Pour le génie Kilalile ou Ngoy
« Kilalile, Kilalile, namone kintu kiceha; uta mutima, utentekela, yambula itabe. »
(Kilalile... je vois quelque chose (qui trompe); dépêchetoi, viens vite, réponds-moi prestement.)
Les Kilumbu ont chacun leur Esprit; ils invoquent le leur naturellement, pas les autres.
A ce signal, le sorcier court se revêtir de tout son attirail : il badigeonne son corps avec de la terre blanche; il fixe sur la tête une coiffe de peau et de plumes, autour des reins une peau de léopard, à son cou une charge de colliers composés de petits roseaux enfilés, puis vient s'accroupir sur sa natte. A ce moment ses yeux gonflent, s'injectent de sang, son cœur bat violemment, le génie s'est emparé de lui; « Watentama », mot-à-mot : « il apparaît comme un être invisible qui se rend visible ».
Durant toute la séance, la personnalité du sorcier disparaît ; il n'agit que sous l'impulsion de l'Esprit. A ce moment, le batteur de tambour introduit le client, le fait accroupir devant le sorcier, ferme à moitié la porte de la hutte et retourne près de là frapper son instrument et réciter ses formules. Le sorcier saisit alors une grande corne remplie de débris humains et de noir de charbon, le tout réduit en pâte, y trempe une dent de serpent et se la frotte sur la langue et les dents. 11 prend ensuite
Baluba. Congo, C, e, g5.
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une sorte de courge à queue recourbée, dans laquelle se trouve un fétiche sculpté, des os de léopard et de la terre blanche; pendant qu'il regarde fixement cet objet, il agite avec frénésie une poignée de clochettes, puis dépose le tout et frappe une grosse courge creuse posée sur ses genoux : elle contient des petits fétiches de bois et de la poudre blanche; il y souffle de toutes ses forces, reçoit la poudre en pleine figure, puis se met à sentir dans sa petite courge ; pendant tout ce temps il récite à mi-voix diverses formules, afin d'obtenir de son génie la réponse à la consultation. Dès que l'auteur du mal est découvert, le sorcier donne la réponse d'une voix rauque et traînante. Quand l'oracle a parlé, le client sort; la femme du sorcier s'approche du client, lui frotte de blanc les sourcils et le dos, tend la main et reçoit les émoluments.
Le rite observé par les sorciers n'est pas toujours le même. 11 varie plus ou moins selon qu'ils sont voués à l'un ou l'autre génie. 11 en est qui « sentent » la réponse dans un tubercule assez semblable à un oignon d'Égypte. Un autre, après s'être accroupi sur sa natte, dépose sur ses genoux la grande courge à fétiches, l'agite violemment en récitant ses formules, et sent dans sa petite courge à diverses reprises. A chaque fois il soulève la courge posée sur ses genoux en citant les noms de ceux qui pourraient bien être la cause du mal. Dès que l'auteur véritable a été cité, la courge adhère à ses genoux, et lui-même se raidit sur sa natte.
Le sorcier reçoit généralement les consultations chez lui ; mais il arrive qu'il veut bien se rendre à domicile. Dans ce cas, il prend de la hutte, où gît le malade, deux brindilles du toit, et s'en va à la rivière par le chemin que le malade était accoutumé de suivre; arrivé là, il
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frappe de son bâton la surface de l'eau en interrogeant les génies et les morts ; il reconnait la réponse dans les rides de l'eau.
Non loin d'ici est la grotte de Kibawa, où réside le grand esprit du pays. Quand les sorciers d'ici sont impuissants, les gens vont chez Kibawa, et pour sûr « là ils guériront ». '
Le fait certain c'est que s'ils ne sont pas souvent guéris, ils reviennent toujours le ventre creux. Mais ils sont allés chez Kibawa. — Au dire des gens, les nuages de sauterelles, les pluies dévastatrices, tous les maux sortent de la main de Kibawa. — Y a-t-il un cas difficile à trancher, les deux partis se rendent chez Kibawa : celui qui a raison sortira blanc comme neige de la grotte, c'est-à-dire couvert de terre blanche. (On assure que ceci n'est pas sans relation avec la hauteur ' des honoraires.)
Mganga wa mawèsa :
a) Outre le Mganga Kilumbu (grand sorcier) et le I Mganga wa Kansyekele (devin), une troisième catégorie
de sorciers existe, le Mganga wa mawêsa. Comme les ! précédents, on le consulte surtout pour connaître la
cause cachée d'une maladie.
I II opère d'une manière un peu spéciale, j Première manière : Il prend deux pots, pleins d'eau,
les met à distance l'un de l'autre. Puis il dépose dans ; chacun d'eux une courge vide (ngongo), ouverte par un
I Bahiba. Congo, C, f, g5.
côté, et se met à danser et à tournoyer en allant de l'un à l'autre; il cite chaque fois le nom d'une personne ou d'un défunt ou d'un esprit, c'est-à-dire le nom de celui qu'il suppose être l'auteur du mal qui assaille la personne malade pour laquelle on le consulte. Il continue jusqu'à ce que l'un des ngongo s'enfonce dans l'eau. Le nom prononcé à ce moment est celui du coupable. Le client fait alors ce qui a été dit précédemment.
Seconde manière. Dans un pot plein d'eau chaude, il met une courge vide trouée sur le côté. Il cite des noms, comme ci-dessus, et après chaque citation retire la courge qui s'est plus ou moins remplie d'eau. Tant que l'eau s'écoule de la courge, le coupable n'est pas nommé. Quand l'eau y reste (ce qui arrive quand le sorcier la remplit absolument), le nom prononcé en dernier lieu est celui du coupable.
b) Pour le « Bwana mutombo » voyez w^^ 102 texte flamand et 103 (fin de l'article). 1
6) Pour le « Mutala », voyez le n^ 106.
Lorsque le malade est de la famille d'un membre j d'une des associations secrètes, si florissantes dans le pays (voir n^ 119), l'associé recourt à des pratiques 1 souvent spéciales. C'est qu'un des buts, le prmcipal 1 peut-être, de ces associations est de faire connaître à leurs membres des recettes particulières, soit comme | f remèdes, soit comme maléfices, soit comme préservatifs. t Le génie protecteur étant plus puissant, rien d'étonnant p que la protection soit plus énergique.
Rien n'empêche, du reste, les associés de ces « sectes » i de recourir aux bons offices des sorciers des diverses le catégories.
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Notons que les grands sorciers forment, au fond, une caste spéciale avec les sectes Burungu et Bugabo avec lesquelles ils ont des relations de parenté spirituelle. Sont du reste sorciers, les gradés de ces sectes : ce sont tous des guérisseurs ; sont guérisseurs aussi, mais à des degrés inférieurs, les simples membres de ces sectes.
En somme, le pays pullule de guérisseurs, et les malades n'ont que l'embarras du choix.
Si la maladie résiste à la médecine familiale, aux drogues du médecin, aux pratiques magiques des sorciers et aux sacrifices qui en sont la suite, que fait la famille du malade?
D'abord, si elle est suffisamment riche, elle appelle coup sur coup les guérisseurs de plus en plus fameux. On fera venir ainsi un deuxième, un troisième, un sixième sorcier. On essaie de tout. On ne désespère jamais.
Assurément, cela coûte. Mais il y a des tarifs divers : les premières visites se paient trois ou quatre flèches ; les suivantes une ou deux poules, un panier de poisson, etc.
Une fois que l'auteur de la maladie est déterminé — par un devin ou un sorcier — celui-ci explique ce qu'il faut que les gens de la famille fassent pour apaiser l'esprit irrité.
D'après la croyance générale des Baluba, les esprits s'apaisent par des présents. D'habitude, il suffit d'immoler en leur honneur une poule, une chèvre, etc. Ce sacri-
BaJîiba. Congo, C, e, g5.
îice doit se faire le plus souvent devant le « fétiche » au sens large, de l'esprit en question.
Voici, par exemple, que le « fétiche » dont il s'agit est celui du léopard en argile (voir n^ 103). Devant lui, deux petits trous sont aménagés dans le sol ; dans l'un de ces trous, on verse un peu de farine à l'eau, même un peu de sang de poule; dans l'autre, on met un peu de viande, du tabac, des perles. La poule, qui a servi au sacrifice est mangée par les sacrificateurs ; serait-ce par hasard une image de l'alliance intime que le sacrifice a créé entre l'esprit offensé et la famille dans laquelle se trouve le malade?
La poule que j'ai ainsi vu immoler, l'est par le père ou l'oncle ou le mandataire du malade, ou même par la mère, la tante, la mandataire.
On compte beaucoup à' amulettes préservatrices contre les maladies. En voici quelques-unes.
1 . Le Kilambo. — Le Kilambo est une corne d'antilope, que l'indigène suspend au cou par une lanière de cuir; à l'intérieur se trouve un mélange de charbon fait avec le bois de certains arbres déterminés, de l'eau, quelques fragments d'ossements humains et un peu de sang humain, sinon du sang de poule.
C'est le petit et le grand sorcier qui fabriquent le Kilambo et le vendent aux clients. Ceux-ci, qui le portent au cou, lèchent de temps à autre un peu de cette substance ou en prennent un tantinet avec le doigt pour s'en frotter la langue.
C'est le préservatif par excellence contre toutes les maladies en général.
Le Kilambo est préparé par le sorcier dans le plus grand secret. Les ossements proviennent soit des enne-
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mis tués à la guerre, soit des cadavres déterrés (et en Uruwa ce cas est assez fréquent). On n'emploie jamais, à cet effet, le cadavre de ses parents, à moins que ceux-ci n'aient été condamnés pour maléfices, le plus grand des crimes, pour lequel la coutume se montre impitoyable.
L'ossement humain que contient l'amulette met la puissance du mort dont il provient, de même que le charbon de bois met la puissance de l'esprit auquel l'arbre est voué, à la disposition de celui qui porte l'amulette et cette puissance lutte contre l'esprit qui viendrait apporter éventuellement la maladie.
Les femmes la portent comme les hommes.
Il y a encore d'autres «bilambo», dans lesquels le charbon de bois est remplacé par des poudres de bois spéciaux, contre tel ou te! mal particulier.
2. Le Kakuba, — Le Kakuba est un insecte gros comme le hanneton, noir, au dos tâcheté de six points rouges, dur, très dur. îl se porte au cou, à une lanière aussi, ou bien se fixe dans la chevelure.
Cet insecte est rempli d'un mélange de poudre de bois, d'eau, d'ossement humain et de sang de poule, à défaut de sang humain, tout comme le Kilambo.
Ce mélange est-il absolument le même que le précédent?
Je ne le pense pas.
Les remèdes se différencient surtout par les poudres de bois ou le jus des plantes ou même des matières moins nobles, qu'on incorpore à cette pâte composée de
Baluba. Congo, C, e, gS.
sang, d'os réduits en poudre, et d'eau. Le sorcier seul connaît en général ces diverses compositions.
L'insecte, en lui-même, est assez nombreux dans la contrée. Il est connu par sa vertu de vivre longtemps, très longtemps, sans nourriture et presque sans air. J'en fis l'expérience. J'en gardai un en vie dans une boîte en fer blanc pendant plus de trois mois, sans un brin de manger.
Est-ce la raison pour laquelle l'indigène en a fait une amulette, symbole contre la mort?
De plus l'animal est dur, si dur que le nègre avec son pied nu ne parvient pas à le casser. Est-ce une deuxième raison du symbole d'une certaine immortalité?
Cette amulette, en tout cas, est regardée comme un excellent préservatif contre la maladie et surtout contre les blessures par armes de jet ou par armes à feu.
Les femmes le portent aussi bien que les hommes.
3. Le Simba. — Le Simba est une peau de civette ou de genette que l'indigène porte attachée à la partie inférieure d'une corde passée en bandouillère sur l'épaule; la peau lui pend au côté sur le flanc. Généralement, à cette peau sont fixées d'autres amulettes pour renforcer sa puissance préservatrice.
C'est le préservatif par excellence du guerrier qui part en campagne. Le soldat de la force publique le porte souvent sous son uniforme.
L'indigène l'endosse encore lorsqu'il part pour un long voyage : il sera ainsi protégé contre les multiples périls de la route.
Souvent, pour cumuler les chances, nos Baluba placent un des fameux Kakuba sur leur peau de genette.
Les femmes en usent, mais moins souvent que les hommes, faute de dangers à courir.
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Le sorcier fournit les scarabées et autres amulettes qu'on fixe sur la petite peau.
J'ai vu une peau de simba couverte d'amulettes permettant de voler sans être vu, ni entendu. On s'en est servi maintes fois avec succès contre nous, en dévalisant notre sacristie. Le pouvoir magique se trouvait dans la carapace de petites tortues bourrées de remèdes qui rendaient le voleur invisible.
P. Colle.
Baluba, Congo, C, e, gS.
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I C. — Vie Familiale.
e) Mort
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