‹ Les banditsChapitre 27 sur 31 · I.'e^TLÈVEIIlXT · texte numérisé non relu

I.'e^TLÈVEIIlXT

' J'ai parlé parce que je voulais gagner mille louis, M. le vicomte.

«t Nous n'avons pas réussi, je vous restitue votre argent ; que diable voulez-vous que je fasse de plus?

Edmond garda le silence, incapable qu'il était de prononcer une parole ; sa position, qui s'offrait maintenant à lui dans toute son horreur, le plongeait dans un apathique accablement.

Au lieu d'épouser Clémence, Clémence qu'il aimait plus que jamais, il allait être obligé de fuir.

S'il ne fuyait pas, son mensonge serait découvert, et on le chasserait comme un vil imposteur ; et l'amour de Clémence se changerait alors en mépris.

Elle se souviendrait seulement de lui comme d'un misérable qui avait tenté de la tromper; elle le maudirait, elle le haïrait !

Sa tcte était brûlante ; son œil, fixe et hagard, exprimait un véritable désespoir.

\.\" LE TOVl 01 tiM<>>

— Alioii". NÎr. mile! (lit au bout ilc (juc*!ques inslaiiU l'aval, en Tnisaiit le geste de s*essuyer les yeux ; il est écrit que vous ctunplcter< lion, k cinquunle-huit ans

800066 que je |>o»aède en propre.

« Toula rheure je viens d'apprendre comment se fait une restitution, et, sur ma |mirôle! je o*ai nuUe envie de recommencer.

« Maintenant, me Toilà qui ai pitié de TOUS, moi qui, du plus loin que je me souvienne, n'ai jamais plaint âme qui vive...

M II faut que vous soyez porteur d'un talisman, vicomte.

Il s'avança vers la table de nuit et reprit Tobligation qu'il mit dans son portefeuille.

Telle était la détresse d^Edmond, que ce geste lui causa de la joie ; il se sentit un aide et regagna quelque courage.

— Cette obligation redevient mon bien, continua Pascal en forme d*apologie, puisque je recommence à vous servir; iJ sera toujours temps de vous la rendre si j*échoue de nouveau...

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a Et maintenant , vicomte , aimez - vous bien la fille du docteur Thomas ?

— Si je l'aime î s'écria Edmond.

— Si je l'aime ! répéta Pascal en le contrefaisant.

« Vrai Dieu î voilà un mot et un geste qui eussent fait honneur à feu M. Baron, de la Comédie-Française. . .

•t Eh bien, puisque vous l'aimez tant, car vous l'aimez bien... Tudieuî... si je Vatme f Ce mot-là ne me sortira pas de la tête. Mais n'importe. Puisque vous l'aimez tant, disais-je, vous ne reculerez devant aucun péril pour l'obtenir?

— Devant aucun péril , répondit Edmond d'une voix ferme ; mais...

— Mais quoi?

— M. Pascal, il ne faut point vous offenser de ma franchise. Vos procédés m*ont donné le droit de douter de votre...

— Allez toujours î

— De votre délicatesse.

148 Li TOUR ■« Mkion.

— N*en doutez plus : je n*en ai pas.

— Et je dois eraindrff continua EdmoiuK que TOUS ne me pro(H>siez...

— Si je l'aime ! disiex-vous , interrompit Pascal. Et comme vous disiez cela ! Dites-le encore : Si je I'...!

-^M. PtMall...

— Bien, bien ! ne vous flchei pas. Mais c'est que, ▼oyez-vous, vous dbiez cela d'une façon !... PTen parlons plus.

» Et vous voi|}\ qui reculez presque avant d'avoir entendu seulement ce dont il s'agit !

— Je vous écoute.

— Ce ne sem pas long. Il s*agit tout bonnement d'un enlèvement.

— Y songez-vous! s'ëcni fcdmoiid.

— Oui , vicomte , j*y songe depuis une demi-heure, et, sans cela, je ne vous y ferais point songer.

Edmond était tombé dans une silencieuse rêverie.

— Un enlèvement, reprit Pascal.

LlIfUVEHBNT. 149

«t Si VOUS ne veniez pas tout droit de Montpellier, vicomte , je vous regarderais comme bien peu avancé pour votre âge.

u Que diable ! ne dirait-on pas qu'il s'agit d'une mauvaise action ?

. Eh ! mais , jeune homme, l'enlèvement est une chose fort simple; rÉcriture ne le blâme point et l'histoire romaine l'exalte. D'ailleurs, il est passé dans nos mœurs.

u Un mariage qui se fait tout simplement et sans violence est tout au plus bon pour les petits bourgeois et les gens de province. Vous autres messieurs de la cour (Pascal prononça ces mots avec une impitoyable ironie), vous ne devez point avoir de ces sots et gênants scrupules qui arrêtent les gens de bas lieu...

u Mais vous ne m'écoutez plus !

— Si fait.

— Alors pourquoi doutez-vous encore?

Un homme qui recule devant un enlèvement, je vous le dis tout net , est indigne de porter

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riiabit brode et 1 epée, et Totre hësitatiou est (Ju dernier mauvais goût.

— Je n'hésite plus ; j enlèverai Clémence.

II faut que nos leeteurs fassent a Edmond riionneur de croire que les arguments de Pascal nVurcnt aucune influence sur sa détermination.

Pendant qu€ Pateal pariait, il avait réfléchi , cherchant une issue i Timpaste où son étourderie lavait engagé.

II n*en découvrit, bien entendu , niiriuie, et, se trouvant dans cette position où Ton doit choisir entre une retraite honteuse qui ruinera toute espérance, et la réussite amenée par des moyens eoupables, il n eut point la force de s'arrêter au parti Ir ••'"'- ••'"-'' '" ''"^ le plus loyal.

Nous ne prétendons point le défendre; mais les enlèvements, à tout prendre, ressemblent beaucoup aux révolutions politiques : le monde ne songe guère k blâmer ceux dont la hardiesse est couronnée de succès, quitte

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à se rattraper en accablant ceux qui échouent.

— J'enlèverai Clémence, répéta Edmond, si elle veut y consentir.

— Elle y consentira, M. le vicomte, dit Pascal , à qui cette détermination parut faire un sensible plaisir; n'avez -vous pas pour garant ces paroles qu'elle prononçait hier? Je ne puis penser , sans éprouver un bien-être subit, à cette scène gracieuse et pastorale dont j'ai été témoin par hasard...

«Ne froncez pas le sourcil, vicomte...

vous formiez tous les deux un groupe délicieux !... Mais ce sujet paraît décidément vous déplaire.

•: J'ai fîni.

— Il faut maintenant , reprit Edmond , que nous parlions de choses plus sérieuses.

« Je vais m'ouvrir à vous sans réserve, M. Pascal.

' En arrivant ici, j'étais possesseur d'une assez médiocre somme; vous c\ \(ific .tgent , vous m'en avez pris la moitié. .

— Pcnntlt. I uni Pascal; eotcDtlcz-v^.

— Précisément.

— Vous lui avei donc donné de rai;^< ni '

— Cinquante louis.

— Cinquante louis! rép-t ' tu imiidissani sur soo siège; dix; loui»! le scélérat I

« Mais e*esl un vol abominable ! Mais je le paye, moi aussi, vicomte, et il a ordre de ne rien recevoir des pratiques. . .

•i Cinquante louis ! Il ruinera mon industrie, le misérable!... Et moi qui lui ai donné, par-dessus le marché, un écu de six livres !

Edmond ne put retenir un sourire de mi^pris à la vue de cette grotesque colère.

Pascal s'arrêta tout li coup.

— On a bien de la peine, dit-il en soupirant, à trouver des gens fidèles! Mais cela ne vous regarde pas , vicomte. Vous disiez ?

— Je disais que les trois mille livres qui me restaient touchent à leur fin, et que je

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suis incapable de faire face aux dépenses que va nécessiter cet enlèvement.

— N'est-ce (jue cela? s'écria Pascal; je suis là.

— Vous me prêterez de l'argent ?

— Tant que vous voudrez !

— M. Pascal, ce trait vous honore et...

— Attendez donc, interrompit celui-ci ; je repousse formellement le compliment. L'argent que je vous prêterai vous coûtera cher, vicomte.

— Peu m^importe. Fixez les intérêts.

Pascal se prit à réfléchir.

— Voici un jeune étourneau, se dit-il, qui me doit déjà mille louis ; c'est un crédit raisonnable, et d'ailleurs, je ne fais jamais d'avances sans nécessité... Vicomte, ajouta-t-il tout haut, je vous prêterais bien au denier cinq pour deux semaines, comme c'est ma coutume avec mes amis, mais je ne veux pas vous tondre de trop près. Reposez-vous sur moi du soin de toutes les dépenses.

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Nous cuinptrrons après le succès... Et du diable si le compte sera long ! ponnuivit-il à part lui , car ma caisse ne s'appauvrira guère des avances que je ferai en cette occasioD.

— Comme il vous plaira , n^pondit Kdmond ; une chaise au détour de In ritr. . .

— Soyes tranquille.

— Deux laquais bien armés, de Tor dans les poches de la voiture.

— Sans doute ; me prenei-vous pour un novice ?

-- Et encore...

— Au diable vos rceommandntioi vous dis que tout y sem .

« Allons, vicomte, au n\«»ir. \(»ii> ;ivez toute la journée pour déterminer votre Mie. Ce soir, à huit heures, une voiture sera prête au lieu que vous avez désigné. Je vous quitte pour ra'occuper des préparatifs...

•' J'y songe : prenez rendez-vous avec Clémence dans ce berceau... vous savez, ce

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