BAMBOUS A VÉGÉTATION VERNALE
(Touffes généralement très-traçantes, quelques-unes cespiteuses, Ramifications non rhizomateuses.)
Les espèces de ce groupe, dans les parties tempérées du bassin méditerranéen, dans les contrées analogues et en Algérie, végètent au printemps, en avril-mai, mais seulement en été dans toutes les régions semblables au climat moyen de la France.
Ce groupe peut vivre en pleine terre en France, même dans le Nord, en Angleterre et dans des climats voisins. Il donne des résultats de végétation très-remarquables aux environs de Paris, où cependant certaines espèces sont plus ou moins rustiques.
Le caractère général de ses espèces, qui appartiennent à n'en pas douter à la tribu des Triglossées, est de présenter deux formes principales de végétation : l’une à rhizomes traçants, l’autre à souches cespiteuses, mais offrant toutes deux des ramifications non rhizomateuses, c’est-à-dire ne pouvant pas produire. de racines ni conséquemment se multiplier artificiellement par des organes aériens.
Ces deux formes principales, bien différentes par leurs caractères extérieurs, constituent deux sous-sections : les Phyllostachyées et les Arundinariées,
1° Phyllostachyées.
Bambusacées à rhizomes très-traçants, à tiges comprimées, cannelées, à ramifications géminées, bifurquées, se développant pendant la croissance de la tige. Chaque nœud présenie généralement deux ramifications ; mais il peut y avoir de rares exceptions dues à des causes diverses. On en rencontre quelquefois une seule à la base des grosses liges, d’autres fois trois, mais encore la troisième n'est-elle que le résultat du développement d’une ramification secondaire née à la base d’une
des ramifications principales ; cette troisième et rare ramification s’observe plutôt dans le nord de la France que dans les pays tempérés. ,
Les Phyllostachyées remontent plus au nord que les Arundinariées.
Les espèces qui font partie de cette première sous-division sont, par ordre de grandeur :
Phyllostachys mitis.
— Quilioi.
— nigra.
— viridi-glaucescens.
— aurea.
— flexuosa.
— violascens.
— sulphurea ?
Nous avons rapporté ces Bambusacées à la sous-division des Phyllostachyées et même au genre Phyllostachys, parce que Munro a décrit, dans sa Monographie des Bambusacées, le Bambusa nigra sous le nom de Phyllostachys nigra, Munro. C’est sans doute par ses caractères extérieurs que cette plante a été rapportée à ce genre, puisqu'on n’en connaît pas encore les fleurs. S’il en est ainsi, toutes les espèces de Bambous citées ci-dessus doivent appartenir également au genre Phyllostachys. Ce qui nous autorise à avoir cette opinion, c’est que la Bambusacée décrite par M. Carrière sous le nom de Bambusa flezuosa, qui a fleuri dernièrement dans nos cultures africaines et françaises, n’ayant que trois étamines, appartient naturellement à la section des Triglossées, et comme cette espèce a les tiges cannelées-comprimées, les ramifications géminées-bifurquées, que sa végétation est vernale, que la plante est trèstraçante, en un mot qu’elle ne peut s'éloigner du Bambusa nigra, il en ressort que toutes les autres espèces ayant le même mode de végétation et d'organisation ne peuvent. non plus s’écarter des Phyllostachys ; c’est pourquoi on doit les y rattacher, jusqu’à ce que les fleurs viennent démontrer le contraire.
% Arundinariées.
Bambusacées à tiges cylindriques non cannelées et à ramifications multiples, en faisceau.
Par le caractère de leurs tiges et par la façon dont se développent et dont sont disposées leurs ramifications, les Arundinariées diffèrent essentiellement des Phyllostachyées. Ces dernières ont les ramifications bifurquées ; dans les Arundinariées, au contraire, elles sont quelquefois réunies en faisceau, en masse compacte et souvent semi-verticillées, mais non rhizomateuses.
Les espèces qui appartiennent à cette sous-division sont ou très-traçantes, avec de puissants rhizomes souterrains ‘parfois très-longs, ou peu traçantes, avec des rhizomes assez courts constituant des souches cespiteuses.
Espèces tracantes.
Arundinaria Japonica.
— Simoni.
— Fortunei fol. var.
Espèce peu traçante ou cespiteuse.
Arundinaria falcata et les différentes formes qui s'y rattachent.
Avant de préciser les caractères particuliers de chacun de ses deux groupes, il ne sera pas inopportun de faire connaître les caractères généraux du genre Bambou; ce ne sera, du reste, qu’au point de vue de la végétation.
Le Bambou, pris en général, est, comme nous l'avons dit, une herbe dont les dimensions varient selon les espèces; tantôt sa souche est cespiteuse, compacte, composée de tiges trèsrapprochées les unes des autres ; tantôt elle est très-traçante, et ses tiges sont plus écartées. De ce point de départ, nous pouvons suivre la marche de la végétation de ces tiges, depuis leur apparition sur la souche jusqu’à leur évolution complète.
Tige ou chaume. — La tige des Bambous, qui prend aussi le nom de chaume, porte dans toute sa longueur des nœuds plus ou moins apparents et dont l’écartement est variable ; cette portion de tige d’un nœud à l’autre est connue sous le nom de mérithalle où entre-nœuds. |
Chaque nœud porte une cicatrice circulaire plus ou moins apparente; elle indique qu’à un certain moment il existait à cet endroit un organe appendiculaire qui a disparu, et dont nous parlerons plus loin.
La tige est de forme cylindrique dans la plus grande partie de sa longueur, mais elle va en diminuant de grosseur jusqu’à son extrémité, comme cela a lieu chez la plupart des végétaux dicotylédonés. En outre, elle est fistuleuse, c’est-à-dire qu’elle est creuse à l’intérieur, mais seulement d’un nœud à l’autre, car il existe à chaque nœud une cloison plus ou moins épaisse, formée d’une matière résistante. Quant à la hauteur et à la grosseur de la tige, elles sont subordonnées à la nature des espèces; dans les unes, les tiges sont petites, n'ayant que
quelques centimètres de haut, et à peine de la grosseur d’une plume à écrire ; dans d’autres, au contraire, elles sont arborescentes, atteignant une hauteur relativement considérable, puisque, au Jardin du Hamma, le Bambusa macroculmis dépasse plus de 20 mètres et que sa tige y peut atteindre 55 centimètres de circonférence. D’après le colonel Munro, il existe dans les Indes orientales, à Mataban, à Pégu, à Tenasserim, une espèce, le Bambusa Brandisii, Munro, dont les tiges sont hautes de 120 pieds anglais, soit environ 37 mètres.
Il existe dans les collections d'histoire naturelle du Muséum, à Paris, deux nœuds de Bambou dont l’un a 67 centimètres de circonférence. Il est étiqueté sous le nom de Bambusa arundinaria, mais son origine est inconnue.
Généralement les tiges sont droites, raides ou légèrement flexueuses vers leur extrémité ; tel est du moins le caractère habituel que nous présentent les espèces cultivées dans nos jardins. D’un autre côté, dans leur développement, les tiges de certains Bambous offrent, principalement dans les grandes espèces, un caractère qui leur est particulier : les mérithalles (entre-nœuds) sont légèrement arqués d'un nœud à l’autre, mais dans un sens opposé entre chaque nœud : l’un s’arquant, par exemple, sur la gauche de la tige, le suivant s'arquant sur la droite, et ainsi de suite; la tige va comme en zig-zag. Ge caractère se remarque surtout dans le Bambusa vulgaris.
Parfois les tiges de certaines espèces se font remarquer par la saillie très-prononcée de leurs nœuds ; d’autres portent sur lun des côtés de leurs mérithalles, et toujours chacun dans un sens opposé au précédent, une cannelure, rainure ou sillon plus ou moins profond; les Phyllostachys mailis, nigra, viridi-glaucescens, aurea, etc., en offrent de fréquents “exemples.
Les Liges des Bambous sont généralement lisses, luisantes, glabres, ou glabrescentes, c’est-à-dire couvertes pendant leur premier âge de petits poils roussâtres et caducs. Leur couleur est verdâtre, violacée, brunâtre, et quelquefois couverte d’une matière glauque, durant leur développement; mais ces couleurs changent avec le temps, pour devenir plus tard ou
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grisätres, ou jaunes, ou noires. Il y en a une variété jaunâtre, coupée par des stries d’un beau vert. C’est habituellement vers la fin de la première année pour certaines espèces, et vers la troisième année pour les autres, que la couleur est définitivement acquise; elle se modifie cependant encore après qu’elles ont été coupées.
Les tiges ou chaumes des Bambous affectent bien des formes curieuses dans cerlaines espèces que nous ne connaissons pas encore dans nos cultures. Ainsi, il y a des chaumes qui ne présentent aucun nœud, comme le Plalonia. Quelques espèces sont flexueuses, enroulées, grimpantes, comme À rundinaria distans, Merostachys capitata, Chusquea capituliflora, Ch. capitata, Bambusa affinis, B. Mastersii, Dinochloa Tjankorreh. Une plante se remarque surtout par ce caractère grimpant des plus accentués, c’est le Bambusa Mac Cellandi. D’autres plantes ont des chaumes carrés, ou à trois côtés obtus, etc.
« Les tiges des Bambous sont d’une densité et d’une dureté extrèmes; malgré cela, comme elles sont formées de fibres longitudinales très-longues et très-serrées, on s'explique facilement leur souplesse, leur élasticité, leur flexibilité et leur grande résistance. Quant à leur durée, elle varie d’après la manière d’être de l’espèce, d’après l’âge de la plante, d'après les conditions de culture. Nous ne saurions préciser jusqu’à quel âge peut vivre une tige de Bambou, cependant il est à supposer qu’elle peut atteindre l’âge de vingt ans dans le Bambusa macroculmis et les espèces analogues. Dans les espèces plus petites, comme les Phyllostachys nigra, maitis, aurea, viridi-glaucescens, etc., il n’est pas rare de les voir mourir vers la quatrième, la cinquième ou la sixième année. En outre, les tiges qui se succèdent jusqu’à ce que la plante soit parvenue à l’état adulte, deviennent plus grosses d'année en année, jusqu’à une épaisseur qui n’est pas dépassée. Quelquefois aussi les tiges &e certains Bambous sont détruites après avoir donné leurs fleurs, circonstance encore peu observée, mais qui s’est rencontrée dans ces derniers temps pour l’Arundinaria fulcata et le P hyllostachys flexuosa. Dans tous les cas, lorsqu'on veut employer des tiges de Bambous pour un usage
quelconque, et en leur conservant toute la force de résistance possible, 1l ne faut les séparer de la souche que lorsqu'elles ont acquis tout leur développement ; du reste, leur croissance est extrêmement rapide, puisqu'elles atteignent leur longueur et leur épaisseur dans l’espace de quelques semaines seulement; mais 1l leur faut quelques années pour acquérir un caractère pour ainsi dire ligneux, car, comme le fait observer Geoffroy Saint-Hilaire dans sa Morphologie végétale, ce serait donner une fausse idée de la tige légère de certains Bambous en la considérant comme ligneuse «€ et pourtant, dit-il, je ne puis guère appeler cette même tige herbacée, puisqu'elle est assez solide pour qu’on en fasse des échelles ».
Les tiges des Bambous portent des ramifications plus ou moins nombreuses, naissant tantôt dès la base, tantôt seulement vers le milieu; cela dépend du caractère du groupe ; nous ferons connaître en temps opportun les espèces qui offrent chacune de ces deux dispositions différentes. Dans tous les cas, ces ramifications ont une disposition dislique alterne, c'est-à-dire qu'elles sont placées sur deux rangées, une de chaque côté de la tige ; elles sont plus ou moins abondantes, et c’est sur elles qu’on observe les feuilles et les fleurs.
Feuilles. — Les feuilles, dans les Bambous, ne se rencontrent que sur les ramifications que portent les tiges; leur disposition est distique : elles sont placées sur deux rangs et alternées. Lorsque leur formation est complète et leur développement entier, elles sont composées : 1° d’une gaine ; 2 d’une ligule ; 3° d’un limbe.
1° La gaine a son point d’adhérence à un nœud; elle est plus ou moins longue ; elle est fendue dans toute sa longueur. A bien la considérer, ce n’est qu’un pétiole élargi, ayant une forme particulière. Comme cela a lieu dans toutes les autres Graminées, elle s’enroule, dans toute sa longueur, autour de la ramification qui la porte, au point que l’un des bords recouvre presque entièrement l’autre. Selon les espèces, elle est presque glabre à sa partie extérieure, ou rude au toucher, ou bien, dans beaucoup de cas, couverte de nombreux poils,
rudes ou soyeux, dressés ou couchés, d’une couleur blan-
châtre ou brunâtre, mais qui se détachent avec une facilité extrème. La couleur de la gaine est d’un vert plus ou moins intense; la partie intérieure, celle qui est appliquée sur la ramification, est très-luisante; les bords sont souvent garnis de petits poils soyeux. Lorsqu'elle se dessèche sur la plante, elle devient jaunâtre, et alors, sur beaucoup d’espèces, on remarque des stries longitudinales très-rapprochées les unes des autres. Les gaines étant beaucoup plus longues que les mérithalles, elles s'emboîtent toutes les unes dans les autres, dans la moitié de leur longueur, et quelquefois davantage.
2 Au sommet de la gaine et faisant suite à l’épiderme intérieur, On remarque une expansion membraneuse, haute de quelques millimètres, mais quelquefois peu apparente. Cette sorte de membrane, mince, parfois transparente, d’une couleur blanchâtre, jaunâtre ou violacée durant la végétation, est ce qu’on appelle la ligule. Cet organe offre des caractères variables dans ses formes; généralement il est entier, mais on le rencontre quelquefois divisé accidentellement en deux lobes. Son sommet est un peu oblus, comme tronqué, ou ayant la forme d’un onglet; dans d’autres cas, il est glabre ou velu, bordé de soies blanchâtres ou brunâtres, pectiné, c’est-à-dire déchiré en lamières filiformes, dans une partie de sa hauteur. La ligule, qui sert souvent, en horticulture, à distinguer certaines espèces entre elles, est toujours appliquée sur la ramification dans le jeune âge, puisqu'elle est le sommet rétréci de la gaine.
3° Le limbe est la partie élargie de la feuille. Dans les Bambusacées, sa forme, comme aspect général, offre peu de diversité; c'est une sorte d’ellipse plus ou moins allongée, plus ou moins élargie, à côtés droits, s’arrondissant plus ou moins à chaque extrémité, et se terminant, dans le plus grand nombre de cas, en une pointe quelquefois très-prononcée. Dans le Bambusa scriptoria, ou Bambou à écrire, le limbe est long, du moins dans quelques cultures, d'environ 7 à 8 centimètres et large de 10 millimètres environ; dans le Bambusa macroculmis, au contraire, il peut atteiidre 30 à 40 centimètres de long sur 6 à 10 de large.
Le limbe est strié, parcouru plus ou moins par de petites nervures longitudinales, souvent plus apparentes à la surface intérieure. Quant à la nervure médiane, elle est quelquefois, et selon les espèces, plus saillante en dessous ; d’autres fois elle fait saillie sur les deux surfaces. En général, la couleur du limbe est verdâtre ; on la trouve cependant légèrement blanchâtre dans toute sa longueur, et particulièrement à la face inférieure du limbe. Les deux faces sont glabres quelquefois, mais ordinairement la face inférieure est scabre, c’est-à-dire rude au toucher, ou bien pileuse, légèrement velue, et la face supérieure d’un vert plus ou moins intense, mais généralement plus blanchâtre en dessous ; quelquefois même elle est très-glauque et comme argentée. Il est quelques espèces qui, durant la période végétative, offrent ce caractère singulier que le limbe est rubané de blanc, mais cette sorte de panachure disparait avec le temps ; c’est particulièrement sur l’Arundinaria Simoni, le Bambusa stricta, quelquefois sur le Phyllostachys maitis, mais constamment sur le Ph. Fortunei, qu’on la remarque. Le Bambusa stricla argentea ou striata argenlea tire son nom de ces stries blanches, remarquables principalement sur toutes les nouvelles feuilles. Les bords du limbe sont finement dentés, au point qu’en les touchant on pourrait, si l’on n'y prenait garde, se blesser la main. Sur quelques espèces on remarque que la nervure médiane porte, à la face supérieure, deux rangées de petites dents épineuses ; ces dents, comme celles des bords, sont inclinées vers l'extrémité du limbe.
Le limbe est fixé au sommet de la gaine par la nervure médiane, qui s'est quelque peu élargie sur ce point. Il est soudé derrière la ligule et sur une sorte de coussinet formé par une expansion membraneuse de la partie épidermique extérieure de la gaîne ; généralement la contexture en est assez mince, molle, quelque peu coriace. Il se tient droit, horizontal, ou pendant. Au sommet de la gaine, à la base, et de chaque côté du point d'insertion du limbe, on remarque, sur certaines espèces, comme un faisceau de poils variables dans leur longueur comme dans leur couleur; ils sont formés d’une
expansion des bords de la gaine. Cette expansion est élargie à sa base, à son point d’adhérence à la gaîne, puis elle est divisée en lanières filiformes plus ou moins longues ; ces lanières, quelquefois tortueuses ou tourmentées, sont appliquées sur la tigelle, ou sont disposées autour d’elle, en une sorte de collerette. Toutes les feuilles d’une même tige ne présentent pas ce caractère ; comme ces expansions laciniées disparaissent au bout de quelque temps, ce n’est en quelque sorte que sur de jeunes rameaux qu’on peut les étudier.
Les Bambous peuvent conserver les mêmes feuilles pendant plus d’un an, mais lorsque est arrivé pour elles le temps de disparaître, elles jaunissent, se dessèchent et tombent en se désarticulant à leur point d'insertion sur la gaîne. Celle-ci est plus persistante ; elle ne tombe généralement que beaucoup plus tard, après être restée autour des ramules, sèche, décolorée et assez aplatie sur elle-même.
Fleurs. — Dans leurs stations naturelles, les Bambous, au dire des voyageurs, se montrent assez avares de leurs fleurs, du moins pour un très-grand nombre d'espèces ; c’est ce qui explique, du reste, le peu d'ouvrages qui existent sur ces intéressants végétaux et les difficultés que rencontrent Journeliement les horticulteurs pour étiqueter des espèces, anciennes ou nouvelles. Cette mème rareté de floraison s’observe également dans nos cultures européennes et algériennes; nous avons cependant été assez heureux pour constater en ces derniers temps, au Jardin du Hamma d'Alger, la floraison accidentelle de quelques espèces : l'Arundinaria japonica, le Bambusa macroculmis, le B. spinosa le B. stricla, et, en février 1876, celle d’une espèce japonaise introduite, 1l y a quelques années, par le Jardin zoologique d’acchimatation de Paris, et décrite, d’après les caractères de son port, par M. À. Carrière, sous le nom de Phyllostachys fleæuosa. La floraison de cette espèce, qui appartient à un groupe tout spécial, est d'autant plus remarquable que c’est la première fois qu'elle à lieu dans nos cultures, et pour l'espèce et pour le groupe. A la même époque fleurissait, dans le mème Établissement et aussi dans les serres du Jardin du Luxembourg,
à Paris, l'A rundinaria falcata. Enfin, le 24mai 1876, l'A rundinaria Simoni montrait ses fleurs pour la première fois, et c’est dans les serres du Jardin du Luxembourg qu'a eu lieu ce fait intéressant.
Généralement les fleurs des Bambous, de même que les feuilles, naissent et se développent sur les ramifications que portent les tiges, aux articulations où nœuds, à l’aisselle, ou à la place qu’occupaient les feuilles (fig. 32). Elles sont réunies plusieurs ensemble, soit à l'extrémité des ramules, soit sur des axes très-courts, et, dans le plus grand nombre des cas, forment, par leur réunion, de petits épis simples, auxquels on a donné le nom d'épillets (spiculæ ou locustæ) (fig. 16). Quelquefois aussi les fleurs sont réunies sur les épis composés, c’est-à-dire formés d’épillets.
Les épillets ou les épis forment, par leur ensemble ou par leur groupement, des inflorescences de forme et de caractères divers, selon la nature des espèces de Bambous (fig. 14, 26, 32, 00), tantôt ces inflorescences consistent en un seul épillet porté à l'extrémité d’une ramification, tantôt les épillets naïssent par groupes aux articulations des tiges ; en d'autres circonstances, ils forment par leur réunion d'immenses panicules plus ou moins rameuses, plus ou moins denses. Autrement encore, les inflorescences sont formées de longs rameaux portant des ramifications, mais à chaque nœud desquels les épillets sont réunis en masse agglomérée, compacte, de forme globuleuse. Ces glomérules sont verticillés, c’est-à-dire qu'ils entourent complétement le rameau. Le nombre des épillets qui composent un de ces glomérules peut s'élever jusqu'à 120; nous l'avons observé sur le Bambusa macroculmis du Jardin du Hamma d’Alger, lors de sa première floraison, en octobre 1872 (fig. 5). Parfois aussi, dans certaines espèces, les inflorescences se développent toutes à la fois, à chaque nœud de toutes les ramifications que portent les tiges, et depuis la base jusqu’à l'extrémité de celles-ci.
Un autre caractère non moins curieux, c’est que les tiges d’une même touffe, qu’elles soient anciennes ou qu’elles soient nouvellement développées, fleurissent {outes simultanément ;
nous avons pu encore tout dernièrement constater le fait sur deux espèces, l’Arundinaria falcata et le Phyllostachys [leæuosa.
L'épillet, ou épi simple, des Bambusacées est donc tantôt porté à l'extrémité d’une ramification, tantôt naissant directement en groupe sur les nœuds, tantôt répété et groupé sur un axe allongé, et constituant alors un épi composé; quoi qu’il en soil de ces diverses positions, 1l est ou uniflore ou multiflore, portant une ou plusieurs fleurs sur un axe commun. Lorsqu'il est multiflore, les fleurs sont distiques, imbriquées, et portées sur un petit axe central nommé rachis, plus ou moins aplati, articulé et en zig-zag. À la base de chaque épillet sont des sortes de petites écailles, le plus souvent au nombre de deux, et qu’on désigne quelquefois sous le nom de bractées stériles, mais plus généralement sous celui de glumes. On les appelle encore lépicines, involucres, valves de la glume, valve supérieure ou inférieure. Elles sont généralement naviculaires ou se rapprochent de cette forme, parce qu’elles embrassent toujours la tige à la base de l’épi, quand il est simple, ou la base des épillets, qu'ils soient uniflores ou multiflores. Elles ont toujours à peu près la même configuration : un peu plus longues ou un peu plus courtes, un peu plus larges ou plus étroites; cela dépend des espèces sur lesquelles on les étudie. Leur texture est généralement mince, comme transparente. Occupant toujours la base des épis et des épillets, elles sont opposées l’une à l’autre, mais sur un plan plus élevé, c’est-à-dire l’une placée plus haut que Pautre. Dans le plus grand nombre des cas, on les trouve appliquées sur la tige, à la base des enveloppes florales; c’est cette disposition qui leur donne une forme un peu naviculaire. En outre, elles sont glabres ou quelquefois couvertes de villosités, et ordinairement au nombre de deux et d’inégales longueurs ; quelquefois le nombre en est plus grand, quelquefois il est moindre ; on peut n’en rencontrer qu’une, et même elles font parfois complétement défaut.
L’épi composé porte des épillets, et, sur un même épi, ces épillets se présentent uniflores ou multiflores, fertiles ou
stériles ; quelquefois ils sont avortés. De même, l’épi offre les caractères les plus divers. Voici ceux que nous avons observés sur le Phyllostachys flezuosa. À la base de l’épi on remarque, accolée à l’axe qui le porte, une petite écaille à sommet obius, coriace ; c'est du centre de cet organe persistant, qui mesure à peine un millimètre de hauteur, que sort l’épi. Celui-ci porte d’abord à sa base cinq ou six petits organes ayant l’aspect d’écailles ; ce sont les gaïînes scarieuses, en forme de spathes, qu’on pourrait appeler pour cette raison, gaines spathiformes. Les trois premières gaines sont extrêmement petites el courtes, de 4 à 4millimètres ; le sommet en est obtus et le plus souvent échancré, ou plutôt fendu de haut en bas; les trois autres sont plus longues, elles ont de 5 à 7millimètres ; l’une d’elles, la plus courte, a le sommet obtus, mais les deux suivantes ont un caractère différent : elles se terminent par ure membrane ciliée peu apparente ; c’est une ligule. On remarque, en outre, sur le sommet de ces gaines, un petit appendice très-court et pointu ; c’est le rudiment d’un limbe qui apparaît. Ces premières gaines spathiformes, de formes variables, comme nous venons de le voir, sont accompagnées chacune, à la base, d’un petit bourgeon plus ou moins développé, et souvent presque à l’état rudimentaire, qui doit, par suite de sa situation, rester en cet état. On peut donc conclure que ces gaines spathiformes accompagnées de leur bourgeon représentent les épillets dont les fleurs avortent complétement, puisque les bourgeons qui devaient les produire restent à l’état rudimentaire, ou du moins sont trés-peu développés.
Après ces premiers épillets en quelque sorte atrophiés, on remarque des épillets fertiles; ceux-ci sont au nombre de cinq ou six; ils sont uniflores ou multiflores, mais chacun d'eux est toujours accompagné d’une gaîne spathiforme. Celleci s’est modifiée; sa longueur est d'environ 20 ou 25 millimètres, et sa largeur, lorsqu'elle est déroulée, est de 5 à 7 millimètres. La ligule est courte et cihée, et l’appendice limbaire plus effilé. On peut voir, d’après ce qui précède, que, dans le Phyllostachys flezuosa, les épis sont composés de cinq à six épillets avortés et de cinq à six épillets fertiles, uniflores ou
multiflores. En moyenne, le nombre des épillets est de douze ; il peut atteindre jusqu’à quatorze, mais il peut être moindre que huit.
À bien les considérer, soit sous le rapport de la position qu’elles occupent, soit sous le rapport de leurs caractères propres et du rôle qu’elles remplissent, ces gaines spathiformes qui accompagnent la base des épillets, ne sont souvent autre chose que de véritables feuilles, mais à petites proportions, puisque nous avons remarqué que, dans certains cas, le limbe de la gaine spathiforme n’était représenté que par une petite pointe très-courte, à peine de 2 à 6 millimètres. Dans d’autres circonstances, cette sorte de limbe, qui n’est en réalilé que la nervure médiane se modifiant à chaque gaine, s'était élargie, était devenue cordiforme, en un mot avait un caractère foliacé, avec une longueur de 15 millimètres sur une largeur de 6; c'était donc également une véritable feuille avec son limbe, qui devient quelquefois caduc. |
Après la gaine spathiforme, après les deux glumes que nous venons de voir, 1l nous reste à examiner une fleur en particulier.
Une fleur complète de Bambusacée se compose des caractères suivants : |
1° Un organe ayant la forme d'une écaille, et que les botanistes désignent sous le nom de glumelle inférieure ou glumelle extérieure. Selon la nature des espèces de Bambusacées, la glumelle inférieure est variable dans sa forme et dans sa longueur ; quelquefois elle est concave, ou naviculaire, ou peu étalée, ou comprimée sur ses parlies latérales ; dans d’autres cas, elle est enroulée sur elle-même, de manière à former une sorte d’étui ou fourreau, comme cela a lieu dans le Phyllostachys fleæuosa. Elle peut être obtuse à son sommet et porter en même temps une pointe plus ou moins développée, caractères qu'on remarque dans le Bambusa macroculmis; elle peut être encore de forme plus ou moins allongée, être quelque peu elliptique ou effilée, se terminant par une pointe très-prononcée. Quant à sa longueur, elle est extrêmement variable selon l'espèce.
La glumelle inférieure peut être glabre sur sa partie dorsale; elle peut être scabre, rude au toucher, quelquefois légèrement velue; elle peut aussi ne porter que des cils ou soies, ou être frangée sur les bords. Sa face intérieure est toujours glabre et luisante. Cette glumelle est striée de petites nervures longitudinales très-rapprochées les unes des autres; celle qui est centrale n’est guère plus apparente. Observée sur des échantillons vivants, elle peut être d’une couleur verte, verdâtre, brunätre ou légèrement violacée, striée de jaune, ete. Dans certaines Graminées, elle est munie d’une arête dorsale ou terminale; elle est carénée, ce qui l'a fait désigner quelquefois sous les noms de glumelle carénée ou imparinervée.
2° Une glumelle supérieure, née d’un nœud supérieur, opposée à la glumelle inférieure et emboîtée par cette dernière, dont elle diffère essentiellement par les caractères qu’elle présente : d’abord, on voit sur sa partie dorsale deux nervures latérales quelquefois assez saillantes ; ensuite, elle est le plus souvent bifide, c’est-à-dire que son sommet est plus ou moins fendu dans une petite partie de sa longueur. A cause de ces caractères, on lui a donné les noms de glumelle bicarénée et de glumelle parinervée. Elle est accolée au rachis. Sa longueur est variable ; quelquefois elle dépasse la glumelle inférieure; d’autres fois elle est plus courte et plus mince. Généralement elle est transparente ou à peu près ; cependant il est des cas où sa consistance est presque analogue à celle de la glumelle inférieure ; elle est ou entièrement glabre ou légèrement velue, ou bien elle ne porte des poils que sur les carènes ou nervures dorsales, ou sur ses bords.
Ces deux premiers organes de la fleur, les glumelles, ont reçu les noms de bractées fertiles, inférieure et supérieure. En d’autres cas, on les désigne par les noms de balles ou bâles.
3° Comme troisième organe de la fleur, on remarque parfois, à la base de la partie dorsale de la glumelle supérieure, et inséré sur le même plan, un petit organe filiforme ou peu s’en faut, en un mot une sorte d’arête, et dont la longueur est variable, atteignant tantôt la moitié de la hauteur de la
olumelle, tantôt la hauteur tout entière ou à peu près. Gette sorte d’arête, que nous avons remarquée dans l’Arundinaria falcata et le Phyllostachys fleæuosa, est complétement libre ; par la place qu’elle occupe et par les caractères qu’elle offre souvent, elle semblerait être un axe avorté.
% Les glumellules, quatrième organe de la fleur, sont de très-petites écailles, de très-petites bractées, comme pelliculeuses, membraneuses. Elles sont blanches et transparentes. Leur forme est élargie, ou obovale, ou obtuse, ou plus ou moins allongée, ou plus ou moins étroite. Elles sont glabres, avec les bords ciliés, frangés ou pectinés. Placées à l’intérieur et à la base de la glumelle supérieure, elles sont en quelque sorte emprisonnées par elle. Leur nombre est faible et variable ; il peut être de 3, comme dans l'A rundinaria Simoni ; de ?, comme dans l'A. falcata, ou être réduit à 1, comme dans le Bambusa macroculmis; elles peuvent manquer presque complétement, comme cela a lieu dans le Phyllostachys flezuosa, où même faire absolument défaut, comme dans certaines autres espèces. D'autre part, 1l est des espèces de Bambusacées où le même épillet porte des fleurs avec des glumellules, et d’autres fleurs qui en sont dépourvues, sans doute par suite d’avortement.
Lorsque les glumellules sont au nombre de 5, elles sont disposées de manière que les deux latérales alternent avec la olumelle inférieure et la glumelle supérieure, tandis que la troisième est adossée à la glumelle supérieure; mais quand les fleurs n’ont que deux de ces glumellules, elles sont disposées latéralement et alternent avec les deux glumelles; d’autres fois, quand la glumellule est seule, elle se trouve tantôt surun des côtés, tantôt en avant ou en arrière; il n’y a donc pas pour ces organes de position déterminée. Certains botanistes les ont considérés, par suite de leur disposition, comme étant le périanthe de la fleur ; ils ont reçu de différents auteurs les noms de paléoles, squamules, lodicules, etc.
D° Les étamines, dans les Bambusacées, sont au nombre de 3 ou de 6; dans certaines espèces, elles dépassent ce dernier nombre; cette augmentation coïncide alors avec l'avortement
de l’organe femelle. Elles sontinfères, c’est-à-dire disposées en verticille autour et à la base de l'ovaire. Le filet est blanc, trèsgrèle, filiforme, capillaire, droit ou flexueux. Leur longueur est fort variable d’après les espèces; ainsi, pour ne citer que deux exemples, nous dirons que, dans le Bambusa macroculmis, elles ne dépassent presque pas les glumelles, on dirait qu'elles sont droites; au contraire, dans le Phyllostachys fleæuosa, elles sont une fois plus longues que les glumelles, et, dans ce cas, elles sont pendantes. Toutefois ce dernier caractère, étamines pendantes, peut appartenir à des espèces dont le filet est court, ce qui arrive dans celles-ci lorsque, au mo- . ment où l'acte de la fécondation va s’accomplir, les deux glumelles s’écartent; les étamines, en laissant tomber le pollen sur le stigmate, s'infléchissent toutes du même côté, et, quelque temps après, les glumelles se rapprochent pour protéger l'ovaire pendant son développement; les étamines restent alors pendantes jusqu'à leur destruction complète (fig. 15 et 16).
L’anthère est linéaire, biloculaire et versatile, c’est-à-dire vacillante, parce qu’elle est attachée vers le milieu de sa partie dorsale. Son extrémité inférieure est un peu échancrée ; au contraire, son sommet est ou arrondi ou terminé en pointe. Lorsque le pollen est sur le point de s'échapper, la déhiscence des deux capsules de l’anthère a lieu dans toute la longueur de celle-ci, comme dans le Bambusa macroculmis, ou bien sur une petite partie de son sommet, comme dans le Phyllostachys flexuosa, l'A rundinaria falcata où YA. Simoni. Sa couleur est ordinairement jaune; quelquefois, dans l’Arundinaria falcata par exemple, elle est violacée. Dans les quelques espèces de Bambusacées vivantes que nous avons vues fleurir, nous avons remarqué que le pollen était extrèmement abondant.
6° Le pistil. — Cet organe est composé, comme on sait, de l’ovaire, du style et du stigmate. L’ovaire estsitué au centre des étamines, et en quelque sorte inséré sur le même plan qu'elles, ce qui lui a fait donner le nom d’ovaire supère. Sa forme est globuleuse, ovoïde, ou un peu allongée; quel-
quefois il est parcouru sur lune de ses faces par un sillon plus ou moins prononcé. Il est glabre et porte des poils au sommet. Le style est grèle et filiforme; il est variable dans sa longueur; 1l arrive parfois à dépasser les glumelles, comme dans le Phyllostachys flexuosa ; d’autres fois il est tellement court qu’il fait défaut. Sa couleur est généralement blanche, mais, dans certaines espèces, son extrémité supérieure est légèrement violacée; nous l'avons souvent remarqué dans le P hyllostachys flexuosa. Le stigmate est ou simple, ou divisé en deux ou trois parties (fig. 13), ce qui fait dire qu'il est bifère ou trifère. Il est plus ou moins long, silué au sommet d'un style, ou presque sessile ; il est blanc, quelquefois violacé, mais il est Loujours plumeux ou papilleux (fig. 13).
Les caractères approximalifs que nous venons de donner sur les organes qui constituent une fleur de Bambou, ont été pris sur des espèces que nous avons vues fleurir depuis trois ans et particulièrement en l’année 1876. Toutes celles que nous avons étudiées étaient à fleurs hermaphrodites, chacune contenant tous les organes sexuels; mais il paraît, au dire de certains botanistes, qu’il ya des Bambusacées dont les sexes sont séparés, soit sur des pieds différents, et dans ce cas les espèces sont droïques; soit sur [a même branche, laquelle porte alors des fleurs mâles et des fleurs femelles ; ces espèces-c1 sont dites monoïques.
En dehors de tous ces caractères de la fleur, certaines espèces de Bambous se font remarquer par la quantité de leurs étamines, quisont relativement considérables, atteignant le nombre de 20 et même davantage. En outre, il en est qui sont monadelphes, c'est-à-dire que leurs étamines sont toutes soudées entre elles, de manière qu’elles forment une sorte d’étui, au milieu duquel est situé le pistil.
Fruits.— Le fruit du Bambou est chose assez rare dans nos cultures ; cependant, depuis trois ans, nous avons pu en voir, au Jardin du Hamma d'Alger, sur cinq espèces : les Bambusa macroculmis, spinosa et stricta, lArundinaria falcata et le Phyllostachys flezuosa. Le fruit, dans ces plantes comme dans toutes les Graminées, a été désigné sous le nom de cariopse,
à cause de la soudure des téguments de l’ovule avec les parois ovariennes. Dans le cariopse des Bambusacées, le Colonel Munro considère comme un bon caractère la position de l’'écusson, ou scutellum de Gaertner, et le décrit dans ses trois grandes divisions; cet organe est une expansion ovale, plane ou peu arquée, partant de l'embryon et s'appliquant par sa face dorsale contre l’albumen. Les graines que nous avons vues étaient de différentes formes; celles du B. macroculmis ont tout à fait l'aspect d'un grain de blé arrondi, portant une petite pointe épineuse à son sommet; ce n’est autre chose qu’une partie du style dont la base est devenue persistante; quant aux autres graines, elles ressemblent à celles d'avoine ou de seigle (fig. 18 et 28). Un caractère fort curieux, cité par le colonel Munro, c’est le développement que prend le fruit d’une Bambusacée appartenant à la tribu des Bacciférées, ou Bambous à fruits charnus. Dans les espèces de cette division, le pistil semble renfermé dans une enveloppe un peu analogue à un sac, ou utricule, qui contient les graines des carex. A l’état jeune, il est étroitement attaché au style, dont il est presque impossible alors de le séparer ;en avançant en maturation, il s'accroît de différentes manières : dans le Melocanna bambusoides, il devient très-charnu, et le fruit atteint le volume d’une grosse poire, tandis que la graine reste proportionnellement très-petite. Dans d’autres cas, cette sorte d’enveloppe est relativement mince.
Les caractères généraux des Bambous étant ainsi connus, nous pouvons maintenant étudier leur mode de végétation.
C’est au point de vue purement horticole que nous désirons traiter ici cette question; elle se rapporte essentiellement aux espèces de Bambous introduites dans nos cultures et dont les tiges sont ligneuses et souvent de haute taille.
Avant toutes choses, dans la culture des végétaux, il est un point qu'il ne faut pas perdre de vue, si l’on veut arriver au succès ; ce point essentiel, c’est l'étude préalable et sérieuse des mœurs, des caractères, de la manière d’être du végétal, étude sans laquelle il ne serait pas possible de le bien diriger, ni de lui donner tous les soins qu'il exigera durant toute la période de son existence. C’est ce but que nous nous sommes efforcés d’atteindre dans nos études.
C’est à la suite des observations que nous avons pu faire au Jardin du Hamma d'Alger, durant plusieurs années consécutives, sur les différentes espèces et variélés de Bambous que possède cet Établissement, que nous avons été amenés d’après l’époque de végétation de ces plantes et d’après leur manière d’être à en former nos deux groupes.
4° Bambous à végétation automnale et à touffe cespiteuse ;
9% Bambous à végétation vernale et à touffe généralement traçante.
D'après l’époque et d’après le mode de leur végétation, les Bambous forment donc : ou bien des’souches à touffes cespiteuses, compactes, c’est-à-dire dont les tiges sont rapprochées les unes contre les autres ; ou bien des souches à touffes courantes, c’est-à-dire très-traçcantes. Ce sont ces caractères que nous allons maintenant chercher à connaitre le mieux possible.
Afin d'établir une comparaison entre ces deux groupes, nous allons prendre comme exemples les Bambusa macro-
culmis et vulgaris pour le groupe à végétation automnale et à touffes cespiteuses, et le Phyllostachys milis pour le groupe à végétation vernale et à souches traçantes. Il est d’une importance réelle de connaitre les caractères de ces deux groupes pour appliquer judicieusement le mode de multiplication qui appartient aux espèces de chacun d'eux.
Les Bambous forment des touffes qui augmentent de volume chaque année, par suite du nombre de tiges qui suroissent de leurs parties souterraines. C’est toujours d’une souche commune que se forment ces couches. Nous allons en suivre les développements.
Supposons un moment que la souche soit née d’une graine, point de départ de toute ramification souterraine. Une fois la oraine confiée à la terre, la germination a eu lieu. Deux organes, se dirigeant en señs opposé, se sont développés, l’un conslituant la partie aérienne, la tige, l’autre la partie souterraine, la souche. C’est cette dernière, sur laquelle s'établit la plante, que nous allons étudier d’abord; l'étude de la végélation aérienne sera l’objet du chapitre suivant.
La souche est donc la partie du Bambou qui s’est développée en terre. Des nœuds, assez rapprochés les uns des autres, signalent ses accroissements successifs ; quelques petites racines, disposées en verticille, se remarquent à chacun d’eux ; puis, à chacun également, un bourgeon, organe qui produira plus tard une tige, et dont la série, disposée distiquement et alternativement de chaque côté de la souche, donnera naissance à une série de liges.
D’année en année, à mesure que la végétation se manifestera, le bourgeon d’un nœud — rarement deux — se ‘développera, une tige partira de la souche; successivement le nombre en deviendra plus considérable, et en même temps la partie basilaire s’enfoncera plus ou moins profondément dans le sol, jusqu'à un point déterminé par la nature de l'espèce.
Telle est la végétation souterraine générale; suivons-la maintenant dans chacun des deux groupes de Bambous.
Pour le groupe à végélation automnale et à touffe cespi-
teuse, c’est-à-dire non traçante, nous prenons comme type le Bambusa macroculmis. Si l’on arrache une portion de sa touffe, lorsque déjà de jeunes tiges sont en voie de développement, comme le représente la figure 2, on voit que, dès le début de la végétation, le bourgeon né sur la partie souterraine d’une tige de l’année précédente s’est d’abord développé quelque peu et horizontalement, puis qu’il s’est redressé juste à point pour que la nouvelle tige puisse croître sans rencontrer d’obstacle, ce qui n’empèche pas qu’elle soit quelquefois tellement rapprochée de ses voisines, qu’une lame de couteau ne trouverait pas place entre elles à leur partie basilaire.
Cette partie horizontale, rhizome ou tige souterraine, est donc rampante, mais plus ou moins; elle se tient à la surface du sol, ou bien elle s’y enfonce jusqu’à 50 centimûtres ; celle du Bambusa macroculmis est très-courte. Il en est de même pour le plus grand nombre des espèces à végétation estivale : rhizomes courts et, par conséquent, touffes compactes. Il peut cependant y avoir des exceptions à cette règle générale; la végétation que nous avons remarquée dans le Bambusa vulgaris en est une preuve (fig. 18); il arrive en effet chez celui-ci que, dans la partie souterraine, chaque bourgeon se développe d’abord horizontalement; puis, à une longueur variable de 10 à 30 centimètres, il se redresse pour constituer la partie verticale de la tige. La figure 18, qui représente un fragment de touffe, en fait bien voir la forme et le développement. Dans ce cas-là, les touffes seront moins compactes.
Dans les Bambous de ce premier groupe, chaque nœud du rhizome porte une gaine, des racines en verticille, un bourgeon. Les gaines et les bourgeons sont disposés distiquement et alternativement, et, plus le rhizome est étendu, plus ils sont nombreux. Si la plante est placée dans des conditions favorables, il n’est pas rare de voir chaque rhizome en produire plusieurs autres, et en d'autant plus grand nombre sur un point que le rhizome s’est enfoncé plus profondément dans le sol. La figure 18 fait voir une portion de rhizome du Bambusa vulgaris développant six rhizomes à la fois ; il est
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Fig. 2. — BAMBUSA MACROCULMIS
Développement des bourgeons et modification des languettes sur les écailles,
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facile de comprendre, d’après cette disposition latérale des bourgeons sur les rhizomes souterrains, qu’une partie des tiges puissent s'éloigner de la touffe, tandis qu’au contraire d'autres s’en rapprochent et même viennent rejoindre le centre, en sorte que, souvent, les rhizomes s’entre-croisent et montent les uns par-dessus les autres ; aussi ces plantes forment-elles dans le sol une masse presque inextricable (fig. 1).
La végétation souterraine de certaines espèces est parfois telle, qu’au bout d’un certain nombre d’années, les rhizomes, retournés sur eux-mêmes et empêchés de s’enfoncer plus avant en terre par l’épaisse couche qu’ils y ont formée tout d’abord, finissent, à force de s’entasser les uns sur les autres, par s’exhausser à plus de 1 mètre au-dessus du sol. Cet exhaussement est dû d’abord à la soudure des rhizomes entre eux, qui ne tardent pas à former une masse compacte, avec l’aide du développement annuel des bourgeons qui avortent et de la base des troncs provenant des tiges coupées. Ces débris d'organes de toutes sortes, sur lesquels naissent de nouvelles tiges, constituent un bloc tellement homogène, qu'il serait inutile d’en tenter la séparation. Tout ce système radiculaire vit par le concours de nombreuses racines qui vont chercher très-loin et horizontalement les matériaux nécessaires à une si puissante végétation. Au Jardin du Hamma d'Alger, on peut voir plusieurs touffes du Bambusa macroculmis offrir ce caractère de compacité de rhizomes, qui ne manque pas d'intérêt au point de vue de la force vitale de celte espèce; la figure 1 représente une de ces touffes âgée de plus de vingt ans.
Dans les Bambous du deuxième groupe, à végétation vernale, le mode de végétation souterraine est différent. Ici les tiges sont très-éloignées les unes des autres et les touffes, naturellement, moins compactes. D’un autre côté, les plantes sont très-traçantes, très-coureuses ; les tiges souterraines s’étendent en rampant sous le sol, au point d’atteindre plusieurs mètres de longueur dans l’espace d’une année, surtout si les plantes sont placées dans des conditions favorables de température et de terrain (fig. 3). Ce caractère de vigoureuse végé-
tation souterraine ne se montre que sur les plantes âgées de plusieurs années.
Les rhizomes peuvent quelquefois s’enfoncer dans le sol à une profondeur relativement considérable ; il n’est pas rare de voir ceux de l’Arundinaria Simoni pénétrer à 80 centimètres, et cela même dans des terres extrêmement durcies, puisqu'ils traversent souvent les chemins macadamisés du Hamma d'Alger.
En général, la végétation des rhizomes des Bambous traçants se fait horizontalement et en ligne très-droite (fig. 3); elle ne dévie que devant un obstacle trop difficile à écarter, une pierre par exemple; dans ce cas, ils passent par-dessus si cette pierre ne surmonte pas le sol, et se replongent de l’autre côté à la même profondeur, pour reprendre ensuite leur chemin direct.
Examinons maintenant quels sont les caractères de ces rhizomes et comment a lieu leur végétation. Pendant leurs deux premières années, les Bambous traçants se bornent à peu près à une végétation aérienne, ne produisant que des tiges, mais une fois que cette période est passée et qu’un assez orand nombre de racines se sont produites, la végétation souterraine commence. Sur la partie basilaire des tiges, sur leur partie souterraine, il existe, dans ces Bambous comme dans ceux du premier groupe, une série de nœuds variables dans leur nombre et plus ou moins rapprochés les uns des autres. À chaque nœud il existe également des racines en verticille et un bourgeon. Chaque bourgeon, lorsqu'il est sur le point de se développer, est entouré d’une écaille binervée, composée de deux membranes assez minces; l’une est appuyée sur la tige et porte deux nervures latérales assez distantes entre elles; l’autre est opposée à la première et fendue dans toute sa longueur au moment où la végétaton est active. Ordinairement ce bourgeon est pelit, de forme conique; parfois les deux nervures sont couvertes de poils.
Le rhizome prend toujours une direction horizontale. 11 est recouvert, principalement dans son jeune âge, et dans
Rhizome et développement des Lourgeons,
F1G. 3. — PHYLLOSTACHYS (BAMBUSA) MITIS
toute sa longueur, de gaines de forme écailleuse, pointues au sommet, assez épaisses, coriaces, distiques et imbriquées, d’une couleur jaune tirant sur le blanc sale; elles sont glabres, ternes sur leur partie dorsale, mais très-luisantes à l'intérieur, plus longues que les mérithalles et embrassant par leur base toute la périphérie de l’entre-nœud; elles sont persistantes, puisqu'elles se détruisent sans se désarticuler.
A un certain âge non encore trop avancé, toutes les parties enterrées du rhizome ont perdu leurs gaïnes; on n’en retrouve plus que les téguments fibreux, entièrement désagrégés, de couleur ou terne ou rougeâtre. Dans les parties externes, c’est-à-dire celles qui rampent sur le sol, comme dans le Phyllostachys maites, le rhizome reste enveloppé pendant un certain temps par ses gaînes incolores et sèches ; elles finissent néanmoins par disparaître à mesure qu’il devient vieux. Il n’y a que la partie extrême, ou mieux le bourgeon d’élongation du rhizome, qui en soit toujours pourvue sur un certain parcours. Cette extrémité, très-conique, aiguë, composée de gaines imbriquées, incolores et luisantes, constitue une pointe dure et polie qui perce le sol ou horizontalement ou obliquement, suivant les cas, organisation toute spéciale qui permet au rhizome de courir dans les terrains les plus durcis et les plus compactes.
Au fur et à mesure que le rhizome s’allonge, des racines se développent; elles naissent autour du nœud en verticille simple, c’est-à-dire disposées sur un rang, au nombre de 6 à 10; elles sont grêles, peu longues, filiformes. garnies d’un chevelu serré, court et fin. Elles percent les écailles et se développent au travers, en tous sens, en haut, en bas, et latéralement de préférence. Les rhizomes qui rampent à la surface du sol n’ont de racines que sur les parties en contact avec lui.
Le rhizome est ordinairement cylindrique, quelquefois aplati, à nœuds plus ou moins saillants et d’un écartement entre eux variable suivant les espèces, mais ne dépassant
pas un maximum de 6 à 10 centimêtres. Ses entre-nœuds se rétrécissent dans leur milieu pour s’évaser vers les nœuds qui font saillie. Cette saillie circulaire, dans laquelle était emprisonnée la base de la gaine, est encore accentuée par la couronne de racines ou de mamelons de racines latentes qui se développent au-dessus.
À la base de chaque nœud se trouve un bourgeon disposé distiquement et alternativement, un peu aplati, situé dans une cavité, sillon ou cannelure, qui se prolonge, dans le même ordre, d’un nœud à l’autre. Ge sillon, très-large à sa base, contient ce bourgeon plus ou moins formé qui interrompt la ligne circulaire de racines et se rétrécit vers le haut, quelquefois les bords de ce sillon présentent deux arêtes assez vives.
Les nœuds des rhizomes ont, comme ceux des tiges, une cloison, mais elle est très-épaisse ; en outre, les rhizomes de ce groupe sont fistuleux, c’est-à-dire creux à l’intérieur.
Les parties souterraines du rhizome sont d’un blanc jaunâtre ou d’un beau jaune, mais elles verdissent à mesure qu’elles se rapprochent de la surface du sol et sont en contact avec l'air. Celles qui rampent sur la terre sont d’un vert très-accentué. Les parties extérieures sont sensiblement rétrécies en diamètre; elles se renflent sous le sol pour se rétrécir ensuite dès qu’elles en sortent, leurs nœuds sont dépourvus de racines, ou du moins n’ont que des rudiments à l’état de mamelons saillants. Le Phyllostachys nigra présente cette remarquable particularité d’avoir des rhizomes noirs comme ses chaumes.
La grosseur des rhizomes est subordonnée à l’âge, à la nature des espèces et à leur force végétative ; dans tous les cas, ils peuvent varier de la grosseur d’un crayon à celle d’une forte canne. Les Phyllostachys mitis offrent les plus fortes dimensions; quelques touffes adultes en présentent de 2 centimètres de diamètre. Leur longueur est très-développée chez quelques-uns de ces Bambous traçants; il n’est pas rare de voir des rhizomes de P hyllostachys mitis, viridi-glaucescens,
aurea, dépasser 5 à 6 mètres, et surtout de rencontrer des Arundinaria Simoni avec des tiges souterraines de plus de 10 mètres.
Tous les rhizomes des Phyllostachys cités offrent les mêmes caractères et à peu près la même forme ; ceux du Ph. viridiglaucescens sont cependant plus grêles relativement aux nœuds moins saillants; ceux des Arundinaria, de l’A. Simoni par exemple, en diffèrent par le manque de cannelure, par le peu de saillie de leurs nœuds. Tous rampent à une dizaine de centimètres au-dessus de la surface du sol. Quelquefois le Ph, mitis en émerge pour s’y replonger ensuite; l'A rundinaria Simoni, au contraire, s’enfonce perpendiculairement pour ramper à 0",80 et 1 mètre de profondeur.
Très-souvent les rhizomes se ramifient en se dirigeant en différents sens; très-souvent aussi, dès qu’ils ont atteint une certaine longueur et en même temps qu’ils continuent à croître, des bourgeons latéraux se développent et sortent de terre pour devenir des tiges aériennes, En général, quand cela a lieu, toutes ces tiges sont sur le même plan, comme si on les avait alignées (fig. 3).
Ainsi que nous l’avons déjà dit, la végétation des tiges souterraines est assez rapide, malgré la dureté du sol qu’elles ont parfois à vaincre; mais comme leurs gaines sont coriaces, comme leurs sommets, réunis à l'extrémité du rhizome, se terminent en une pointe aiguë très-résistante, comme leur disposition est imbriquée, on s’explique la facilité qu’elles ont de percer les sols souvent les plus durs. |
Quelquefois, par une étrange anomalie de la végétation, il n’est pas rare de voir, sur une touffe de Bambous traçants, des rhizomes sortir du sol, s’exhausser à 10 ou 20 centimètres, décrire une légère courbe, puis se replonger dansle sol pour en sortir de nouveau un peu plus loin et yrentrer ensuite. Ce caractère se remarque assez souvent dans le Phyllostachys mitis ; aussi, lorsque l’on passe à travers une plantation de cette espèce, faut-il prendre garde que les pieds ne s’engagent sous ces sortes d’arceaux qui provoqueraient une chute. D'un autre côté, 1l arrive aussi, lorsque la végétation des rhizomes
se ralentit, que leur extrémité se redresse pour sortir du sol et se transformer en une tige aérienne (fig. 3).
Les Bambous traçants, lorsqu'ils sont placés dans des conditions favorables de climat et de sol, se développent souterrainement avec une telle rapidité, qu’en fort peu de temps ils envahissent des surfaces immenses de terrain, et en cela nous verrons plus loin les services qu’ils peuvent rendre.
Sous le climat de Paris, la végétation souterraine est plus lente; elle se prolonge très-avant dans l'automne. Dans ces conditions, l'extrémité des rhizomes n’a pas le temps de se constituer normalement avant l'hiver; il en résulte qu’assez souvent, si les froids sont rigoureux, cette partie périt pendant la période hivernale, ce qui entrave toujours un peu la végétation de ces Bambous dans notre région.
Un fait assez curieux à relater, c’est l'influence que peut exercer la chaleur sur certaines espèces de Bambusacées ; ainsi le Phyllostachys mitis passe à Paris pour être une espèce peu traçante, si, s’en rapportant à ce dire, on cultivait la même plante en Algérie, on éprouverait une déception complète, car là c’est une espèce des plus traçantes; du reste la figure 3 en donne bien le caractère, que nous avons pris comme tvpe de ce groupe.
Dans le centre de l’Europe, le caractère le plus saillant qui différencie, suivant les horticulteurs, le Bambusa viridi-glaucescens du B. aurea, c’est que ce dernier forme une touffe bien accusée et n’est pas véritablement traçant comme le premier ; en Algérie, ils le sont également tous les deux. Il y a donc lieu de prendre en considération l’influence exercée par le milieu dans lequel on transporte ces végétaux.
En terminant cette étude de la végétation souterraine des Bambous, nous ferons remarquer que les rhizomes du premier groupe ne sont pas fistuleux, tandis qu'ils le sont dans le second.
Il n’est pas inutile de rappeler que l’époque de la croissance des tiges des Bambous correspond à la manière d’être de chaque groupe. Ainsi, ceux à touffe cespiteuse commencent à entrer en végétation en été, quelquefois vers les premiers jours du mois d'août, mais principalement en septembre; c’est pour cette raison que nous les avons désignés sous le nom de Bambous à végétation automnale; dans les Bambous traçants, au contraire, la croissance a lieu au printemps, dans le courant du mois d'avril; aussi les avons-nous appelés Bambous à végétation vernale. Nous devons suivre la végétation aérienne dans chacun de ces deux groupes.
Les Bambous à touffe cespiteuse commencent, nous l’avons vu, à développer leurs bourgeons à partir du mois d'août; à ce moment on pourrait apercevoir déjà, à la partie basilaire, les turions se former, grossir, s’organiser, qu’ils soient à la surface du sol ou profondément enfoncés; se disposant déjà horizontalement ou obliquement, selon la direction que les tiges auront à prendre. Leur végétation est d’abord trèslente ; il y a un point d'arrêt bien marqué, ce qui fait même que, dans l’extrème nord de l’Afrique, cette végétation est plus hivernale qu’automnale; mais une fois qu’ils sont bien constitués et propres à transmettre à la partie aérienne les matériaux nécessaires à sa croissance, elle s’accomplit avec une extrême rapidité, dans l’espace de quelques semaines, les tiges ou chaumes peuvent atteindre leur plus haute dimension ; nous aurons occasion de revenir plus loin sur ce sujet, dans un chapitre spécial.
Examinons les caractères de la tige pendant sa croissance, prenant toujours pour exemples, dans ce groupe, les Bambusa macroculmis et vulgaris. Dans le premier, ainsi que le
montre la figure 2, la jeune pousse a pris naissance presque à la surface du sol et sur la partie basilaire de la tige de l’année précédente. Il en est de même dans le second, avec cette différence que les bourgeons se sont développés à divers degrés de profondeur dans le sol (fig. 18). Dans l’un et l’autre cas, on voit que les bourgeons ont d’abord rampé horizontalement, pour se redresser ensuite et devenir la partie aérienne. Lorsqu'ils ont atteint une longueur de 1",50 à 2 mètres et qu'ils sont en pleine activité, ils sont extrêmement remarquables par les organes appendiculaires dont ils sont recouverts et qui protègent les jeunes tiges durant la période de leur développement. Ces organes méritent particulièrement d’être examinés ; car, au point de vue horticole, ce sont eux qui, par leurs caractères constants, nous fournissent les meilleurs moyens de distinguer entre elles les diverses espèces de Bambous; c’est en les étudiant avec soin que nous sommes parvenus, au Jardin du Hamma, à rétablir la nomenclature, alors que nous n’avions pas encore constaté d’inflorescences, et à faire disparaître la confusion qui existait dans la collection de Bambous de cet Établissement. Nous ne saurions trop attirer sur eux l'attention des personnes qui s'occupent de la culture de ces plantes.
Gaînes spathiformes.— Un moment semblables à des écailles, les organes appendiculaires accompagnent la tige, mais seulement durant sa croissance ; ils ont reçu le nom de gaînes. Par la position qu’ils occupent sur la tige, par leur manière de s’enrouler autour d'elle, par le rôle qu’ils jouent, on s’aperçoit bientôt que ce ne sont que des parties de feuilles, la partie basilaire ; en un mot, chaque gaîne n’est qu’un pétiole dont toute la végétation s’est portée sur ce point au préjudice du limbe, qui généralement s’estatrophié, comme nous le verrons plus loin. Quoique fort peu connu, cet organe est quelquefois décrit sous le nom de spathe; mais cette dénomination ne s’applique rigoureusement qu’à ceux qui sont placés à la base des inflorescences et qui les enveloppent, avant et pendant leur expansion, comme chez les Aroïdées, les Palmiers et beaucoup d'autres plantes appartenant aux Monoco-
tylédonées. Nous n'avons donc pas cru devoir nous servir de ce mot; ces organes occupant la place des feuilles, nous les considérons comme tels, et, en raison de la forme qu’ils présentent, et qui rappelle en effet une spathe, nous leur avons consacré, ainsi que nous l’avons dit plus haut, le nom de gaînes spathiformes ; c’est donc sous cette appellation que nous continuerons de les décrire.
Pour bien étudier les caractères des gaines spathiformes, il faut choisir le moment où les tiges croissent, dès qu’elles mesurent 20 centimètres de hauteur, jusqu’à ce qu’elles aient atteint environ 2 mètres. La forme en est bien simple; elle est en tout semblable à un cornet de papier; la partie basilaire est de même diamètre que la partie centrale; c’est, en un mot, une sorte de fourreau fendu dans toute sa longueur, complétement appliqué sur la tige et l’entourant, et dont le sommet est taillé comme un cornet. Les figures 19 et 20 les représentent déroulées ou aplaties, pour celles qui appartiennent aux grandes espèces, et les figures 23, 25, 29 pour celles des espèces moyennes. La grandeur de ces organes est subordonnée aux caractères des espèces de Bambous, à la grosseur de leurs tiges et à la place qu'ils occupent sur cette dernière, car sur la même tige leurs dimensions sont toujours diverses.
Pendant les premiers moments de son évolution, la tige est complétement enveloppée de ces gaines spathiformes placées sur deux rangées, une de chaque côté, autrement dit présentant une disposition alterne et distique (fig. 2 et 22). Celles qu’on aperçoit à la base sont très-rapprochées, comme emboîtées l’une dans l’autre, imbriquées; elles sont plus ou moins courtes et souvent terminées en pointe, surtout lorsqu'elles se sont développées sous terre. Dans ces conditions. leur couleur est ordinairement blanchâtre ou jaunâtre, mais variable dans beaucoup d'espèces. Leur texture est plus ou moins épaisse ou coriace. Par leur partie basilaire elles embrassent complétement la tige, au point que cette partie s’entre-croise en se repliant sur elle-même. Elles sont insérées sur un coussinet circulaire qui forme comme un bourrelet plus
ou moins apparent, et chacune d'elles indique un nœud, Celles de la base, dont le nombre est variable, sont en outre persistantes.
Observées successivement et au fur et à mesure que CroIssent les tiges, les gaines spathiformes se modifient, ainsi que nous l’avons dit; elles deviennent, comme les mérithalles, plus longues, particulièrement: vers le centre de la tige. Ce sont alors des sortes de faisceaux très-longs, dont les bords se recouvrent de manière à cacher complétement la tige, et dont le sommet est taillé en forme de cornet plus ou moins allongé, plus ou moins obtus, arrondi, ou quelquefois comme tronqué.
L'ordre est régulier, mathématique, dans la disposition des gaines, comme il est symétrique par la manière dont les bords se recouvrent; ainsi, par exemple, si l’on examine un bourgeon en voie de développement, voici ce que l’on constate. La première gaine, en supposant qu’elle soit à gauche, aura le bord gauche appuyé sur le bord droit de la gaîne supérieure qui est à droite; d'autre part, le bord du côté droit de l’une s’appuie sur le côté gauche de l’autre. Les autres gaines suivent successivement la même marche; la troisième pe à la première, la deuxième à la quatrième, etc. (fig. 2, 22, 30, 33, etc.).
Vas l'extrémité de la tige, les gaines spathiformes sont naturellement moins longues et, par conséquent, moins larges, puisque la tige va toujours en diminuant de grosseur; elles reposent, comme celles de la base, sur un coussinet circulaire dont le bourrelet est plus ou moins apparent.
La texture des gaines est très-variable ; tantôt elle est trèsépaisse, coriace, résistante; tantôt extrèmement mince, comme membraneuse, et, par conséquent, peu résistante. En outre, leur partie interne, c’est-à-dire la face appliquée sur la tige, est, dans beaucoup de cas, très-luisante. Elles sont glabres ou couvertes, sur leur partie dorsale, de poils ordinairement couchés, rudes ou mous, duveteux, et se détachant souvent très-facilement. Dans certaines espèces, les poils sont assez roides (fig. 19) pour pénétrer dans la peau et causer De sensations peu agréables.
Les gaines spathiformes sont quelquefois striées et de couleur variable : violacées, brunâtres, verdätres, jaunâtres, et quelquefois maculées comme une peau de serpent (Phyllostachys mitiset Quilioi, fig. 23); elles sont généralement caduques, se détachant ettombant à mesure que latigeprend sa croissance (fig. 22, 30, 38); mais auparavant elles se décolorent, comme tout organe qui va se séparer de son axe; dans certaines espèces cependant, elles sont persistantes, quoique desséchées.
Ces gaines offrent encore d’autres caractères. À la base des tiges, elles sont plus longues que les mérithalles qu’elles englobent; puis, vers le centre, elles deviennent plus courtes, pour redevenir plus longues vers l’extrémité de la tige. Leurs dimensions sont subordonnées à la nature de l'espèce du Bambou et aussi à la grosseur de la tige ou chaume; cependant, pour donner une idée du développement qu’elles peuvent acquérir dans certains cas, nous dirons que, dans le Bainbusa macroculmis, elles atteignent jusqu’à 0®,44 de hauteur sur 0",52 de largeur à leur partie basilaire. Avec ces dimensions considérables, les gaines de ce Bambou ont la forme d’une grande pelle dont se servent les terrassiers; ce sont certainement les plus grandes que nous ayons observées dans les cultures de l'Algérie. On peut en rencontrer de plus longues, puisque celles du Phyllostachys mitis ont jusqu’à 0",55 de hauteur ; mais leur largeur, qui n’est que de 0",14 sur cette même gaine, est considérablement moins grande que dans le B. macroculmis. Il va sans dire que, dans les Bambous dont les tiges ne sont pas plus grosses que celles du blé, les gaines sont en rapport avec ces dimensions restreintes.
Au sommet des gaines spathiformes, on remarque une membrane à peine haute de 5, 10 ou 15 millimètres, de couleur variable, verdâtre, jaunâtre, violacée, brunâtre, quelquefois transparente. Elle est parfois bordée de poils (ciliée), ou déchirée en lanières (pectinée), ou comme tronquée horizontalement. C’est, en quelque sorte, une expansion de l’épiderme intérieur de la gaine, qui est désignée sous le nom de
ligule et que certains botanistes considérent comme une stipule. Elle est toujours fortement appliquée sur la tige, jusqu’au moment cependant où la gaine commence à s’entr’ouvrir, elle est peu apparente sur les gaïnes inférieures; elle peut, du reste, sur une même tige, voir se modifier ses caractères.
Un autre organe vient s’ajouter à la gaine spathiforme, c’est le limbe. Comme la ligule, il prend sur une même tige les formes les plus diverses. Le limbe est situé tout à fait à l'extrémité de la gaine spathiforme ; il repose sur un coussinet formé par une expansion de l’épiderme extérieur de la gaine. Quant à sa forme, elle est extrêmement variable ; dans bien des cas, il est atrophié sur les gaînes de la base, ou bien il n'offre qu'une petite pointe épineuse, raide (fig. 2); dans d'autres cas, il est étroit, linéaire ou apiculé, quelquefois élargi et ayant la forme d’une équerre dont la partie basilaire est plus longue que les côtés (fig. 19). Observé sur les gaînes supérieures et successivement jusqu’à l'extrémité de la tige, le limbe subit de réelles modifications; il devient beaucoup plus long et plus large, et, selon les espèces, il est raide, ou ondulé (fig. 42), ou coriace ; il est mince, ou flexueux, ou infléchi sur la tige (fig. 36), ou droit (fig. 34), ou horizontal, ou elliptique, lancéolé, linéaire. Sa couleur est également variable ; dans certaines espèces, comme les Bambusa macroculmis et Hookeri, il est bronzé; dans d’autres, il est d’un vert olivätre ou d’un vert tendre, et quelquefois rubané de blanc, comme sur le Phyllostachys milis ou l'Arundinaria Simoni. Le plus généralement, il est caduc, persistant cependant sur quelques espèces, et notamment sur le B. vulgaris. I est glabre, ou légèrement velu, surtout à la face inférieure ; quelquefois il est couvert de poils, ou rude au toucher. On y rencontre des stries, et la nervure centrale est plus ou moins apparente ; on le voit parfois armé de deux rangées de petites dents épineuses. Les bords sont glabres, ou ciliés, ou dentés. Enfin, vers l'extrémité de la tige, les dimensions et la forme qu'il a prises font du limbe une véritable feuille, qui arrive à des proportions considérables relativement à ceux de la base.
La gaine spathiforme et son limbe sont bien une étrange anomalie dans la végétation, car rien n’est plus disparate que la réunion de ces deux organes. Par leur position sur la tige, par leur organisation, leur caractère, c’est bien une feuille qu'ils forment, mais une feuille d’une nature toute particulière. Si, partant de la base de là tige, on étudie successivement, jusqu’à son extrémité, la forme du limbe, on constate qu'à chaque gaine une modification se produit. À la base, nous l’avons vu atrophié, représenté par une pointe plus ou moins épineuse, souvent peu apparente, et qui n’est, en quelque sorte, que le rudiment de la nervure centrale d’une feuille qui a pris ce caractère; mais peu à peu celui-ci disparaïit, et la transformation a lieu par l’allongement et l'élargissement de cette nervure. Au sommet de la tige, le limbe est complétement transformé ; il a pris, dans son développement, l’aspect d’une véritable feuille (fig. 52), mais la végétation s’y montre assez curieuse ; il semble que, dans la première partie de la longueur de la tige, toute la force d'expansion ait passé au profit de la gaine, qui a pris un développement considérable au préjudice du limbe, tandis que vers l’extrémité le contraire a lieu ; c’est le limbe qui s’accroit, pendant que la gaine diminue de volume. D'un autre côté, cette feuille persistant très-peu de temps, ainsi que nous avons pu le remarquer dans le plus grand nombre des cas, pourrait être considérée comme éphémère, puisqu'elle disparaît quelques jours après sa naissance et son développement.
La gaine spathiforme offre encore une autre particularité : à son sommet et de chaque côté du limbe, sur certaines espèces de Bambous, on aperçoit quelquefois une expansion membraneuse qui peut avoir une forme auriculaire bordée de poils, comme dans le Bambusa vulgaris (fig. 19), ou bien être déchirée en lanières filiformes et formant comme une collerette pectinée autour de la tige, ou encore, et même assez fréquemment, étalée, comme dans le Baïbusa Hookeri (fig. 20). Ces expansions n'existent pas sur toutes les espèces de Bambous ; très-souvent toutes les gaines d’une même tige
n’en portent pas, ou bien elles ont avorté sur un des côtés de )
la gaine; en tout cas, elles ne persistent pas bien longtemps et semblent dues à un prolongement de l’épiderme de la partie dorsale de ladite gaîne ; elles sont surtout remarquables, quoique de petite dimension, dans les gaines des Phyllostachys viridi-glaucescens et nigra (fig. 28-33).
Tels sont, en général, les caractères approximatifs de la gaine spathiforme de nos deux groupes de Bambous cultivés, bien que nous ayons tiré tous nos exemples du premier groupe, qui offre des caractères plus saillants. Cette gaîne spathiforme, nous le répétons, caractérise chaque espèce de Bambous en particulier; en les étudiant comme nous l’avons fait, 1l sera facile, au moment de la croissance des tiges, de distinguer les espèces entre elles.
Mais il nous reste encore à parler des quatre ou einq dernières gaînes qu’on remarque à l’extrémité de la tige et qui la terminent complétement. Celles-ci sont tout à fait différentes des gaînes spathiformes; elles sont’ plus persistantes ; elles enserrent plus étroitement la tige, en raison du décroissement de volume de celle-ci; leur forme, naturellement, n’est plus la même. D’un autre côté, le limbe est quelquefois mieux caractérisé et plus persistant, surtout dans les espèces du groupe cespiteux; dans d’autres cas, il est moins développé. La ligule suit les proportions de la gaine, ainsi que ses expansions membraneuses pectiniformes. Les gaînes ici peuvent être considérées comme des pétioles engaïnants.
Nous connaissons maintenant les organes appendiculaires de la tige des Bambous pendant leur croissance; 1l nous reste, pour compléter notre travail, à étudier : 1° la force végétative des tiges, c’est-à-dire la rapidité avec laquelle celte croissance a lieu; 2 comment et dans quelles conditions leurs ramifications se produisent.
Pousses ou turions. — Une touffe de Bambous étant placée dans un milieu favorable sous tous les rapports, et élant arrivée à produire des tiges normales en grosseur et en longueur, on peut, dans ces conditions, se faire une juste idée de la puissance des Bambous quant au développement de leurs tiges.
Nous avons déjà dit que, lorsque est arrivée l’époque de la végétation déterminée pour chaque espèce, on voit des bour-
geons se former à la base des tiges, mais avec une remarquable lenteur dans certaines espèces; puis tout à coup ils s’élancent avec une rapidité extraordinaire, car, au Jardin du Hamma d'Alger, le Bambusa macroculmis développe dans l’espace de quelques jours une tige qui atteint une longueur de plusieurs mètres, et le Ph. mitis croît avec une vitesse encore plus remarquable. Pour donner une plus juste idée de la manière dont s’est effectuée la végétation, nous avons cru devoir établir des tableaux indiquant jour par jour la croissance de chaque tige, comparant celle du jour et celle de la nuit. On verra par ces tableaux qu’il y a des jours où les tiges se sont allongées dans des proportions réellement remarquables et dignes d’être connues. Le chapitre qui traite de la croissance des Bambous contient tous ces détails.
Un fait curieux et intéressant se remarque chaque année dans la végétation des Bambous : au moment où les bourgeon: se forment, et particulièrement sur les B. macroculmis, Hookeri, vulgaris et Ph. mitis, à l’époque où les jeunes pousses vont sortir de la terre, celle-ci est durcie par les sécheresses qui se prolongent quelquefois fort longtemps en Algérie; or, à la place où devaient apparaître ces bourgeons, le sol s’humidifie sur une certaine largeur ; il se soulève quelque peu, se fendille, et enfin, ainsi aidé par ce secours inattendu, le bourgeon sort. Si on l’examine pendant les deux ou trois jours qui suivent sa sortie, et particulièrement le matin de trèsbonne heure, on peut constater que, durant la nuit, le bourgeon a fourni ou a condensé une quantité d’eau suffisante pour détremper le sol environnant. Le bourgeon lui-même, observé dès le matin avant le lever du soleil, est imprégné d’une humidité très-abondante. Comment cette humidité se produit-elle? Ce fait tout physiologique est dû peut-être à une sécrétion de la plante : sur les jeunes organes à peine développés, on remarque, en effet, des gouttelettes qui se détachent de temps en temps et tombent sur le sol. Pendant quelque temps, nous avions supposé que cette humidité, constatée tous les matins autour des jeunes bourgeons, pouvait être due aux vapeurs, aux rosées de la nuit ou aux brouil-
lards, qui seraient venus se condenser sur les Jeunes tiges et produire alors ce phénomène; mais ayant abrité ces bourgeons pendant la nuit pour leur éviter tout contact avec les agents extérieurs, nous avons vu le même fait se renouveler; cependant, malgré des expériences diverses et réitérées, nous ne pourrions être affirmatifs sur les causes de cette humidité. Nous ajouterons encore que, dans le courant d’août 1874, nous avons assisté, dans certaines soirées, à de véritables pluies qui s’échappaient en larges gouttes du feuillage de certaines touffes de Bambous; nous en avons même recueilli assez pour prendre la température de cette eau. Ramifications des Bambous cespileux.— Lorsque les tiges des Bambous cespiteux que nous étudions 1ci, en prenant toujours comme exemple le Bambou à gros chaume, B. macroculinis, ont terminé leur croissance, elles sont simples dans toute leur longueur et ressemblent alors à de grandes perches. En outre, elles sont à peu près de même grosseur depuis la base jusqu'aux deux tiers de leur hauteur ; mais à partir de ce point, elles deviennent de plus en plus minces, pour se terminer en pointe effilée. Elles restent ainsi jusqu’à l’année suivante; puis, lorsque la végétation se remet en mouvement, on voit apparaitre des ramifications à chaque nœud et sur toute la partie supérieure de la tige. C’est d’abord un bourgeon simple enveloppé dans une écaille binervée haute de quelques centimètres. Dès que ce bourgeon est long de 3 à 4 centimètres, 1l est en tout semblable aux bourgeons souterrains désignés dans beaucoup de cas sous le nom de {urions; il est donc composé de gaines spathiformes. Le bourgeon continue à se développer; bientôt on en voit naître deux autres à sa base, un de chaque côté ; donc, trois bourgeons à chaque nœud et sur un même point, ayant les mêmes caractères et la même marche végétative. Celui du milieu, étant le plus vigoureux, aura atteint à la fin de l’année une longueur de 1 mètre environ pour le Bambusa macroculmis, longueur variable dans les autres espèces; il sera composé de gaines spathiformes, caduques comme celles de l’axe principal. Cette ramification se terminera par des feuilles plus ou moins lon-
gues, selon les caractères de Pespèce. Les deux autres ramifications suivront la même marche, tout en restant plus faibles.
L'année suivante, au commencement de la troisième année, une nouvelle végétation se manifestera; celle-ci se portera d’abord sur le nœud, à la base des ramifications, et il se formera sur ce point des bourgeons qui seront tout à fait semblables aux premiers et suivront la même marche végétative. De leur côté, les premières ramifications se ramifieront ellesmêmes ; à chacun de leurs nœuds des bourgeons se développeront, montrant les mêmes dispositions.
Dans les tiges non adultes, les branches principales sont à peine nées que d’autres se développent au-dessous.
Chaque année, les nœuds de la tige principale continueront à produire des ramifications nouvelles qui partiront directement des nœuds, à la base des précédentes, en sorte qu’au bout d’un certain temps ces ramifications, chaque année plus nombreuses, forment à chaque nœud comme des buissons compactes ; ce seront, en un mot, des touffes aériennes, ainsi que le représenterait la figure 6, si elle n’était préparée pour servir au bouturage. On voit que sur les ramifications se manifeste le même caractère que sur la tige; à chaque nœud se forment également des touffes, mais beaucoup moins épaisses, car leurs branches sont bien moins nombreuses. L'étude des caractères de ces buissons aériens montre que chacune de leurs tiges a la même organisation que les touffes terrestres, qu’elles sont composées à leur base de gaines spathiformes pendant leur évolution et de nœuds très-rapprochés, et que de ces nœuds il peut sortir des racines, comme nous le verrons plus tard au chapitre de la multiplication.
Ramifications des Bambous traçants. — Si les Bambous à touffe cespiteuse ne produisent que des tiges simples la première année de leur évolotion, el ne commencent à se ramifier que la deuxième année, il n’en est pas de même pour les Bambous traçants. Les tiges de ceux-ci se ramifient, soit pendant leur évolution, comme chez les Phyllostachys milis, viridi-glaucescens, flezuosa, Quilioi, violascens, nigra, au-
rea (fig. 30-38 bis), soit lorsque leur croissance est terminée, comme chez les Arundinaria Simoni, Japonica (fig. 45 et 53), mais toujours dans l’année même.
La végétation des Bambous que nous citons ici est remarquable en ce que, dès que les jeunes tiges ont à peine atteint une longueur de 50 à 60 centimètres, on voit apparaître les ramifications; elles partent soit de leur base, soit de leur extrémité, un peu plus haut ou un peu plus bas, selon le caractère des espèces et l’âge de leur touffe. Elles sont généralement au nombre de deux. Dès qu’elles commencent à végéter, c’est-à-dire lorsqu'elles sortent de leur état embryonnaire et qu’elles ont une dizaine de centimètres, elles sont d’abord enveloppées par la gaîne spathiforme; repoussée peu à peu par les ramifications, celle-ci s’écarte de la tige, puis, comme elle est caduque, elle s’en détache et tombe.
Écaille binervée. — Avant leur développement et sous leur gaîne spathiforme, les jeunes ramifications étaient complètement enfermées dans une écaille commune, composée de deux membranes souvent très-minces et comme pelliculeuses, transparentes ; cette écaille est appliquée sur la tige principale. La membrane dorsale porte deux nervures latérales assez éloignées l’une de l’autre, et qui sont quelquefois couvertes de poils; la membrane supérieure, c’est-à-dire celle qui se trouve placée en avant, est fendue dans toute sa longueur, soit vers le centre, soit sur l’une de ses parties latérales. Cette écaille est de forme conique, ou légèrement échancrée à son sommet (fig. 31), ou bifide (fig. 39), ou trifide (fig. 26); quelquefois de forme ellipsoïde. Sa hauteur est variable, selon les espèces de Bambous ou selon la force des tiges; elle peut être de 40 à 50 millimètres, sur 30 millimètres de largeur en moyenne. Cet organe est connu sous le nom de préfeuille, mais, en raison de ce caractère qu’il présente, d’avoir sur sa partie dorsale les deux nervures latérales que nous avons signalées, nous lui avons donné le nom d’écaille binervée. Il est quelquefois cadue, comme dans le genre Phyllostachys ; son existence est alors de très-courte durée; cependant on le retrouve parfois resserré par sa base entre la tige et les rami-
fications qu’il protégeait. Dans les Arundinaria, il est plus persistant (fig. 46-47).
Un fait bien important à constater et sur lequel nous appelons lattention, c’est que l’écaille binervée, en outre des gaines spathiformes, nous offre des caractères précis, au moyen desquels nous pouvons distinguer très-nettement les espèces de Bambous entre elles. En effet, d’après les études que nous avons faites en ces derniers temps sur cet organe, nous avons reconnu que chaque espèce est caractérisée par la forme de son écaille binervée, et que, si quelquefois la gaine spathiforme était insuffisante pour déterminer l'espèce, on pouvait y remédier par l’examen de cette écaille. Les Bambous ont beaucoup d’analogie entre eux, surtout dans le groupe qui comprend les Phyllostachys mitis, viridi-glaucescens, Quilioi, violascens, nigra, aurea, fleæuosa, et il faut une bien grande habitude pour les reconnaître à première vue ; aussi hésite-t-on souvent à se prononcer d’une manière bien affirmative; l’étude des écailles binervées esi donc d’un grand secours, mais elles sont si éphémères, qu'il faut les étudier instantanément.
Si nous nous sommes attachés, ainsi qu’on le verra dans la description des espèces, à l’examen de l’écaille binervée qui enveloppe sur chaque nœud de la tige les deux rameaux principaux, c’est, nous le répétons, que cette écaille est parfaitement caractéristique. Il éxiste bien, à la base de toutes les subdivisions des rameaux, des écailles binervées de plusieurs ordres; mais comme elles ne peuvent servir pour caractériser une espèce, nous n’en parlons ici que pour indiquer leur existence. D'un autre côté, les deux rameaux en question étant d’inégale longueur, il résulte que le plus petit porte aussi à sa base une écaille binervée, mais d’un ordre secondaire, et qu’il ne faudra pas confondre avec l’écaille commune qui enveloppait les deux rameaux lorsqu'ils étaient à l’état de bourgeons.
Nous revenons aux ramifications de nos Bambous traçants. Ces ramifications commencent à prendre naissance à la partie inférieure de la tige, soit à quelques centimètres au-dessus
du sol, soit à une certaine hauteur. Quelquefois même, lorsque les touffes sont encore jeunes, les tiges qu’elles produisent sont ramifiées dès la base (fig. 30-38 bis); mais, lorsqu'elles deviennent plus âgées, ce caractère disparaît et les ramifications naissent beaucoup plus haut (fig. 22).
Dans les Bambous traçants, les ramifications ont une disposition toute spéciale qui caractérise parfaitement les plantes de ce groupe : elles sont géminées, bifurquées, c’est-à-dire au nombre de deux à chaque nœud, et insérées sur le même point; en sorte qu’elles forment, dès leur point d’adhérence sur la tige, une sorte de V, comme le représente la figure 4. Leur position est ou presque horizontale, ou presque rapprochée de la tige principale. Leur longueur varie selon le caractère des espèces; dans certains cas, elle peut dépasser 80 centimètres et peut-être davantage. Elles sont raides ou légèrement flexueuses. L'une est toujours plus grande que l’autre (fig. 27, 35 et 38 bis).
Pendant leur croissance, ces ramifications, qui sont de longueurs et de grosseurs inégales (fig. 28-38 bis), portent à chacun de leurs nœuds une gaine spathiforme caduque et, naturellement, de petite dimension, puisque ces rameaux sont d’un petit diamètre (fig. 38 bis). Elles se terminent par quatre ou cinq feuilles qui persistent durant une année; mais, pendant qu’elles croïssent, il se développe à chaque nœud une seconde série de rameaux beaucoup moins longs que les premiers et couverts également de gaines spathiformes terminées aussi par un bouquet de quatre à cinq feuilles. Enfin, sur ces ramifications de second ordre il se développe une troisième série avec les mêmes caractères ; mais ces dernières sont généralement simples sur chaque nœud. Toutes ces subdivisions sont ordinairement très-grèles.
En résumé, pour bien faire comprendre la marche végétative des Bambous traçants, nous dirons qu’elle a lieu simultanément, sauf pour les Arundinariées, c’est-à-dire que la tige principale commence à se ramifier dès qu'elle a atteint une longueur de 50 à 60 centimètres, et qu’au fur et à mesure de son élongation, ses ramifications latérales se développent
(fig. 30 et 38 bis), tandis qu'en même temps des subdivisions se produisent sur elles ; tout, en un mot, se produit à la fois. On peut conclure de cela que c’est seulement pendant la croissance de leurs tiges qu’on peut étudier les organes qui caractérisent les Bambous, puisque, ces organes étant très-fugaces, il ne serait plus temps ensuite.
W Fic. 4. — PHYLLOSTACHYS MITIS.
Tiges avec ramificalions géminées.
Tiges cannelées. — Il est un caractère remarquable utile à signaler dans les Bambous de ce groupe : c’est une sorte de dépression des tiges, formant des cannelures consécutives qui les font quelquefois paraître comme triangulaires.
Chaque cannelure se prolonge d’un nœud à l’autre (fig. 4-55), mais alternativement et distiquement, chacune s'étendant sur toute la longueur de son mérithalle, mais du côté opposé à la précédente. Elles prennent toutes naissance à la base de chaque groupe de ramifications, ne commençant à paraître sur la tige qu'à partir du nœud qui porte les premières. Il n’est donc pas rare de rencontrer des Bambous chez lesquels les cannelures ne commencent qu'au-dessus du huitième ou même du douzième nœud; les Phyllostachys mitis et nigra offrent fréquemment.ce caractère. Dans le plus grand nombre des cas elles sont à doubles rainures, plus ou moins profondes, séparées au milieu par une côte plus ou moins développée. Les principales charpentes latérales présentent également ces cannelures, disposées de même et alternativement d’un nœud à l’autre.
Nous avons cherché bien longtemps quelle pouvait être la cause de ces dépressions sur la tige; nous avions pensé tout d'abord qu’elles étaient dues à la pression des deux branches, lorsqu'elles étaient encore à l’état de bourgeons et comprimées sur l’axe par les gaînes spathiformes; mais un examen plus approfondi nous a laissé supposer qu’au contraire celte dépression à doubles rainures était due à l’écaille binervée, incrustée en quelque sorte dans la tige, pendant la formation de celle-ci. Si, en effet, on enlève en ce moment, vers son extrémité, une des gaines spathiformes qui la compo: sent, on aperçoit à sa base un bourgeon complétement enchässé dans la tige; et comme sur ce point les mérithalles sont extrêmement courts, il en résulte que le bourgeon touche les deux nœuds par ses extrémités. En soulevant ce bourgeon, on remarque que ce sont les deux nervures de l’écaille binervée qui ont formé les deux rainures, et que l’intervalle est occupé par une petite côte qui les sépare. La dépression à ce moment n’est donc que de la longueur de l’écaille binervée, et il ne peut en être autrement, par suite de l’état de la jeune tige ; mais au fur et à mesure que sa croissance a lieu, le mérithalle s’allonge et le nœud supérieur, s’éloignant du nœud inférieur, entraine la dépression dans toute la lon-
oueur du mérithalle, c’est-à-dire d’un nœud à l’autre; il est vrai de dire aussi que ces deux rainures correspondent exactement aux deux ramifications qui vont s’accroitre en même temps que l’entre-nœud.
Le caractère spécial de ces Bambous à tige cannelée est de n'avoir que deux branches principales à chaque nœud, se bifurquant dès leur insertion sur la tige et accusant la forme en V plus ouverte ; il arrive cependant quelquefois, et surtout lorsque les plantes sont jeunes ou cultivées dans la région du Nord, à Paris par exemple, qu’il se développe un troisième et même un quatrième rameau ; mais ceux-ci sont toujours très-grêles et ne prennent jamais d’extension; ils restent à l’état de ramuscules. Quant à leur position, elle se trouve toujours à la bifurcation des deux branches et ils apparaissent en même temps que ces dernières.
Une fois établies les ramifications de ces Bambous, jamais le nombre n’en augmente, à l'inverse de ce qui a lieu dans ceux à végétation automnale et à touffe cespiteuse, qui en produisent de nouvelles chaque année, à la manière des touffes terrestres.
Tels sont donc, pour les Bambous bifurqués, les caractères d’une tige pendant la première année de sa croissance; mais, si l’on étudie cette même tige l’année suivante, durant sa deuxième période de végétation, on voit que tout est différent. Les gaines spathiformes, ainsi que les écailles binervées, ont disparu; toute la nouvelle végétation se porte sur les ramules et les ramuscules, ce qui en augmente le nombre. Ces nouvelles ramifications, généralement courtes et trèsgrèles, ne développent que cinq ou six feuilles chacune, situées à leur extrémité. Les années suivantes, ces ramifications en produiront d'autres, et successivement il en sera ainsi pendant toute la durée de l'existence de la tige.
Dans la seconde subdivision des Bambous traçants, les Arundinariées, le développement des ramifications de la tige principale se fait d’une manière différente; elles n’apparaissent que quand celle-ci a complétement terminé sa croissance en longueur; et, en outre, ce n’est plus à la base de la tige,
mais à son extrémité que s'opère ce développement. Aussitôt l’élongation terminée, les gaines spathiformes situées sur le sommet de la tige s’écartent peu à peu par le haut, en restant adhérentes à leur base, puisqu'elles sont persistantes, c'est alors qu'apparaissent les ramifications. Jusque-là, la gaine spathiforme, très-épaisse et coriace, les tenait prisonnières ; mais celles-ci, en se développant, l’ont forcée à s’écarter de la tige pour les laisser s'échapper; il en résulte que les gaines, au fur et à mesure qu’elles quittent la tige, s’enroulent autour des ramifications et y restent pendant très-longtemps.
Ces ramifications, lorsqu'elles commencent à se former, sont simples ou multiples, selon les espèces de Bimbusacées. Celles qui appartiennent à cette subdivision sont les Arundinaria Japonica et Simoni. Dans l'Arundinaria Japonica, les ramules et les ramuscules qui se développent successivement, selon leur ordre, au commencement de la végétation, sont unitaires, comme le rameau principal l’est sur l’axe central ou la tige, mais pour se ramifier ensuite. Au contraire, dans l’Arundinaria Simoni, les ramifications naissent en faisceaux, mais chaque nœud n’en portant qu’un seul. Elles sont quelquefois très-nombreuses sur un même point, et, d’après leur disposition, on les dirait montées sur une sorte de pivot ayant un empâtement assez considérable sur le nœud. Les ramules et les ramuscules suivent, selon leur ordre, la même marche végétative.
Les tiges de ces Bambusacées offrent aussi une différence : les cannelures que nous avons remarquées sur l’autre série de Bambous n'existent pas sur ceux-ci; cependant, sur l’A rundinaria Japonica, on en aperçoit quelquefois les marques à la base des ramifications.
Les tiges des Bambous traçants sont très-résistantes, et leur grosseur varie selon les conditions dans lesquelles les plantes se trouvent placées. Leur couleur est ou d’un beau jaune, ou noire, ou d’un gris cendré; elles sont cannelées ou non; leur bois est plus ou moins épais et généralement luisant.
Racines proprement dites et adventives de la base des Bam-
bous. — Dans les Bambous à végétation au- NU tomnale et à touffe cespiteuse, les racines se | développent à la base des tiges, où elles sont () disposées en verticille et quelquefois sur trois h: rangées (fig. 2). Elles sont insérées à chaque j { nœud, un peu au-dessus du point d'insertion 4 de la gaine spathiforme; elles sont grèles, A A cylindriques et garnies de petites radicelles. À À Leur longueur est subordonnée à la stature de la plante; cependant, dans le Bambusa macroculmis, 1 n’est pas rare, au Jardin du [amma, de leur voir envahir le terrain à plus de 10 mètres de la touffe et le dessécher d'une manière extraordinaire. Elles sont très-dures, coriaces et par cela mème trèsrésistantes. Leur apparition a lieu lorsque les jeunes pousses ont atteint une certaine longueur; elles les aident alors dans leur naissance (fig. 2).
Dans bien des espèces, et en prenant comme exemple le Bambusa macroculmis, il n’est pas rare de voir à chaque tige des racines adventives se former au-dessus du sol et quelquefois au delà du sixième nœud (fig. 2).
Ces racines, qui dans les climats secs comme celui de l'Algérie ne dépassent pas une longueur de 3 à 4 centimètres, peuvent se développer et atteindre le sol dans les endroits humides et marécageux de leurs stations naturelles. Il n’y a guère que celles de la base qui ont la faculté de s’accroître davantage et de s’enfoncer dans le sol.
Les Bambous traçants ont, à les bien considérer, deux sortes de racines : les unes sont disposées en ; RESTE à
sa é F1G, 5. — PHYLLOSTACHYS (BAMBUSA) MITIS verlcille simple sur les rhizomes, Bourgeon naissant sur le rhizome,
où elles sont fixées à chaque nœud (fig. 3 et 5), un peu audessus de l'insertion de la gaine; elles sontau nombre de six à douze, généralement peu longues, grêles, tortueuses et couvertes de petites ramifications courtes qui constituent le chevelu. Elles servent, d’un côté, à faciliter le développement du rhizome ; de l’autre, à fournir à la nouvelle tige aérienne une partie des matériaux nécessaires à sa croissance. Mais, comme la nourriture provenant de ces racines et du rhizome sera insuffisante pour fournir à l’évolution complète, dès que cette tige aérienne a atteint une longueur de 30 à 60 centimètres, elle développe à sa base (fig. 5) et sur toute sa partie basilaire, qui est plus ou moins enfoncée dans le sol, une série d’autres racines, toujours disposées en verticille autour de la tige et à chacun de ses nœuds (Multiplication, fig. 11). Celles-ci sont bien plus grosses et plus longues que celles qu’on remarque sur les rhizomes, et, par suite de la faculté qu’elles ont d’aller puiser au loin lessues nutritifs dans la terre, elles contribuent beaucoup à apporter à la jeune tige le complément des matières qui lui sont indispensables pour parcourir les phases de sa nutrilion.
Enfin, pour compléter cette série d'observations qui se rattachent à la végétation des Bambous en général et résumer leur mode de croissance aérienne, nous rappellerons que les turions qui doivent produire les tiges s'organisent longtemps à l'avance, afin de pouvoir subvenir rapidement à l'établissement définitif de leurs dimensions en grosseur et en largeur.
Il conviendrait ici de faire remarquer combien ces turions, même dans les premiers moments de leur végétation, sont plus gros que les rhizomes qui les produisent, et que plus ils se développent, plus leur base se renfle. A cette époque, des racines naissent déjà de cette base (fig. 3 et 5), et le turion n’a plus que quelque adhérence au rhizome. Dans le B. macroculmis (fig. 2), le turion en développement émet dès sa base de fortes racines et ne communique à la souche mère que par un pelit faisceau organique qui suffit cependant pour lui fournir cette force d’allongement citée plus loin, au chapitre Croissance. Si l’on enlève ce turion pendant son évolu-
tion pour le placer dans les meilleures conditions possibles, il croît quelque temps; mais malgré ses racines il finit par se désorganiser.
La tige ou chaume, nous le répétons, prend dès le début de sa croissance une grosseur déterminée, en rapport avec l’âge plus où moins grand de la souche, avec les conditions dans lesquelles elle se trouve, et aussi avec les caractères de l'espèce; 1l en est de même pour sa longueur. Ces deux dimensions sont acquises en l’espace de quelques semaines, après quoi Ja tige, dût-elle vivre encore bien des années, ne grossira plus ni ne grandira. Les années suivantes, la végétation se portera sur deux points seulement : d’un côté, sur les ramifications que la tige a déjà produites ou qu’elle produira plus tard; de l’autre, sur la souche qui développera de nouvelles tiges. C’est donc une erreur de croire, comme on l’entend dire très-souvent, que les tiges des Bambous grandiront ou grossiront encore en vieillissant.
Floraison. — Les Graminées sont des herbes, annuelles ou vivaces, qu'on rencontre en abondance sur tous les points du globe, dans les champs, dans les bois, dans les montagnes, aans les parties sèches comme dans les parties humides, sur les rochers, sur les murailles; partout enfin où il y aun peu de terre, il est rare de ne point rencontrer une Graminée. Leur floraison, ainsi que leur fructification, est trèsrégulièrement abondante, et c’est ce qui explique leur diffusion; Mais, par une étrange anomalie, le plus grand nombre des espèces de Bambous sembleraient s'éloigner de cette règle générale, à en juger par les récits des voyageurs distingués et dignes de foi, à en juger aussi par ce que nous avons pu observer dans nos cultures européennes.
C’est donc un fait accrédité que bon nombre d’espèces de Bambous sont avares de leurs fleurs, qu’elles ne montrent qu'à des époques très-éloignées, quelquefois à plus de trente ans, et qu’en outre ces floraisons ont lieu simultanément pour certaines d’entre elles. Nous emprunterons, à ce sujet, au Golonel Munro quelques passages qu’il a puisés dans différents ouvrages, et dans lesquels ont été consignés des faits très-
intéressants sur la rareté et la simultanéité de la floraison de certains Bambous.
« Humboldt dit que Mutis, qui a herborisé pendant vingt ans dans des forêts marécageuses de Bambusa gadua s’étendant sur plusieurs lieues de largeur, n’a jamais rencontré une seule floraison de cette espèce. Il en est de même du Bambusa Balcoa que Roxburgh, excellent observateur, dit n'avoir jamais vu qu'une seule fois en fleur. » Le Colonel Munro ajoute que, dans les herbiers, les échantillons de ces deux espèces sont très-rares.
En opposition à ces espèces à floraisons très-éloignées, 1l en est d’autres qui, au contraire, fleurissent tous les ans, comme le Bambou mâle (Dendrocalamus strictus), ainsi que certaines Arundinacées à tiges annuelles. En outre, Hooker dit que le Pao (Dendrocalamus edulis) fleurit chaque année, ainsi que le Prang (Arundinaria Hookeriana) qui produit abondamment des graines.
Mais le fait le plus remarquable est certainement la simultanéité qui existe dans la floraison de certains Bambous. On peut lire sur ce sujet, ainsi que le conseille le Colonel Munro, de nombreux comptes rendus provenant de soigneux observateurs, et réunis dans les XIII et XIV° volumes du Journal de la Société d'agriculture et d’horticulture de l'Inde. Sir W. Sleeman y établit, comme un fait observé par lui, qu’en 1836 tous les grands Bambous du Deyrah-Dhoon, qui, depuis vingt-cinq ans, donnaient le plus bel aspect à la vallée, se mirent à fleurir et à produire des graines, aussi bien ceux qui avaient été transplantés pendant la saison précédente que ceux qui lavaient été vingt ans auparavant, et qu’ensuite tous moururent ensemble. Il ajoute que la croyance générale dans la vallée est qu’un homme qui a vu deux floraisons de Bambous doit avoir environ soixante ans.
Le docteur Wallich mentionne qu’un bosquet renommé de Bambous, qui environnait la ville de Rampore, dans le Rohilcund, fleurit tout entier en 1824, puis que chaque tige périt. Il apprit que la même chose était arrivée quarante ans auparavant. M. Spilsbury établit que tous les Bambous entre
Jubbulpore et Mundlah, qui avaient fleuri et fructifié en 1839, moururent bientôt après. Des faits semblables d'anéantissement de forêts entières de Bambous à la suite de leur floraison et de leur fructilication sont signalés pour le Welocanna bambusoides (Bambusa baccifera, Roxb.), qui, ayant généralement fleuri dans le Tipperah, à Runypore, Arraca et Chittagong, de 1863 à 1866, moururent immédiatement après et causèrent un dommage considérable dans le Tipperah, les années suivantes, par suile de l’absence de tout Bambou pour les constructions.
A l’encontre de ces assertions, le docteur Anderson, l'habile surintendant des jardins botaniques de Calcutta, ‘rapporte qu’en 1857 et 1858 beaucoup de Bambous fleurirent et fructilièrent près de Calcutta et au Paramath; mais dans aucun cas il n’en résulta, ainsi qu'on s’y attendait, la mort générale des Bambous. Autant qu'il a pu l’observer, les seules tiges qui avaient fleuri périrent, et elles furent remplacées par de jeunes bourgeons qui repartirent de leurbase; mais, avant la floraison et la fructification, le feuillage des tiges avait presque entièrement disparu. Il ajoute qu’en 1861, à Calcutta, lorsque les Bambusa gigantea fleurirent pour la première fois depuis trente ans, les plantes, bien qu’affaiblies, continuèrent à vivre.
Le journal dont il est parlé plus haut mentionne encore quelques points où il v a eu des floraisons générales de Bambous, particulièrement à Oressa en 1812 et, en 1864, à Camara, dans les jungles de Soopa, sur la côte occidentale de l'Inde.
Tous les botanistes célèbres, Humboldt, Bonpland, Roxburgh, Muts, Spence, Wallich, Spilsbury, Gray, Hooker, Brandis, Bory de Saint-Vincent, Auguste Saint-Hilaire, et beaucoup d’autres qui ont parcouru comme eux des forêts de Bambous, s'accordent à confirmer les faits cités plus haut de la simultanéité de la floraison des espèces, de la mort des tiges ou des plantes après leur floraison ou leur fructification, et enfin de la rareté de cette floraison chez la plupart des espèces de Bambous, ce qui explique la défectuosité
de la nomenclature pour beaucoup de ceux que nous cullivons. En examinant un moment ces derniers comme nous allons le faire, nous verrons jusqu'où va, sous ce rapport, la concordance entre eux et ceux qui croissent à l’état spontané.
Dans nos cultures européennes, nous n'avons pu encore apprécier d’une manière certaine les longs intervalles qui existent d’une floraison à l’autre d’une même espèce; cependant nous avons déjà constaté le fait d’une Bambusacée très-rustique sous le climat de Paris, l’Arundinaria J'aponica, qui, ayant fleuri pour la première fois il y a quelques années, n’a plus, depuis lors, donné de fleurs dans nos cultures. La plante que nous citons est bien humble, à la vérité, auprès de ces grandes espèces qui forment d'immenses forêts, mais, au point de vue botanique, le cas n’en a pas moins un certain intérêt. À côté de ce fait nous avons, au contraire, à citer celui de trois espèces qui, depuis quelque temps, paraissent devoir fleurir de temps à autre au Hamma d'Alger ; ce sont les Bambusa spinosa, B. macroculmis et B. stricta, plus particulièrement ce dernier.
Quant à la floraison éparse et simultanée d’une même espèce, les faits rapportés ci-dessus se sont vus déjà corroborés dans nos cultures européennes. Il y a quelques années, en effet, en 1867 ou 1868, l’Arundinaria Japonica commença à montrer ses fleurs au bois de Boulogne sur deux magnifiques touffes; au même moment, on signalait la même apparition chez MM. Thibaut et Kételeer, horticulteurs à Sceaux; puis à Marseille, au château du Roucas-Blanc, dans la magnifique propriété de M. Paulin Talabot, amateur distinoué de botanique et d’horticulture, et enfin dans d’autres établissements européens. Bien plus, la floraison de cette plante n’eut pas seulement lieu sur le continent, on la constata également de l’autre côté de la Méditerranée, car tous les Arundinaria Japonica du jardin du Hamma y fleurirent environ à la même époque, et le fait le plus curieux qui se produisit, c’est que toutes les tiges, les plus anciennes comme les plus nouvellement développées, portèrent des
fleurs à la fois, au point mème que les bourgeons, à leur sortie de terre, se convertissaient immédiatement en tiges florales. Cette floraison surabondante avait tellement altéré ces plantes qu’elles ne produisaient plus que de faibles tiges de 9 à 6 centimètres de long, et encore ces dernières étaientelles couvertes de fleurs. Pendant longtemps ces Bambous restèrent comme frappés d’une stérilité complète; cependant, à l’aide de soins et grâce à quelques fragments de rhizomes qui s'étaient refusés à la floraison générale, on put sauver l’espèce; elle nous donne aujourd’hui des tiges qui atteignent 3 mètres de hauteur.
Un autre exemple de simultanéité de floraison s’est montré l'an dernier, dans les mêmes conditions, sur une autre espèce, l’Arundinaria falcata. Cette plante, d’un port extrèmement élégant, ne résiste pas à nos hivers parisiens, mais, sur les côtes de Bretagne et de Normandie, ainsi que dans les régions tempérées, elle se développe avec toute la beauté qui la caractérise. C’est en 1875, vers l'automne, que s’y montrèrent les premières fleurs, circonstance que signala M. Carrière dans la Revue horticole. Depuis cette époque, l’Arundinaria falcata a fleuri à peu près partout et simultanément à Angers, à Nantes, au Hamma d'Alger, et, postérieurement, en mars et avril 1876, au jardin du Luxembourg, à Paris; chose fort curieuse, tous les pieds fleurirent indistinctement, même les individus cultivés en pots en ce dernier endroit.
Enfin un troisième cas s’est produit, cette fois sur le Phyllostachys flexuosa. C’est au jardin du Hamma, en février 1876, que les fleurs de cette espèce se sont montrées pour la première fois; au mois de mai suivant, elles parurent chez M. Turrel, à Toulon, et enfin, en juillet, dans l’établissement d’horticulture de MM. Thibaut et Kételeer, à Sceaux, en même temps qu’au Jardin zoologique d’acclimatation de Paris.
L'Arundinaria Japonica, d’origine japonaise, a été in-
roduit en Europe par Siebold, il y a longtemps déjà, et les individus qui se sont répandus dans nos jardins proviennent
tous d’un seul et même pied. Ce n’est donc qu'après une vingtaine d'années de culture que leur première et unique floraison a eulieu. Ilen estde même de l'A. falcata, originaire des monts Himalaya, et dont l'introduction est due à M. Van Houtte, il y a environ trente ans. C’est encore d’un seul et même sujet, multiplié par division de sa touffe, que proviennent tous les individus qui se sont répandus dans nos jardins et dont la floraison simultanée est très-récente. Quant à la troisième espèce, le P hyllostachys fleæuosa, c’est le Jardin zoologique d’acclimatation de Paris qui l’a reçue de Chine en 1864 et qui l’a fait multiplier; c’est de cet établissement qu'elle est sortie pour figurer dans nos cultures où elle vient de fleurir après sa douzième année d'introduction.
Ces trois cas de floraison simultanée sur trois espèces différentes peuvent déjà confirmer une partie des observations qu'ont faites à ce sujet les voyageurs. On pourrait nous faire remarquer, il est vrai, que celte simullanéilé n’a pas été ici très-rigoureuse, puisque le Bambusa fleæuosa à commencé à fleurir en Algérie au mois de février, puis à Toulon en avril-mai, et enfin à Paris en juillet. A cela 1l est facile de répondre par la différence climatérique ; Alger étant la partie la plus chaude des trois localités où nous avons constaté la floraison de cette plante, il est tout naturel qu’elle y ait eu lieu d’abord. Si tous les B. fleæuosa eussent été réunis en un même endroit, il n’est pas douteux que leur floraison eût eu lieu à la même époque; tous les individus dispersés à Paris ont fleuri en même temps.
On a pu constater que, au moment où chacune de ces trois espèces de Bambusacées se préparait à fleurir, les feuilles ont jauni, se sont desséchées et sont tombées, pour être remplacées par les inflorescences.
À Alger, nous l’avons vu, le P hyllostachys fleæuosa a montré ses fleurs sur toutes les tiges, même sur les plus jeunes et sur celles qui étaient en voie de croissance. Chez MM. Thibaut et Kételeer, à Sceaux, les fleurs de cette espèce ne se sont développées sur la touffe que sur une seule tige, et celle-ci, avant de fleurir, s’est complétement dépouillée de
ses feuilles; les autres tiges les ont conservées. C’est donc un signe certain que, du moins pour certaines espèces, les tiges perdent leurs feuilles au moment où les fleurs vont paraître ; mais ce caractère n’est pas général, car les Bambusa spinosa, macroculmis, stricta, et lArundinaria Simoni, les ont conservées pendant leur floraison. Il en est de même du Bambusa Hookeri, qui a fleuri en 1872 dans la grande serre à Palmiers du Jardin des Plantes de Paris.
Maintenant il reste à résoudre une question assez délicate, celle de savoir ce que deviennent réellement les tiges ou les plantes après leur floraison ou leur fructification. Certains auteurs, nous l’avons vu, ont écrit que des forêts entières avaient complétement disparu ensuite; d’autres ont constaté le contraire, ct particulièrement le docteur Anderson, qui n’a vu les Bambous que très-fatigués après cette fructification, mais n’en continuant pas moins à produire de nouveaux bour- -geons à la base des tiges florales.
La disparition totale de forêts de Bambous a été également consignée par Auguste Saint-Hilaire, le célèbre botaniste qui a exploré le Brésil. Dans sa Flore partielle de ce pays il dit céët:
« Je puis citer, entre autres, ces Bambous qui font, dans les forêts primitives, l'admiration du voyageur. Il faut à ces herbes immenses plusieurs années pour qu’elles puissent élever jusqu’à 90 ou 60 pieds leurs tiges souvent presque aussi dures que du bois, et parvenir à l’époque de leur floraison. Mais quand elles ont porté des fruits, elles se dessèchent et meurent comme la Graminée la plus humble de nos climats si froids... La première fois que j’entrai dans une forêt entièrement formée de l’espèce de Graminée appelée vulgairement Toboca, j'éprouvai un véritable ravissement en voyant ces tiges d’un aspect presque aérien, qui, hautes de 40 à 50 pieds, se courbaient en arcades élégantes, se croisaient en tous sens, entremêlaient leurs immenses panicules et laissaient entrevoir l’azur foncé du ciel à travers un feuillage étalé comme un tapis à jour. Alors la plante était en fleur. Je repassai quelques mois plus tard, la forêt avait disparu.
Dans l'intervalle, les fruits avaient succédé aux fleurs; ils avaient mis un terme à la végétation de la plante; les tiges s'étaient desséchées ; elles s'étaient brisées, et il n’en restait plus que des débris gisant sur le sol. » (Aug. Saint-Hilaire, Leçons de botanique comprenant principalement la Morphologie végétale, p. 47.)
Il est donc assez difficile ici, d’après nos seules cultures, de se prononcer affirmativement sur ce fait de la mortalité des Bambous; leur introduction étant trop récente, nos observations sont encore incomplètes; mais, en raison de leur nature essentiellement vivace et de leur faculté de produire, dans le plus grand nombre des cas, des tiges qui peuvent vivre quelquefois au delà de vingt ans, il est à supposer que, pour tous les Bambous qui ont donné lieu aux observations signalées plus haut, la mortalité n’a dû porter réellement que sur les tiges qui ont fleuri ou fructifié; quant à la souche elle-même, elle a dû se conserver vivante. Du reste, les observations du docteur Anderson et d’Aug. Saint-Hilaire semblent ne devoir laisser aucun doute à cet égard. Si l’on se rappelle, en effet, comment est organisée une souche de Bambou, il est difficile de croire que ces plantes, d’une rusticité et d’une vigueur extrêmes, ayant des moyens si puissants de reproduction, périssent après avoir fleuri et fructifié; cela nous parait invraisemblable. Que les tiges, comme celles de toutes les plantes vivaces, meurent après avoir produit leurs fleurs et leurs fruits, rien ne semble plus naturel, et c’est ce qui doit arriver pour les Bambous, si nous en Jugeons par quelques-unes des espèces qui viennent de fleurir; ainsi l’'Arundinaria Japonica, VA. falcala ont perdu leurs tige après leur floraison récente, mais de nouveaux bourgeons se sont produits à leur base. Quant au Phyllostachys fleæuosa, si les tiges ont péri après leur floraison, il en est repoussé de nouvelles sur ses rhizomes. Nous ferons cependant remarquer, ainsi que le constate le docteur Anderson, que les plantes ont été fatiguées. Pour ce qui est du Bambusa macroculmis, comme les inflorescences ne se sont développées qu’à la base des tiges et presque sur la souche, nous n’avons pu
constater si cette floraison avait entraîné la mortalité de la tige ; dans tous les cas la touffe a continué à végéter.
Les Bambous qui fleurissent annuellement se trouvent naturellement en dehors de ces observations; bien évidemment leur floraison n’entraine pas la mort de la plante.
De toutes les citations que nous avons rapportées ici, il naît un doute dans notre pensée : que deviennent ces vastes forêts de Bambous après leur mort? Ces plantes sont-elles remplacées par des espèces d’un autre ordre, comme cela a lieu naturellement, ou bien ces Bambous sont-ils remplacés par d'autres dont les graines, répandues sur le sol, ont reconstitué la forêt? Les voyageurs ne nous en disent rien. En s’arrêtant à cette dernière hypothèse, comment expliquer alors que les jeunes Bambous puissent trouver dans le sol les éléments nécessaires à leur développement, puisque celui-ci est encore emblavé des souches des plantes qui viennent de disparaître”? Il est peu probable, à notre avis, qu’une forêt de Bambous disparue soit immédiatement et naturellement remplacée par une autre composée de la même espèce; ce serait contraire aux règles ordinaires de la végétation successive. Il faut, en outre, ne pas perdre de vue la forte organisation des souches des grandes espèces de Bambous, qui s'élèvent quelquefois à 1 mètre au-dessus du sol, comme nous le voyons au jardin du Hamma, et ne pas oublier non plus le mode de végétation de ces grandes herbes qui doivent produire chaque année, en leur qualité de plantes vivaces, de nouvelles tiges destinées à remplacer celles qui se détruisent soit par le fait de l’âge, soit par toute autre cause.
Pour nous résumer, nous dirons que cette question de la disparition de forêts entières de Bambous, après leur fructification, n’a pas dû être suffisamment étudiée; les voyageurs qui les parcourent s’attachent généralement trop peu au mode de végétation, et souvent aussi la durée de leur séjour dans une localité est insuffisante pour leur permettre de constater bien des faits intéressants qui restent ignorés, ce qui est arrivé sans doute pour les grandes forêts de Bambous. Il est fort probable que, si l’on eût pu attendre l’époque ordinaire
104 LES BAMPBOUS.
de la végétation, on eût constaté que la mortalité ne s'était portée que sur les tiges florifères, et que l’on eût aperçu de nouveaux bourgeons destinés à les remplacer, comme l'ont fort bien constaté Anderson à Calcutta, et Aug. Saint-Hilaire au Brésil. 3
Bien des personnes ont cherché à expliquer quelles pouvaient être les causes de ces floraisons singulières et toutes plus ou moins hypothétiques. Sont-elles le résultat de grandes sécheresses, de faits accidentels? Bory de Saint-Vincent constate que, pendant son séjour à l'Ile de France, il cherecha vainement des fleurs de Bambous, et ne put en découvrir qu’à la suite d’un incendie qui s'était manifesté dans un bosquet composé de ces plantes, près d’une maison d'habitation; elles s'étaient développées sur les vieilles tiges qui avaient résisté aux flammes. Ces fleurs disparurent lorsque de nouvelles tiges eurent remplacé les anciennes.
Dès 1868, en étudiant les principaux végétaux du jardin du Hamma, au point de vue des services qu’ils sont appelés à rendre, nous avions été frappés du rôle que pouvaient jouer les Bambous dans tout le bassin méditerranéen, et surtout en Algérie où toute essence ligneuse est rare, où le bois manque souvent tout à fait. En y remarquant la luxuriante végélation de quelques espèces de l'Inde, du Japon et de la Chine, il n’y avait pas à douter de leur emploi industriel, commercial, économique et artistique; il devenait dès lors de notre devoir, on ne peut plus conforme à nos goûts naturels, de prendre les mesures propres à les multiplier pour en activer la propagation, pour en répandre la culture. C’est à partir de cette époque que tous nos efforts se sont portés vers l’étude des espèces que nous avions réunies, nous attachant spécialement à connaître la manière d’être de chacune d'elles; une fois leur genre de végétation bien déterminé, nous avons pu en déduire les modes les plus faciles de multiplication et de traitement.
Nous apportons aujourd’hui à la Société d’Acclimatation le fruit de notre travail; c’est le résultat d'expériences que nous avons poursuivies pendant neuf ans, et qui sont d’un caractère essentiellement pratique, puisqu'elles ont servi, depuis lors, à la large propagation des différentes espèces de Bambous dont la culture est possible soit en Europe, soit en Afrique.
Pour rendre plus facile la multiplication mieux comprise de ces plantes, il fallait tâtonner beaucoup, comparer, modifier souvent, étudier Loujours. Ce sont ces nombreuses observations qui nous ont amenés à en former les deux groupes très-distincts que nous avons signalés :
Groupe à végétation automnale et à touffe cespiteuse, propre aux régions tempérées ;
Groupe à végétation vernale et à rhizome traçanc, propre aux régions froides.
Les caractères de ces deux groupes, qu’on n'avait pas encore observés jusqu’à présent, et dont la connaissance nous a tellement guidés dans le dédale de cette étude, nous paraissent si nécessaires à connaître, que nous ne craignons pas, comme on a dû le remarquer, de les rappeler de temps à autre. Pour nous, c’est sur eux que la pratique doit se baser, si elle veut sérieusement réussir, et l’on verra clairement, par la suite, comment de ces deux divisions ressortent naturellement jes différents modes de multiplication à employer ‘pour chacune d'elles.
Dans les Bambous à végétation automnale, les faisceaux de ramificalions portés par des tiges, et que nous avons qualifiés de touffes rhizomateuses aériennes, peuvent, d’après leur organisation, servir à la reproduction de la plante; au contraire, dans les Bambous à végétation vernale, les tiges ne portant que des ramifications non rhizomateuses, celles-ci ne peuvent s’employer pour la multiplication, mais on les remplace par les tiges souterraines ou rhizomes, qui présentent parfois une végétation des plus vigoureuses,
La nature, heureusement, a fourni ce moyen de multiplication à ces végétaux, dont la plupart des espèces fractifient à des époques indéterminées et seulement à de longs mtervalles.
En outre, les espèces des deux groupes peuvent se reproduire par la division de leur touffe.
Nous allons étudier successivement ces divers modes de multiplication et les opérations qu’ils comportent.
PREMIER GROUPE
BAMBOUS A VÉGÉTATION AUTOMNALE, A TOUFFE CESPITEUSE, À RAMIFICATIONS RHIZOMATEUSES DISPOSÉES EN FAISCEAU.
(Bambusa macroculmis, vulgaris, vulgaris vittata, Hookeri, spinosa, stricta, stricta (seu striata) argentea, gracilis, scriptoria.)
Ainsi que nous l’avons déjà dit, ces Bambous ne croissant que dans des contrées chaudes, ne peuvent être cultivés, en
Europe et en Algérie, que dans les parties où la chaleur est la plus élevée, La multiplication de ces espèces peut se faire :
4° Par semis ;
? Par division des touffes;
3 Par éclats de souche;
% Par bouturage de tronçons de tige; D° Par couchage de tiges.
1° Multiplication par semis.
(Bambous du premier groupe.)
Le semis est certainement le mode de reproduction le plus naturel, mais c’est aussi le plus lent, et, du reste, comme nous l’avons remarqué, il ne peut être employé qu’accidentellement, surtout dans nos cultures, où la frucüification a lieu si rarement qu'on pourrait presque n’en pas tenir compte. En France, il n’y a guère que l’Arundinaria falcata qui ait fructifié, sur les côtes de Bretagne. En Algérie, nous avons eu des graines sur cette dernière espèce et sur les Bambusa macroculmis, spinosa, stricta et Ph. flezuosa, mais on ne saurait prévoir quand ces faits anormaux se représenteront.
Il n’est cependant pas tout à fait inutile de dire quelques mois sur ce sujet; on peut, en certaines circonstances, avoir des graines à sa disposition, soit qu’elles arrivent de leur station naturelle, soit qu’on ait pu en récolter dans nos cultures.
La première question se pose naturellement : à quelle époque doit être fait le semis? Certainement, s’il fallait s’en rapporter à la marche naturelle de la végétation des Bambous, ce seraitaux mois de mars et d'avril que cette opération aurait le plus de chances de succès, puisqu'elle correspondrait à l’époque où cette végétation commence, et peut-être sera-ce le moment qui devra être choisi plus tard par les semeurs; mais comme nous n'avons jusqu'à présent reçu que très-rarement des graines et que nous ne savons pas encore positivement combien de temps elles conservent leur durée germinative,
il sera préférable, jusqu’à nouvel ordre, de les confier à la terre dès leur réception ou dès leur récolte. Lorsqu'il nous sera donné d’en posséder un assez grand nombre pour que quelques-unes puissent être sacrifiées, nous pourrons, semant à différentes époques, arriver à préciser la meilleure.
En pays tempéré, le moyen que nous avons toujours employé au Hamma d'Alger a été de pratiquer le semis dans des pots de 10 à 12 centimètres de diamètre ou dans des terrines de 20 à 40 centimètres; cela dépend de la quantité de graines que l’on a à sa disposition. Terrines ou pots doivent être drainés d'avance avec des tessons de pots cassés ou avec du gros gravier, 1ls sont ensuite remplis d’une terre légère, préférablement siliceuse, dont la couche supérieure sera de 3 centimètres environ en contre-bas de leur bord. On appuie légèrement dessus pour lunir. On répand alors les graines do manière qu’elles ne soient pas trop rapprochées les unes des autres, que le semis ne soit pas trop dru, comme on dit en horticulture, afin que, après la germination, les jeunes plantes puissent se développer avec plus de force et, par conséquent, se micux constituer. Les graines sont recouvertes ensuite d’une épaisseur de 1 centimètre de la même terre, puis on bassine légèrement, mais de manière à humidifier la terre dans toute son épaisseur, avec un arrosoir à pomme percée de nombreux trous très-fins. |
Au jardin du Hamma, lorsque les semis sont terminés, les terrines ou les pots sont placés soit dans une serre, sur des tablettes et près des vitres, soit dans les bâches à semis ou châssis, préférablement dans les bâches; ce n’est pas pour les préserver du froid, mais pour éviter le desséchement de la surface de la terre.
Les soins à donner ensuite consistent à entretenir les arrosages, qui seront plus ou moins fréquents selon l'intensité de la chaleur et de la sécheresse atmosphérique; dans certaines circonstances, on sera obligé de les répéter plusieurs fois par jour; ils deviendront plus copieux au fur et à mesure que les plantes prendront de la force.
Sous les bâches à semis, on donnera d’abord peu d'air;
puis, si le semis a été fait au printemps, on augmentera le volume, dès que les plantes auront quelques centimètres de hauteur, en soulevant davantage les châssis. Plus tard on pourra les sortir des bâches, les exposer à l'air libre, dans un endroit abrité du soleil, sous des claies, par exemple. Il en sera de même pour les vases qui auraient été placés dans la serre.
Une année après le semis, et au moment où une nouvelle végétation va se produire, on devra procéder au séparage des jeunes plants. Cette opération consistera à les mettre isolément dans des pots de 7 à 9 centimètres, ou bien à les repiquer en pleine terre. Dans le premier cas, immédiatement après le séparage, les pots sont placés sous châssis; on ombrage pendant quelque temps pour faciliter la reprise; après quoi, on expose les plantes à l’air, pour pouvoir les livrer à la pleine terre l’année suivante. Dans le second cas, repiquage en pleine terre, on dispose le terrain préalablement, selon les usages locaux. En Algérie et dans le midi de la France, comme les arrosages se font à l’eau courante, les planches sont disposées en billons et en rigoles, et le repiquage a lieu sur la pente, de chaque côté des billons et vers leur base, de manière que l’eau courante ne vienne pas détruire les jeunes plants. Ceux-ci sont repiqués à une distance de 30 à 40 centimètres.
Durant toute la période estivale, un arrosage sera nécessaire une fois par semaine; puis, de temps à autre, on donnera un binage, afin de détruire les herbes inutiles et de maintenir la terre meuble à sa surface.
En pays froid, dans la région du Nord, en prenant Paris comme exemple, la meilleure époque pour faire des semis de Bambous est, comme partout ailleurs, le printemps; mais, pour hâter la germination des graines, on devra placer les pots sur une couche tiède recouverte de bâches et de châssis, comme les couches à melons. Les soins à prendre sont simples : donner un peu d'air dans la journée ; ombrager quelque peu les châssis en temps opportun; entretenir une humidité modérée dans les pots ; augmenter la dose d’air à mesure que les jeunes plantes prennent de la force; les exposer à l'air libre et en plein soleil à partir du mois de juin. L'année suivante,
au printemps, on pourra procéder au séparage du plant, comme il sera petit, on le repiquera dans de petits pots de 6 à 8 centimètres ; on arrosera immédiatement et on les placera sous châssis, sur couche tiède, pour faciliter la reprise. Pendant quelques jours, on ne donnera que peu d’air. On abritera contre les rayons du soleilet tous les jours on visitera les plantes, pour qu’elles ne pâtissent pas faute d'arrosage. On augmentera la dose d’air au fur et à mesure des besoins, et, lorsqu'on le jugera convenable, on exposera les plantes en plein air et au soleil. On pourrait alors les réunir dans une planche et enterrer les pots à 2 centimètres au-dessous de la surface du sol, puis couvrir la terre d’un léger paillis de feuilles, ou, à défaut de celui-ci, d’un fumier court. Pendant l'été, des arrosages seront donnés en temps opportun.
Au mois d'octobre, si les jeunes Bambous appartiennent aux régions chaudes, ils seront placés dans une serre chaude; si, au contraire, ce sont des espèces croissant dans des régions froides ou tempérées, on les placera, soit dans une serre froide, soit sous des châssis froids, qu’on couvrira pendant les grandes gelées; nos jeunes Bambous, encore trop faibles, ne sauraient supporter celles-ci impunément; ce n’est que l’année suivante qu'ils seront mis en pleine terre.
Quant aux Bambous des régions chaudes et qui ne supporteraient pas nos hivers, leur place sera, tout ce temps-là, dans la serre chaude; mais, à partir du mois de juin jusqu’à la fin de septembre, on pourra les exposer à lair libre et au soleil.
Il pourrait arriver qu’on fût obligé de faire les semis à une autre époque que celle que nous avons indiquée comme étant la meillèure, le printemps. Si c'était en été, on sèmerait sous châssis, en suivant les instructions que nous avons données ; si c'était en automne, les terrines ou les pots seraient placés sur les tablettes d’une serre chaude, et l’on devrait les mouiller de temps à autre pour entretenir constamment l’humidité nécessaire. Dans ces cas de semis tardifs, la germination pourrait fort bien ne pas se produire immédiatement; 1l
ne faudrait pas, pour cela, croire à un insuccès, et, déses-
MULTIPLICATION. | Lil
péré, rejeter la terre des pots, comme nous l'avons vu faire assez souvent ; il faudrait, au contraire, attendre patiemment jusqu’au printemps suivant, en entretenant toujours la terre humide. Si, au printemps, la germination n'avait pas lieu, on pourrait commencer à douter de la réussite ; il serait bon cependant d’essayer encore de placer les pots sur une couche chaude sous châssis, en leur donnant les soins indiqués plus haut.
Les indications générales contenues dans ce chapitre s’appliquent également à la multiplication par semis du groupe à végétation vernale.
> Multiplication par division des touffes.
(Bambous du premier groupe.)
Pour bien comprendre cette opération, il est nécessaire de séparer ce groupe en deux parties, dont l’une comprendra les espèces à grosses et grandes tiges, comme les Bambusa macroculmis, Hookeri, vulgaris, etc., et l’autre les espèces à tiges de moyenne ou de petite dimension, comme les Bambusa stricta, scriptoria, etc.; toutes appartiennent, du reste, au groupe à végétation automnale, qui nous occupe en ce moment.
Selon la nature et les caractères de ces Bambusacées, leur touffe est composée d’un nombre plus ou moins grand de tiges ; leur division est facile ; toutefois, dans les espèces à grosses et grandes tiges, il faut opérer sur des sujets de deux à quatre ans ; sur les autres, à tiges moyennes ou petites, la division peut se faire sur des touffes de cinq à dix ans.
Chaque touffe peut, suivant son volume, fournir un nombre plus ou moins grand de pieds, mais il est important d'enlever chaque morceau de touffe avec deux tiges au moins, et ces tiges doivent être munies de leur partie basilaire ou rhizome, accompagnée de racines. Pour bien arriver à cela, on fait, avant d'opérer, un trou assez profond au pied de la touffe et d’un seul côté, puis, avec une bèche bien tranchante, on coupe la
toufle en deux parties; on enlève celle du côté de laquelle a élé fait le trou; elle doit avoir un certain nombre de racines, ce qui aide à retenir de la terre autour d'elle, de manière à former une motte. Cette première motte peut elle-même se diviser en plusieurs autres, mais il faut avoir soin de laisser à chacune d’elles au moins deux tiges pour les grosses et orandes espèces, et cinq ou six, et même davantage, pour les petites. Ces tiges, ainsi divisées, doivent être rigoureusement coupées à une hauteur de 30 à 50 centimètres à partir de leur base, dans le but de faciliter leur reprise. |
Au fur et à mesure qu'a lieu la division des mottes, on doit les abriter contre les rayons du soleil, qui ne tarderaient pas à les altérer; puis, aussitôt que possible, on les met en pépinière dansle terrain qu’on a dû préalablement préparer à cet effet. La distance dans les lignes sera de 60 centimètres pour les grosses espèces, et les lignes seront à 1 mètre les unes des autres; pour les petites espèces, la distance pourra être moindre, soit entre les pieds, soit entre les lignes. Chaque trou de plantation est comblé immédiatement, puis on arrose. Plus tard, les soins consisteront en binages et arrosages donnés selon les besoins.
Quant aux plantes mères restées en place, il faut combler les trous, puis, afin que la terre se raffermisse autour d’elles, et afin aussi de réparer leurs forces à la suite de l'opération qu’elles ont subie, on les soumet à l'irrigation; on les laisse ensuite en repos jusqu’à l’année suivante. Au bout d’un an, les suites de ces mulilations sont depuis longtemps effacées, les plantes ont repris leur vigueur ; la moitié de la touffe qui à été laissée intacte peut fournir les éléments d’une multiplication nouvelle; on lui fera donc subir à son tour les mêmes opérations. Depuis l’année précédente, de nouveaux bourgeons ont pris naissance et quelques tiges sont venues remplacer celles qui avaient été enlevées; elles auront deux ans l'année suivante; 1l sera possible de les diviser encore ; un an après, il en sera de même pour l’autre moitié, et l’on continuera jusqu'à ce que les touffes mères soient épuisées ou qu’elles ne donnent que de trop grosses tiges.
3 Mulliplicalion par éclats de souche.
(Bambou du premier groupe.)
Ce mode de multiplication ne peut s'appliquer qu'à de grosses espèces et sur des touffes anciennes, dont les tiges ont été coupées à quelques centimètres du sol. Par éclats de souche on entend la séparation de tout le système souterrain, dont la compacité, l’enchevêtrement des rhizomes et des tiges et leur grosseur ne permeltent d'enlever que des fragments; ce sont donc, dans le plus grand nombre des cas, des portions de tige adhérentes au rhizome et qui en font partie.
Pour opérer convenablement celte séparation, il faut fendre en deux ces parties de souche dans toute leur longueur, avec la précaution de conserver intacts les bourgeons que portent de chaque côté les parties souterraines garnies de racines; or, elles sont extrêmement dures, et ce n’est qu’à l’aide d’une hache ou d’une serpe qu’on peut venir à bout du travail; il faut donc prendre quelques soins pour le mener à bien.
Chaque éclat peut avoir de 20 à 30 centimètres de longueur. Aussitôt préparés, tous sont mis en pépinière, convenablement espacés; ils sont posés dans le sol, soit verticalement, soit obliquant légèrement du côté fendu; on ne laisse que très-peu sortir de terre leur extrémité, ou mème on la recouvre entièrement. On irrigue ensuite, puis on entretient le sol par des binages pendant la période végétative; on arrose selon les besoins. Chaque éclat, ainsi traité, peul produire, dans le courant d’une année, plusieurs bourgeons qui forment autant de tiges.
Les espèces que nous multiplions ainsi au Jardin du Hamma sont les Bambusa macroculmis, vulgaris, Hookeri et spinosa. Pour le B. vulgaris, on ne doit opérer que sur des rhizomes âgés de deux ans ou davantage, parce que alors ils sont très-garnis de racines; les parties plus jeunes n’en ayant généralement pas qui soient suffisamment développées, on mutilerait la plante sans aucun résultat.
% Multiplication par bouturage.
(Bambous du premier groupe.)
Le bouturage se fait au moyen de tronçons de tiges portant des ramifications disposées en faisceau. Cest le mode de multiplication le plus rapide, une touffe, composée ordinairement de plusieurs tiges, pouvant fournir un nombre considérable de boutures, surtout si l’on opère sur les grandes espèces, et particulièrement sur le grand Bambusa macroculmis. Ce moyen a élé longtemps considéré comme très-incerlain : de là cette lente diffusion de ces Bambous, notamment du macroculmis, sur le sol algérien et dans les contrées analogues. Ce n’est que par des expériences réitérées que nous sommes arrivés, depuis quelques années, à bouturer tout ce groupe avec une très-grande facilité.
Autrefois, parmi les nombreux procédés en usage, on conseillait : de couper de longues portions de la tige et de les enterrer, de couper à trois nœuds, de couper à un seul nœud, ou bien de coucher les tiges dans toute leur longueur, de les inciser pour faciliter l'émission des racines et de les enterrer complétement. Quand ces diverses opérations étaient faites à l'automne, les tiges pourrissaient; au printemps, elles se conservaient plus longtemps, mais toujours sans végétation. Le bouturage à deux nœuds, comprenant un mérithalle entier terminé par un nœud à chaque extrémité, ou bien celui à un seul nœud central accompagné de chaque côté d’une partie évale de tige, était préconisé comme donnant quelquefois des résultats. Les boutures étaient alors enfoncées verticalement dans le sol. Celles dont on n’avait pu conserver les cloisons des nœuds et qui offraient, par conséquent, une ouverture béante à chaque extrémité, étaient remplies de terre, afin d’en empêcher la dessiccation.
C’est en opérant d’après ces différents moyens, et surtout en étudiant attentivement la végétation des Bambous, que nous avons trouvé le véritable mode et l’époque du bouturage. En dehors des pratiques défectueuses d'opération, le choix de la
Fic, 6. — BAMBUSA MACROCULMIS
Bouture oblique. — Mise en place.
£, 1e"5, is NE HE
partie destinée à l’enracinement était déjà par lui-même une cause d’insuccès, car on opérait avec des tiges de l’année, non encore formées, à bourgeons peu ou point développés. Étant démontré que les tiges des Bambous de ce groupe ne sont ramifiées, particulièrement chez les grosses espèces, qu’à partir de leur deuxième année, moment où elles ont acquis leur caraclière ligneux, il était logique de tenter le bouturage avec des tiges adultes, et c’est ce que nous avons fait avec pleine réussite. D'où nous concluons que ce bouturage doit se pratiquer comme nous l’allons dire, pour la plupart des espèces de Bambous du groupe cespileux, à végétation automnale ; mais auparavant, nous nous appesentirons tout particulièrement, quoique d’une façon sommaire, sur le caractère de leurs ramifications, déjà décrit par nous; en culture, il ne faut pas craindre de se répéter de temps à autre.
La tige des Bambous cespiteux, à végétation automnale, porte, comme nous le savons déjà, des ramifications nombreuses, disposées en faisceau à chaque nœud. Lorsque ces ramifications sont sur le point de se former sur la tige, elles apparaissent sous forme de bourgeons ayant la même organisation que ceux que l’on remarque sur la souche, avec cette différence qu’ils sont beaucoup plus petits. Il en naît plusieurs ensemble sur le même point et sur le même nœud; celui du centre est généralement plus gros que les autres, Is ont, comme mode de développement, la même organisation que les bourgeons souterrains ; c’est dire qu’ils sont d’abord, comme eux, enveloppés de gaines spathiformes et qu'ils croissent avec une très-grande rapidité, puisque, à la fin de l’année, leur longueur dépasse souvent plus de 1 mètre.
L’année suivante, à la base de ces ramifications, il s’en développe d’autres, en suivant la même marche végétative qu’une touffe terrestre, et il en est ainsi chaque année, de manière que ces faisceaux de ramifications forment sur les tiges, et à chaque nœud, autant de souches, tant aériennes que rhizomateuses, car si l’on écarte les gaines de la base, on remarque les racines toutes formées et qui ne demandent qu’à être soumises au contact de la terre pour se développer. Ces touffes
aériennes deviennent quelquefois énormes; il n’est pas rare d’en voir qui sont composées de plus de vingt tiges. Les ramifications elles-mêmes se ramifient de la même manière et elles présentent les mêmes caractères, mais les faisceaux sont moins nombreux en rameaux.
Partant de ces caractères comme base d'opération pour les espèces à grosses et à grandes tiges, telles que les Bambusa macroculmis, Hookeri, vulgaris, ete., il faut choisir, pour le bouturage, des chaumes d’une grosseur moyenne et bien ramifiés. Des ramifications, ramiliées elles-mêmes et de la grosseur du doigt, pourront également servir. On les tronconne par nœuds, c’est à-dire que l’on coupe le mérithalle par le milieu, en sorte qu’il en reste une partie au-dessus de chaque nœud et une partie au-dessous (fig. 6); on laisse à ce nœud toutes ses ramifications, que l’on rabat seulement à la moitié de leur longueur.
Dès que les boutures sont préparées ainsi, on doit immédiatement les planter en pépinière. Cette opération a lieu sur une planche large de 1 mètre environ, qu’on dispose en risoles; mais il faut avant tout que le terrain soit bien défoncé. La terre doit être meuble et pas trop légère. Les boutures, espacées entre elles et en tous sens de 25 centimètres environ, sont posées horizontalement ou obliquement dans le sol; cette dernière position est préférable, parce que les ramifications se trouvent alors situées perpendiculairement. On les recouvre de quelques centimètres de terre; les ramifications seules émergent de toute la partie conservée (fig. 6). Arrosage immédiat après la plantation, surveillance dans les premiers bimages après chaque irrigation, afin d’entretenir la terre perméable et d’empècher la croissance des plantes inutiles.
Ce n’est pas sans raison qu'on a laissé une partie du méri- (halle de chaque côté du nœud ramifié : on avait pour but d'entretenir la vie dans ces ramificalions, en attendant qu’il en naquit des racines. Celles-ci existent déjà à l’état rudimentaire à la base des ramifications, dès que ces dernières sont en contact avec le sol, elles entrent elles-mêmes en végétation et
Fic. 7. — BAMBUSA MACROCULMIS
Bouture couchée obliquement, après sa deuxième année de végétation.
ne tardent pas à se développer. En même temps qu’elles, apparaissent de jeunes bourgeons, puis, dans la partie tout à fait souterraine, il se forme de nouveaux turions, qui donnent dans l’année même des tiges de 1 mètre à 1",50. La touffe est ainsi constituée. La figure 7 en représente une de B. macroculnis après une année de végétation; son tronçon de tige s’y trouve encore attaché; nous avons démontré à la Société d’Acclimatation, par une série d'échantillons de diverses espèces, ce fait habituel de persistance. C’est ainsi que cette touffe, composée d’un faisceau de tiges, toutes enracinées à leur base, pourra se séparer en un plus ou moins grand nombre de pieds.
Ce que nous venons de dire pour le bouturage des grosses espèces de Bambous peut parfaitement s'appliquer aux moyennes et aux petites espèces du même groupe, en prenant toutes les tiges, à l’exception toutefois de celles qui seraient trop faibles.
Les faisceaux de ramificalions qu’on remarque sur les tiges trop grosses pour être tronçonnées peuvent encore servir au bouturage; c’est le bouturage simple des ramifications. Voici comment on procède : Chaque faisceau est enlevé au-dessous de son point d'adhérence de manière à être accompagné d’une plaque, comme le serait une bouture à talon; ensuite, chaque ramificalion est enlevée séparément dès sa base et coupée à une longueur de 25 centimètres environ, comme le représente la figure. Les boutures ainsi préparées sont généralement garnies à leur base de gaines spathiformes (fig. 8), et sous ces gaines il existe des bourgeons à l’état presque rudimentaire el des racines dans les mêmes conditions. On les met alors en pépinière d’après les procédés indiqués pour le bouturage par tronçon ramifié, mais avec cette différence que ces boutures simples sont placées verticalement dans le sol, enfoncées de 10 à 15 centimètres et un peu plus rapprochées entre elles; quant aux soins à donner successivement au sol, ce sont les mêmes. Îlest bien entendu que, pour faire ce genre de boutures avec toute chance de réussite, il faut opérer avec des ramifications traitées exactement comme nous venons de l’in-
diquer; en employant de simples ramules, comme on le fait assez souvent, on ne peut constater que des insuccès.
Dans le courant de la saison, des bourgeons naissent à la base de cette bouture simple, des racines émergent de tous points, et la touffe commence à se constituer (fig. 9).
Le développement des racines dans les boutures de Bambous ne se fait pas comme dans les autres végétaux. Dans les végétaux dicotylédonés, il a lieu le plus souvent à la suite d’un bourrelet qui se forme à la base de la bouture, entre l’aubier et l'écorce; dans certaines Monocotylédonées, les Dracæna. par exemple, les racines sortent du centre de petits mamelons disséminés autour de la partie enterrée de la tige. Chez les Bambous, ce sont des racines adventives à l’état rudimentaire qui se développent lorsque les rameaux qui les portent sont mis en contact avec le sol; ce n’est pas le chaume qui s’enracine, mais bien ses ramifications rhizomateuses.
D° Mulliplication par couchage des tiges.
(Bambous du premier groupe.)
Le couchage est encore un mode de reproduction facile, mais il ne peut se faire qu'avec des tiges de jeunes touffes, parce que, plus flexibles, elles se prêtent à l’inclinaison. L’opération a lieu du 1° au 15 avril. On prend les üges les plus nouvelles, pas avant cependant qu’elles soient ramifiées, mais elles le sont de bonne heure sur les jeunes touffes; on les incise au-dessous des nœuds, puis on les incline, sans les séparer du pied mère ni même les fendiller, jusque dans le sol, dans une petite rigole profonde d’environ 10 centimètres; on les y maintient à l’aide de crochets, puis on les recouvre de terre, en laissant les ramifications seules à l’air libre. Une fois l’enracinement obtenu, chaque sujet ou touffe est divisé et transplanté.
Sous le climat de la France, et particulièrement dans le Nord, les Bambous à végétation automnale sont peu cultivés; on ne les rencontre guère que comme sujets scientifiques ou de curiosité, dans les jardins botaniques ou chez quelques
H1G. 8. — BAMBUSA MACROCULMIS Fi6. 9.— BAMBUSA MACROCULMIS
Bouturce verticale (mise en place), Bouture verticale (développement).
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amateurs, mais toujours sous l’abri d’une serre chaude, qu’ils ornent de leur gracieux feuillage. Le mode de multiplication se borne alors à la division des touffes, mais encore faut-il avoir la précaution de placer les plantes dans une serre trèschaude et d’en enlever avec toute leur motte les parties séparées; quant au bouturage, nous ne l’avons jamais encore pratiqué pour ces plantes de serre, bien que nous en possédions des pieds assez forts; dans tous les cas, si l’on voulait en tenter l’essai, il faudrait préparer les boutures comme nous l’avons indiqué plus haut et les placer sous cloche dans une serre à multiplication, où la température soit maintenue assez élevée.
C’est à l'ignorance de leurs caractères constitutifs qu’on doit attribuer toutes les difficultés et tous les échecs qui ont retardé, en Algérie, la large diffusion, par le bouturage, des orosses espèces de Bambous. En effet, on voulait forcer un tronçon de tige-mère, jeune ou vieille, mais ordinairement jeune, privé de ramifications, à s’enraciner par n'importe quel moyen. C’était bien peu connaitre la végétation des Monocotylédonées, et surtout celle des Graminées, que d’attendre l'apparition de racines. Où pouvaient-elles se développer? Ce ne pouvait être sur la section des parties tronçonnées d’un chaume fistuleux, jamais pareil fait ne se produit; ni encore moins à la base d’un œil ou rudimentaire, ou invisible, ou souvent absent.
Mais dès que, par l'étude des ramifications sur les Bambous adultes, nous leur avons reconnu un caractère rhizomateux, le doute n'existait. plus sur la partie du végétal à employer comme bouture. Dès lors ces ramifications, ou isolées ou accompagnées d’une partie du mérithalle, mises en terre à une époque déterminée, nous ont assuré une multiplication logique, prompte et facile.
On avait été sans doute induit en erreur au sujet de ce bouturage par les procédés employés pour une plante de la même famille, la Canne à sucre, Graminée dont la rapide propagation s'obtient par la fragmentation de la tige en tronçons de plusieurs nœuds. Cependant aucune analogie ne peut exister entre les méthodes de multiplication usitées pour ces deux pré-
cieuses plantes, si l'on songe que, pour la Canne à sucre, l’on est en présence d’une exception peut-être unique par rapport à la constitution organique des autres Graminées, car elle est à tiges pleines, tandis que les Bambous sont à liges fistuleuses.
La tige de la canne à sucre est ordinairement annuelle, ou pour mieux dire elle est coupée annuellement, bien qu’elle puisse vivre assez longtemps; ses yeux sont toujours bien formés et saillants, même pendant sa croissance. Bouturée, ses yeux se développent rapidement, et à la base de ces nouveaux bourgeons apparaissent en même temps des racines; mais celte végétation rapide est due à la présence des matériaux vitaux contenus en abondance dans les riches cellules de la tige pleine de la plante, surabondance de vie qu’on ne trouve pas concentrée dans un fragment de Bambou, qui n'offre qu’une tige creuse, et qui, sans ramificalions, n'a aucun otgane à l’état latent capable de développer des racines.
DEUXIÈME GROUPE
BAMBOUS A VÉGÉTATION VERNALE, À RHIZOME TRAÇANT, RAREMENT CESPITEUX, A RAMIFICATIONS GÉMINÉES ET QUELQUEFOIS EN FAISCEAU.
(Bambusa où Phyllostachys mitis. Quilioi, nigra, viridi-glaucescens, aurea, flexuosa, violascens, Arundinaria Simoni, Japonica, falcata, Fortunei.)
En Algérie, la multiplication des Bambous à végétation vernale peut se faire avec une très-grande facilité et de plusieurs manières :
4° Par semis;
2 Par division des touffes ;
9° Par tronçons de la partie basilaire du chaume, avec ou sans rhizome ;
4° Par sectionnement des rhizomes.
1° Multiplication par semis.
(Bambous du deuxième groupe.)
Tout ce que nous avons dit de la multiplication par le semis des Bambous à végétation automnale s'applique par-
faitement au groupe à végétation vernale : même manière d'opérer, même préparation du terrain, mêmes soins à donner aux toutes jeunes plantes; repiquages, arrosements, etc. Nous ne voyons guère à recommander que moins de chaleur pour l'éducation en France et, pour les parties méridionales, le semis en pleine terre dans des terrains légers et propres.
2 Mulliplication par division des touffes.
(Bambous du deuxième groupe.)
Toutes les espèces de Bambusacées qui composent le genre Phyilostachys ont, comme nous l’avons déjà dit, des rhizomes souterrains qui peuvent quelquefois dépasser, en une année, plusieurs mêtres de longueur; il en est de même de quelques espèces d'Arundinaria.Toutes ces plantes, en raison de leurs caractères et de l’altitude où elles croissent naturellement, peuvent se multiplier par la division de leurs touffes, dues à une réunion de rhizomes, pendant tout l'hiver et même jusque dans la fin du mois de mars; mais, en raison de leur végétation précoce, la meilleure époque est la fin de décembre et le courant de janvier. En mars, les rhizomes ont déjà émis des racines et des bourgeons qui souffriraient d’une déplantation; c’est presque se créer une année de retard que d'opérer dans ce mois-là.
Ce que nous venons de dire se rattache au Jardin du Hamma d'Alger, mais il est évident que, dans des régions plus tempérées, on procédera plus tardivement; c’est ainsi que, à Paris, on devra attendre la deuxième quinzaine d'avril.
La multiplication par division des touffes des Bambous à végétation vernale est facile à exécuter; 1l suffit, comme nous l'avons déjà indiqué pour ceux à végétation automnale, de pratiquer un trou sur un côté et de morceler les petites touffes composées de trois à quatre tiges réunies entre elles par leurs rhizomes. Chaque tige est ensuite rabattue à 25 ou 30 centimètres au-dessus du sol; c’est une opération indispensable que de ies rabattre ainsi, sans cela elles se rident dans toute leur longueur et compromeitent la reprise.
On remarque quelquefois, sur certains rhizomes, qu'il s’est développé des tiges, souvent assez rapprochées et qui forment touffe ; on peut facilement les enlever pour la multiplication, mais avec le soin de les rabattre comme nous venons de l’indiquer.
Toutes ces touffes divisées, et dont quelques-unes forment une petite motte, sont ensuite plantées en pépinière, à 40 centimètres l’une de l’autre en tous sens, dans une planche partagée en rigoles. Irrigations immédiatement après la plantation ; soins successifs d'arrosage et de binage.
9 Multiplication par tronçons de la partie basilaire du chaume avec ou sans rhizome.
(Bambons du deuxième groupe.)
Cette méthode de multiplication est la plus usitée pour la pleine terre : elle co nsiste à extraire du sol le chaume avec le rhizome auquel il est attaché. On laisse à ce rhizome environ 30 centimètres de longueur, puis le chaume est coupé à la même hauteur environ, ainsi que l'explique la figure 10. Si ce chaume n’était pas coupé au point C, il ne tarderait pas à se flétrir et à compromettre l'existence du pied entier, à moins qu'il ne reçût des soins excéptionnels, qu’on ne peul donner en grande culture et à l'air libre.
Ce procédé ménage tous les yeux, jeunes bourgeons, jeunes rhizomes et les racines qui se trouveraient à la base du chaume. Soit en pleine terre, soit en pot, on enterre jJusqu’audessus des verticilles de racines de la base. La figure 10 en indique la position dans le sol.
Dans des espèces rares ou dont on possède peu de sujets, s’il convient de les propager plus rapidement en utilisant toutes leurs parties, on peut multiplier séparément la partie basilaire du chaume sans que le rhizome y soit adhérent.
On sait que chaque chaume de Bambou est composé à sa base, dans sa partie souterraine, de nœuds quelquefois trèsrapprochés; chaque nœud porte un ou plusieurs verticilles de racinés et un bourgeon. Cette partie de la tige peut donc
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