Arbre généalogique
Tous nos Baluba-hemba ont une connaissance assez exacte de leurs ancêtres. Ils tiennent à honneur de connaître leur arbre généalogique. Le besoin de trouver des personnes solidaires pourrait bien y être pour quelque chose. L'individu isolé est exposé à trop de vexations et de dangers ; il cherche en conséquence à entrer dans un clan puissant et à se trouver des parents le plus possible. De là cette habitude de tenir bonne note de sa lignée ascendante directe ou collatérale, d'examiner les liens de parenté qui unissent à d'autres personnages.
Un autre motif d'étudier l'arbre généalogique est le devoir qu'a tout Muluba d'honorer ses ancêtres, de pouvoir indiquer leurs noms aux sorciers quand il va les consulter pour un mal quelconque; car ces ancêtres ne se font pas scrupule de le molester de temps à autre s'il les oublie. Or comment les indiquer, s'il ne les connaît pas.
Le Mluba, il est vrai, est assez exposé à laisser de côté l'un ou l'autre de ses ancêtres, surtout si les noms sont pareils, ce qui est fort fréquent, et aussi parce que les noms sont communs aux hommes et aux femmes. De là vient que les personnes apparentées sont souvent en contestation sur le tableau généalogique.
Bahiba. Congo, C, d, 04.
II est à remarquer que les mères seules comptent pour la généalogie. L'arbre généalogique n'est donc pas composé de l'élément masculin et féminin, comme dans nos régions, mais uniquement de ce dernier. Le motif semble bien être le désir d'avoir ses apaisements sur la descendance. Le fils de la mère est sûrement son fils, mais est-il toujours le fils de son mari ?
Voyez à titre d'exemple, l'arbre généalogique des Bakyombo, la grande famille seigneuriale des Balubahemba, issue de Tumbwe, branche aînée de l'ancienne famille Kasanga, originaire de l'Ubemba au Nyassa. Le tableau généalogique se trouve à la page 62.
P. Colle.
BALUBA
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Origine et explication du pouvoir des chefs dans VUruwa,
Jadis, dans le lointain des âges , le nommé Kahatwa, fils de Kazali, vint d'un pays éloigné, situé bien au delà du Lomani, à l'Ouest. Il s'établit sur les bords du lac Kisale, lagune du Kamelondo. Ses deux épouses et luimême étaient de la famille des Bwina-mbayo. L'une des femmes resta stérile; on ignore son nom. L'autre s'appelait Ndaï, et était issue de la branche Bena-luba ou Ba-luba. Dès sa naissance, elle avait été vouée au génie Kongolo. Kongolo est un génie double, personnifié dans deux serpents, un mâle et une femelle ; tous deux séjournent dans une rivière différente; de temps à autre, ils s'unissent par-dessus nos têtes ; leur union apparaît aux yeux des hommes sous les plus vives couleurs. C'est l'arc-en-ciel (en Kiluba : Kongolo-mwamba).
Ndaï conçut de son mari et mit au monde un enfant mâle qu'elle voua au génie protecteur de sa famille ; il reçut donc le nom de Kongolo-Mwamba. Elle engendra ensuite deux filles qu'elle appela, l'une Bulanda, c'est-àdire pauvreté, Tautre Kêta, c'est-à-dire un peu de viande. A ses côtés vivait aussi sa petite nièce appelée Bubela (Mensonge). Toute la famille avait le teint rouge vif. En ce temps-là, la terre était molle; le pied de l'homme et le sabot des antilopes laissaient leur empreinte jusque sur les rochers les plus dûrs. C'est à un ancêtre de cette famille, à un certain Kyomba, que le grand esprit créa-
Balv.ha. Congo, C, à, 94.
teur avait fait connaître le feu et la faculté germinative des graines.
Or, il arriva qu'un jour Bulanda se rendit au lac pour y puiser de l'eau. Elle ne fut pas peu surprise d'y rencontrer un homme absolument inconnu, qui s'y désaltérait. Il tenait à la main son arc, ses flèches et sa lance; à ses côtés étaient plusieurs chiens. C'était un chasseur, venu du côté du Tanganika, du nom de Mbili. Bulanda s'approchant de lui, le salua. Elle lui demanda ensuite qui il était, d'où il venait, oii il allait, mais l'étranger ne répondit pas, et continua à boire, comme si de rien n'était. Toute étonnée, Bulanda courut avertir son frère Kongolo-Mwamba. « Viens vite, lui dit-elle, viens vite au lac. Il y a là un homme étrange, comme je n'en ai jamais vu. Il ne veut pas parler. »
Le frère vint au lac, et se mit lui aussi à interroger l'inconnu, mais sans plus de succès. Profondément intrigué, Mwamba alla sur-le-champ consulter le sorcier qui rendait les oracles du génie Banza; il en reçut cette réponse : « Cet étranger est Kakenda, le grand sultan chasseur de l'Est (Kiluwe kya buhemba) du pays de Kibawa. Il a été entraîné ici à la poursuite du gibier. Va tout de suite lui construire une cabane sacrée entourée d'une palissade en roseaux; mets-y dans le foyer le feu tiré du briquet de bois et puis invite-le à entrer. » Mwamba s'empressa d'exécuter l'ordre et courut inviter l'étranger. Cette fois Kakenda obtempéra au désir de ses hôtes, pénétra dans la case et se mit à causer familièrement. Ndaï et ses filles préparèrent un bon repas qu'il daigna accepter. Mwamba le pria de passer quelques jours avec eux ; il y consentit également.
Un jour, le sultan Kakenda aperçut Bulanda qui allait seule vers la rivière. Il s'approcha d'elle et lui dit :
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« Bulanda, je t'aime; veux-tu devenir ma femme?». La jeune fille y consentit et ils se marièrent. Mais bientôt elle remarqua qu'elle allait devenir mère. Elle le dit à son mari. Kakenda tout heureux dit alors à sa femme et à toute la famille de Kongolo : « Ma femme a conçu, plus rien à présent ne me retient ici; je vais retourner dans mon pays ». Et il partit. Cependant la jeune épouse mit au monde un garçon ; elle lui donna le nom de «Kalala-Ilunga ». L'enfant à peine né se trouva plein de vigueur. Il s'écria : ^< C'est moi Kalonza mwali, Kampangala mwali, c'est moi l'enfant qui, né le matin, se fait déjà acclamer le soir pour ses prouesses. »
Quelques heures après sa naissance, Kalala-lIunga s'en fut jouer avec les enfants des gens de Kongolomwamba. Il se mit à façonner un jeu de peta. Quand il vit ce qu'il était capable de faire, il s'écria : « Il y a longtemps que je suis né, je suis fort et vigoureux». Et il partit vers la forêt pour de nouvelles prouesses.
Errant au sein des bois, il vit passer une colonne de fourmis qui venaient de piller une termitière; chaque bestiole portait dans ses crocs une ennemie tuée. Il se dit : «Quoi, ces petits insectes sont assez courageux pour attaquer, tuer et capturer d'autres insectes, et moi Kalala je n'en pourrais faire autant ! Non ! j'irai tuer et capturer des hommes. »
Il revint donc au village, tua plusieurs personnes de Il chez Kongolo, en captura d'autres qu'il entraîna à la forêt et les força à le servir. Ce qu'apprenant, Kongolo
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se fâcha fort. «Il a tué et pris mes hommes, s'écria-t-il, et bien, je le tuerai moi aussi. » En attendant, il se tût, et refoula dans son cœur ses projets homicides.
De nombreux jours s'écoulèrent ; l'affaire semblait oubliée. Mais Kongolo songeait à la vengeance.
Un jour il creuse au milieu du village une fosse profonde, la recouvre à fleur de sol, de nattes et de sable, si habilement que rien n'y paraît. Puis il invite son neveu à boire la bière et à danser. Kalala accepte, et à l'heure indiquée tout le monde vide au milieu de la joie la plus bruyante les nombreuses jarres de bière de maïs, et entame la danse. Kongolo se met en tête de file ; d'un pas alerte, cadencé, et avec les contorsions les plus gracieuses, il conduit la ligne des danseurs. Jamais un Muluba n'avait si bien dansé. La bande joyeuse va, vient, ^ fait des zigzags, des cercles, des spirales qui s'ouvrent et se ferment avec grâce. Petit à petit, l'on s'approche du trou fatal. Le neveu suit immédiatement son oncle. D'un mouvement précipité et qui semble commandé par les rites de la danse, Kongolo se trouve du côté opposé ; Kalala va inévitablement tomber dans le piège. Mais le malin, très méfiant sous son apparente bonne humeur, mesure chacun de ses pas. 11 donne, sans faire semblant, de légers coups de lance sur le sol. Ici, le sol cède sous son arme. Il a reconnu le piège. Furieux, il se redresse et dit à Kongolo : «Kongolo, mon oncle, voici un trou oii tu as voulu me faire tomber pour me tuer. C'est bien. Ici je ne puis rien te faire. Mais je pars avertir mon père Kakenda, et puis nous verrons qui de nous deux sera le plus fort. » Et il partit sur le champ. Il descendit le long de la rive droite du Kamelondo jusqu'au village de Kiluba, près du confluent de la Lualaba (Ankoro), demanda une pirogue et passa sur l'autre rive. Kongolo
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d'abord hésitant s'était résolu à le poursuivre et à le tuer avant qu'il n'eût demandé secours à son père. Il arriva lui aussi chez Kiluba, demanda, mais en vain, une pirogue pour passer le fleuve, Kalala ayant dit en passant au chef du village : « Si tu vois arriver ici un homme tout rouge, ne le laisse pas passer, il me suit pour me tuer, moi le fils du sultan de Kibawa, du grand chasseur de l'Est.
Kongolo cependant, voulut à toutes forces passer. Il fit lier plusieurs gros fagots d'herbes sèches en forme de radeau, et il dit à ses gens de tenter le passage. Plusieurs se mirent sur la frêle embarcation, mais à peine furent-ils éloignés de la rive, qu'ils chavirèrent et périrent. D'autres essayèrent à leur tour et eurent le même sort. Son conseiller lui dit alors : «Pourquoi nous obstiner à passer. Ton neveu est déjà loin, nous ne parviendrons plus à le rejoindre. Retournons chez nous. » Kongolo goûta le conseil, mais avant de partir il tenta un dernier effort. Il appela son batteur de tambour et lui dit : «Voilà un gros et grand muvula (1); monte tout en haut, et là tu batteras le tambour de toutes tes forces, pour dire à mon neveu de revenir afin de nous reconcilier.» Le batteur de tambour dresse contre le muvula une perche solide et parvient à se hisser au sommet. Il bat avec fureur le tambour; puis.
(]) Arbre dont le tronc droit et très épais (j'en ai vu dont le pourtour à la base avait au moins 6 mètres) convient très bien aux noirs pour creuser des pirogues.
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s'arrête, écoute. Le tambour du neveu ne répond pas. «Frappe plus fort, dit Kongolo. » Il se met à battre les flancs de son tambour avec rage, s'arrête et écoute. Rien ! Décidément Kalala est trop loin. Outré de colère, Kongolo fait enlever l'échelle improvisée. Le malheureux tambour ne peut descendre et meurt sur son arbre.
L'oncle veut tenter de créer un chemin à travers le fleuve. 11 fait ramasser des cailloux, briser des rochers qu'il jette à l'eau. Ses hommes travaillent avec force, mais ici encore plusieurs laissent la vie. Enfin découragé et abattu, Kongolo se décide à regagner ses pénates.
Là une grande crainte envahit son âme. « La vengeance de mon neveu sera terrible, se dit-il, et elle ne peut tarder. Kalala-Ilunga ne manquera pas de venir me tuer. Fuyons vers les cavernes de la montagne.» Depuis ce jour, Kongolo vécut en fugitif sur les monts Mita, allant d'une caverne à l'autre.
Cependant Kalala avait trouvé son père Kakenda, et lui avait exposé ses intentions de tuer l'oncle. Kakenda refusa de participer au crime. Kalala revint donc, décidé à se venger envers et contre tout. Il arriva au village de Kongolo; les maisons étaient vides. Il courut vers la montagne, fouilla toutes les vallées, toutes les cavernes et finit par trouver le fugitif. D'un coup de couteau il lui trancha la tête. Il enveloppa celle-ci d'étoffe de rafia, la mit dans un panier à couvercle conique (kihau), dressa un petit temple de chaume et y déposa la «relique».
Depuis ce jour, l'autorité des chefs, le bufumu, séjourne dans la hutte des mânes : « bufumu buli mu kayaba. »
Le neveu prit la succession de son oncle, et réunit dans sa personne l'autorité (bufumu) et le sang sacré
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(bulohwe). Depuis ce jour, la personne d'un chef de sang (mulohwe) est chose sacrée.
Voilà comment Kongolo a introduit l'autorité sacrée dans le pays des Baluba.
Kalala Ilunga engendra plusieurs fils : Ilunga-nsungu, Ilunga-kabale, Kibanza, etc. A la mort de leur père, ils se partagèrent le pays situé entre le Lualaba et le Lomani. Leurs descendants l'occupent encore aujourd'hui, et toute cette région se trouve, au moins nominalement, sous l'autorité des sultans bena-luba de la famille Kongolo-mwamba.
P. Colle.
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