C. — Vie Familiale
e) Mort 95. — Maladies. Accidents, I. — Les maladies.
1. A mon avis, une des maladies les plus fréquentes, surtout parmi les enfants de 4 à 12 ans est la «Katoka» qui a plus d'un point de contact avec la maladie de cœur; ces sortes de maux résultent assurément de multiples causes.
Comme elle sévit particulièrement chez les esclaves, on peut selon toute probabilité l'attribuer à des causes morales : tristesse, abandon, et à des causes physiques : changement d'air et de milieu, sevrage précoce, frayeur etc.
Parmi les malheureux que nous rachetâmes de l'esclavage, je rencontrai nombre d'enfants de 4, 5 et 6 ans qui étaient déjà atteints. Les symptômes étaient plus ou moins identiques : battements précipités et saccadés du cœur, yeux exsangues et épiderme pâle des anémiés, œdème aux jambes, à la face et parfois au ventre; puis mort subite.
Contre cette maladie la médecine indigène était bien impuissante et la nôtre aussi, du reste. Nous n'avons trouvé rien de mieux que d'accorder aux petits malades tous les plaisirs qu'ils désiraient.
2. La petite vérole (mbalanga) fit autrefois des ravages terribles. Il y eut une épidémie en 1899-1900 qui
Biiluba. Congo, C, <?, gS,
enleva des villages entiers. Lorsque nous nous établîmes dans le pays, en juin 1900, le petit village sur remplacement duquel nous avons depuis fondé la mission, était pour ainsi dire anéanti; les grands villages eux-mêmes ressemblaient à des ruines; les survivants avaient fui dans la brousse. Partout régnait une crainte fort justifiée du fléau.
Ce n'est pas que les indigènes n'aient de remède pour combattre la maladie! Dans des cas isolés, ils réussissent même assez bien. Voici comment ils procèdent. D'abord on isole le malade, on le transporte dans une case spéciale hors du village. Un proche parent sert de garde-malade; habituellement la mère quand il s'agit de son fils, la femme quand il s'agit de son mari, etc.
Tant que les boutons ne sont pas sortis, l'infirmière asperge le malade d'eau tiède sur tout le corps ; la température est maintenue très élevée dans la case-hôpital. Quand l'éruption s'est produite, l'infirmière prend une épine et délicatement et adroitement ouvre chaque bouton l'un après l'autre. Le liquide purulent est exprimé avec soin. La pustule est ensuite saupoudrée avec de la poudre de bois, dit « luhe » — c'est un bois qui ressemble au buis, sans fibres et taillable dans tous les sens ; il est concassé avec le pilon, puis réduit en poudre sur la pierre meulière, comme du tabac à priser. — Cette « luhe » en absorbant le liquide visqueux assèche la pustule : c'est un siccatif excellent. Une fois que les boutons sont secs, on les recouvre d'une pâte formée d'argile et d'huile ou d'argile et d'eau; cet emplâtre-enduit reste jusqu'à la guérison.
Tout le monde me paraît au courant de ces pratiques d'infirmerie. Mais si tous ont la science de ces choses, les uns ont plus d'art, sont plus adroits que les autres.
BALUBA
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3. La pneumonie, la pleurésie et les autres maladies de poitrine (luba Iwa kyaji) sont fréquentes, chez les enfants surtout. Elles se produisent spécialement en anvier, février et mars, au cœur de la saison des pluies, ainsi qu'en juin et juillet. A notre mission j'ai observé quelques cas que les missionnaires disaient tous être la tuberculose, mais le fait est rare.
Ces sortes de maladies se traitent par la chaleur, dans la case enfumée. On n'isole pas le malade.
Il arrive qu'on se rende chez le médecin pour un remède, surtout lorsque l'engorgement est douloureux.
4. Fréquente, la blenorrhagie (kasele) se traite surtout par l'injection d'un remède indigène.
5. La syphilis proprement dite (kaswende) est rare et importée ; elle n'existait pas en 1900, à ce que je sache, elle est venue de la région de Kasongo, par le fleuve. Les Baluba traitent ce mal avec des remèdes naturels.
6. La framboisie ou pian, dite Guba ou Musa se rencontre fréquemment. Peu de noirs y échappent, mais une fois guéris, ils sont rarement atteints une seconde fois. On m'a même raconté que des mères malades de framboisie, communiquent volontairement leur mal à leurs nourrissons , parce que durant l'enfance cette maladie est moins grave qu'à l'âge d'adulte. Le mal est traité surtout par dessication des pustules.
7. Rougeole. En 1906, régna en Uruwa, une épidémie de rougeole; les 2/3 des enfants (de 4 à 15 ans) en furent atteints. Les cas de décès furent relativement peu
Baluba. Congo, C, e, g5.
nombreux. Les noirs tiennent au chaud, favorisent l'éruption par des lotions tièdes fréquentes, comme pour la petite vérole. Ils disent que si les pustules rentrent, c'est très grave.
8. Lèpre (makoho). Assez fréquente en Uruwa. Quelquefois elle fait tomber les phalanges des doigts et des orteils l'une après ll'autre; celle-ci s'appelle makoho a kenkete. 11 y a aussi une sorte de lèpre qui couvre les malades de grandes taches blanches; on l'appelle jikoho ngulungu. Il y a un remède que j'ignore.
9. Fréquentes aussi les maladies de peau (bukundu) et surtout la teigne, qui se manifeste ordinairement sous forme de teigne tonsurante (kasebula).
Traitée par application du suc rouge de l'arbre mutondo (sorte de teck), dont le fruit ressemble à une châtaigne entourée d'un nimbe. Ce suc agit comme de la poix.
10. Ophtalmie (mpota ou bisomputu). Inflammation de l'œil, très fréquente à la fin du temps sec. Les noirs croient que c'est la conséquence des poussières de charbon dont l'air est saturé après l'incendie des herbes.
Une autre ophtalmie appelée bisonga, ophtalmie chronique ordinaire.
11. Conjonctivite. J'ai vu de nombreux cas de conjonctivite et même de conjonctivite purulente.
Ces ophtalmies et conjonctivites sont traitées par les saignées et les ventouses mises aux tempes et au front, et par des lotions d'eau tiède dans l'œil.
12. Crampes d'estomac. Assez fréquentes, mais les Baluba ignorent sa nature ; ils y voient presque toujoursl'effet d'un empoisonnement.
Pas de remèdes connus par eux, à ce que je sache, rien autre qu'une ceinture fortement serrée autour de la poitrine.
BALUBA
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13. Hydropisie. J'ai vu plusieurs cas d'hydropisie et même d'hydrocéphalie. J'ignore comment les Baluba les traitent. La ponction n'est pas connue.
14. Malaria. En 1906, le sang de nos enfants, ils étaient une centaine, fut examiné au microscope; 90 sur 100 avaient le microbe de la malaria.
Le noir attribue les accès de fièvre à la piqûre de la kimputu, quand cet accès n'a pas de cause très apparente. Et de fait cet insecte produit la fièvre écœurante. La kimputu est une punaise blanche. Sa piqûre engendre souvent des maladies très graves, voire même la perte momentanée de la vue.
15. Maux de tête. Ils sont traités par les bains de vapeur d'eau bouillante dans laquelle on a m.is à infuser des feuilles de « ntondo ». On place entre les genoux du malade ce pot d'eau bouillante au-dessus duquel il se penche ; on le recouvre d'étoffe dont on fait une sorte de tente si l'on veut lui faire prendre le bain entier ; il s'accroupit sur les coudes au-dessus du pot, pour le bain de tête. S'il y a des lancinements douloureux (bumbombo), on enserre la tête dans un lien fortement lié, et on recourt à la saignée. Pour cela, le médecin nègre « mganga », ou même un parent, scarifie les tempes ou le front ; sur les scarifications il pose une corne d'antilope dont la pointe est coupée, de manière à y pratiquer un petit trou large comme un crayon. Il tient dans la
i bouche une boulette de «buhula», cire noire que les I abeilles sauvages emploient pour fixer leurs gâteaux ou
I Baluba. Congo, C, e, 9?.
boucher les ouvertures de leurs ruches exposées à la pluie. Il aspire avec force pour y faire le vide, et pendant ce temps roule, avec la pointe de la langue, sur la petite ouverture en haut de la corne, la boulette de cire qu'il fixe à la corne avec les dents. Le sang afflue dans la corne. Le malade, couché sur le côté, attend patiemment la fin. Quand la corne est pleine de sang, le médecin la détache et enterre le caillot.
16. Dyphtérie (tusiki). Les noirs introduisent de force les doigts dans la gorge; ils raclent avec les ongles les fausses membranes que le malade vomit. Cette opération s'appelle « kulaba ». J'ai vu des gamins de 12 ans la faire sur des petits compagnons malades. Cependant l'opérateur habituel est une femme.
17. Eclampsie (kintamuna) : Elle est fréquente chez les enfants et les femmes en couche. J'ignore le remède indigène.
18. Elephantiasis. Cette maladie est rare mais existe. Je ne l'ai pas vu traiter.
II. — Le médecin né de la famille est donc le père, puis la mère. Ces gens-là connaissent assez bien les simples. En général, ces connaissances passent du père au fils, de la mère à la fille.
Les plantes, on va les cueillir à la forêt.
Cependant, les connaissances médicales des chefs de la famille sont assez restreintes. S'ils savent la vertu médicinale propre à beaucoup d'espèces, ils en connaissent peu le mode d'usage. Alors, en cas de besoin, on va consulter le médecin ou les sorciers.
Il importe de ne pas confondre ces deux catégories de spécialistes. Les deux prétendent au titre de guérisseur, mais leurs procédés sont différents.
BALUBA
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III. — Le médecin non-sorcier est, à proprement parler, le «mganga». C'est un guérisseur qui n'use que des simples et des procédés naturels. Les connaissances techniques, il les a acquises soit de son père ou de quelqu'un de sa parenté, soit d'un spécialiste à qui il paye une somme en échange de l'initiation. Il est pharmacien. Il vend aux clients des remèdes plus ou moins compliqués; il fabrique nombre de vomitifs et de purgatifs. Le métier est lucratif et considéré.
Un client vient-il le consulter, il en reçoit force conseils. En retour, il offrira une rémunération consistant en perles, poules, étoffes, voir même en farine. Parfois ces médecins se rendent à domicile ; c'est que leur client est riche et promet des émoluments lucratifs. Les consultations gratuites sont inconnues; mais en cas d'insuccès on peut parfois réclamer ce qu'on avait donné.
Sont-ils nombreux ces « mganga » ? Je ne le pense pas, du moins dans la région que j'ai surtout fréquentée. J'en ai connu deux dans une agglomération de deux mille âmes. Et c'est probablement une moyenne de base.
Il y a des spécialistes pour l'une ou l'autre maladie ; ceux-ci sont plus nombreux.
Chacun de ces médecins a ses recettes. En général, ils font usage de plantes, sous forme de feuilles, d'écorces, de bois, en poudre, en infusions, en lotions, en cendres délayées, en applications, en inhalations, en ingestions, etc. Ils posent des ventouses, connaissent les bains de vapeur.
Bahiha. Congo, C, e, gS.
Notre « mganga », nous l'avons dit, est en même temps pharmacien. Cependant sa hutte ne contient aucune collection de flacons aux étiquettes voyantes, plus ou moins ornées de têtes de morts, comme l'officine de son collègue d'Europe. Quand il a besoin d'un remède il va dans la plaine ou dans la forêt. Là, il trouve toujours les herbes et les racines dont il a besoin.
Voici ce que rapporte le P. Vandermeiren :
Se présente-t-il un malade affligé d'une grande plaie, par exemple, notre médecin va à la recherche d'une termitière sur laquelle pousse un arbrisseau. Quand il l'a trouvée, il regarde autour de lui pour s'assurer qu'aucun œil curieux et méchant ne l'épie. Cette précaution prise, il entame la termitière d'un vigoureux coup de bâton; une croûte dure vole en éclat et, par l'ouverture faite dans le domaine des fourmis, il aperçoit le binkwenkwense' , c'est-à-dire de petits grains de terre glaise que les patients insectes humectent de leur bave pour les unir ensemble. C'est une sorte d'éponge à l'intérieur des trous de laquelle la fourmi dépose ses œufs ; cette éponge est généralement près de la croûte, de façon que les rayons solaires chauffent l'éponge pour la chaleur nécessaire à la ponte.
Mais dépouiller des fourmis inoffensives du fruit de leur travail sans leur adresser la parole ne conviendrait pas au rite ; notre homme prend donc une feuille large et fraîche, la met sur son poing gauche et l'aplatit d'un coup de la main droite, puis, s'inclinant profondément comme s'il était en présence d'un être surnaturel, il dit : « Makena (c'est l'espèce de fourmis blanches dont il s'agit), qui habitez ce nid, nous autres hommes nous n'avons pas d'esprit, mais vous qui habitez ce cône de terre à l'intérieur duquel courent vos galeries, vous pouvez boucher à nouveau l'ouverture que je viens de faire, de même vous pourrez fermer la plaie dont souffre mon frère ». S'appuyant alors sur la main gauche, il courbe le corps au-dessus de l'ouverture et ramasse vivement une poignée de précieux binkvi^enkwense. Ensuite il passe rapidement la main gauche sur le bras droit pour en faire tomber les fourmis qui le couvrent.
Comme il lui faut des racines de l'arbrisseau qui pousse sur la termitière, il se baisse de nouveau, pousse son bras dans l'ouverture,
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tâtonne, et quand il a trouvé ce qu'il cherchait, il l'arrache d'un coup vigoureux et saccadé. Il se débarrasse comme la première fois des fourmis qui montent le long de son bras, recueille l'objet désiré et retourne à son logis.
Sans perdre de temps, il pile dans un mortier les petits grumeaux de terre glaise qu'il a pris dans la termitière, les réduit en poussière fine, puis, y mêlant un peu de cire, il en fabrique des pilules. Pendant qu'il fait ce travail, les petites racines qu'il a rapportées trempent dans de l'eau qui servira à laver la plaie. Ces apprêts étant terminés, le mganga va trouver son malade.
Il commence par appuyer ses mains autour de la plaie et cela méthodiquement, en tous sens, cherchant à ramener le pus sur les bords de la blessure; puis il y applique les lèvres, suce et crache vivement le pus ainsi aspiré. Il trempe ensuite un linge dans l'infusion qu'il a apportée et en exprime ce liquide au-dessus de la plaie qu'il suce à nouveau et cela jusqu'à ce que la partie malade soit bien propre.
Là s'arrête le traitement externe, il confie à la bonne nature de continuer la restauration et de terminer l'œuvre commencée. D'ailleurs deux petites pilules prises matin et soir aideront à activer la guérison.
S'il s'agit de plaies occasionnées par des flèches empoisonnées, la méthode est différente, surtout quand la pointe de la flèche est barbelée. Le mganga s'étudie à l'enlever le plus prudemment possible. A cet efl"et, il se sert de petits bâtonnets en bois très tendre, il les pousse lentement dans la plaie suivant le fer jusqu'à ce qu'il rencontre les barbes, sur lesquelles, l'un après l'autre, il pique les bâtonnets. Ce travail fini, il réunit le tout en un faisceau qu'il tire doucement, assuré que les barbes de la flèche ne peuvent plus s'accrocher aux tissus et les déchirer.
La flèche une fois extraite, il reste presque toujours dans la plaie une partie du poison nommé « bulembé » , dont les noirs enduisent les pointes. Notre médecin prend une corne de chèvre, dont la
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pointe est coupée, la place sur la plaie et aspire fortement; le sang empoisonné qui monte est rejeté prestement; l'instrument est Javé et la même opération recommence jusqu'à ce que la plaie soit suffisamment purifiée.
Pour vérifier si tout le poison a disparu, le « m^anga » approche de la plaie le bout de sa langue et s'il ne goûte rien d'amer, il juge que tout le poison a été aspiré ; il ne lui reste plus qu'à bien laver la blessure.
A cet effet, il prend une branche de « mukumbé » et, au moyen d'une pierre, il en frappe l'extrémité jusqu'à ce que les fibres forment comme une brosse aplatie. Ce pinceau végétal est trempé dans l'eau et sert à humecter la blessure, et, pour que le lavage pénètre, il souffle d'une manière courte et énergique. Pour finir, il applique ses lèvres sur la plaie et extrait tout ce qu'il peut. Quand le mal a bonne mine, comme dirait un patricien, il le recouvre d'une large feuille et la nature achève la guérison.
Comme on le voit, notre « mganga » agit d'une manière très rationnelle et fait preuve d'un grand dévouement. Sa méthode n'est pas moins censée quand une plaie envenimée a été négligée au point d'avoir corrompu les tissus et formé un abcès. Il prend une racine de (( yabilonda », la racle, met cette raclure dans quatre petits morceaux d'étoffe ; les paquets qu'il obtient sont plongés, deux dans l'eau froide, deux dans l'eau chaude.
Au moyen des deux compresses chaudes, qu'il prend alternativement, il attendrit l'abcès. Puis, prenant un petit bâton en bois de « ndao )) , de i 5 centimètres environ, qu'il a eu soin de laisser un certain temps dans la cendre chaude, il perce l'abcès et, dans l'ouverture qu'il vient de pratiquer avec son primitif bistouri, il exprime le liquide froid contenu dans les autres petits paquets.
En soufflant fortement il tâche de porter la purification jusqu'au fond de la plaie. Pour achever le lavage, il n'hésitera pas à se servir encore de ses lèvres afin de purifier la plaie d'une manière complète.
Enfin, il racle une racine de « musyé » et en étend le produit sur la partie malade dont il a eu soin d'humecter les bords.
Quant aux émoluments, ils ne seront versés qu'après complète guérison.
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Pour les lotions, les feuilles à tremper sont posées dans un pot à eau, placé devant la case. L'ustensile perche pittoresquement sur trois bâtons dont l'angle aigu tend à se rejoindre en haut. Cette eau est aspergée sur le malade avec un goupillon de branchage.
Le pus du furoncle est aspiré avec la bouche ; le fond de la plaie est alors essuyé avec le bout de la langue. L'opérateur est d'habitude un proche parent ou un intime, si ce n'est le médecin.
L'application du clystère est originale. La personne qui reçoit le lavement se met à genoux, les coudes appuyés au sol. L'opérateur met en place le clystère assez primitif : un simple roseau ; à l'autre bout du dit roseau s'applique la bouche du moteur, préalablement emplie du remède. Une projection vive comme un crachat. Et ail right, tout est dit. Le reste vient comme chez nous. Si le remède est trop amer, l'opérateur se sert d'une courge.
Un noir souffre-t-il de la fièvre, on lui fait boire de l'eau chaude en abondance et on lui en asperge le corps; une forte transpiration en résulte et suffit bien souvent I pour le guérir.
Si de fréquentes migraines le font souffrir, on le soignera aux tempes, à la nuque, aux bras ; puis il se penchera au-dessus d'un pot oii bout de l'eau infusée de feuilles de ntondo, et, recouvrant sa tête d'une étoffe, il recevra en plein visage les vapeurs brûlantes qui se dégagent de ce récipient.
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Est-il atteint de diarrhée ou de dyssenterie, il boira une infusion de racines de kibar^zé.
Contre les maux de ventre, il mâchera des tiges de luhé.
A-t-i! une simple plaie, il commencera par la laver à grande eau et la recouvrira d'une feuille lisse et souple de malyotoka; à défaut d'effet thérapeutique, ce remède préservera du moins du contact de l'air et de la poussière.
Les varioleux boivent aussi beaucoup d'eau chaude et en sont fréquemment aspergés, ainsi qu'on l'a vu plus haut, dans le but de favoriser l'éruption des vésicules morbides; à mesure qu'elles apparaissent, on les perce avec une aiguille, et on y répand du bois de luhé réduit en poudre, pour dessécher le liquide. Quand ce long travail est achevé, le malade se badigeonne le corps d'ocre rouge (luloba), et garde ce singulier accoutrement pendant toute la durée de la convalescence.
Ce badigeon d'ocre rouge n'est pas propre aux seuls varioleux. J'ai vu de nombreux convalescents d'autres maladies considérées comme fort graves ou de longue durée, telle que la framboisie, se frotter le corps ou une partie du corps de terre rouge, pour témoigner publiquement de leur guérison. Les Baluba-hemba appellent cela : « Kusubula ». Il est étonnant de les voir employer exactement le même mot dans plusieurs sociétés secrètes pour désigner l'initiation. Ce badigeon de convalescence pourrait bien être un rite, une purification légale, l'emblème de la résurrection à la vie, tout aussi bien que l'initiation, considérée elle aussi comme le commencement d'une nouvelle vie, d'une vie moins banale.
Nos Baluba craignent les serpents et à juste titre, car leurs morsures sont pénibles et douloureuses, sinon
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mortelles. Quand ils en rencontrent, ils les tuent sans pitié, à moins qu'ils ne soient retenus par une défense d'ordre taboutique.
Mais tous les serpents ne sont pas également vénimeux.
a) Le serpent des bananiers (petit et vert : mande nyoka) atteint 60 c. à 1 m. en longueur et un bon pouce en grosseur. 11 ne s'attaque à l'homme que lorsqu'il est traqué; sa piqûre est douleureuse, mais non mortelle.
b) Le serpent cracheur (mpela) d'aspect gris, a 2 m. de long et 3 à 3 1/2 c. de diamètre; il s'attaque de préférence aux œufs de poule qu'il avale tout entiers, aux rats et aux pigeons. Les indigènes le fuient. Il crache dans les yeux de celui qu'il attaque, un venin souvent mortel. J'ai connu une femme atteinte dans les yeux par la bave du mpela et qui mourait 24 heures après.
Un de nos missionnaires reçut lui aussi la bave dans les yeux. Il guérit en enlevant aussitôt cette bave et en frottant les yeux avec du lait. Notre brave capitaine Joubert reçut même plusieurs fois dans les yeux cette bave mortelle et en évita les conséquences au moyen du même procédé.
Voici un passage intéressant du P, Van der meiren : De mikankamane's of geweldige slangen zijn deze wier beet gevaarlijk is, daar de pijn zich in de andere ledematen overzet en heel dik- 1 wijls den dood te weeg brengt : ze zijn maar geschapen om uw lijf : en leden te vergiftigen. De nyoka titalala of vreedzame slangen hebben enkel voor doel de vrees in 't hert te jagen, en de levenden te doen
I Bahiba. Congo, C, e, gS,
herinneren dat zij hunnen vidye of overleden weldoener niet mogen vergeten.
Het serpent wordt aanzien als een wraakdier, dat den afgestorvencn ten dienste staat om de ondankbaren te strafîen.
Indien iemand in den droom serpenten heeft gezien, gaat hij, bij het ontwaken, alras naar het klein strooien hutje dat naast zijne woning staat en waar hij zijnen overleden weldoener vereert (i). Dààr gekomen : — « Wel vidye toch, zegt gij, wat leed heb ik u aangedaan dat gij mij zulke droomen overzendt? Ik groet u aile morgenden; nooit trek ik landwaarts zonder u erover te hebben gewaarschuwd. Ga ik op reis, dan kom ik mij onder uwe hoede stellen... Zie, hier is mijn geschenk, en laat mij toch, o mijn weldoener, van slangendroomerij bevrijd. »
Een reiziger, die een serpent over den weg vindt liggen, houdt stil en blijft nadenken : — heeft hij wel in 't weggaan zijnen vidye gegroet, of zouden andere geesten hem iets kwaads willen...? Bevindt hij zich aan vergetelheid schuldig, trekt hij aanstonds huiswaarts, valt op de knieën vôôr het strooien hutje en vraagt zijnen vidye om verschooning zoo onbeschoft te zijn geweest. Daarop, gerust van geweten, stelt hij zich weerom op weg. Indien hij integendeel, bij nauwkeurig onderzoek, zijn geweten in zijn haak vindt en zeker is zijnen weldoener bij 't afreizen te hebben gegroet, dan stapt hij zonder kommer over de slang henen en vervolgt zijnen weg. Edoch, moest hij andermaal een serpent tegenkomen, zoude hij ongetwijfeld huiswaarts keeren, overtuigd dat eene reis met zulkdanige tegenkomsteri, hem kwalijk zoude uitvallen.
Maar, zult gij zeggen, hoe doen het de Baloeba's, als er iemand gebeten wierd ?
Wie er nieuwsgierig naar is, trekke met den mganga of dokter eventjes die lage strooien woning daar binnen. — Bij 't ingaan hoort ge iemand kreunen en klagen ; maar wie...? waar...? In het eerste kunt ge niets ontwaren : 't is duister en zwart in de hut ; nergens een venster of gat dat licht mlaat. Een oogenblikje geduld ! Laat uwe oogen eerst gewennen aan den bijtenden rook en smook die in het
(i) Als er een familielid overlijdt, wordt er een klein strooien hutje opgericht. Daar zal de geest van den overledene vereerd en in moeilijke orastandigheden als beschermer aanroepen worden. Sommige personen hebben twee of meer zulke weldoeners of voorsprekers. Zij noemen ze vidye's.
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huisje hangt, en ge zult, bij de vale klaarte der licht-vlammende houtblokken in den heerd, eene vrouw ontwaren. Haar wezen is getrokken van pijn en smert, en nu zij den mganga ontwaart, grijpt zij haren voet met de handen stevig vast en slaakt luidop haar droeve klachten : — een mnkankamane-sevpent heeft haar gebeten, en 't brandend zeer klimt hooger en hooger.
De mganga trekt zonder aarzelen een handvol strooi uit het dak, maakt er een kakihaka of vlecht van, bindt die sterk om den voet, hertw^aarts op, boven de plaats waar het serpent zijn venijn inbeet, en gaat buiten op zoek naar den hukuluhtswa-hoom (i). Daar men dien boom hier ter streke veel aantreft, heeft onze mganga alras gevonden wat hij noodig heeft, en is hij terug met 'nen wortel. Is dit de remédie? Ja,zie, hij schrabt den wortel met een mes, vaagt het geschrabsel samen, giet er de helft van in een potje en doet er wat ohe en zout bij . Met eene naald of een puntig voorwerp steekt hij waar de serpententand 't venijn ingoot, nijpt met duim en wijsvinger wat bloeduit, en wrijft dan al wat hij wrijven kan met die remédie van uit *t potje, ten einde de bezeerde plaats goed te doen bloeden. Vervolgens bindt hij het overige afschrabsel in een doekje toe, dopt het dotje in warm water en wringt het herhaalde malen over de wonde uit. Daarmede is het eerste bedrijf klaar- en uitgespeeld. Zonder rustpoos begint nu het tweede bedrijf.
Ernstig en ingetogen gaat de mganga rondom rond de vrouw, met zijnen voet eenen kring trekkend op den grond. Hij haalt een mulebelebe-tak]Q (2) of lukoloo vôôr den dag, duikt zich achter de vrouw en...
(1) De buhdiihuswa is een boom die nagenoeg vier tôt vijf meters hoog wordt. De takken, wier opperhuid lichtgeel is, staan bezet met stekeltjes van lo tôt i5 millimeters en met wisselbladeren die eenvoudig, hertvormig zijn en weinig glans hcbben. De vruclit van den bukulukuswa is samengesteld, sappig en niet openspringend; zij is niet grooter als eene kriek, en, rijp zijnde, is zij purper van kleur. De kinders zijn om haren zoeten smaak op die vrucht verlekkerd. De wortels van dien boom zijn bundelvormig en houtachtig.
(2) De mnUbelehe is een boom die geen vruchten oplevert. Zijne fijne blaadjes staan vinvormig aan den bladsteel ; zij zijn een weinig lancetvormig. De stelen
Baluba. Congo, C, e, g5.
— « Een serpent heeft u gebeten ; het serpent heeft zich voor u verdoken, en ik mensch, ik ga u voor de slang verbergen (i). »
Dit zeggende biedt hij de vrouw het takje aan. Deze vermorzelt het tusschen de tanden, knabbelt en knauwt er het sap uit, spuwt die vloeistof op de bezeerde plaats, en wrijft over den voet neerwaarts .
Daarmede is het verplegen uit en ten einde ; met tijd en geduld, zal de vrouw genezen zijn.
De mganga gebruikt niet altijd de eene en dezelfde geneesmiddelen. In zijn huis bewaart hij er verscheidene andere, die nu en dan te voorschijn komen. Zoo heeft hij zekere pillen, gedraaid van vergruisde herten van drie soorten van serpenten : de mpiji — korte en dikke slang; de mamba — geheel lang en slank, en de ntamhwantanda — vicier beet als ongeneesbaar aanzien wordt. Deze pillen worden 's morgens, 's middags, 's avonds, bij middernacht en eerste hanengekraai een teenegaar ingenomen.
De ntambo-muti-wortel (2) wordt 00k in bijzondere omstandigheden benuttigd en gebezigd. Het afschrabsel van dien wortel wordt eerst in de zon te drogen gelegd, dan tôt meel gestampt, en daarna weerom aan de blakende zon toevertrouwd.
Wie door eene slang gebeten is, zal van dit mengsel moeten snuiven, en volgens dat hij niest of niet, zal er over de boosheid van het serpent geoordeeld worden.
Wilt ge nu eens even mede naar dit boschje, ginder ergens op den overkant der rivier ? Daar ligt een man die door eene slang zooeven gebeten wierd. Men zal hem wel ter plaatse geen geneesmiddelen toedienen, — hij moet naar huis; — nochtans zuUen er volgens Baloebasch gebruik, bij het overbrengen, nog verscheidene bijgeloovigheden — die men geenszins nalaten mag, — plaats grijpen, en 't is misschien wel het zien weerd.
zelf groeien ringwijs drie en drie op den stengel. De hoofdwortel , die loodrecht in den grond zit, draagt terzijdeschiet'nde wortelkens.
(1) Nyoka aye bakusume ; obe waji uyukile nswa nsumwe ne nyoka : e hyakufyaminanga; ne ami muntu, nakakufyamina nyoka.
(2) De ntambo-muti of leeuwenboom is, evenals de mulebelebe, een boom die geen vruchten draagt. Hij heeft samengestelde bladeren wier bladsteel aan beide zijden met lancetvormige, getande blaadjes bezet is (gevinde bladeren) en die afwisselend op den stengel staan. De wortel is bundelvormig en begroeid met kleine verspreide uitwassen.
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(Confro.)
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Van zoohaast de stoet, die den gewonde kwam afhalen en al biddend en de vidye's aanroepend is vooruitgetrokken, aan de rivier komt, roept de dokter met plechtige stem : « Mannen, staat ! Stellen wij ons eerst onder de hoede van den water-vidye! » en dit zeggend neemt hij wat modder uit den vloed, rolt die op de hand tôt eene pil en geeft ze den zieke in te zwelgen.
Op den overkant van 't water, wordt zoo eene tweede pil gedraaid en geslikt, en dit stelt aller herten gerust, want milamhwe, de water geestjZal hun geen kwaad berokkenen. — Nochtans aile gevaar is niet voorbij : daar komt het bendje op eene kruisstraat, en dergelijke, — allen zijn ervan overtuigd, — zijn vergaarplaatsen van kwade geeslen : de mwamhas. Wee den Mloeba die zonder groeten die geesten voorbijgaat! De mganga v^eet het, en daarom, na den stoet te hebben doen stilhouden, trekt hij wat gras uit iederen weg, maakt er eene vlecht van en bindt die vast en stevig rond het lijdend lidmaat.
Onder de hoede van al die geesten, komt de stoet aan de woning van den gebetene. Eerst nog eenen laatsten groet aan den vidye of huisbewaarder, en de yyiganga begint de reeds beschreven verplegingen.
Ils ont donc des connaissances chirurgicales élémentaires, ils soignent fort bien une fracture : ils immobilisent le membre dans une texture de roseaux, une espèce de natte à claire-voie, si l'on peut dire.
Quant aux plaies, ils procèdent d'abord à leur nettoyage avec ingéniosité : l'opérateur souffle pour enlever la poussière; puis il avale une gorgée d'eau et la projette avec plus ou moins de force sur la plaie : une seringue primitive, quoi, et portative! Les noirs ignorent que l'ébullition de l'eau la rend plus propre aux pansements. Ils ne font guère attention à la pureté de l'eau.
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Celle-ci est tiède ou froide, peu importe. En cas de purulence, vite on l'enlève avec méthode, avec une paille ou un bout de roseau taillé. Le pansage se fait avec une feuille ou des feuilles (suivant le cas). Cette feuille provient de Tarbre malyatoka; elle a la taille d'une grande main, ^et l'apparence du velours gris; ce duvet végétal donne un moelleux qui soulage peut-être, mais qui protège certainement contre la poussière, les mouches et toutes espèces d'impuretés.
Voici comment on extrait les flèches en Uruwa :
/^^ méthode: On appuie les deux mains ouvertes contre la tige de la flèche, on fait violemment subir à la tige un mouvement giratoire pour dégager les barbes du fer, et on tire d'un coup sec.
C'est le cas pour les flèches à barbes courtes.
2^ méthode : On introduit deux bois plats dans la plaie, de manière à couvrir les barbes, on fixe le tout ensemble et on tire doucement.
3^ méthode : On introduit dans la plaie deux bois durs et on écrase les barbes, puis on tourne et on tire.
4^ méthode : Si c'est possible, on enfonce plus profondément la flèche et on la passe à travers le membre atteint (bras ou jambe).
Nous avons vu que le Mganga « va recueillir, au fur et à mesure de ses besoins, ses plantes médicinales. Voici comment il s'y prend. Dès qu'il a rencontré l'arbre (ou la plante), il le frappe en disant : « Obe muti naiya kulomba bukomo kobe bwa muntu yeu wanalobwa ; luba lonso luli munda luhwe, si muli kasele katambe, si muli kimenyi kisabike », c'est-à-dire : « Toi arbre (ou plante), je viens demander chez toi la santé de cette personne que je traite; que toute maladie intérieure cesse; s'il y a de la blenorrhagie, qu'elle s'en
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aille; s'il y a un abcès, qu'il crève.» Puis il coupe Tarbre. Pour cette opération peu importe l'heure et le jour.
Il y a aussi des femmes «mganga ». Leur fonction est plutôt de sacrifier pour les autres, c'est-à-dire de répandre des libations, soit le matin de très bonne heure, soit le soir pendant que les clients sont réunis pour manger. La femme mganga va donc s'accroupir devant la case funéraire de ses clients et dit : « Banwe batata, balolo bali mu yeyi nzibo, hano naenda kwa rnganga, nakwata banwe, hano muleke mwanuke yeu ekale bukomo », c'est-à-dire : « Vous mes pères, mes mères qui êtes dans cette cahute, voilà que je vais chez le sorcier, je vous saisis; à présent, laissez cet enfant (cette personne) pour qu'il se porte bien. » Puis elle verse de la bière ou de la farine mêlée d'eau sur le devant de la case.
Les sorciers sont de trois espèces : le mganga wa kansyekele (le devin), le mganga wa kilumbu (le grand sorcier), les mganga wa mawésa, mutala, bwana mutomho, grands sorciers secondaires. Tous les trois on les consulte pour connaître la cause cachée d'une maladie, et en obtenir des moyens de guérison ou pour se prémunir contre les influences néfastes.
Le petit sorcier (kansyekele) est celui qui consulte le sort par divers procédés déterminés et connus ; par ces moyens il prétend découvrir l'auteur d'une maladie. Quand il a découvert cet auteur, il ajoute ce qu'on doit faire pour l'apaiser et pour empêcher qu'il ne nuise à l'avenir.
Baluha. Congo, C, t. gS.
Voici comment les choses se passent :
La famille s'est donc émue du progrès de la maladie. Aucun remède familial n'a agi ni aucune recette du médecin. Elle se décide à dépêcher un de ses membres chez le devin. Celui-ci acquiesce à la consultation, moyennant telle condition stipulée d'avance.
Si le malade peut se rendre lui-même chez le devin, dans sa case, il s'y rend. Sinon c'est le mandataire du malade qui, dans la consultation, prend la place du malade.
Ils s'asseyent sur la natte : le malade (ou son mandataire) et le devin.
La cérémonie commence.
Les interrogations se font avec méthode : le village du patient? la rue ou le quartier qu'il habite? la famille? l'individu?
Attention. L'opération essentielle du devin commence . il applique l'un ou l'autre des procédés énumérés et décrits ci-après (la hache, le pot, etc.).
Une fois que l'auteur de la maladie est ainsi déterminé, le devin explique ce qu'il faut que les gens de la famille fassent pour apaiser l'esprit irrité, seule cause du mal.
Il faut se souvenir ici de la mentalité des Baluba quant à la maladie. Provient-elle d'une cause non apparente, c'est-à-dire, qu'elle ne soit pas le résultat d'une blessure ou de la vieillesse, alors elle est due à un esprit. Pas de doute. L'immense majorité des maladies se classent dans cette catégorie.
Comme tous les actes de la vie ordinaire sont plus ou moins influencés ou influençables par les esprits invisibles — presque toujours nocifs, — ainsi presque toutes les maladies — ces maux de la pauvre humanité — sont causés par ces esprits.
BALUBA
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C'est dans cette mentalité que baignent les racines de l'influence des sorciers chez les Baluba et de l'importance de leurs fonctions.
Assurément, chaque opération est payée. Ces gens ne font rien pour rien. La hauteur des honoraires dépend de la fortune du consultant et du service rendu. D'habi-
I tude un cadeau — plutôt léger — est donné avant la consultation. Le solde se paie après la guérison : c'est l'émolument proprement dit. Le malade ne guérit-il point? Le plus souvent le solde n'est jamais payé. C'est la coutume.
Comment les devins acquièrent-ils leurs connaissances? Je n'ai guère connu de fils qui aient succédé à leur père. En revanche, j'ai connu plusieurs fils de devins qui n'ont pas succédé à leur père. L'initiation se fait chez un devin, plus ou moins renommé, moyennant finances.
Il y a des femmes « devins » comme des hommes, leur nombre est seulement plus restreint.
I Voici le récit d'une consultation que j'ai publiée dans
I nos Annales.
1 Pénétrons ensemble dans la cabane de l'un de ces j devins, et voyons-le à l'œuvre.
i Une femme nous a précédés ; son enfant malade depuis quelques jours n'a pu être guérie par le mganga. Mais déjà le sorcier, par d'habiles interrogations, connaît les noms des membres de la famille, vivants ou morts, et de tous ses génies protecteurs.
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Accroupie sur la natte, la pauvre mère attend anxieusement le résultat de la consultation. Elle se sent vivement émue ; et comment ne le serait-elle pas, la pauvrette, à en face du mystérieux personnage, assis devant elle, tout ' badigeonné de terre blanche, coiffé de son bonnet à plumes, et ceint de plusieurs peaux de fauves ; comment I ne pas sentir son cœur battre devant le puissant bwanga? i Car il est là, incrusté dans un oreiller de bois surmonté d'un vase vide (1). ^ Attention! le sorcier se met à l'œuvre. i De la main gauche, il saisit un hochet à double ou j triple boule, appelé munyanga, qu'il agite en cadence, et ' les yeux grands ouverts sur le vase, il s'écrie : « Si ' quelqu'un pile, qu'il cesse; si quelqu'un nettoyé les ' herbes, qu'il s'arrête. » Puis il continue à mi-voix : « O morts, qui donnez à mon bwanga toute sa puissance, découvrez-moi l'auteur de la maladie; dites-moi quel mort ou quel esprit s'est cramponné à l'enfant; révélez-le, que nous puissions le calmer par des présents ». Et prenant un bâtonnet, une paille quelconque, il souffle dessus, le jette dans le vase et se met à tourner lentement ce récipient sur l'oreiller en disant : « Si c'est le génie protec- ; teur du père de cet enfant, dis-le moi sans retard, o mon puissant bwanga >y . Mais le vase, guidé par la main du sorcier, tourne toujours. Le sorcier s'est trompé d'adresse. Il passe donc au génie de la mère, à celui du frère, de la sœur, de l'aïeul, à ceux de toute la famille, puis à ceux des : membres défunts, et recommence patiemment sa petite manœuvre jusqu'à ce qu'enfin le vase s'arrête et frappe i trois coups sur l'oreiller ; le coupable est découvert. Pendant cette cérémonie, la cliente n'a pas même osé
(i) Ceci n'est qu'une des méthodes.
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soupçonner la bonne foi du sorcier; il ne reste plus qu'à payer et à aller sans retard apaiser, par les offrandes indiquées, celui qui tourmente le malade.
Le sorcier mganga wa kansyekele possède aussi d'autres méthodes et d'autres instruments dans lesquels il accroche, tant bien que mal son bwanga. Au lieu du vase et de l'oreiller de bois, il dépose souvent sur la nappe une coupe indigène dans laquelle se trouve une boule et la recouvre d'un couffin tourné le fond en l'air. Il promène alors son petit attirail en tous sens, sans cesser de faire ses invocations accoutumées soulève de temps à autre le couffin continue toujours sa manœuvre, jusqu'à ce que la boule ait pris une position déterminée; à ce signe il reconnait le coupable, l'auteur de la maladie.
Quelquefois, il saisit du bout des doigts une cruche d'eau, pleine jusqu'au bord, et la fait vivement tournoyer le long de son corps. Dès que le nom du coupable ,j a été prononcé, le contenu se vide tout entier. I Voici plusieurs autres manières d'opérer :
Le sorcier étend par terre une peau de chèvre ou de mouton, poil contre sol, s'y accroupit, y frotte des I deux mains le fer d'une hache, en citant les noms comme j il a été dit. Dès que la hache adhère à la peau, sans que ' le sorcier puisse la faire glisser en avant ou en arrière, le dernier nom prononcé est celui du coupable, li Sur un caillou posé par terre, le devin glisse une I houe, le tranchant sur la pierre. La personne qui con- ^ suite jette par terre un bâtonnet et nomme quelqu'un. Si
Baluba. Congo, C â, g5^
la houe passe droite sur la pierre, le nom cité n'indique pas le coupable. Le consultant jette alors le nom d'une autre personne, et ainsi de suite. Si la houe se penche soit à droite soit à gauche, le nom cité est celui du coupable. D'ordinaire, à ce moment, le devin fait glisser la houe plus vite.
Au bout d'un bâton est attaché un kakuba (ou Goliath). Ce bâton repose sur un petit pot dans lequel se trouve un liquide. D'une main le devin agite un kinsaka, de l'autre il fait glisser le bâton à droite et à gauche. Aussi longtemps que le bâton glisse ainsi, c'est bon signe. Dès qu'il glisse à droite, le nom cité (suivant la manière précédente) est celui du coupable.
Voici un petit pot renversé; au-dessous, une pierre. Aussi longtemps que la pierre résonne pendant que le devin remue le pot, rien à noter. Dès qu'elle ne résonne plus, le nom cité (même mode que précédemment) est celui du coupable. L'esprit s'est manifesté.
Voici un mboko, une courge vide à queue recourbée. Le consultant jette une petite paille dans cette courge dont le côté est garni d'une petite ouverture. Cependant le devin cite un nom et secoue légèrement la courge. Si la paille tombe à droite ou à gauche, rien. Si elle reste debout, le coupable est celui dont le nom a été prononcé.
Ndav^^a. Le devin tient l'un bout d'une corde à laquelle s'attache un manche de houe; le consultant garde l'autre bout. Le premier fait glisser le manche et des noms sont prononcés. Si malgré les efforts du devin la glissade ne va plus, c'est que le nom prononcé est celui du coupable.
Le pot repose sur une pierre et un panier est sur le pot. D'une main le devin fait glisser le panier à droite
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ou à gauche; de l'autre main il frappe sur une chose qui résonne. Il cite un nom, puis un autre, etc. Si, à l'énoncé d'un nom, le panier va d'avant en arrière et précipite sa marche, le coupable est connu.
Comprenons-nous bien. Chaque devin n'emploie pas indifféremment l'une ou l'autre de ces méthodes, suivant les circonstances ou les maladies. Non. Chacun d'eux a sa manière ou sa spécialité ; il ne se sert que de la sienne.
Enfin le client a reçu la réponse, et il est allé sans retard calmer ce mauvais esprit ou ce mort ennuyeux. Si, malgré tout, le malade va de mal en pis, que faire? S'il est tant soit peu grippe-sous, il réclamera son argent sans autre forme de procès et s'en ira consulter un sorcier plus puissant, je veux dire le Bwana Kilumbu ou le Bwana Kisimba (les grands sorciers).
Ceux-ci prétendent avoir la faculté, et tout le monde le croit, d'attirer en eux un génie de l'autre monde. I Toutes les fois qu'ils le veulent, ce génie accourt, vient s'incarner en eux pour un moment, les posséder et dé- , voiler, par leur intermédiaire, diverses causes cachées laux humains. Eux-mêmes ne sont que des instruments, i des sortes de médiums, au service de leur génie protecteur.
1 Ne devient pas sorcier qui veut, mais seulement celui
iique le génie daigne y appeler expressément.
, On sait qu'il y a deux familles d'esprits (voir plus
1! Baluba. Congo, C, e, gS.
loin) : les Babitenta ou baluba (esprits de TOuest) et les Bahemba (esprits de l'Est).
Quiconque est appelé au service des babitenta deviendra bwana kilumbu. Quiconque est appelé à suivre les esprits bahemba deviendra bwana kisimba. On désigne souvent les deux catégories sous le seul nom de « Kilumbu » ou « Bwana Kilumbu ».
Comment les génies s'y prennent-ils pour manifester leur volonté et se créer un nouveau serviteur? L'histoire suivante le dira.
11 s'agit de l'appel de Kalala, un jeune homme qui habite près de notre mission de Lukulu :
« Un jour, me racontait un de mes catéchumènes, nous étions assis à plusieurs à l'ombre d'un ficus, au plein milieu du village de Kyombo ; nous devisions ensemble bien joyeusement tout en tirant à tour de rôle de larges bouffées à la pipe commune. Kalala était de la partie et ne riait pas le moins fort.
» Mais voilà que tout à coup il est pris de tremblements convulsifs, une sueur froide inonde tous ses membres; ses yeux, d'abord hagards, se mettent à tourner dans leur orbite avec rapidité, ils semblent vouloir en sortir ; ses dents grincent, ses mâchoirs craquent, une bave épaisse lui coule de la bouche. Soudain il se lève, saisit et brise tout ce qui lui tombe sous la main, puis se met à gratter de ses ongles le sol sablonneux oii nous étions assis ; il creuse en fort peu de temps une tanière oii il pénètre, pour en sortir un peu plus loin. Alors seulement il s'assied, se calme et petit à petit ses sens lui reviennent. Pendant tout ce temps, le père de Kalala battait des mains en disant : « O Esprit, qui te manifeste à mon fils, qui que tu sois, je t'honore; je reconnais ta pré-
BALUBA
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sence. » Pour moi, j'avais le cœur bien agité et une grande envie de fuir; mais la peur me clouait au sol.
II » Les anciens, eux, n'avaient pas peur, car ils avaient souvent vu de pareils faits.
— Voilà, Bwana (maître, monsieur), une histoire vraie, et que j'ai vue de mes yeux.
j — Et que faisait Kalala, au fond de son trou?
— Cela je ne l'ai pas vu, mais les grands disent que là, au fond de la tanière, l'Esprit révéla son nom et invita son élu à s'initier à la sorcellerie. Et c'est ce que Kalala a fait. Quelques jours après, il se rendait chez un sorcier voisin pour y recevoir, tout en battant journellement le tambour du génie, les explications nécessaires sur la vertu des plantes, les formules d'incantations, la
I manière d'appeler le génie, de l'interroger, de découvrir les auteurs des maléfices. A présent, comme tu le sais bien, Bwana, il est lui-même sorcier et exerce son métier ici tout près. Mes paroles sont la vérité; je ne veux pas i te tromper; mais je te demande de ne jamais dire aux I autres Noirs que c'est moi qui te les ai dites. I; — Pour cela tu peux être tranquille. Mais n'a-t-il rien I payé au vieux sorcier; ça doit coûter assez cher?
— On m'a dit qu'il a donné pour ses leçons, un I esclave, quelques étoffes et dix colliers de perles. »
' Voilà donc un nouveau sorcier; désireux lui aussi de I se créer une nombreuse clientèle; il ira s'établir dans un ' lieu favorable. Dès qu'il possédera les objets nécessaires et qu'il aura un batteur de tambour, il commen-
j Baluha. Congo, C, e, gS.
cera ses séances, alors il peut être assuré d'avoir bientôt des clients.
Un Noir veut-il consulter le génie du grand sorcier, il s'adresse au batteur de tambour et lui expose l'objet de sa requête. Celui-ci saisit son instrument et sonne l'appel au génie, en récitant une formule déterminée sur un ton saccadé, précipité, nerveux.
Voici quelques formules d'appel :
Appels du Kitobo^ batteur de tambour du sorcier, pour faire venir l'esprit.