‹ Les BalubaChapitre 20 sur 90 · Jeux · texte numérisé non relu

Jeux

1^ Le jeu préféré des jeunes gens est la balle en caoutchouc ou la balle au vol. Est-il né dans le pays, ou a-t-il été introduit par les Arabisés? Je ne sais. Mais il florissait dans le pays avant Tinstallation de notre mission.

Voici comment ce jeu se pratique.

Supposons vingt joueurs. Il y en a tantôt plus, tantôt moins, mais toujours en nombre pair. Ils se divisent en deux camps : par exemple, 10 contre 10. Les joueurs du camp A se lancent une balle en caoutchouc qui doit rebondir à terre une fois avant d'être reprise; aux joueurs du camp B de l'intercepter. Les camps sont mêlés, le jeu très vif. Celui-ci recommence sans cesse et sans fin. Le jeu de balle se joue avec une vraie furie ; on se bouscule, on se jette à terre, pire encore qu'au rugby de nos pays. Après quelques minutes de ce jeu, le corps ruisselle malgré la pénurie de vêtements.

2° Le jeu de Kisolo.

Le kisolo est, somme toute, un jeu de pile ou face. On le joue avec des coquillages plats, on des morceaux de fer en forme de petits disques dont une face est ornée de dessins plus ou moins artistiques. On en rencontre de magnifiques ornés au compas indigène,

Baluba. Congo, B, a, ig.

— go —

Chaque joueur a les siens. Il en prend cinq, les étale sur la main, la face ornée vers le haut ; puis balançant la main, il entonne un chant tout spécial à ce jeu. Les compagnons l'aident à chanter. A un moment donné il élève la main et prestement la retire de dessous les jetons, qui tombent à terre d'une hauteur de 20 à 30 centimètres. Il ne faut pas qu'un seul se retourne, sinon il est perdu. Il peut recommencer trois fois, quelquefois plus encore.

Les noirs sont très passionnés pour ce jeu.

L'enjeu peut être une aiguille, une pioche, une chèvre, des étoffes, voir même les femmes et les enfants du joueur. Bien plus, ils se jouent eux-mêmes au risque de devenir l'esclave du gagnant.

P. Germain.

30 Jeu de Peta,

C'est un petit jeu très goûté.

Après avoir choisi et nettoyé un emplacement, le plus souvent à l'ombre d'un arbre, on y apporte de la terre glaise bien pétrie. Un artiste dessine sur le sol un rond de 50 à 80 centimètres de diamètre. Dans ce rond il façonne en terre glaise une cuvette légèrement inclinée à fond concave.

On dirait un grand plat un peu penché. La terre est battue et comme elle se crevasse en séchant, on bouche les fentes et l'on rebat une autre fois. Après une semaine le jeu est prêt. Les joueurs au nombre de cinq ou de six se groupent autour du jeu. Chacun est muni d'un fruit nommé « peta », orné vers le milieu de petites pointes de fer pour le rendre plus lourd et plus accrochant.

Un des joueurs se remplit la bouche d'eau qu'il lance adroitement sur le jeu afin de le rendre plus

B, 19 (suite,)

lisse; l'opération recommence de temps en temps, à mesure que la cuvette sèche.

Pour jouer, les joueurs prennent leur fruit entre le pouce et l'index et le lancent dans le plat en lui imprimant un fort mouvement de rotation et en vociférant tout ce qu'ils savent de plus beau. Comme il y a un endroit plus bas, les fruits se rassemblent en tournant et se cognent. Les plus légers et ceux dont le mouvement de rotation a moins de force, sont chassés en dehors du jeu. Celui dont le fruit a expulsé le peta, devient propriétaire du fruit expulsé.

P. Germain.

Il n'y a pas de jeu de hasard proprement dit, tout hasard est un effet voulu par un génie quelconque. (Nous avons essayé plusieurs fois une loterie, un concours; tout cela a amené des disputes : « nous avons tous concouru, donc nous avons tous droit au prix ».)

4^ Jeu de Ngombe.

Réunis sur un terrain plat, les enfants ou jeunes gens armés de lourds bâtons, font glisser ou lancent au loin, à l'aide de leur instrument, un caillou ou un morceau de bois. Ils sont divisés en deux camps; ils doivent se

Baluba. Cong-o, B, a, lo.

passer le caillou, sans le laisser emporter par le camp adverse. En général, je les ai toujours vu lancer le caillou de manière à pouvoir le reprendre eux-mêmes. Le Muluba aime peu les règles; il est trop indiscipliné par nature.

Pour jouer on part du milieu entre les deux camps. On cherche à faire entrer le caillou dans le camp des adversaires : celui-ci se défend et cherche lui aussi à le pousser dans le camp opposé. Quand la partie est gagnée, on recommence.

5^ Jeu de Dames,

Ce jeux est joué tant par les hommes que par les femmes. Il est d'ailleurs répandu presque par toute l'Afrique.

11 se compose : 1° d'une planche dans laquelle sont creusées, quelquefois avec beaucoup de goût, 4 rangées de 6 casiers; 2^ de 32 petits fruits durs, assez semblables à de gros grains de chapelet.

Il se joue à deux.

Chacun des joueurs s'accroupit près de la planchette, face à face comme nos joueurs d'Europe. Ils reçoivent 18 fruits, qu'ils placent 3 par 3 dans les rangées centrales, soit dans les cases 1 à 6. Cela dans le but de se montrer mutuellement les pions. Puis tous deux en même temps ramassent leurs pions et les disposent comme bon leur semble. Le jeu est prêt. Le plus honorable commence à jouer, à moins qu'il ne veuille laisser cet honneur à son compagnon, soit au joueur A. Celui-ci ramasse les pions de la case qu'il désire et les dépose un à un dans les cases qui suivent, en allant toujours de gauche à droite.

B, 19 (suite).

(Congo.)

fi

:lo

ïï

Si son dernier pion tombe dans une case qui est suivie d'une case vide, il doit s'arrêter pour céder le jeu à son adversaire. Si au contraire le dernier pion tombe dans une case qui précède une case également garnie, il ramasse le contenu de cette case et continue son jeu aussi longtemps qu'il ne dépose pas son dernier pion devant une case vide. Ainsi le joueur A a, je suppose, disposé son jeu comme suit :

Prenant les quatre pions de la case 7, il les dépose un à un dans les cases 8, 9, 10 et 1 1. 11 reprend les trois de la case 12, les dépose dans 1, 2 et 3, et ainsi de

Baluba. Congo, B, a. 19»

suite. Comme on a pu le remarquer, arrivé à cette case 3 qui précède le numéro 4, il a en face de cette case n^ 4, la case n^ 3 de l'adversaire; celle-ci est vide, le joueur A ne lui prend donc rien. Si cette case 3 avait eu des pions, il les aurait ramassés, et avec eux les pions de la case 10 qui fait pendant du numéro 3. Le joueur A continue donc sans avoir rien gagné. Il prend le pion du numéro 4 le met en 5, ramasse ces deux-ci les met en 6 et 7 etc., jusqu'à ce qu'il arrive à mettre son dernier pion devant une case dont la vis-à-vis contienne des pions : alors il ramasse ceux-ci.

Quand l'un des joueurs n'a plus de pions sur la ligne centrale, c'est-à-dire dans les cases 1 à 6, il est perdu.

Il serait trop long de donner toutes les règles du jeu dans le détail. Ces quelques mots suffisent pour donner une idée de ce jeu vraiment intéressant, qui demande pas mal de réflexion et de calcul.

6^ Toupie,

Ce jeu est très en vogue à certaines périodes.

Un fruit à écorce dure, de la grosseur d'une mandarine, est mis à sécher. On creuse un trou dans le haut et le bas, on passe en travers un bout de bois, épais comme un crayon. Cet axe dépasse par dessous, de 3 à 5 centimètres. Voilà la toupie. Quelquefois nos noirs donnent sur le pourtour des fentes verticales dans le but de la faire « chanter ».

Pour la faire tourner, ils prennent un bout de roseau long de 10 centimètres, épais de deux environ, et l'entaillent de chacun des côtés de manière à y faire une large fente.

Ils passent à travers l'interstice un bout de ficelle qu'ils enroulent sur la tige centrale de la toupie; puis ils

BALUBA

(Congo.)

B, 19 (suite).

tirent fortement la ficelle pendant que de l'autre main ils retiennent le roseau. La toupie saute sur le sol en tournant. Et c'est tout.

Ce jeu est propre aux petits garçons.

70 Voici un jeu de jeunes filles et de femmes : le jeu d'osselets, en somme.

A quatre ou cinq elles s'accroupissent à la tailleur autour d'un trou creusé dans le sol et qui a 10 centimètres de diamètre. Elles ont chacune 30 à 50 grosses fèves. Elles jouent à tour de rôle. Celle qui joue jette une boule (fruit séché d'un diamètre de 5 à 6 centimètres) sur le dessus de sa tête avec la main droite et dans l'intervalle où la boule retombe et qu'elle doit rattraper à la main, elle prend avec cette même main d'abord une à une toutes les graines, puis deux à deux, puis trois à trois, etc. Elle s'accompagne de la chanson voulue. Une faute, et c'est au joueur suivant.

Une des complications du jeu qu'elles recherchent, c'est de jouer une partie sans respirer. Elles doivent alors enlever toutes les graines en chantant, sans aspirer une seule bouffée d'air, sous peine de perdre. Dans ce cas, elle doit passer la boule à sa voisine, quitte à recommencer ensuite quand son tour de jouer sera venu.

Baluba, Congo, a, 19.

I BALUBA

I ■ (Congo.)

j B. — Vie Matérielle.

b) Alimentation.

Page 1