Relations entre les membres de la famille
Les enfants aiment leurs parents, leur mère surtout. Les filles sont plus attachées que les garçons.
Même lorsqu'ils sont grands, les enfants ne laisseraient jamais insulter impunément leurs parents.
Les vieillards qui ne peuvent plus suffire à eux-mêmes sont soignés par leurs enfants, quand ceux-ci le peuvent sans gêne. Ils habitent souvent à côté de celui ou celle qui l'entretient.
Mais combien cet entretien est minime !
La crainte d'une vengeance posthume entre pour une bonne part dans les maigres soins aux vieux parents.
Une vieille folle de notre voisinage demeurait près de la cabane de son fils, marié, sous un toit de paille, exposée au froid des nuits; elle était à peine vêtue; ses belles-filles la nourrissaient, tout en s'amusant de ses folies, sans même songer à ses douleurs. Son fils, qui lui semblait attaché, n'y songeait pas davantage. Cette femme, était, relativement aux autres, fort bien traitée.
Incontestablement les parents aiment leurs enfants, les mères surtout. Les témoignages extérieurs de cette affection ne se produisent guère, en dehors de la première enfance, que dans des circonstances spéciales : en cas de mariage, de deuil, de retour de voyage, de capture, de maladie grave, etc.
Bahiba. Congo, C, d, 90.
Les frères et sœurs ne se considèrent jamais comme des étrangers; au lien du sang se joint souvent un lien affectueux.
Il convient pourtant de noter que le Mluba est inconstant, dans son affection comme dans le reste. Un enfant mort, ou capturé est, somme toute, assez vite oublié; du moins la douleur vive n'est pas longue. Une épouse se console vite de la perte d'un mari. Un enfant a tôt fait de se consoler de la perte d'une mère. Seul le tort éprouvé ne s'oublie guère, est-ce parce que souvent c'est une source de profits?
Solidarité pour dettes, délits :
1) Quelqu'un est endetté. Il ne paie pas. Le créancier le saisit, le met au carcan. La famille du débiteur intervient presque toujours pour le délivrer. Le père donnera presque tout ce qu'il a, pour son fils. Et vice-versa.
2) Un homme est prisonnier de guerre. S'il n'est tué, il est esclave. La famille tentera de le délivrer par rachat. Elle apportera chèvres, poules, perles, jusqu'à complète libération.
3) Le fils est initié à une secte. Il doit payer. Ses parents interviennent souvent pour une bonne part des frais.
4) Un jeune homme s'est battu et a blessé son compagnon. Le père, l'oncle ou un parent interviendra pour payer le blessé, afin d'éviter que le jeune homme ne soit maltraité.
5) Deux catéchumènes de la mission en 1905, sont tués et mangés non loin de chez nous. Il faut toute l'énergie du supérieur pour empêcher la famille de faire un massacre général au village coupable, et attendre la décision des bureaux de l'Etat.
BALUBA
(Congo.)
C, 90 {suite,)
6) On a vu le cas d'un gendre faisant des esclandres au village oii habite son beau-père : celui-ci est responsable.
Exemples d'affection :
1° A Luisi-Saint-Lambert. Une fillette de 8 ans est rachetée. Quelques semaines plus tard, on vient vendre la mère; le missionnaire, à bout de ressources, refuse. On part. La femme esclave se lamente; la fillette saute au cou de sa mère; elles pleurent. Le Père voyant cette scène (il ignorait que c'était la mère de la rachetée) se saigne encore une fois et rachète la mère. Joie extraordinaire. Quelques mois plus tard, même scène pour le père et mari.
2° On a vu au n° 87 les sentiments du jeune Kaite et de ses sœurs qui se retrouvent après plusieurs années de séparation.
3° A Lukulu un garçon se noie; un autre saute à l'eau, le sauve. La mère de l'escapé accourt, embrasse le sauveteur, lui donne une poule, l'invite à un repas, et court partout en répétant que son fils est sauvé par un tel.
4^ Une jeune fille a été capturée. Pendant plusieurs années, on n'entend plus parler d'elle. Son frère vient habiter la mission de Lukulu. Un soir il la trouve liée, sur le point d'être vendue; il accourt réclamer du secours, se jette sur les esclavagistes ahuris, prend sa sœur sur son dos, et s'enfuit avec elle vers la mission. En racontant ensuite les faits, il était encore tout ému.
Baluba. Congo, C, d, 90.
5^ Deux îemmes se querellent. Le fils ou la fille accourt défendre sa mère et envenime la dispute qui dégénère en bataille sanglante. L'enfant défend sa mère insultée.
6^ Un pauvre vieux gît dans sa hutte. Pendant plusieurs années sa fille, établie dans un autre coin du village, lui apporte de temps en temps de la viande, du poisson, nettoie sommairement sa case : rien que le quod justum,
P. Colle.
BALUBA
(Congo.)