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Education spéciale des sorciers, médecins^ etc

Pour obtenir le diplôme de docteur en médecine, il n'y a pas grande difficulté. Pas n'est besoin pour cela de suivre pendant cinq ou six ans les cours savants d'une Université; non, quelques jours passés chez le mganga suffisent, et le candidat passe docteur.

La plupart des médecins sont fils de médecins. Vivant auprès de leur père, ils l'ont vu travailler en toute circonstance, facile ou difficile; ils ont compté le nombre des gestes et des mouvements ; ils savent comment il faut placer, composer chaque remède, quelle dose il faut prendre de telle et telle médecine, comment il faut varier d'après les cas et les personnes. Ils acquièrent ainsi l'habileté nécessaire, et parfois réussissent assez bien. Ils savent d'ailleurs toujours se tirer d'affaire et mettre leur échec sur le dos de quelque esprit malfaisant.

Beaucoup de nos médecins indigènes sont « spécialistes » dans ce sens que pour la même maladie ils connaissent deux, trois remèdes contre le même mal, alors que leurs confrères doivent se contenter de la connaissance d'un seul. Cette connaissance plus grande dépend du maître qui instruit ou plutôt du prix payé au professeur. Mieux ils paient, plus étendues aussi seront leurs connaissances en médecine.

Baluba. Congo, C, b, 74.

Voici d'ailleurs comment les choses se passent entre le maître et l'élève :

Le candidat en médecine, portant sous le bras un panier allongé, se rend à la demeure du Mganga. 11 entre, salue révérencieusement et dit : « Maître, voici deux flèches...; veuillez me communiquer les secrets de votre art ».

Le maître jette un regard dédaigneux sur ces deux misérables flèches et, secouant la tête : « Non, dit-il..., deux flèches seulement pour apprendre une science si élevée, à laquelle j'ai consacré toute ma vie, dans laquelle... » et regardant le jeune homme bien en face, il décrit avec feu les merveilles de son art; il le dépeint sous des couleurs si séduisantes, que le jeune homme en est ému. Aussi le mganga obtient ce qu'il désire. Le candidat ouvre son panier et, sortant une étoffe indigène, la remet à son maître, disant : « Prenez et instruisezmoi, je veux être initié à vos secrets ».

L'autre accepte et continue à discourir, employant toutes les ressources de son éloquence, si bien que le jeune homme ne se possède plus. Coûte que coûte, il sera médecin. Toutes les richesses contenues dans son panier passent entre les mains du professeur ; tout ce que celui-ci demandera encore lui sera donné. Enfin l'élève est agréé et les leçons commencent.

Une à une toutes les maladies sont nommées, leurs symptômes décrits, leur gravité déterminée. Suit la nomenclature des plantes médicinales et l'explication de la manière de s'en servir : telles herbes doivent être trempées, telles autres seront cuites; telle infusion est servie comme boisson, telle autre est employée seulement pour l'usage externe, pour faire mûrir les abcès, les tumeurs, etc Ainsi en causant on passe

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en revue toute la science. Il faut avouer que le jeune Maluba doit posséder une excellente mémoire pour retenir tous les noms et toutes les particularités que lui débite son maître. Ne sachant pas écrire, il ne peut prendre des notes. Mais son professeur Va tranquillisé. Sans avoir à payer de nouveaux honoraires, le candidat pourra à chaque heure du jour venir prendre des leçons et rafraîchir ainsi sa mémoire. Toutefois, il est obligé de s'appliquer au soin des malades; si le succès couronne ses efforts, il n'a plus qu'à exécuter la promesse qu'il fait à son maître : lui apporter deux mitumba ou colliers de perles d'une valeur de 3 francs pour terminer son initiation.

C'est ainsi que le candidat passe son doctorat. 11 n'a plus qu'à se faire connaître au public, puis à se faire une clientèle.

Il saura d'ailleurs très bien faire la réclame. Il recherchera les malades, les assistera et se fera petit à petit un nom de guérisseur habile et expérimenté.

P. Colle.

Bahba. Congo, C, b, 74.

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