Mets permis et défendus
Personne, sauf exception très rare, ne mange du hérisson. Pourquoi? On répond : « Nous mourrions ».
En voyage, je tuai un jour une chèvre dont je distribuai la viande à mes gens. Deux ou trois porteurs sur une vingtaine ne voulurent pas en manger. Ce leur était chair défendue.
11 en est de même, mais pour d'autres, du mouton, de la poule, de l'antilope Boschbok; celle appelée tundu\ du cochon, du phacochère, du crocodile, de la tourterelle, etc.
Les femmes peuvent-elles manger du cochon? Seules les Balindu (voir n^ 1 19). Si les autres en mangent elles auront le corps couvert de pustules, et leurs enfants naîtront déformés.
Quant aux animaux prohibés dans diverses sectes, et dont il est défendu de manger, voir n^ 119.
Quid des végétaux défendus? En existe- t-il? Oui. L'arbre sacré des Balungu (secte) est tabou. S'il y en a d'autres, je ne sais, mais ils sont peu nombreux.
Quelle est le motif déterminant de ces prohibitions. 11 serait difficile et peut-être téméraire de le dire. Il résulte d'une enquête faite par le R. P. Smulders à Baudouinville, dans la tribu de Batabwa, voisine de nos Baluba-hemba, que de nombreux animaux, des poissons,
Baluba. Congo, B. b, 2.5.
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des plantes et même des minéraux sont objets particulièrement dignes de respect, et, s'ils sont comestibles, aliments prohibés, parce que l'ancêtre de la famille avait choisi un ou plusieurs de ces objets comme signes distinctiîs de sa famille, on avait fait une sorte de blason. Ce ou ces objets seraient donc actuellement respectés, non pas comme objets de culte, mais de la même façon que parmi nous un gentilhomme honore le blason de ses pères.
Les Baluba ayant presque les mêmes fétiches que les Batabwa, du moins pour moitié, serait-il étonnant que les motifs des prohibitions fussent les mêmes chez les deux peuplades ?
Un autre motif, c'est l'égoïsme des vieux qui défendent aux jeunes certains mets, afin d'en garder le monopole; et pour assurer à leurs défenses une obéissance plus entière, ils répandent le bruit que les esprits ou les morts se vengeraient sur les délinquants.
Les sorciers ordonnent souvent l'abstention de tel ou tel met. Ainsi un fundi, c'est-à-dire un individu quelconque qui va trouver le sorcier pour en obtenir un talisman capable de tuer toujours telle ou telle bête, reçoit souvent l'ordre de s'abstenir absolument de manger de sa viande, sous peine de perdre son pouvoir.
A Baudouinville, un enfant de l'orphelinat n'osait manger de farine de manioc parce que un sorcier avait dit à sa mère que le jour où l'enfant mettrait en bouche une boulette de nsima (brouet de manioc) il mourrait. Il fallut toute la force de persuasion de M^' Roelens pour déterminer cet enfant à faire comme tout le monde.
On pourrait ajouter à ces motifs celui d'une crainte inexpliquée, crainte qu'on retrouve en nos pays d'Europe
BALUBA
(Congo.)
B, 25 (suite).
à l'égard du crapaud, de l'hirondelle, etc. Ainsi nos Baluba redoutent le Caméléon, qu'ils n'oseraient tuer comme le serpent; le motif est qu'il est empoisonné. Ils ne touchent pas à l'hirondelle, ni au hochequeue, ni au corbeau.
Est-ce à dire qu'il n'y a pas de mets défendus par motif purement religieux? Evidemment non.
Les prohibitions auxquelles sont astreints les membres des sociétés secrètes, ainsi qu'on le verra au n^ 119, semblent bien être d'ordre religieux.
P. Colle.
Sa
Baluba. Congo, B, b, 25.
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BALUBA
(Congo.)
B. — Vie Matérielle.
b) Alimentation.