika et s'établir avec les siens en face dans l'Utungwe. La princesse Kiluvya, c'était son nom, issue de la famille Usoa s'unit en mariage à Beja habitant du Kabende. A sa mort, son fils Winamisi ou Lusagalika devint le chef des Wasoa.

Après lui vint son neveu Kapama, qui le premier porta le titre de Mohami (roi), puis le frère de celui-ci, Chagulula.Swima, fils de Kapama, succéda à Chagulula, et après lui Kandjimba son frère. C'est sous son règne que les Wangoni firent irruption dans le pays (1). Les fils de Kapama, Mswangabo et Chata le tuèrent en 1875.

(i) Voici ce que Monseigneur Guillemé , vicaire apostolique du Nyassa , écrivit jadis à propos de ces terribles maraudeurs :

« Les Angoni, venus du S. -G. vers le commencement du siècle dernier furent les principaux envahisseurs de l'Ubemba. Cette tribu qui a donné son nom à la contrée, n'est donc pas a proprement parler un peuple indigène, mais bien une caste supérieure gouvernant un pays conquis par ses ancêtres.

L'histoire de leur invasion, connue d'une manière certaine, raconte qu'une tribu de Zoulous, appelée Angoni, fut conquise par Tchaka potentat d'illustre mémoire dans l'Afrique du Sud. Durant de longues années, ils lui payèrent tribut, tout en restant sous le gouvernement de leurs vieux chefs devenus suzerains du plus fort. Mécontent de la tyrannique autorité du chef Zoulou, ils résolurent de transporter ailleurs leurs pénates. Hommes, femmes et enfants partirent en masse vers le Nord poussant devant eux leurs immenses troupeaux.

Baîuba, Congo, A, 7.

Actuellement le chef de Wasoa d'Utungwe vient recevoir l'investiture ou mieux la reconnaissance officielle de ses pouvoirs chez le chef Rutuku, au nord de rUtumbwe, côté Ouest du Tanganika. Ce chef Rutuku est de descendance Buzimba.

Je pourrais rappeler encore une autre invasion de Bazimba (branche Manda) au début du siècle dernier; la même famille envahit le pays vers 1885 je crois, et vint couvrir de ses villages tout le pays, au milieu des Batabwa. La majeure partie a regagné son pays d'origine; c'est à peine si l'on trouve encore de ci de là un petit village de Babemba.

Enfin les vieux ont encore vu arriver, dans leur jeune temps, les Zoulous (Angoni ou Batûta) mais leur domination ne semble pas avoir laissé un trop mauvais souvenir. Depuis longtemps ils sont repartis vers le Sud, sans doute en même temps que leurs frères établis en face dans l'Ufipa.

La langue des Baluba-hemba est identique dans tout le pays ; elle est parlée par les Baluba proprement dits. Les tribus voisines du Nord et de l'Est : Bahemba,

Ils traversèrent le Zambèze au-dessus de Tate en juin i825, date précise capable de surprendre d'abord, car les histoires d'Afrique n'en donnent ordinairement que d'approximatives, mais certaine cependant, car elle est connue par une éclipse de soleil qui eut lieu le jour même où ils traversèrent le fleuve.

De là ils se dirigèrent vers le Nord, entre le Nyassa, le Bangwelo et le Tanganyika pour entrer dans l'Ufipa qu'ils soumirent et gouvernèrent pendant de longues années. Des divisions survinrent dans la suite, parmi les conquérants de l'Ufipa et l'union fut rompue. Le plus grand nombre d'entre eux quittèrent le pays pour retourner vers l'Orient. Une section soumise à Nombera se fixa dans le Nord Angoniland. Une autre avec Mpeseni pour chef s'établit au centre, une troisième sous la conduite de Chiwere se dirigea vers le Sud où elle occupe actuellement les plateaux du Shire et du Sud-Ouest du Nyassa.

Pendant ces incessantes pérégrinations, les Angonis perdirent leurs troupeaux leur langue et mêmes leurs coutumes. De sorte que maintenant le Zoulou est a peine connu de quelques anciens qui d'ailleurs ne parlent plus cette langue. Ainsi le conquérant a été assimilé par le peuple conquis dans l'espace d'un siècle.

BALUBA

(Congo.)

A, 7 (suite.)

Batumbwe et Batabwa, Babwire et Babemba ont une langue qui ressemble beaucoup à celle des Baluba, comme le français ressemble à l'italien, et le flamand à l'allemand.

P. Colle.

Baluba. Congo, A, 7.

BALUBA

(Cong-o.)

A. — Renseignements géographiques

et ethnographiques généraux.

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