Multiplication par chaume avec rhizome
sans rhizome.
al
servir à multiplier l'espèce. On procède de cette manière : Le chaume est déchaussé aussi profondément que possible; puis, à l’aide d’une forte serpette, ou mieux, d’un fort sécateur, on le coupe à son point d'attache sur le rhizome. Le chaume est ensuite rabattu à 10-12 centimètres de sa base.
Ces tronçons sont ensuite réunis dans une planche partagée en rigoles; on les met en terre, de façon que leur extrémité émerge seulement de toute la partie non pourvue de racines, avec une distance entre eux de 20 à 25 centimètres en tous sens. rrigation et soins ordinaires. A la fin de l’année le tronçon sera enraciné et aura le caractère que représente la figure 11.
Cette méthode doit être employée principalement dans la culture en pots.
% Multiplication par sectionnement des rhizomes
(Bambous du deuxième groupe.)
En avril pour les pays froids; en hiver pour les pays chauds.
Les rhizomes ou tiges souterraines rayonnent, nous le savons, tout autour des touffes, se dirigeant en tous sens, et quelquefois à une assez grande profondeur dans le sol, comme le démontre très-bien l'Arundinaria Simoni. Le moment étant arrivé de procéder à la multiplication au moyen de ces organes souterrains, on les extrait du sol et on les coupe par fragments de 15 à 20 centimètres de longueur, formant ordinairement trois à quatre nœuds (fig. 12. PA. viridi-glaucescens). On les met ensuite en pépinière dans des planches disposées en rigoles profondes de 10 à 15 centimètres, en les v plaçant horizontalement à 25 centimètres environ les uns des autres; on les recouvre de 8 à 10 centimètres de terre. Irrigations et binages en temps opportun. À la fin de l'année ces troncons présentent l'aspect de la figure 13, c'est-à-dire qu'un ou plusieurs chaumes $e sont développés, du pied desquels se produiront des rhizomes et une nouvelle végétation aérienne.
Une observation importante qu'il est bon de signaler, c’est que le rhizome ne peut pas être employé dans toute sa lon-
gueur pour la multiplication, parce que les parties inférieures, anciennement développées, n’ont plus de bourgeons ou yeux, ceux qui n’ont pas poussé s'étant détruits. Ce ne sont donc que les parties jeunes, celles dont la croissance a pu s’opérer pendant la dernière année, qui peuvent être utilisées. Dans tous les cas, en sectionnant les rhizomes, il est très-facile de se rendre compte de leur état; toutes les parties non pourvues de bons yeux doivent être rejetées.
Si la multiplication des espèces de ce groupe à végétation vernale, soit par petites touffes, soit par tronçons de la partie basilaire de la tige, soit par section de rhizomes, a été faite tardivement, c’est-à-dire après mars, l’arrosement sera con-
Fi5. 12. — PHYLLOSTACHYS VIRIDI-GLAUCESCENS.
Multiplication par rhizomes (préparation).
stant pendant les chaleurs; si, au contraire, elle a lieu en automne ou en hiver, 1l peut être négligé à été suivant, car les pieds seront suffisamment enracinés pour supporter la sécheresse.
Cette sorte de multiplication du rhizome est tellement simple et surtout tellement rapide en Algérie et dans les’ pays tempérés, que la multiplication par bouturage de la tige n’y a pas de raison d’être. Il est heureux, du reste, qu’il en soit ainsi, car les boutures faites par tronçons de toute la partie
aérienne de la tige, même en conservant les ramifications, ne nous ont jamais, jusqu'à ce jour, montré un seul cas d’enracinement, bien qu’essayées à différentes époques. Il ne peut en être autrement, car, sur toutes les Bambusacées qui forment le groupe des Triglossées, on sait que les deux ramifications
FiG. 13. — PHYLLOSTACHYS VIRIDI-GLAUCESCENS.
Multiplication par rhizomes des espèces traçantes (résultat).
que l’on remarque à chaque nœud sont dépourvues à leur base de tout bourgeon reproducteur; qu’une fois les ramificaüons établies, ce qui a lieu pendant la croissance de la tige, il ne s’en produit plus d’autres, tandis que, au contraire, dans les autres Bambusacées, les ramifications augmentent chaque
année, parce qu’elles portent à leur base des bourgeons à la manière d’une touffe. Cela explique comment on peut multiplier ces espèces par le bouturage avec une très-grande facilité, résultat impossible à obtenir avec les Triglossées. Nous poursuivons encore ces essais au Jardin du Hamma, mais c’est seulement comme curiosité physiologique.
Mulliplicalion sous le climat de Paris pris comme lype.
Si nous considérons la multiplication des Bambous à végétation vernale relativement au climat de Paris, nous devons remarquer que, ce groupe n'étant cultivé qu'au seul point de vue ornemental, leur multiplication ne se fait que sur une petite échelle.
L'époque la plus favorable pour cette région est le mois d'avril.
Les deux modes les plus généralement employés sont : 1° la division par tronçons de la partie basilaire ou souterraine de chaque tige; 2° la division des rhizomes.
Il est quelques modifications bonnes à effectuer dans les procédés ; ainsi, au lieu de livrer immédiatement à la pleine terre les parties mutilées, comme nous l'avons indiqué pour les régions méridionales, on place, au contraire, chacun de ces fragments, et séparément, dans des pots-godets de 8 à 10 centimètres de diamètre; puis les pots sont réunis sur une platebande, dans laquelle ils sont enterrés, de manière que le bord se trouve à 2 ou 3 centimètres au-dessous de la surface du sol. On donne un léger arrosement et l’on attend que la végétation se manifeste, en prenant garde, toutefois, de ne pas négliger les soins que réclament ces multiplications, particulièrement au point de vue de l’humidité de la terre, qui doit être modérée, mais constante. Dans de telles conditions, l'émission des racines et des bourgeons se fait lentement, ce qui est favorable à l2 reprise des tronçons.
I n’y a pas encore longtemps, lorsque la culture de ces sortes de Bambous a commencé à se répandre chez nous et qu'on a commencé également à les multiplier, dès que les
plantes étaient tronçonnées d’après les procédés que nous venons de décrire, les pots étaient placés sous châssis et sur une couche de fumier dont la chaleur, obtenue par la fermentalion, était ou douce ou tempérée. Cette chaleur provoquait immédiatement la végétation des bourgeons ; mais ceux-ci, lorsqu'ils avaientatteint une longueur de 8 à 10 centimètres, pourrissaient souvent à leur base et étaient détruits; aussi perdaiton presque toujours la plus grande partie des jeunes plantes. La cause de ces insuccès, que nous avons cherché souvent à nous expliquer, nous parait être la suivante : la chaleur des châssis et des couches amenait la végétation des bourgeons avant l’émission des racines, et lorsque les jeunes pousses avaient épuisé tous les matériaux accumulés dans les cellules des rhizomes et des tronçons de tige, les aliments leur manquaient; les racines, non encore organisées, ne pouvaient leur en amener ; elles mouraient. C’est donc une erreur très-grave que d'employer la chaleur arüficielle pour la multiplication de ces sortes de Bambous.
À Paris, les horticulteurs font leurs multiplications en pots, et ils ont raison, puisque leur but est de pouvoir livrer des sujets en meilleur état et d'assurer ainsi leur reprise lorsqu'ils sont livrés ensuite à la pleine terre. Dans les régions tempérées, cette précaution est inutile.
Dans la tribu des Triglossées, 1l existe, en dehors des espêces traçantes, quelques espèces, les Arundinaria falcata par exemple, dont les rhizomes sont courts et peu traçants. Celles qui offrent ce caractère peuvent se multiplier par la division des touffes, en les sectionnant de manière qu'il y ait plusieurs tiges ensemble, ou bien en tronçonnant la partie souterraine de chaque tige. Quant aux précautions à prendre pour leur mise en pépinière, soit dans les régions tempérées, soit à Paris, et quant aux soins à leur donner, on suivra les indications précédentes.
La culture des Bambous n’est ordinairement pas difficile ; on peut dire, au contraire, qu’on arrive très-facilement à la bien réussir; seulement, avant toute chose, il est indispensable, pour les obtenir dans tout leur développement, de placer chacun d'eux dans les conditions qui lui conviennent. Nous les avons déterminées d’une manière générale par la formation de deux groupes: l’un, tout spécial aux régions méridionales de l’Europe et à l'Algérie; l’autre, prospérant dans les mêmes régions, mais pouvant, en outre, supporter le climat des parties tempérées et même froides de l'Europe, certaines espèces possédant un degré de rusticité qui leur permettrait de s’avancer plus au Nord.
Nous allons étudier cette culture; nous l’étudierons dans deux conditions : d’abord en pleine terre, pour la grande utilité générale; ensuite en pots, pour l’ornementation des jardins, des serres ou des appartements.
Culture en pleine terre.
1° Bambous à végétation automnale.
Les espèces de notre premier groupe ne croissant que dans les régions chaudes, c’est dans des conditions analogues que la culture en sera possible. Ainsi, toutes les parties chaudes du littoral algérien et les plaines au niveau de la mer, les parties chaudes du midi de l’Europe, les parties les plus abritées, celles où la température est le plus élevée et ne s’abaisse jamais en hiver au-dessous de zéro, sont très-favorables à la bonne et complète végétation des Bambous de ce groupe, qui com-
prend les grosses espèces utiles : Bambusa macroculmis, B. Hookeri, B. vulgaris.
Au point de vue industriel, songer à les cultiver dans d’autres conditions serait imprudent, car, en raison de l’époque de leur végétation, qui ne commence généralement que vers le mois d'août, elles ont besoin, durant deux mois environ, d’une forte somme de chaleur, pour que s’accomplisse rapidement la croissance de leurs tiges.
Il faat à ces grands Bambous un terrain profond, substantiel, perméable, meuble et frais ou susceptible d'arrosement. Une fois choisi l'emplacement, le terrain sera défoncé le plus profondément possible, car toute bonne culture dépend du défoncement préalable du sol.
En Algérie et dans les pays analogues, la plantation pour ces espèces aura lieu du 15 février au 15 avril, et même plus tard au besoin. Le moment arrivé, les plantes sont enlevées de pépinière avec leur motte et mises en place immédiatement. Si elles sont destinées à voyager, il est nécessaire de les empaqueter avec de la paille au fur et à mesure de leur extraction du sol, afin que leurs racines soient protégées du contact de l'air.
Au moment où les plantes vont être enlevées de terre, on rabat leurs liges à 30 ou 40 centimètres au-dessus. Ce rabattage est très-important et s'explique facilement, car, laissées telles quelles, les tiges se trouveraient surchargées de feuilles, et celles-ci, absorbant, puis dégageant une très-grande quantité de liquide, se dessécheraient très-promptement, sans compter qu'elles enlèveraient à la souche une partie des sucs qui peuvent être uliles à sa reprise.
La distance à conserver entre chaque touffe, pour les grandes espèces, est de 3 mètres en tous sens. Afin que le travail de la plantation soit plus vivement et plus réguliérement exécuté, on tend sur le sol un cordeau garni dans toute sa longueur de nœuds espacés de la distance que l’on veut maintenir entre les plantes, puis, vis-à-vis de chacun de ces nœuds, on fait un trou assez profond pour que la touffe se trouve en contre-bas du sol, car, dans ces grosses espèces, elle a toujours une tendance à s'élever.
Après la plantation, 1l faut donner un arrosage copieux et répété tous les quinze jours pendant l’été de la première année. Quelques binages aussi sont indispensables, tant pour détruire les herbes inutiles que pour tenir la terre meuble à sa surface. Plus tard, chaque année, et pendant la période hivernale, on fera bien de donner un bon piochage entre les lignes, pour entretenir également la terre perméable et poreuse ; puis, de temps à autre, afin de favoriser le développement des touffes, on irriguera de manière que l’eau pénètre profondément. Sans irrigation, on n’obtiendrait pas cette végétation luxuriante, telle qu’on peut la remarquer au Jardin du Hamma.
Les Bambous aiment à avoir les pieds humides ; si cependant l’humidité doit être grande, la stagnation de l’eau leur serait très-préjudiciable en hiver. Dans un sol légèrement frais, ces grands Bambous résistent sans arrosements, mais leur végétation est restreinte.
Parmi les trois grandes espèces que nous cultivons au Jardin du Hamma, il en est une que nous devons recommander d'une manière toute spéciale, à cause de la vigueur de sa croissance et de la grosseur de sa tige, qui atteint parfois 18 centimètres de diamètre sur une longueur de 20 mètres. Cest ce Bambou qui compose au Hamma cette magnifique allée ombreuse, épaisse voûte de verdure que le soleil ne saurait pénétrer, et qui cause l’étonnement de tous les visiteurs; on le connait en Algérie sous le nom de Bambusa arundinacea ; c’est celui que nous avons décrit récemment en le nommant Bambusa macroculmis, à cause de la grosseur de son chaume (tige). Il serait à désirer que, dans les parties les plus chaudes de l'Algérie, on fit des plantations de cette espèce, dans les vastes plaines de l’'Habra (province d'Oran) par exemple, sur le littoral et dans les terrains non salins. À La Calle, dans la province de Constantine, non loin de la frontière de Tunisie, aux bords des lacs Tonga, Mela et Obeira, localités extrèmement chaudes, ce Bambou pourrait se développer trèsvigoureusement. Quelques tentatives de plantation en ont été faites à plusieurs reprises à Biskra et sur plusieurs plateaux de
la région saharienne, mais les résullats ont été négatifs. A Biskra, c’est l'humidité du sol qui fait défaut, ce qui a lieu également en d’autres endroits; d’un autre côté, dans certaines de ces localités, la température, extrèmement élevée pendant l'été, descend quelquefois au-dessous de zéro en hiver; le B. macroculmis ne peut vivre dans ces conditions.
Où le Bambou qui nous occupe serait cultivé avec succès, c’est en Espagne, à Malaga, à Gibraltar, sur le littoral, dans les localités où l’on cultive la Canne à sucre, sur une bande profonde d’un kilomètre et demi; il y rendrait des services, car le bois y est rare. Les parties chaudes de l'Égypte, celles où la température ne s’abaisse pas au-dessous de zéro, la Crète, Malte, les endroits abrités de la Sicile et autres analogues, devraient en posséder de nombreux groupes. Sa place se trouve aussi marquée sur le littoral tunisien et marocain, dans les petites vallées ou dans les ravins abrités.
La plantation en massif ne convient pas à ces grosses espèces : on obtient de meilleurs résultats en plantant en lignes ou en petits groupes isolés, en avenue par exemple, en bordure de propriétés, en lignes parallèles à des canaux d'irrigation, mais surtout en allée conduisant à une ferme, à une habitation quelconque. Dans ces derniers cas, aérées de chaque côté, les touffes prennent un développement remarquable qu’elles n'auraient certainement pas atteint si elles étaient réunies en plantation compacte; en outre, cette disposition offre plus de facilité pour l'exploitation des chaumes, qu’on ne saurait extraire d’un massif serré sans des difficultés sérieuses. En allées, les Bambous ont encore ce précieux avantage de former une véritable voûte de verdure sous laquelle, dans les pays chauds, l'on trouve, n'importe à quelle heure du jour, une fraicheur bienfaisante ; les animaux y rencontrent aussi un abri contre les ardeurs du soleil de midi.
La magnifique allée des Bambous du Hamma, déjà citée, peut servir comme exemple de la plantation que nous préconisons : elle en a les avantages et les défauts signalés, dans la disposition comme dans les détails. Ainsi, un des côtés de cette allée, contigu à un carré de grands arbres en collection, pré-
sente une végétation beaucoup plus chétive que celle de la partie exposée à l'air libre. Le sol qui l’avoisine est entièrement envahi, à une grande distance, par les racines des Bambous qui le dessèchent en absorbant constamment le peu d'humidité qu'a fournie l'époque des pluies. Aussi, depuis quelques années, ces vieilles touffes, vivant dans un même emplacement, présentaient-elles, pendant la saison des chaleurs, des signes non équivoques de dépérissement : les pousses étaient moins nombreuses et plus chétives, les feuilles jaunissaient prématurément, et, par l’action d’une caducité précoce, donnaient au chaume un aspect dégarni et délabré qui nous a souvent fait croire à une mortalité complète, inévitable sans doute, si nous avions tardé plus longtemps à prendre des mesures efficaces, d’ailleurs tout aussi nécessaires aux autres végétaux de nos collections. En effet, dès l’année 1873, quand, à force de persévérants travaux, nous avons pu doter le Hamma des eaux d'irrigation qui lui avaient fait défaut jusqu'alors, les principaux canaux ont été élablis à même la terre. au pied de la plus grande partie des touffes de lallée. L'influence de cette humidité leur fut on ne peut plus favorable; aussi, depuis lors, obtenons-nous des chaumes d’une dimension réellement remarquable. Malgré la sécheresse absolue et la chaleur intense de ces dernières années, nos Bambous avaient un feuillage si vert, si touffu, si abondant qu’on pouvait véritablement leur appliquer, comme au datticr, ce dicton arabe : «Tête dans le feu, pied dans l’eau. » Dans l’eau, pendant l'été. Il a déjà été dit, d’ailleurs, que la stagnation des eaux, pendant l'hiver, leur était nuisible. Une partie de cette allée, en contre-bas de celle dite des Ficus, nous offrait cet inconvénient de submersion partielle ; à ces endroits, les Bambous poussaient peu; les tiges, petites et peu vigoureuses, étaient recouvertes de lichens; les nouvelles surtout devenaient rares. En procédant tout dernièrement au nivellenient entier de cette grande allée de 343 mètres de long, nous avons, en supprimant ces causes nuisibles, constitué une surface unie et macadamisée, appréciée en tout temps par les promeneurs.
Ce nivellement à eu encore cet autre effet de permettre le
rechaussement de certaines touffes trop élevées au-dessus du sol, qui souffraient de ces conditions défavorables, et qui ont recouvré une nouvelle vigueur. Nous l’avions déjà pratiqué en 1868, en remaniant une jeune allée de Bambous, la partie gauche en descendant l’avenue des Platanes, jeune allée qui est le prolongement de celle dont nous venons de parler, alors à peine tracée à travers un sol mouvant. En modifiant les distances, on exhaussa les plates-bandes latérales, afin de pouvoir rechausser les touffes dès leur croissance au-dessus du sol. Le nivellement et l’empierrement de ce prolongement, exécutés en automne 1876, et le système d'irrigation établi, font de cette partie l’exacte continuation de la première, sous le rapport de la vigueur et de la beauté. En résumé, à l'heure présente, le promeneur peut circuler sous une haute et large voûte composée de plus de trois mille grosses tiges de Bambous, qui s’entre-croisent en tous sens à 19 et 20 mètres de hauteur.
Les gros Bambous sont d’un grand effet ornemental, mais ils ont le grave inconvénient, dans les jardins, d'exiger des neltoyages fréquents : leurs feuilles sèches, dures et coriaces, tombent constamment et en grande abondance; le vent les emporte dans les buissons, dans les autres cultures, dans tous les recoins; la quantité qu'on en enlève mensuellement est considérable, et leur lente décomposition ne permet pas leur emploi comme engrais. |
Toutes les espèces de Bambous à végétation automnale ne peuvent être cultivées, sous le climat normal de l'Europe, qu’au point de vue scientifique; aussi ne les rencontre-t-on que dans les jardins botaniques, quelquefois, mais plus rarement, chez quelques amateurs, dans les serres tempérées, et dans les serres chaudes chez ceux qui habitent le Nord.
2° Bambous à végétation vernale.
Les Bambous du deuxième groupe, tout en se comportant très-bien dans les régions tempérées et chaudes, notamment en Algérie, peuvent cependant s'éloigner de ces climats et
croître à certaines altitudes où, en raison de leur origine, ils supportent des abaissements marqués de température, ce qui les rend éminemment convenables à tout le bassin méditerranéen.
Toutes ces espèces sont généralement très-traçantes; elles paraissent, en Algérie, se plaire plus volontiers dans les endroits élevés et aérés que dans ceux qui sont trop abrités ; entre 200 et 300 mètres d’altitude ils donnent de très-beaux développements. En raison de leur rusticité et de leur extrême vigueur, on devrait en voir des massifs presque partout, ainsi que nous l'avons conseillé autrefois, les bords du lac Fetzara, dans les plaines de Bonc, province de Constantine, devraient être entourés de Bambous traçants. Au point de vue économique et industriel, les espèces suivantes conviendraient parfaitement : tout d’abord, le Phyllostachys milis, la plus grande espèce du groupe; ses chaumes atteignent 12 mètres de haut et 6 à 8 centimètres de diamètre; elles pourraient être facilement employées à la construction de hangars légers, etc. Le Phyllostachys nigra viendrait ensuite, avec ses tiges noires et recherchées par la fantaisie; puis les Ph. Quilioi et aurea, aux tiges jaunes et d’un aspect agréable. Ces vastes terrains marécageux, incultes et malsains, qu'on remarque autour de Bone, ne pourrait-on les utiliser et les assainir en les couvrant de Bambous traçants? Pour ces sortes de terrains, on emploierait deux autres espèces très-rustiques et très-envahissantes : le Phyllostachys viridi-glaucescens et l’Arundinaria Simoni.
Dans la province d'Alger, on pourrait former çà et là des ilots de Bambous, surtout sur des terrains où d’autres cultures seraient difficiles, particulièrement dans les endroits humides et sur les bordsdes torrents, dans la plaine de la Mitidja et dans d’autres situations analogues; on utiliserait ainsi de vastes étendues improduclives.
Dans la province d'Oran, aux vastes plaines de Saint-Denis du Sig, à Relizane, à Perrégaux, où s'étendent ces immenses terrains de lHabra où la culture estivale commence à faire défaut, ne pourrait-on pas couvrir toutes les parties
de qualité inférieure avec des Bambous traçants, qu’on propose toujours d'employer à la fabrication du papier ?
Nous parlons ic; de fabrication de papier avec les Bambous, parce qu'il était question, dernièrement, de faire des tentatives de culture dans ce but, en desséchant le lac d'Oran et en couvrant en partie de Bambous la superficie de ce lac, qui comprend plus de 32000 hectares. Les espèces que nous avions indiquées pour cet usage étaient les Phyllostachys milis, Ph. Quilioi, Ph. viridi-glaucescens, Arundinaria Simoni. Les autres pourraient également servir; mais nous avons préférablement indiqué ces quatre espèces, parce qu’elles sont les plus coureuses.
Comme cela a lieu en Chine et au Japon, chaque village d'Algérie devrait avoir sa forêt de Bambous ; on la composerait de quatre espèces : Phyllostachys mitis, Quilioi, nigra et viridi-glaucescens. Ce serait également une ressource pour les Arabes, qui y trouveraient tous les éléments pour la construction de leurs gourbis, qu’ils pourraient dès lors établir plus solidement, et pour la fabrication de clôtures pour leurs parcs à animaux.
Les colons surtout uliliseraient avec profit ces tiges légères et solides à une foule d’usages trop longs à énumérer, car 1l faut se rappeler que dans le plus grand nombre des cas, en Algérie, le moindre brin de bois est une rareté, et qu’on ne rencontre que bien accidentellement des pelites plantations de roseaux ordinaires. Non-seulement dans les grandes plaines d'Oran, mais aussi dans les vallées de la Kabylie, nous avons souvent vu, dans les nouveaux villages surtout, les colons désirer ardemment quelques tiges ligneuses pour satisfaire à des premiers besoins, pour protéger leur maison d’un soleil brûlant au moyen d’une tonnelle, pour éviter de demander à des herbes fistuleuses et sèches les matériaux de construction de divers objets d'utilité journalière qu'ils sont obligés, à l'exemple des Arabes, de confectionner avec les tiges d’une grande ombellifère, le Ferula communs.
Dans tout le midi de la France, dans presque toute l'Italie et l'Espagne et les contrées semblables, les Bambusacées de
ce groupe se comportent fort bien et se développent dans toute leur force; c’est là, dans tout le bassin méditerranéen, qu'ils sont appelés à rendre les services qu'on est en droit d’en attendre. Dans le nord de la France et dans le centre, ils ne serviront qu'à des usages horticoles, mais ils y seront de plus en plus appréciés dans la décoration des jardins.
Comme la végétation des espèces de ce groupe est essentiellement vernale, c’est dans le courant de l'hiver, c’est-à-dire de décembre à février, que les plantations devront s’exécuter dans les pays méditerranéens. De même que pour celles du premier groupe, le terrain devra être, autant que possible, meuble et de bonne qualité; s’il est légèrement frais, cela n’en vaudra que mieux, quoique le caractère traçant de ces Bambous les rende beaucoup moins délicats sur le choix du sol. D’ailleurs, l'irrigation ne leur est pas une condition indispensable, puisque leur végétation commence à la suite des pluies du printemps et qu’elle est terminée, en Algérie, dans le courant des mois de juin et juillet.
Afin que le travail de défoncement du terrain, qui doit être fait profondément, soit plus économique, on pourrait exécuter à la charrue, en se servant d’abord de la charrue ordinaire, puis en faisant passer derrière celle-ci la charrue défonceuse. Le terrain ainsi préparé serait hersé plusieurs fois, pour que la surface en füt plus unie.
Vient ensuile la plantation. Les plantes seront également levées en motte dans la pépinière et mises en place immédiatement, ou bien empaquetées de paille, si elles ont à voyager. On n’oublierait pas de rabattre les tiges à 30 ou 40 centimètres du sol.
La distance entre chaque pied devra être de 3 mètres en tous sens, pour une plantation importante, car les rhizomes traçants auront bientôt envahi le sol. On arrosera copieusement au fur età mesure que se fera la plantation. Les soins consisteront ensuite en quelques binages et quelques irrigalions, et quoique la végétation de ces Bambous se termine quelque peu après les pluies dans la région africaine, et qu’ils puissent supporter les plus longues sécheresses, on fera bien
d'irriguer copieusement de temps à autre, si la chose est possible, surtout dans le nord de l'Afrique, où les pluies sont rares; dans tous les cas, les produits qu’on obtiendrait par les arrosages seraient bien plus beaux sous tous les rapports. Ce que nous venons de dire pour la région africaine s'applique à toutes les régions analogues, la Tunisie, le Maroc, ete.
Dans le nord de la France, où la végétation de ecs Bambous est encore possible, la plantation sera faite plus tardivement, c’est-à-dire de la fin d'avril à la fin de mai. On se laissera guider, du reste, pour cette opéralion, par le mouvement de la végétation. Sous le climat de Paris, la déplantation des Bambous pendant l'hiver leur est très-souvent funeste.
Au point de vue ornemenlal, les Bambusacées traçantes commencent à entrer dans le domaine de nos jardins paysagers; lorsqu'on sait les disposer et les grouper avec art, elles ne marquent pas d’une certaine élégance, principalement si l’on a su les accompagner habilement de plantes exotiques, comme cela a eu lieu à Montsauve, près d’Anduze (Gard), dans la propriété de M. Mazel. C’est dans ce magnifique établissement qu'il est facile de se figurer ce que peuvent devenir, dans la région méditerranéenne, les Bambusacées traçantes, et particulièrement le Pyllostachys mitis. Un peu plus loin, à Hyères, dans le jardin de la ville, dont la direction est confiée au Jardin d’acclimatation de Paris, on voit déjà un commencement d’allée formée de sujets de cette dernière espèce ; puis, à côté, une collection d'espèces patiemment réunies dans l'établissement, dans le but d’y être étudiées, tant au point vue de leur nomenclature qu’à celui de leur rusticité. Enfin, en se rendant en Italie, si l’on a le loisir de s’arrèler un instant à Nice et que l'on puisse y visiter la villa du vicomte Vigier, c’est encore là qu'on aura une idée de l'effet que produisent les Bambous formant des massifs, accompagnés comme ils le sont d'une nombreuse collection de végétaux exotiques, Palmiers, Dracæna, Cycadéeset autres, remarquables par leur port ct leur feuillage ; aussi ce jardin, l’un des plus beaux de la contrée,
a-t-1l un cachet tout à fait asiatique.
Dans les grandes plantations faites au point de vue industriel, nous avons conseillé de rabattre les chaumes à 30 ou 40 centimètres au-dessus du sol, dans le but de faciliter la reprise des touffes; mais c'était, qu'on ne l’oublie pas, avec un but commercial; au point de vue ornemental, on peut éviter celte mulilation; pour cela, il sera prudent de lever les touffes avec de grosses mottes, les empaquetant toujours avec le foin ou la paille, si elles ont à voyager; de raccourcir quelques-unes des ramificalions latérales qui seraient trop longues; de les planter aussitôt que possible et en contre-bas du sol, de maaière à former au pied de chaque touffe une cuvette en forme d’entonnoir. Il faudra que les eaux d'arrosage pénètrent à travers les mottes; on devra les y contraindre au besoin, en aplanissant les parois de la cuvette. Ce procédé très-simple nous a toujours donné d'excellents résultats. Si l’on agit autrement, voici ce qui arrive : l’eau donnée à la plante glisse par-dessus la motte; seule, la terre environnante l’absorbe, et la motte, restant sèche ou à peu près, risque de se trouver entourée d’un sol fangeux; la plante alors se dessèche et meurt. Cest du reste le sort du ÿlus grand nombre des végétaux transplantés en motte; l’incurie, l’inexpérience, quelquefois l’incapacité de gens qu’on a à son service et qui, sans en avoir les connaissances, se décorent du titre de jardinier, qu'ils ne devraient jamais porter, conduisent souvent à ces insuccès. Le jardinage est un art qui demande de longues études pratiques, qui réclame beaucoup de jugement, beaucoup de réflexion et beaucoup de patience; celui qui s’en occupe avec passion y met sa vie tout entière; celui qui, sans l’approfondir, n’en a Jamais connu que la surface, se trahit à la première difficulté qui surgit en dehors de la routine ordinaire; 1l n'hésite pas, 1l déplante, il replante, 1l arrose, et... les Bambous meurent.
Quelles que soient l'importance et l'étendue de la plantation des Bambous, il faudra, pendant les deux ou trois premières années, donner au terrain quelques binages à diverses époques de la saison, afin de tenir la terre meuble à sa surface ; il faudra également, si l’on veut activer le développement des plantes, leur donner des irrigations en temps opportun.
Il est toutefois une recommandation que nous faisons de la manière la plus formelle, c’est de ne jamais pénétrer dans aucun des carrés de Bambous, sous quelque prétexte que ce soit, pendant la période de croissance de leurs tiges ; celles-ci, comme nous l’avons vu précédemment pour les espèces traçantes, surgissent de tous côtés, par suite de l’extension des rhizomes; elles vont dans toutes les directions ; en sorte que, avec l’excessive fragilité des jeunes pousses, il serait à peu près impossible qu’on n’en détruisit pas une grande quantité ; bien plus, lorsqu'elles ont une longueur de plus d’un mètre, il suffit souvent qu'elles soient froissées au passage pour qu'elles se désarticulent ou que leur croissance s’arrête. Il est même des espèces, le Bambusa macroculmis par exemple, chez lesquelles la végétation des bourgeons cesse immédiatement, suivie même de pourriture, pour peu qu'ils aient été heurtés ou légèrement blessés. Aussi, en raison de ces faits, au Hamma d'Alger, est-il interdit à toute personne de pénétrer dans les carrés de Bambous durant une période de quatre à six semaines, et cela à partir du Jour où les bourgeons commencent à sortir de terre.
En Chine et au Japon, d’après un ouvrage que nous avons sous les yeux, on taillerait les Bambous dans le but de les faire grossir et grandir. Aucun développement n’est donné à cette assertion, et nous doutons fort, à dire vrai, que la personne qui à rapporté ce fait ait jamais vu pratiquer cette opération ; dans tous les cas, elle ne saurait avoir aucune action sur le développement des tiges, ni en grosseur ni en longueur. Notre avis est, au contraire, que la taille des Bambous ne pourrait qu'altérer les chaumes, puisqu'elle n'aurait lieu que pendant leur croissance et que, à ce moment-là, elles ne peuvent subir aucune blessure sans en souffrir. Nous l’avons constaté dans bien des cas et nous le répétons, les blessures faites aux jeunes tiges, pendant leur période de croissance, entraînent leur avortement et toujours leur mort.
Culture en pots.
Depuis quelques années, au Jardin du Hamma, on culiive avec grand succès tous les Bambous en pots, et tout spécialement pour les expéditions au dehors; 1ls sont généralement préférés à ceux qui sont expédiés en motte et qui, malgré toutes les précautions, souffrent toujours plus ou moins d’une déplantation.
En Algérie, la mise en pots a lieu à deux époques différentes : au printemps, dans le courant de mars, un peu avant la reprise de la végétation, ou bien à l’automne, dans le courant du mois d'octobre. Si : on pouvait, dans ce dernier cas, opérer dès le mois de septembre, cela vaudrait assurément beaucoup mieux; malheureusement, les chaleurs qu’amène en ce mois le vent du désert, le brûlant siroco, seraient un obstacle à la reprise des plantes, dont au moins l'extrémité des tiges serait assurément brûlée; durant plusieurs jours le thermomètre, sans interruption, peut marquer environ 53° centigrades à l'ombre; le degré hygrométrique de l'air est peu élevé; une poussière brûlante dessèche tout; les jeunes Bambous, déjà affaiblis par la transplantation, mourraient de sécheresse. [Il faut donc attendre que le siroco ait effectué son passage.
A l’époque choisie, printemps ou automne, pour les deux groupes, on lève les touffes destinées à cette culture; elles doivent avoir accompli déjà leur deuxième végétation, ou mieux, être âgées de quatre à cinq ans. La touffe est extraite entièrement avec une grosse motte, que l’on désagrége peu à peu, de manière à pouvoir en enlever à la fois deux ou trois tiges rapprochées, lesquelles forment une petite touffe ayant conservé un peu de terre autour des racines. Quelquefois les chaumes, assez serrés les uns contreles autres, appartiennent à des rhizomes différents, qui se sont entrecroisés ; quoi qu'il en soit de leur point de départ, la question importante est qu’en les séparant de la touffe mère on les laisse réunis et qu’on leur conserve une motte proportionnée à la grandeur du pot, en retranchant, en avant ou en arrière, toutes les parties des rhizomes qui pourraient en gêner l'introduction.
Pour que le sectionnement de la touffe se fasse dans de bonnes conditions, il faut se servir d’un sécateur; l’on peut, avec cet instrument, retrancher toutes les parties de la plante sans lui faire subir de secousses qni feraient détacher la terre et ne permettraient pas de conserver la motte autour des plantes, surlout si l’on opérait avec une bêche ou une pioche.
La grandeur des pots est subordonnée au volume des touffes, cependant, comme celles-ci sont généralement de moyenne force, ce sont des pots de 18 à 22 centimètres de diamètre qu’il est préférable d'employer; plus grands, d’ailleurs, ils rendraient les expéditions plus onéreuses.
Au fur et à mesure que les Bambous sont mis en pots, ils sont placés dans un endroit ombragé, soit sous des claies, soit sous de grands arbres. L’arrosage a lieu successivement et il est continué chaque jour, comme cela se pratique pour les autres plantes cultivées ainsi. Quelques jours aprés la mise en pots, les Bambous perdent une partie de leurs feuilles, mais celles-ci se trouvent bientôt remplacées. Au bout de trois semaines environ, un mois peut-être, de nouvelles racines commencent à se former; il faut alors exposer les plantes au soleil pour aider à leur reconstitution.
Les Bambous végètent peu ou mal dans des pots, parce que les racines n’ont pas assez d'espace à parcourir pour puiser les liquides nécessaires à une végétation normale; si nous avons indiqué ce genre de culture, c’est parce que nous sommes convaincus des services qu'il pourra rendre à l’horticulteur en même temps qu'à l’acheteur, par suite de la facilité qu’auront ces plantes, d’une part, de voyager sans souffrir, d'autre part, d’être facilement transplantées. C’est en effet le meilleur moyen à employer dans ces circonstances, car on est toujours assuré de leur reprise. En outre de cela, les tiges restent entières, tandis qu’autrefois — et cela encore aujourd'hui lorsqu'on fait des transplantations en motte — on était obligé, dans le plus grand nombre des cas, de retrancher la moitié des chaumes, lorsque les mottes ne tenaient pas autour des racines. C’est donc une méthode indispensable pour les horti-
culteurs dans leurs expéditions, et sans laquelle les plantes ne reprennent que difficilement. On comprend également le désappointement de l'amateur, qui s'attendait à recevoir des végétaux intacts et, conséquemment, des tiges entières, et qui ne voit sortir des caisses que des tiges tronquées ; désappointement augmenté encore en ce que, n'étant pas, la plupart du temps, au courant de la végétation des Bambous, il ignore que si ces plantes ne peuvent pas, pour le moment, servir à une ornementation sans reproche, elles se remettront avec le temps et redeviendront telles qu'il les avait désirées.
Il est inutile d’ajouter que, dans le bassin méditerranéen, les Bambous élevés en pot peuvent se mettre en pleine terre en toute saison.
Récolte des tiges. — La récolte des tiges des Bambous est une des opérations importantes de la culture de ces plantes; elle dépend tout entière de l’usage auquel elles sont destinées; mais, dans tous les cas, elle est subordonnée à la nature des groupes. Ainsi, pour les grosses espèces, Bambusa macroculmis, B. vulgaris, etc., toutes celles enfin à végétation automnale et destinées à la construction des habitations légères de toute nature, il faut que les chaumes aient acquis toute leur solidité, ce qui n’a lieu qu’à la fin de la troisième année; plus tard serait encore préférable. Le moment le plus convenable est ou bien avant le commencement de la végétation, ou bien dès que celle-ei est terminée.
Aussitôt les tiges abattues, on les débarrasse de toutes leurs ramifications latérales, à l’aide d’une serpe ou d’une hache bien tranchante; ensuite on les fait sécher en les plaçant à des endroits ombragés ou sous des hangars où l’air circule librement, afin que la dessiccation se fasse lentement. Une dessiccation trop rapide, au soleil par exemple, les ferait se gercer, se fendre, et leur retirerait, par conséquent, leur valeur. Récoltées trop tôt, avant leur époque de maturité, les tiges perdent de leur résistance mais, d’aulre part, récoltées trop âgées, lorsqu'elles ont plus de dix ans, si elles sont plus solides, moins élastiques, elles sont aussi plus dures et se travaillent plus difficilement pour les objets d’art.
Pour ce qui est des Bambous à végétation vernale ét à touffe très-traçante, ceux surtout appartenant aux espèces qui composent le genre Phyllostachys, la récolte des tiges peut se faire beaucoup plus tôt; généralement on peut la commencer dès que la végétation est complétement terminée, c’est-à-dire à la fin de la première année; à ce moment-là, leurs tiges sont suffisamment ligneuses et résistantes pour être employées, et, d'autre part, elles se travaillent beaucoup plus facilement.
Pour certaines espèces à chaumes colorés, comme le Phyllostachys nigra, c’est à la fin de la première année, dans certains cas, que celte couleur estle plus intense ; c’est donc à ce moment qu’il convient de les récolter, si l’on veut profiter du meilleur état de cette coloration; car plus tard elle perd de son intensité, en laissant voir de place en place des taches rubigineuses, comme marbrées. En outre, après la première année, les ramifications se dessèchent quelquefois; elles deviennent moins flexibles et blanchissent. Cependant il faut remarquer que, récoltées avant leur complet développement, les tiges se rideraient et ne seraient plus propres à aucun usage.
Si les tiges de ces Bambous doivent être employées, comme nous le dirons tout à l'heure, à la confection de cannes, de manches de parapluies ou d’ombrelles, on les coupe à quelques centimètres au-dessous du sol, afin qu'une partie de la souche y reste adhérente, et l’on conçoit le parti qu’en peut tirer celui qui sculpte l'extrémité de ces manches; mais ce qui est préférable encore, c’est de pouvoir l’éclater du rhizome.
Pour celles-ci comme pour les précédentes, mèmes recommandations pour le séchage à l'ombre.
ILrestera ici une question à étudier : à quel âge les tiges de Bambous pourraient-elles être récoltées, en supposant ces plantes cultivées ici où en Algérie, pour la fabrication du papier ? Il y aura là une suite d'expériences à entreprendre.
Quoi qu’il en soit de la destination des tiges et de leur utilisation, 1] est une observation précieuse à faire : c’est que, en procédant à la récolte, on doit en laisser quelques-unes sur chaque louffe, afin de ne pas altérer la végétation successive et, par conséquent, nuire à la production; si, en effet, l’on coupait cha-
que année toutes les tiges d’une touffe de Bambou, celle-ci né tarderait pas à périr d’épuisement.
Les instruments employés pour la coupe des Bambous sont nombreux; nous conseillerons l’usage de la serpelte et du sécateur pour les petites espèces telles que les Bambusa scriploria,gracilis, Arundinaria falcata,Japonica ou Wetake, etc.
Pour les espèces atteignant déjà la grosseur du doigt, nous nous servons, au Hamma, d’un long ciseau de menuisier, en acier, bien tranchant, avec gros manche en bois, La lame, appliquée à la base du Bambou et pouvant même pénétrer dans le sol, poussée par un vigoureux coup de maillet sur le manche fait une coupe nette et régulière, sans éclat ni fendillement; ce procédé est généralement en usage dans la récolte des Phyllostachys nigra, des jeunes mitis, aurea, viridiglaucescens, etc.
Les grosses espèces : Bambusa macroculmis, vulgaris, Hookeri, etc., dont la base des tiges est pleine ou presque pleine, ne peuvent être coupées que par de forts instruments, haches et serpes bien affilées ; mais comme leurs touffes cespiteuses présentent souvent des tiges serrées les unes contre les autres, dans le B.macroculinis par exemple, on a recours à la scie à main, longue et à doubles dents, qui se glisse partout.
La coupe d’un Bambusa macroculmis d’une vingtaine de mètres environ, chargé à son sommet flexueux de nombreuses ramifications et de feuilles qui constituent, à cette hauteur, un poids considérable, exige quelques précautions. On attache d’abord le Bambou à ses voisins au point le plus haut que l’on puisse atteindre, pour éviter sa chute; l’entaille à la hache ou à la serpe doit être faite sur plusieurs points de sa périphérie, afin qu’il se coupe brusquement et ne reste pas attaché à sa base par quelques parties, dans lequel cas il s’inclinerait sous le poids de sa lourde tête et, si l’attache cédait, il se fendrait sur une certaine longueur par la partie inférieure. Il faudrait bien se garder de chercher à en arrêter la chute, il n'y aurait d'autre chose à faire qu’à se garer. On procède de même avec la scie en agissant toujours circulairement. L