Circoncision
Voici ce que rapporte le P. Vandermeiren :
La circoncision comme elle se pratique ici ne paraît pas être un rite religieux. C'est plutôt une coutume, mais tellement ancrée qu'un non circoncis ou Musula trouverait difficilement à se marier. Ce nom de Musula l'accompagnera partout comme un titre de mépris. Les filles et même les garçons l'insulteront de ce sobriquet.
Pour trouver femme et être respecté, il faut être « kilombwé » ou circoncis.
Les mois de mars et d'avril sont les mois de l'année auxquels se fait ordinairement la circoncision. A un jour convenu, les pères des jeunes gens à circoncire, se réunissent. Ils vont près de la rivière débrousser un endroit, y dressent une longue maison en paille, dans laquelle ils disposent des mitanda (kutiba mutanda), petits espaces séparés par un foyer. C'est là que les nouveaux « bakilombwé » séjourneront et prendront leur sommeil. Leur couchette est composée d'herbe. Les nattes leur sont interdites.
En face de cette hutte allongée, un peu à l'écart, se trouve l'habitation du « ntambo » (le lion), surnom donné à l'opérateur.
Immédiatement devant la longue cabane, se trouvent deux bâtons ou grosses perches appelées, pour la
Balnba. Congo, C, b. j5.
circonstance, Tune « mujindi wa makata » et l'autre « mulolwa wa ntumba ». Le premier pourrait s'appeler « porte-couronnes ou porte-bourrinets ». En effet, quand les mères viennent apporter les vivres à leurs enfants, elles déposeront sur cette perche les bourrinets qui leur servaient à porter plus commodément les pots. La seconde perche, plus grosse que la première, pourrait être appelée « porte-bouillie », puisque c'est sur ce poteau que les jeunes gens iront attacher les restes de la bouillie qu'ils n'auraient pu manger.
Dès que les préparatifs sont terminés, les pères de famille vont inviter le « ntambo » à faire l'opération. Chacun donne une flèche comme paiement et l'accord est conclu.
Au temps convenu, un rugissement semblable au rugissement du lion se fait entendre au loin : « rumm » « rumm ». C'est le maître « circonciseur » qui appelle sa proie. A ce cri fait écho celui du « kimungu », hyène, « uuw uuw », tel est le surnom du «kambwi », aide du ntambo. 11 accourt au village oii se tiennent les enfants, âgés de 7 à 12 ans, qui ont été désignés pour subir l'opération. Et rugissant toujours, il les prend l'un après l'autre, les amène près de la rivière, les jette par terre et les traîne près du « ntambo ». L'homme-lion se met alors à manger sa proie, comme ils disent : Armé de sa lancette, l'opérateur procède à la circoncision proprement dite. Le sang coule en abondance. Le nouveau circoncis reste assis, les jambes écartées et les talons sur le sol. Afin d'arrêter l'hémorragie, on prend un bout de kisiyo (1) que l'on brûle sur la plaie. La fumée arrête
(i) Le Kisiyo est le sac en écorce de ficus (genre ficus elastica). Cette écorce, ramollie au maillet, sert à empaqueter le sel, les grains, etc. Les noirs s'en servent aussi comme amadou.
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le sang. Vers le soir, pour hâter la cicatrisation, on met sur la plaie du « ndoba ». C'est une poudre composée de terre façonnée par les insectes Babwihumbu et Balinsi mumbu (guêpes maçonnes).
L'opéré est alors porté ou amené dans la maison. Le matin, dès le réveil, la ficelle qui restait liée au-dessus de la partie endolorie est coupée et le nouveau circoncis va s'asseoir dans la rivière, afin que toutes les impuretés de la plaie puissent s'en détacher et aussi pour calmer un peu la douleur. Une lanière coupée dans la feuille du mukukuta ou bien du mwalya toka est liée alors sur l'endroit endolori. Trois fois par jour le malade va se baigner à la rivière, sans doute pour calmer la souffrance mais aussi et surtout pour tenir la plaie propre. Quelques-uns trouvent le besoin d'y aller plus souvent, mais leurs compagnons les tournent en dérision et les appellent « lusulu ». Comme dernier remède, on applique sur la plaie le suc rouge de l'arbre « mutondo ». Ce liquide s'appelle en ce cas « mutumba ».
Aussi longtemps que la plaie n'est pas guérie, les nouveaux circoncis ne portent point d'habits. Cependant comme ils ne peuvent se laisser voir à d'autres personnes qu'à leurs compagnons, ils sont armés d'un bouclier ou « ngabo » qui les protège contre les regards indiscrets.
Dès que la grande douleur a cessé, le circoncis, qui pourra désormais se dire « kilombwé », reçoit de son parrain un nyamba ou pagne confectionné avec des feuilles de dattier sauvage (kasue).
Baluba. Congo, C, b, jj.
Le parrain est un vieux circoncis, qui prend soin de l'enfant et quand ce dernier sera entièrement guéri, le père lui paiera les « musingo », c'est-à-dire une dizaine de perles ou une flèche pour avoir nourri son fils et lui avoir servi sa nourriture sur un plat de bois ou d'écorce appelé « kyula », puis une nouvelle flèche pour le « mubia » ou ceinture dont il a couvert l'enfant; enfin, une autre flèche pour le bouclier qu'il lui a donné et souvent même un pot de bière pour tous les soins en général.
Les circoncis ne peuvent quitter la rivière qu'après la guérison de tous leurs compagnons. Quand donc quelqu'un tarde à guérir, ses camarades lui fatiguent les oreilles avec ce petit refrain : « Makanga batoya, basye nkuti » (les pintades sont écloses, que les pigeons sauvages restent).
Quand tous sont bien guéris, vers le soir, les nouveaux circoncis courent de toute la vitesse de leurs jambes vers le village (kututuka) en chantant à tue-tête : « Kabeya ye, kabeya ye » (voici le buffle).
Les parents répondent aux cris de leurs enfants : Eyo, kabeya ye (oui, voici le buffle), mais ils ne peuvent les recevoir chez eux. Les bakilombwe (circoncis) restent à une certaine distance du village et le matin, dès la première heure, ils retournent à la rivière pour y brûler la maison, le bouclier et l'étoffe nyamba. Bientôt ils reviennent au village en criant et en chantant : « Butanda bwa Iwani bwasala nfuke » (le lit de feuilles est jeté pêle-mêle par le nfuké) (halbe-haffe, sorte de singe écureuil).
Arrivé au village, chaque circoncis se fait raser la tête et ainsi il devient « kilombwe kya bine », véritable circoncis {basubuka : il est initié).
BALUBA
(Congo.)
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Voici quelques phrases qui sont employées pour tourner en dérision quiconque n'est pas circoncis :
a) Basyala musula basyelelwa (il reste non circoncis, il a été laissé de côté par les femmes) et l'on répond : Musula eyo (oui, c'est un incirconcis).
b) Kuyanga musula uikalile ka? (Tu ne viens pas, incirconcis, pourquoi restes-tu?) et l'on répond : Musula eyo kuyanga lolo le (incirconcis, oui tu ne viens pas) ; lolo le est une exclamation.
c) Sya mukazi uiyeko kuno (laisse-là (ta) femme, viens ici).
d) Obe wa mwando obe wa kufwa nyoka (toi, esclave, que tu meures tué par un serpent).
Quand un des nouveaux circoncis meurt par suite de l'opération, on ne peut rien dire à la mère aussi longtemps que les enfants demeurent à la rivière, mais quand on revient au village on brise tout ce qui a appartenu au mort et puis, en allant au village, on crie : « katuwene », c'est-à-dire : nous ne sommes pas au complet. C'est ce qu'on appelle : « kulalila m 1 n wa » (pleurer sur celui qui a été avalé).
P. Colle.
Baîuba. Congo, C, b, yS.
c. — Vie Familiale.
BALUBA
(Con^o.)
c) Mariage.