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Les outils des métiers spéciaux

B. — Vie Matérielle.

BALUBA

(Congo.)

e) Moyens d'existence, Métiers, Occupations. 48. Cueillette.

Il y a un certain nombre de fruits dans la forêt qui sont recherchés.

Parmi ceux-ci on peut signaler les suivants :

a) Le likoke (pl. makoke) espèce d'orange jaune, à la peau si dure que Tindigène, pour la crever, la frappe avec force contre un arbre. La pelure fendue, il absorbe la pulpe aigre-douce, visqueuse, d'un gris-jaunâtre, délicieuse pour étancher la soif de l'homme de caravane, qui est altéré et qui guette ce fruit désiré. La pulpe entoure des graines semblables à celles du melon, mais plus grosses.

b) Un fruit qui ressemble à notre nèfle d'ici tant par le goût que par l'odeur et la forme.

c) Une sorte de petite prune ou cerise allongée; sous sa pellicule rouge elle cache un gros noyau au goût d'amende amère, autour duquel s'offre une pulpe rafraîchissante mais astringente et aigre.

d) Une espèce de pomme de terre allongée, de petite taille, 4 centimètres de long sur 3 de large, et qui contient une pulpe farineuse fort goûtée. L'arbre qui la porte est assez répandu.

e) Un fruit à gros noyau très dur, qu'on casse au caillou et dont le contenu rappelle le goût de nos amendes.

Baluha. Congo, B, (f, 48.

/) Un fruit huileux semblable à nos olives, tant pour la forme que pour le goût. Il se prépare de même. C'est le «mpafu», fruit du « muhaîu», que j'ai décrit plus haut,

Si les premiers de ces fruits se cueillent par occasion, surtout dans la brousse écartée, le long du sentier de la caravane, les deux derniers font l'objet d'une cueillette régulière. Les femmes et leurs filles surtout les recherchent systématiquement; mais tous ceux qui les trouvent, hommes, femmes et enfants, les prennent et les mangent. Ces arbres poussent spontanément, ils n'ont donc d'autre propriétaire que la communauté.

P. Colle.

B. — Vie Matérielle.

BALUBA

(Congo.)

e) Moyens d'existence, Métiers, Occupations. 49. Chasse,

Les femmes chassent et les hommes, mais chacun des sexes a ses spéciahtés.

Aux femmes, les chasses aux rats, aux chenilles, aux fourmis, aux sauterelles.

Aux hommes, les chasses au gros gibier.

10 Les chasses des femmes.

a) La chasse aux rats. Le rat des champs est un mets très recherché des Baluba. Aussi avec quelle ardeur les ménagères ne vont-elles pas à sa recherche, le lendemain d'un incendie d'herbes, et ce pendant deux et trois jours de suite. Pour fuir les flammes, le rat affolé s'est réfugié dans son trou, que le fléau a mis à découvert. Avec sa houe la femme creuse ce trou jusqu'au nid et assomme le rat en son logis. La nichée est écrasée entre le pouce et l'index.

b) La chasse aux chenilles. 11 s'agit des chenilles vertes qui ressemblent à nos processionnaires par leurs habitudes. D'immenses bandes se trouvent à un moment donné sur une espèce d'arbre, toujours la même; elles lui mangent le feuillage avec une voracité extraordinaire. C'est le moment que choisissent les femmes pour récolter les chenilles bien grasses. On les ramasse avec la main, une par une; on monte aux branches si c'est nécessaire.

Baluba. Congo, B, e, 49.

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Il existe d'autres espèces de chenilles fort recherchées ; nos négresses les recueillent par occasion.

c) La chasse aux termites. Quelle friandise qu'une bonne grillade de termites! Aussi comme les ménagères guettent les moments propices pour s'en procurer. Lorsqu'il a plu, par exemple, les termites — on le sait — sont tentées de sortir et de s'envoler; la mère et ses filles, peut-être avec l'une ou l'autre compagne, vont sur la termitière, y pratiquent un ou plusieurs trous dans lesquels elles plongent une espèce de petit balai ou de goupillon qu'elles agitent : question d'agacer les fourmis et de les irriter. Les fourmis guerrières ne tardent pas à s'accrocher au grossier appât. Les chasseresses retirent le balai, et secouent les fourmis « pêchées » dans leur pot de cuisine. Elles recommencent cette opération tant qu'elles peuvent : la famille applaudira le soir à leurs prouesses.

d) La chasse aux sauterelles. Les sauterelles du Congo ressemblent aux criquets voyageurs du nord de l'Afrique. Leurs habitudes sont les mêmes. Seule la couleur varie. Les sauterelles du nord sont jaune-citron, celles du Congo sont rouge-brique. Elles s'amènent en bandes immenses, de plusieurs lieues de long; volent à quelques centaines de mètres de hauteur, quelquefois en rangs tellement serrés que le soleil en est presque obscurci.

Dès que quelqu'un du village a vu un nuage de sauterelles s'abattre aux environs, il avertit la parenté et les amis ; c'est une traînée de poudre dans le village. Le lendemain matin de très bonne heure, toutes les femmes, grandes et petites, se mettent en chasse; elles ramassent les bêtes engourdies encore par le froid et la rosée,

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leur enlèvent les pattes et les ailes, si elles en ont le temps, et les mettent dans des pots qui sont leurs gibecières. La chasse se termine vers 8 1/2 h. du matin; les sauterelles qui ne sont pas prises s'élèvent alors à nouveau et disparaissent.

Ce gibier est étalé au soleil qui le sèche. Et c'est encore une de ces friandises dont raffolent nos Baluba.

Les criquets ne sont pas seuls à rehausser le menu des Baluba. Diverses variétés de sauterelles partagent cet honneur.

Les hommes chassent du gibier plus important : l'antilope, le cochon sauvage, la pintade, etc.

L'éléphant, le Baluba le chasse peu; il ne se sent pas armé pour s'attaquer à une aussi énorme bête. 11 en est de même du buffle et de l'hippopotame.

Les animaux sont poursuivis par des chasseurs spécialistes armés de fusils; la plupart sont arabisés ; et par les Batembo, ou chasseurs Batwa dispersés de ci de là dans nos forêts. Souvent ces chasseurs Batembo s'engagent à rester à côté d'un chef pour fournir , en échange de farine, la viande dont il a besoin.

Ce qui ne veut pas dire que jamais nos Baluba n'abattent un éléphant. Lorsqu'un de ces animaux, par exemple, a été surpris dans un incendie d'herbes, et qu'il est plus ou moins atteint, nos hommes le traqueront et le tueront.

Quant au léopard, nos gaillards ne craignent pas de l'attaquer de front. Dans ce pays, le monstre ne s'attaque guère à l'homme, mais il ravage les bergeries.

Baluba. Congo, B, e, 49.

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Le Muluba n'a pas peur non plus d'attaquer de front les sangliers, quoique le ngiri, par exemple, charge toujours l'assaillant et est souvent dangereux. Le cochon à verrue lui, ne charge que lorsqu'il est blessé et le cochon des bois ne charge pas.

11 n'y a pas beaucoup de singes; on le chasse rarement.

Je n'ai vu que deux fois un lièvre dans la contrée.

Il y a sept manières principales de chasser :

a) La chasse au filet;

b) » » à courre;

c) » » au feu ;

d) » » par surprise ;

e) » » par enclos ; /) » » à la trappe; g) Autres procédés.

a) La chasse au filet n'est pas comme on serait tenté de le croire une chasse collective, à laquelle participerait une partie du village. Non. Un individu, passant dans le bois, a entendu une bête à proximité ou il a relevé ses traces récentes; vite il court chez lui et prend son filet, large de 0.80, long de 1 00 à 200 mètres. 11 amènera deux ou trois hommes de sa parenté. Dans le plus grand silence — car il s'agit de ne pas se laisser deviner — il dispose généralement en demi-cercle son filet, qu'il attache à des piquets en bois ou à des arbustes, de manière à créer une espèce d'enclos mobile. Puis il fait un détour, contourne la position présumée de la bête, s'avance résolument dans le fourré , en jetant de temps à autre un cri ; ce cri chasse et affole la bête, tout en indiquant aux compagnons ce qu'ils ont à faire pour la guider vers le filet où elle vient buter du nez et se prendre dans les mailles grosses d'une main. La rejoindre et l'abattre est l'affaire d'un instant.

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BALUBA

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b) La chasse à courre est intéressante. C'est le nzenzi qu'on poursuit ainsi. Cet espèce de rat des roseaux, tête de cochon et courtes pattes, a la taille d'un petit chat. Il vit dans les marais, près des rivières. Les deux ou trois chasseurs entrent en campagne, l'un d'eux tenant .en laisse un chien qu'il excite; celui-ci renifle la bête et la suit, guidé par l'odeur. Dès qu'elle est découverte, c'est une course folle, hommes et chien courent à travers les roseaux jusqu'à ce que le malheureux nzenzi rende l'âme. D'autre fois, le chien est lâché en liberté, mais alors le grelot qu'il agite au cou indique la piste à ses maîtres.

Savez-vous comment on dresse le chien à cette chasse? En lui faisant sentir le crottin du nzenzi !

c) La chasse au feu est la plus passionnante, je crois; je l'ai pratiquée une fois, elle est vraiment excitante.

Cette chasse se fait en collectivité.

Tantôt c'est le clan (le notable et ses clients) qui la fait sur le terrain à lui réservé.

Tantôt c'est le village entier.

Dans l'un comme dans l'autre cas, voici comment on procède : Au jour désigné, les hommes se rassemblent armés d'arcs et de flèches et d'une petite botte d'herbes ou de feuilles vertes. Plusieurs sont munis de torches de paille sèche, qu'on prépare sur place, ils les allument en les approchant de braises brûlantes, qu'ils ont apportées à cet effet.

Baluba. Congo, B, e, 49.

Les uns se placent en ligne à un des côtés de la brousse qu'il s'agit d'incendier; c'est vers eux que le feu se dirigera des trois autres côtés ; il y a donc là une position à fixer avec soin, relativement au vent.

Au fur et à mesure que les torches flambent, les allumeurs s'en vont mettre le feu à chaque deux ou trois mètres, le long des limites convenues d'avance. Cela se fait quasi en courant. Les autres chasseurs attendent la marche du feu, éloignés les uns des autres, et suivent les flammes. 11 n'y a pas de signal proprement dit, rien que l'accord unanime des groupes, à mesure qu'ils se sentent prêts pour la chasse.

Dès que la masse des herbes a pris feu, les portetorches rentrent dans la bande.

La flamme crépite et court avec rapidité : le gibier affolé s'élance vers la ligne des chasseurs, oii il trouve la mort, ('ependant que les chasseurs, sauf ceux qui attendent à l'endroit non allumé, courent derrière les flammes avec leur botte d'herbes vertes.

De temps en temps, quand les pieds nus sont trop échauffés par les cendres rouges encore, ils jettent leur botte d'herbes vertes, se posent dessus et regardent s'il n'y a pas à leur portée l'un ou l'autre animal à moitié grillé ou tué par la fumée ou le feu. Une bête réussit-elle à franchir la ligne de feu, c'est une course folle. Femmes et enfants participent à cette course, mais loin en arrière, pour ramasser le menu fretin: oiseaux, rats, etc. L'atmosphère est d'une chaleur d'enfer.

Cette chasse provoque une vraie griserie. Est-ce que l'odeur d'herbes brûlées produirait le même effet que la poudre ? Je pense que cette griserie vient plutôt de la proximité du gibier; c'est la griserie du chasseur sur la piste d'une belle pièce, qu'il espère abattre bientôt.

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d) La chasse par surprise. — C'est la chasse plus ou moins individuelle avec Tare et la flèche, comme on la pratique habituellement chez nous, en Europe.

Les flèches sont souvent empoisonnées. L'effet poursuivi et obtenu est de tuer la bête dès qu'elle est touchée. Elle tombe presque foudroyée. On empoisonne d'habitude le bout des flèches au moyen d'une mixture faite avec la graine d'une sorte de petit cornichon indigène et la sève résineuse du muhafu. Le muhafu est le seul arbre à résine que j'ai vu dans la contrée.

Cette résine a le parfum de l'encens.

L'encens frais sert donc à donner du corps aux divers poisons; le jus empoisonné est versé sur cet encens, malaxé dans une petite auge avec un bout de fer ou de bois, puis adapté sur la flèche.

Je n'ai pas vu de lance empoisonnée.

Frais, le poison est d'un effet instantané et foudroyant. La bête atteinte tombe presque aussitôt. On coupe la partie touchée et le reste peut être mangé sans danger.

e) Chasse par enclos mobile. — On construit une longue palissade, j'en ai vu qui avaient plus d'un kilomètre, en branches fixées en terre. Par endroits, on laisse un intervalle où l'on creuse une fosse cylindrique, profonde de deux mètres ; on la recouvre d'herbes sur l'orifice. Les bêtes pourchassées vers l'enclos veulent passer par les endroits libres et tombent dans les trous.

Quelquefois, le fond des trous est garni de pieux pointus, mais c'est l'exception.

Bahiba. Congo, B, e, 49.

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f) Chasse à la trappe. — Deux rangées de bois fixés en terre, formant couloir de 25 à 50 centimètres. Au-dessus, trois bois ajustés soutiennent une charge de pierres et sont soulevés par une bascule pouvant déclancher. Au bout intérieur, une bête est mise ou bien les côtés sont barricadés pour forcer le gibier à passer dans le couloir. Au passage, déclanchement et chute des pierres. Cette trappe est faite selon sa taille, depuis le chat sauvage jusqu'au léopard.

g) Autres chasses : 1° D'après ce qu'on m'a dit, en 1899, un peu avant notre arrivée, le lion rôdait dans le pays. On convint de le cerner. Tout le monde est convoqué; on entoure l'endroit où il se tient. Petit à petit, le cercle se resserre. Le lion surpris succombe après avoir blessé plusieurs personnes et en avoir tué une.

2° En 1905, près de la mission, apparaissent deux gorilles, de la taille d'un homme. Le chef averti accourt. On cerne et on tue le mâle. Un homme avait le bras perforé par un coup de dents. Nous donnâmes l'animal abattu à nos gens, qui le mangèrent.

3^ Chasse à la glu. — Tiges badigeonnées de glu, fixées dans un arbre.

La glu est faite avec le suc d'un arbre spécial ou avec de l'huile évaporée au feu. Le Muluba s'en sert pour prendre les petits oiseaux. Il pose dans les branches d'arbustes, autour d'un champ de graminées, une série de tiges frottées de glu. Les passereaux et autres petits oiseaux qui vivent là en bandes nombreuses, se font prendre. Le chasseur enlève les petites victimes, leur brise pattes et ailes, et les pose dans son récipient, en attendant de les apprêter pour le repas.

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4° Chasse à la taupe et au rat. — Le nœud coulant est fixé adroitement d'un côté à une tige flexible, de l'autre dans la galerie souterraine d'une taupe. L'animal, en passant, se fait prendre par le milieu du corps. Les Muluba le chasse même à la flèche. Le chasseur à genoux devant le trou attend, l'arc tendu, l'œil fixe... Il a beaucoup de patience ! Quand la terre meuble remue, il lance sa flèche sur la bête de passage dans la galerie. J'en ai vu qui restaient en cette position pendant 4 et 5 heures.

Piège a Pintades.

Amorce : un morceau d'épis de maïs.

5*^ Chasse au nœud coulant.

On fixe sur un sentier un nœud coulant entre deux petites palissades. La bête s'y engage par la patte ou la

BnÎHba. Congo, B, e. 49.

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tête et fait déclancher une perche flexible tirée vers le sol ; la perche se redresse soulevant la bête.

Reste la série des nœuds coulants pour les petites bêtes et les oiseaux. Le nœud est fait à l'aide d'une lanière végétale raide et incassable (écorce de rotang ou autre) mis par terre ou dans les arbres.

Comment se partage-t-on le produit de la chasse?

En principe (si j'ai bon souvenir) quiconque abat une bête, en est possesseur; si plusieurs l'ont atteinte, on doit partager. (11 va sans dire que les gros bonnets ont souvent la part du lion.) Après cela, restent les impositions prévues par la coutume ou les convenances, tant envers les supérieurs, qu'envers les clients, parents et amis de clan. Tout décompté, un noir n'a que la minime partie à manger en famille. J'ai connu un chef abandonné de tout son monde pour s'être arrogé une trop grosse part sur les 3 ou 4 bêtes qu'il avait lui-même abattues.

Les soirs de grande chasse, lorsque les chasseurs campent en dehors du village, ils fument la viande obtenue, en la plaçant sur des échalas sur les feux allumés pour la nuit. Tout le temps quelqu'un veille pour surveiller l'opération.

Les intestins, les parties internes, le sang, sont consommés sur place ou du moins le jour même.

P. Colle.

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e) Moyens d'existence, Métiers, Occupations. 50. — Pêche, .

Le poisson est le mets de choix par excellence de nos Baluba. Ils le préfèrent au gibier.

Hommes, femmes et enfants, tous se livrent à la pêche; mais ils n'usent pas tous des mêmes instruments.

a) Les femmes ont plusieurs procédés à elles : A deux ou à trois, elles se rendent à la partie de la rivière qui est réservée à leur clan ou au village, suivant le cas. Elles portent un panier allongé, sorte de natte de roseaux coupés en lanières et tressés, en forme de barque, longue de 1 à 2 mètres et large de 50 à 70 centimètres. Elles entrent dans l'eau, peu profonde, et entre elles et le bord de la rivière elles disposent leur panier, puis provoquent de l'agitation dans l'eau, tout en poussant leur panier vers le bord; les petits poissons qu'il s'agit de prendre s'affolent et reviennent se faire enlever par le creux du panier.

D'autres fois, les femmes vont dans la réserve de leur clan ; et dans un de ces marais elles circonscrivent une partie particulièrement poissonneuse, en élevant tout autour une digue de mottes de plantes boueuses; puis elles procèdent à l'assèchement de cette mare artificielle, en la vidant avec des paniers et des pots. Sur le fond

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asséché se déposent les silures, les autres poissons et même les escargots qu'il s'agissait de capturer.

b) Les hommes pèchent surtout les gros poissons.

Un des procédés est la pêche à la ligne. Une perche, une ficelle plus ou moins épaisse, pas de flotteur, un hameçon qui a la forme d'une espèce d'épingle retournée. Pour la grosse silure de 80 centimètres à 1 mètre de long, il est clair que les engins doivent être forts et résistants. L'appât est fréquemment le simple ver de terre. La ligne ne descend guère à plus de 1 m. 50 ou 2 mètres sous la surface de l'eau. Afin d'attirer le poisson, le pêcheur jette de temps à autre la pâtée ; et si le poisson tarde trop à mordre, il enfonce sous l'eau le bout de sa perche, qu'il agite avec frénésie. Dès que le poisson mord, il est tiré hors de l'eau, par un coup sec. Tous les jours, on voit pêcher à la ligne; ce n'est pas un sport; les Baluba ne travaillent que pour avoir à manger. Ils n'ont aucune idée de sport, concours, etc. Quand je dis que la pêche à la ligne est une occupation des hommes, il faut s'entendre, car les enfants imitent leurs pères dès l'âge le plus tendre : ce qui n'est pas toujours sans danger. Ainsi je me souviens qu'un enfant péchant avec une corde, dont l'extrémité était attachée à son poignet, s'est vu tout à coup entraîné hors de la pirogue où il se cramponnait : une grande silure avait mordu à l'appât et entraînait ligne et pêcheur. Heureusement qu'un adulte était à proximité, qu'il vit l'accident

et qu'il eût le temps de plonger après l'heureux petit

pêcheur !

Après la ligne, il y a la pêche à la nasse, qui se pratique là-bas au moins de deux ou trois façons différentes.

Ou bien on accroche les nasses à des barrages en bois qui traversent la rivière. Le Lukulu a plus de

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80 mètres de largeur à l'endroit où il est coupé par des barrages. Une partie des nasses est mise à contre courant, préférablement celles du milieu. Une partie est placée dans le sens du courant, sur les côtés : celles-ci sont réservées au poisson qui remonte le long des berges.

Ou bien, surtout dans les endroits où il y a parallèlement au fleuve un ancien lit dans lequel se déversent les eaux gonflées de l'arrière saison des pluies, on creuse dans la butte qui sépare les eaux, de petits canaux disposés de façon telle que le poisson puisse aller de l'un à l'autre.

Dans ces canaux on aménage des nasses sur le soir. Le matin, de bonne heure, on va les lever. (Ceci est la règle générale ; on lève les nasses avant le lever du soleil.)

Ou bien on place une claie le long du bord de la rivière ou parmi les roseaux ou les ambachs (1) qui la bordent, à une distance variable, disons deux mètres ; l'eau est barrée par la claie du côté parallèle à la rive et du côté du courant; l'ouverture est donc du côté opposé au courant. La combinaison est basée sur les mœurs du poisson qui, à certaines heures, remonte la rivière le long des berges. Le poisson qui entre dans le couloir se butte contre les murs des claies : or, dans ces murs, à une certaine distance sous la surface de l'eau, sont ména-

(i) L'ambach est un arbre phis léger que le sureau, très commun dans les rivières du Haut-Congo.

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gées les ouvertures des nasses : le poisson y pénètre et s'y emprisonne. Généralement Tendroit choisi pour l'opération n'est pas profond, parfois un banc de sable.

A côté de la pêche à la nasse, il y a la pêche au filet. Celle-ci se pratique des deux manières suivantes :

Ou bien il s'agit d'un grand filet d'une quinzaine de mètres de long et d'un mètre de large; un homme le soutient dans l'eau à chaque bout; le dessus du filet flotte au moyen de baguettes d'ambach, entaillées de manière à les distinguer aisément, blanc et gris; le dessous plonge à l'aide de cailloux. Il arrive que ces hommes opèrent dans deux pirogues, alors les filets peuvent être plus larges, avoir 1 mètre 50.

Le premier moyen est pratiqué lorsque l'eau est basse ou peu profonde, comme dans le Lukulu. Le second, quand l'eau est profonde, comme dans le Luabala. Dans les deux cas, le procédé est identique; on remonte le courant tout en se dirigeant vers la berge, le filet tendu : le poisson vient se prendre dans les mailles comme l'antilope dans le filet tendu du chasseur. C'est une besogne d'hommes.

Ou bien c'est du petit filet qu'on use. II est suspendu entre deux tiges de bois léger. 11 sert aux femmes et aux enfants surtout pour ramasser du fretin au bord de la rivière ou dans des marais peu profonds.

Femmes et enfants se servent encore d'un petit panier à jour qu'ils enfoncent dans les herbes de la berge.

Certains jours, cependant, tout le village s'ébranle, hommes, femmes et enfants. On va empoisonner la rivière et recueillir le poisson en masse. Un ou deux jours à l'avance, on cueille de grandes quantités de feuilles d'un arbre de 2 mètres à 2 m. 50 de haut, appelées Mba,

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aux fleurs blanches, genre haricots, une labiée sans doute. Ces feuilles sont accumulées en tas au bord de la rivière. On les pile dans des mortiers en bois. Puis, on les jette dans la rivière, en amont de Fendroit oti Ton veut pêcher. Ces feuilles enivrent le poisson, l'étourdissent plutôt. Le poisson ne tarde pas à flotter à la surface. C'est le moment oii les pêcheurs le cueillent et l'enlèvent. Souvent ils les arrêtent par des barrages volants disposés de distances en distances.

Une autre manière intéressante de pêcher, c'est V attaque directe du poisson.

Parfois, au bord de l'eau, on voit un groupe d'enfants tirant des flèches sur le poisson qui se montre.

De temps à autre, à l'époque des eaux basses, des hommes explorent la rivière; quand ils remarquent une espèce d'entonnoir profond ou une cuvette avoisinant la rive, ils s'y jettent, armés de sortes de lances courtes. Ils plongent, replongent et poursuivent les grosses silures qu'ils aperçoivent et finissent par les percer et les amener à la rive. C'est une partie très appréciée, très fatigante, mais fructueuse. C'est généralement le clan qui opère ainsi dans ses réserves avec ses nageurs de choix. Il y a des plongeurs émérites qui restent fort longtemps sous l'eau avant de remonter à la surface pour respirer.

On prend encore la silure à peu près comme les anguilles chez nous. La silure aime la vase. On va dans

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les parties marécageuses soulever des mottes de boue et d'herbes. La silure y reste accrochée.

Au moment oii les œufs des poissons sont éclos, les eaux sont pleines de petits poissons. Alors, on voit tous nos noirs chercher un filet d'eau où mettre dans une claie faite de roseaux, d'herbes et de boue, une ou plusieurs nasses, quelquefois minuscules, en nervures d'élaïs. La levée se fait de bon matin. C'est vers les mois de juin et juillet, au moment oii les eaux commencent à baisser.

Les moules et les huîtres sont très abondantes, elles ne sont pas recherchées par nos noirs; d'ailleurs, les premières, cuites à l'eau, sont dures comme le cuir; les deuxièmes ont un goût de vase très prononcé.

La plupart des huîtres ont les écailles garnies de piquants.

Lorsque la pêche est abondante et dépasse les besoins de la consommation, le poisson est fumé, soit sur des grils spécialement édifiés hors du village , soit dans la hutte. Le menu fretin est simplement exposé au grand soleil.

L'odeur qui s'en suit, surtout dans la hutte, n'est pas agréable, vous pouvez m'en croire. Mais l'organe olfactif de nos Baluba n'est pas difficile.

P. Colle.

BALUBA

(Congo.)

B. — Vie Matérielle.

e) Moyens d'existence, Métiers, Occupations. 51. — Agriculture.

Comment les premiers hommes ont-ils songé à semer des graines? Le premier homme, Kyom.ba, l'ancêtre commun, disent les noirs, avait appris du grand Esprit le nom et l'usage de certaines plantes comestibles. Sa chevelure était longue; le grand Esprit y mit des semences. Un jour que Kyomba se promenait avec ses fils, il secoua fortement la tête; les graines tombèrent sur le sol. Kyomba n'y prit point garde. Mais voilà que quelque temps après, il repassa au même endroit et, surpris, il vit là des tiges couvertes de ces mêmes fruits dont il faisait jusqu'alors sa nourriture. Il connut ainsi que les fruits ont la faculté de se reproduire dans la terre et il se mit à cultiver.

A proprement parler, tout le monde s'occupe d'agriculture, hommes, femmes et enfants de toutes les classes sociales.

A l'homme appartient en propre le gros œuvre de défrichement et autres grands travaux préparatoires, comme déraciner le chiendent et la moto-moto ou nsoni.

Aux femmes, la culture proprement dite.

Les enfants prêtent leur aide aux uns et aux autres, suivant les circonstances.

Le défrichement se pratique de la manière suivante : Généralement, le paterfamilias choisit dans la forêt la

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place où il cultivera Tannée suivante. Il procède à l'enlèvement d'une bande d'écorce au pied des grands arbres ; ces arbres ainsi blessés se dessèchent; si on veut les abattre, on entretient un feu contre les troncs, qui sont ainsi rongés par la flamme jusqu'à la chûte. On a recours à ce procédé lorsqu'on a besoin des branches, par exemple, pour la culture de l'éleusine. Mais habituellement on laisse ces grands arbres debout; lorsqu'ils ne portent plus de feuilles, ils gênent si peu la culture. Et c'est du travail en moins, considération à laquelle nos nègres sont extrêmement sensibles.

L'année de la culture, peu de temps avant les plantations ou les semailles, les hommes achèvent le défrichement. Les herbes sont arrachées, les arbustes sont coupés à ras de terre.

Le terrain étant ainsi plus ou moins débarrassé de sa végétation, les femmes arrivent. Avec leurs houes, elles creusent parallèlement des rigoles profondes, dont le produit sert à faire des petites buttes. Ces buttes, dans lesquelles se trouvent sous la terre, des petites branches et des herbes, forment le terreau dans lequel vont se faire les plantations les plus importantes.

\ , Le manioc forme la hase de la nourriture végétale de nos nègres. Ils n'en cultivent pas moins de cinq espèces. La meilleure est le manioc blanc, à la tige grisâtre, moins foncée que ses congénères : cette espèce peut être mangée crue sans être trempée ou plutôt sans être fermentée au préalable. C'est le manioc doux (les autres ont un goût amer assez prononcé, dû à la | présence de l'acide prussique, m'a-t-on dit).

Voici comment se plante le manioc :

On coupe des tiges de 20 à 30 centimètres aux plantes de la récolte précédente; on les pique en terre

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dans les buttes dont j'ai parlé plus haut et de biais, si je puis dire; ces plants ne sont jamais piqués droits, sinon ils pourriraient. On procède à cette opération au commencement de la saison des pluies, en octobre, en novembre et même parfois en décembre ; je me souviens même d'avoir planté une fois en février et ce sans inconvénient. L'essentiel à considérer, c'est que la plante soit suffisamment formée pour supporter la saison sèche qui suivra.

Ces tiges de manioc sont piquées en terre sans le moindre souci d'ordre ni de régularité; entre les plantes on observe une distance d'environ 80 centimètres, dans toutes les directions.

Entre ces tiges de manioc, on met encore du maïs, de l'éleusine et des arachides, mais pas de bananiers.

Au bout de six mois, on commence à cueillir les feuilles de manioc, pour les préparer en épinards.

11 faut un an et demi avant que le tubercule soit développé.

Après une culture de manioc, le sol est abandonné pour un temps.

Bien qu'il y ait relativement de vastes cultures de manioc, on ne peut pas dire que l'abondance des récoltes débordent leurs besoins, au contraire.

2. Il y a deux semailles et deux récoltes de maïs ; dès les premières ondées, on sème les primeurs, qu'on mange frais ; on le cueille en janvier.

Baluba. Congo, B, e. Si,

Nota. — Les pluies commencent en novembre et finissent vers mi-mai ou juin.

En janvier ou février, il y a un arrêt de pluies pendant I quinze à vingt jours (je l'ai constaté six fois sur sept).

A la deuxième saison des pluies, janvier ou février, on sème le maïs, qu'on laissera sécher sur pied. 11 lui faut | quatre mois pour mûrir. 11 se recueille en mai-juin.

Comment sème-t-on? C'est simple. La femme fait un » trou en terre avec son gros orteil; de ses doigts, elle laisse tomber deux ou trois graines dans le trou; aussitôt elle emplit celui-ci de terre avec le pied et ' presse dessus.

On ne trouve pas de grandes plantations ; le maïs ne | sert pas, à proprement parler, à la nourriture de nos 1 Baluba; il est surtout utilisé dans la fabrication du pombe, bière indigène. 1

3. L'arachide se sème en février et se récolte en , juin-juillet. Elle rend assez bien dans une terre légère et chaude et si on lui donne l'espace voulu pour déployer , ses branches, soit 60 centimètres carrés. L'indigène la grignote volontiers.

4. La canne à sucre n'est cultivée que par quelques i spécialistes qui ont été, généralement, au service des ^ blancs ou des arabisés.

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5. Nos Baluba ignorent le riz; ils n'ont même pas de ^ mot dans leur langue pour le désigner.

6. L'éleusine se sème de février à fin mars. Elle ne ^ peut mûrir qu'avec le commencement du temps sec. | « Elle se nourrit de rosée », dit l'indigène. Elle se récolte en juin, quelquefois fois en juillet.

Elle sert pour la fabrication de la bière de première ' qualité : elle renforce et épure le goût du maïs.

BALUBA

(Congo.)

B, 51 [suite,]

7. La patate douce se cultive assez fréquemment. On la plante dans des bas-fonds marécageux et humides et ce pendant toute la saison des pluies.

L'arachide comme la patate douce n'entre dans l'alimentation que comme friandise, qu'on grignote entre les repas.

8. Il y a des palmiers-élaïs dans la contrée, mais on les garde soigneusement pour les noix de palme. On n'en recueille pas le vin ou guère. Le vin de palme s'achète éventuellement aux gens du Sud, possesseurs des belles îles à palmiers du Lualaba. Ce n'est que dans les îles de Mwika, en amont de Kiambi, en somme, que j'ai vu consommer du vin de palme; partout ailleurs, en Uruwa, on semble ignorer la manière de l'extraire.

9. Le sésame est cultivé pour l'huile qu'on en tire ; cette huile sert à préparer le manger et à s'oindre les membres. C'est l'huile de bulongo^ l'huile des Baluba. Cette culture ne se fait pas sur buttes. Elle occupe d'habitude un carré ou un rectangle de terrain plat, au milieu du champ de manioc nouvellement planté. Sur le terrain fraîchement défriché à la houe, la femme sème à la volée, non pas comme chez nous avec le geste large de notre semeur de lin, mais comme par pincées, devant elle. Les semailles se font après les premières pluies en octobre ou novembre et la récolte en janvier ou février.

Baluba. Cong-o, B, e. 5i.

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