Derniers moments d'un moribond
Quand sa fin approche, notre Muluba ne craint pas la mort; il meurt avec calme.
Sa foi est sûre. La mort, pour lui, signifie non le néant, mais un changement de lieu. Fort de cette [j croyance, il ne tremble pas et rend l'âme sans crainte. ' Au reste, il n'a pas de remords. Ce sentiment lui paraît inconnu.
Dans l'Uruwa, on ne croit pas à la mort naturelle, sauf dans des cas déterminés, dont on voit clairement la cause : telle que la vieillesse, etc. Dans les autres cas, la mort est due à un maléfice, aux esprits ou aux mânes.
La mort est, pour l'habitant de l'Uruwa, une séparation immédiate de l'âme et du corps dans le sens que nous donnons à ce mot. L'âme descend chez Kalunganyembo, dans un pays froid et sans soleil placé plus bas que le : nôtre. Le noir, qui ne peut concevoir un être que sous ; une forme extérieure, croit que l'âme est un être éthéré, j vaporeux, une sorte d'ombre qui prend la forme actuelle I du corps. C'est ainsi qu'un homme brûlé pour maléfices I survit sous forme de fumée. A moins cependant qu'on ne doive admettre qu'ils croient à trois éléments constitutifs du composé humain : le corps, l'âme et l'ombre, je i dirais presque le double, le sosie. En effet, en y regardant de près, on dirait qu'à côté du corps de chair se
1 Baluba. Congo, C, tf, 96.
trouve un être vaporeux qui, uni au corps, reste, mais d'une union peu intime, qui lui laisse la faculté de s'en séparer momentanément, c'est-à-dire de le quitter par intervalles pour y revenir comme dans son logis naturel.
Cette mort est la conséquence d'un arrêt du cœur produit, soit par un accident mortel, soit par la puissance d'un ensorceleur, soit surtout par l'action d'un génie ou d'un parent défunt.
Prenons le cas d'un parent décédé, un père, par exemple. Dans l'autre monde, il supporte avec peine d'être t séparé d'un être chéri encore sur la terre ; il va trouver Kabezya-Mpungu (Dieu : voir plus loin n^s 101 et 120) : « Maître, dit-il, je suis triste et je suis sans amis dans le pays des morts ; il me serait si agréable d'avoir à mes 1 côtés un tel que j'aime; veuillez le mettre près de moi, j afin qu'il puisse me tenir compagnie et me consoler dans cette terre froide et humide. »
Kabezya-Mpungu accède à cette demande; il députe sur la terre soit le parent attristé lui-même, soit un génie ou un défunt quelconque.
L'envoyé arrive, se cramponne à celui qu'il vient , chercher; c'est la maladie. Quand Dieu lui donne le signal, il se met à comprimer le cœur jusqu'à ce qu'il ait cessé de battre ; c'est l'agonie et la mort.
Le cauchemar n'est qu'une compression partielle du \ cœur, par les mânes, génies ou maléfices. ^
Voilà pourquoi, dans le langage courant, on dit en - Uruwa, d'un malade : « Un tel l'a saisi, s'est cramponné à lui » ; et d'un mort : « Dieu l'a visité, le Tout-Puissant s'est emparé de lui » ; ou encore : « Son père l'a ^ appelé », « sa mère l'a tué ». f
D'un bébé mourant peu après sa mère, on dit : « Le ' t lait de sa maman l'appelle ». U
Il arrive parfois que l'auteur de la mort est un ensor- j k celeur. (Voir n^ 106.) p. Colle.
BALUBA
(Congo.)