UL TOUR M BATON
sera-t-il poiui permis de vous embrasser? Lenoir ouvrit ses bru, et pressa lliériUfr de sa jambe cootre soo eœur.
— Mon eofaul, soupira-t-il, je suis content de toi; tu es un joli cavalier; mais qui, diable, t*a poussé dans celle maodile maison ?
— L'amour, mon cher père.
— Ah ! rameur ! interrompit Lenoir qui sentit un élancement dans son orteil ; il perdit Troie , mon ami , et je voudrais être encore Il faire sa connaissance.
— Elle est si belle ! murmura Edmond.
— Le fait est qu'elle est jolie conune un cœur! dit Lenoir, dont le gros œil retrouva un éclair; elle ressemble à une jeune duchesse, la duchesse de... Mais le num de cette duchesse importe peu. Je n'aurais jamais cru que ce misérable Thomas pût avoir une aussi charmante fille... Allons, c'est une folie excusable, mon ami, et nous tâcherons de te trouver une femme qui...
— Ah! mon père...
IHBBOGMO. 191
— Nous parleroDS de cela plus tard. Quant à présent, il faut songer un peu à notre situation. Sais-tu qu'elle n*est pas des plus agréables !
— Quelques heures h passer dans cette chambre, peut-être; notre cachot n'est pas trop hideux.
— Il n'est que trop beau ! interrompit Lenoir avec colère. Quels meubles ! quelles tapisseries ! Où diable ce Thomas a-t-il pris tout cela? Moi, qui te parle, je l'ai connu plus gueux qu'un mendiant.
— C'est un grand praticien, dit Edmond.
— Un grand quoi?... un charlatan , mon ami ; un bélître, un oison, un âne !
Edmond comprit qu'il ne fallait point discuter sur ce sujet avec son père. Il garda le silence.
— Mais tout âne qu'il soit, reprit Lenoir avec un soupir, car c'est un âne, mon ami, un âne bâté, je compte le lui dire en face h la prochaine occasion , il nous tient. J'ai fait
bonne rontenoixc loui ;i i (iciin'; maiï. il n'en est pag moins vrai (|ue ton étounierie lui a donne de eruels avantages... Aller prendre un faux nom, nu faux litre!... Rougiriezvous du nom de votn* père, monsieur?
— Pou vex- vous le )>eiiser î s'écria Edmond.
- lié ! hé ! Il Ion Âge, j'aurais donné bien des choses pour pouvoir mettre un talon rouge i mon soulier... Quoi qu'il en soit, ret homme va nous intenter une notion eriminellc; il en a le dnût et, snns nul doute, la volonté... N*y aurait-il {mis moyen de fuir? Notre présence Ici constitue une sorte de flagrant délit.
— Je ne vois pas d*issne, répondit Edmond. Si seulement je pouvais parler à Cléincnrc, elle ne nous refuserait point son aide.
— Crois-tu?
— J'en suis certain.
— C'est mon vivant portrait î murmura Lenoir. A son âge , comme je tyrannisais le cœur des femmes !... Mon ami, reprit-il tout
haut, ton expédient serait excellent , s'il n'était pas impraticable : comment joindre la jeune fille?
Avant qu'Edmond pût répondre, une clef tourna dans la serrure avec précaution , la porte s'ouvrit, et Clémence parut sur le seuil. Edmond se précipita vers elle, en poussant un cri de joie.
— Dieu soit loué ! dit-il ; voici notre ange
sauveur
— Chut ! fit Clémence, en mettant un doigt sur sa bouche. Ce que je fais là est mal peutêtre; mais je n*ai pu me résoudre h vous laisser ainsi prisonniers.
— Mademoiselle, dit Lenoir en sMnclinant galamment, je prends sur moi de vous affirmer que jamais action ne fut plus méritoire.
— Suivez-moi, messieurs, reprit Clémence, et surtout, pas de bruit !
— Tu Tas dit, mon ami, murmura Lenoir à Toreille de son fils, c'est un ange !... A quoi
I r« r\ir>iT<. '2 17
le ciel songe-t-il quand il donne de teb enfanUlk de tels pères?
Clémence entendit, ri ndressa au docteur un regard plein de in<^lnnroliqur reprm'he.
Il ne put soutenir ce regard, et eut recours i sa tabatière pour cacher son embarras.
Sans saroir ee qu*il faisait, |>cutH^tre aussi en manière d*excuse indirecte, il se borna à répéter en sMnclinant de nouveau :
— Cest un ange !
— Et vous me la refusez pour femme ! dit Edmond.
— Mon ami, tu abuses de ma position.
Ceci est une autre affaire, et d'ailleurs Thomas n*y consentirait jamais.
— Peut>ëtre ! dit Clémence à voii basse et comme malgré elle.
— Oh ! oh ! pensa le docteur, notre ange compte la franchise au nombre de ses vertus.
11 remonta sa cravate et tint bouche close.
Clémence se mit h marcher devant les
prisonniers, cl ils commencèrent ainsi à par-
INBBOGLIU. 195
courir les longs corridors qui conduisaient à la porte extérieure.
La jeune fille avait pris ses mesures.
Quand elle avait vu les deux captifs renl'erraés dans la chambre qui devait leur servir de prison, elle avait couru au cabinet de son père, afin de s'emparer de la clef qui servait autrefois au docteur Thomas, lorsqu'il faisait des visites à une heure avancée et qu'il rentrait dans la nuit.
Avec cette clef, elle comptait rendre la liberté aux Lenoir.
Edmond, coupable envers Thomas, ne l'était point vis-à-vis de Clémence autant que le lecteur peut le penser, ceci par notre faute.
Avant de l'engager à fuir le toit paternel, il lui avait avoué sa ruse , et son vrai nom n'était plus, depuis le matin, un mystère pour sa maîtresse.
Eût-il d'ailleurs été aussi coupable qu'un homme peut l'être envers une femme, Clémence l'aimait, et il est à croire que, même
^nf, I r TOI p. "• "»?"*
m ( !• r.iN. rllf .ilir.lll i-iM-oi • • , ;. ^, >
Nos deux fugitifs et leur guide ti rent, d*abord sans encombre, la galerie prinripale qui desservait toute la maison.
Ils longèrent ensuite un corridor latéral, et se trouvèrent hicnti^t dnns une grande pièce qui précédait le snlon d'attente.
Ik Drivaient fait jusqu'alors aucune fâcheuse rencontre, et un sourin* de triomphe commençait à se jouer dans les rides de la bouche du vieux Lenoir. Ils n^étaient plus séparés de la porte extérieure que par le salon d*attente, ordinairement désert, et un vestibule où un vieux concierge faisait un semblant de garde.
Mais, au moment où Clémence mettait la main sur le loquet du salon, Edmond lui saisit vivement le bras.
On entendait de l'autre côte de la cloison deux voix, dont l'une était celle de Thomas.
IXBROGLIO. 197
Lenoir, son fils et Clémence s'interrogèrent mutuellement d'un regard inquiet.
Edmond, se sentant près d'une issue, eut un instant l'idée de dégainer et de s'ouvrir un passage de vive force.
La présence de Clémence le retint.
11 éteignit la lumière qu'il portait à la main, et tous trois attendirent.
Les deux voix, confuses d'abord, s'élevaient graduellement et devenaient peu à peu plus distinctes.
Edmond et Clémence purent reconnaître que rinterlocuteur de Tliomns était Pascal.
— Il faudra pourtant, pensa tout haut Edmond, que je frotte les épaules de ce maraud comme il le mérite.
— Je t'y aiderai, mon ami! dit vivement Lenoir. C'est lui qui m'a attiré dans ce guetapens. En outre, il m'a fait signer... Mais je plaiderai.
— Moi aussi, reprit Edmond, il m'a fait signer...
— Toiy (U C9 iiiiiinir, iiili'i riiiii|Mt i.riMiii ,
nous pUideroiis.
Un long et bruyant éclat de rire de Paseal vint nicllrt* fin à cet entretien.
Le père et le fils éeoutèrrnt.
Clëmeoee ëeoutait ééjk depuis longtemps.
La pauvre enfant, la poitrine haletante, et pouvant à peine respirer, avait collé son oreille k la serrure :
— Éloignei-vous ! hu nom «le Dmmi, rlmgnes-vous! dit-elle i >oix laisse.
Mais Lenoir, curieux comme tous les vieillards, n*avait garde d*oliéir ; Edmond luimême prêta roreill'
Les voix pen;aii I.; m. m ., ni In «•IoI'^oîj, distinctes et intriiigililrs.
— Eb î que ne parliez- vous plus clairement, patron ? Que diable ! je ne suis pas force de deviner «{uand vous me posez des énigmes! Expliquons-nous catégoriquement, s'il vous plait. Vous voulez que j'assommr...
Lenoir fit un saut en arrière.
— Silence! interrompit Thomas; il m'a semblé avoir entendu un bruit.
— Chaque fois qu'il est question de gourdin, vous entendez toujours comme cela des bruits, patron, reprit Pascal. Tranquillisezvous, ce n'est que votre conscience qui place son mot dans la conversation... Nous disions donc que, pour ce soir, nous allons reprendre notre ancienne méthode, et nous procurer un sujet à coups de bâton ? Cela me va !
— Vous êtes sans pitié ! répliqua le docleur. Croyez que si je me détermine h cet acte coupable, c'est que...
— C'est que vous y voyez votre intérêt ; je le crois.
— Non ; vous ne me comprenez pas. Il y a neuf ans. Dieu merci ! que j'ai mis fin à ces manœuvres infâmes, dont le souvenir est pour ma vieillesse comme un ver rongeur...
— Mon Dieu!... mon Dieu!... prononça péniblement Clémence, qui porta la main à son front et tomba à la renverse sur le par-
900 Lt Tom ui
quel. Edmond so pm-ipita ) '
La pauvre fille venait de nu.^uiti li tm . iiu|i d*œil la honte de son père ; elle avait tout entendu et tout eomprÎH.
Lenoir, lui, qui |mis entendu le
conuDcnoaneiit de 1 i-iiirriRii, devinait |>our- Uol vaguement ce dont il s'agissait.
Son cœur sautait de Joie, tant il entrevoyait de plaisir dans la facile et cruelle vengeance que lui ofTrait le hasard.
Il prit la place de Clëmenrr ri uni » mmi luur ror(*ille à la serrure.
C*ëtait Pascal qui |>arlait.
- I>e sorte que, disait-il, si je ne fais |H)int erreur, afin dV'louffcr ce ««ouvenir qui est un \cr rongeur |>our voln* vriiinn^i. vieillesse, vous allez reeonimenr^M
— JesuishabitiK
mais d où vient que vou» uie «iiÀauadez aujourd'hui d*une chose è laquellr vojis riir poussiez si chaudement autrefois .^
— Moi ? je ne vous dissuade point, patron. . .
IMBRUGI.IU. 201
Peste ! je vous y engagerais plutôt. Seulement , je m^amuse , et me demande d'où vous vient cette subite fantaisie?... Il y a si longtemps que nous n'avons assommé personne, dans l'intérêt combiné de notre caisse et de l'humanité !
Lenoir se dressa de toute sa hauteur, et joignit les mains.
Tout son visage exprimait la plus complète stupéfaction, sans mélange de blâme ou de mépris.
— Comment î murmura-t-il, c'est comme cela qu'il débitait son vulnéraire!... Le maraud a toujours eu de l'esprit!... C'est une idée !
Il sourit et appuya sa main contre son menton , ce qui était son attitude favorite, lorsque, par hasard, il réfléchissait.
— C'est une idée ! rcpéta-t-il ; on pourrait peut-être en faire son profit... Quant à Thomas, son affaire est claire. Je veux mourir si je ne le fais pas pendre î
90i U TOCR «r BATON.
Pascal reprenait m ce moment la |)arole : — Eh bien, patron, diaait-il, je ne dis pas non. Cela petit Varraofer pour ce soir. J*ai justement posé Grouîn, un de nos anciens employés, au cabaret de la rue du Vieui- Colombier... TaTais idée qu*il y aurait quelque cboae... Je vais aller lui taillrr sn bc-
— Un mot encore ! repartit Thomas ; vous savei quel motif me pousae i œ dernier méfait?
— Je crois que je devine, patron : vou» voulez rendre Totre ami Lenoir témoin de votre savoir faire. Ces! louable... Entre nous soit dit, patron, je me suis moqué de vous un tant soit peu ce soir; mais je me suis moqué davantage de ce vieux podagre de Lenoir, le tout pour avoir votre absolution.
— Le drôle ! pensa Lenoir.
— Puisque vous savez cela, reprit Thomas en hésitant, ce qui me reste à dire ne
IXBROtiLIO. 905
VOUS surprendra pas. Il me fniit co ^oir nii vieillard.
— C'est juste ! s'écria Pascal en riant. De cette façon, Lenoir sera contraint de jeter son mémoire au feu ; mais, patron, les vieillards ont les os fragiles, et je ne repondrais pas...
— Le sort en est jeté, interrompit Thomas d'une voix ferme, bien qu'étouffée par l'émotion ; il me faut un vieillard.
— Soit ! patron, nous vous fournirons un vieillard .
A ce moment Clémence, reprenant ses sens, poussa un profond soupir.
— Allez et hàtez-vous, reprit encore Thomas. Pendant cela, je vais me rendre à l'hôtel de M. le lieutenant de police, pour déposer ma plainte contre Lenoir et requérir mainforte.
— Que dit-il ? s'écria Clémence d'une voix faible, tandis qu'elle faisait un effort désespéré pour rappeler ses souvenirs. Qu'il ne
M4 iK Tom KO Ukion.
sorte pas : ArrtHei-lc ! Mon père... aoo père f Elle sVlail élancée vers la porte, mni*« Lcnoir la retint.
— Qu'allei*vou!i faire ! dit^il, trop absorbé dans sa joie pour avoir égard k la détresse de Cléneiiee. Ne Toycs-vous pas qu^il va ebereher les sergents el ollieiers qui vont, avant une heure, s*assurer de sa personne? De par le diable ! le cher confrère se charge de filer lui-même la corde qui le pendra!
Clémence poossa un cri déchirant et tomba de nouveau privée de sentiment.
— Vous raves tuée, monsieur , dit F<i mond.
Lenoir s*avanra froitlcmcnt et lui ihia le
|)0Ul8.
— Une misère, mon ami, répondit-il en haussant les épaules. Porte-la dans son appartement et débouche un flacon HVibf r.
Edmond s empressa d*obéir.
Le docteur, resté seul, se mil h parcourir
IMBROtiLIO. '305
la chambre à ^ands pas, en proie à une fiévreuse impatience.
Au bout d'une demi-heure, il se fit un grand bruit à la porte de la rue.
Puis, les domestiques de ^Thomas ayant ouvert, Lenoir vit entrer un brancard où gisait un vieillard sans mouvement.
Il se hâta d'approcher une lumière de son visage pour voir s'il respirait encore ; mais le flambeau s'échappa de sa main, et il recula, frappé de stupeur.
iy
LVxccssif étonnenifiit de Leiioir était justifié du reste par ce qu'il venait d'apercevoir.
Le lui eùt-on donné en mille , il n'aurait jamais deviné, avant d'avoir vu, quel était riiomine gisant à demi mort sur le brancard.
Pasc^d était sorti le premier, une demi-
beure auparavant , afin d'aller chercher son
ancien employé, Grouïn, et tous deux s'étaient
mis en embuscade à l'endroit le plus obscur
s 10 II TOOt •« ftàTOH.
de la ruelle où était située la maison du docteur Thomas.
Ce dernier était encore occupé, en ce dkh menC, à endosaer son costume de ville, pour se rendre rhet M. le lieutenant de police.
Grouîn et Pascal attendaient depuis quelques minutes seulement, lors4|u*ils vinMit un petit vieillard s'avancer vers eux.
— AU«otkMi ! murmura Pascal.
La lune, nuisquée par les hautes maisons, n'envoyait au fond de la ruelle qu'une sombre et douteuse réverbémtioii.
Le vieillard approchai i
Grouîn leva son béton
— Il me semble recoiiuititir «cttr tournure, dit^il au moment de frapper.
— Va toujours ! prononça Pascal à voix Inissc.
Le gourdin décrivit dans Pair un rapide demi-cercle , et retomba lourdement sur IVpaule du vieillard, qui poussi un HuMp 'tI et fut renverse du coup.
— Le pauvre diable en a assez î dit Grouïn. Pascal haussa les épaules et arracha le
bâton des mains de son acolyte.
Puis il frappa trois ou quatre coups à tour de bras.
Le vieillard ne bougeait point.
— Maître! s'écria Grouïn qui se sentait involontairement frémir, vous frappez sur un cadavre !
Pascal jeta le gourdin, et mit la main sur le cœur du vieillard.
— Le vieux drôle a la vie dure, grommelal-il... En route!
Ils chargèrent leur victime sur un brancard apporte tout exprès, et se firent ouvrir la porte du docteur Thomas.
La première personne qu'ils rencontrèrent fut Lenoir, lequel, comme nous l'avons vu, approcha sa lumière du visage du blessé.
La cause de la stupeur qui le prit était relle-ci : il avait reconnu dans la victime le docteur Thomas lui-même.
ll«Mrd nialliriin ii\, • ' trahison de
Pascal, qui r>i^mil hi< r «Ir <on pa-
tron, le d«> td0
qu'il avait dressée à autrui.
Or , Pascal n'avait |>oint mesuré sca eoupa à la faillie eonalitutioo de aoo maître.
TbomM éUit blcMé BoHdleawDi donaait yragut plus signe 4le vie.
Leooir sVmprcsaa de lui prodiguer des seeenrt, «ais il dut voir dés Tabord que se« soins demeuraient inutiles.
11 était trop Uni.
— On ne peut nier, niurmumit-il, que mon ancien camarade ait quelque peu mérité son sort ; mais c'est égal I cela me fait plus d'ciïol que je ne TaorBia cru. Pauvre vieui Thomas ! il y avait dnquante ans, cinquante et un ans, vienne la Saint-Gilles, qae je le connaissais... Quant à cet infâme drôle qui est cause de tout oed, le moins que je puisse foire pour mon ami Thomas, c'est de le livrer à la potence.
PÉKII'ETIB. S 13
Il jeta sur Pascal un regard menaçant.
Pascal soutint bravement ce regard, et y répondit par un signe de tête familier.
Le docteur lui tourna le dos avec indignation.
n y avait au fond de sa nature inerte, apathique et égoïste quelques bons sentiments que cette catastrophe imprévue avait brusquement réveillés.
Nous ne voulons point affirmer que si, contre notre attente, le docteur Thomas eût recouvré soudain force et santé, la vieille haine de Lenoir n'eût point repris naturellement son cours; mais, dans l'état (comme disent les gens de robe nés avant la révolution), il n'avait réellement au cœur d'autre sentiment qu'une compassion sincère et un désir assez positif de rémunérer Pascal suivant ses œuvres.
Le lecteur aura d'autant moins de peine à admettre cette dernière proposition, que, en mettant Pascal sous la main de la justice. Le-
914 Li Tov» tu UkJùn.
noir aiinuliil de dit le» deux tilret toufcriU |uir lui et 900 fils au profit de cel honme.
Pascal avait probableiDent deviné ce qui te \mssaii dans Tesprit de Lemiii
Il s*approelui de lui et p«a»a mmi hras sou*. le sien.
Eh bieo! mou boa momtoiir, dît-il, \oilà un maibenreiii éfëoeaeot '
- Vous appekt eela «in malheureux cvénemcnt , monticar ! répondit aècheeient Lenoir, eu ebcrehant i se dégager.
— MaUwweux pour les uns, heureux fwur lt*s autres... Vous, par exemple, doeteur, cela vous tire d'un grand embarras.
Le docteur jeta uo regard inquiet sur les domestiques et penâoonatrcs qui s'étaient rassemblés peu i peu et eommeaçiieiit à écouter curieusement cette conversation.
— Que prétendez-vous dire, monsieur?
8*écria-t-il avec hauteur, et depuis quand l'assassin vientril converser tranquillement auprès du cadavre de sa victime?
PÉRIPÉTIE. !â|5
— Je VOUS le demande à vous-même, docteur Lenoir, répondit froidement Pascal en le couvrant d'un regard fixe; vous étiez Tennemi de notre pauvre maître. Vous et votre fils, vous vous êtes introduits traîtreusement dans sa demeure. Il voulait se venger, et il est mort!... Qui pensez-vous qu'on accuse de ce meurtre, monsieur?
Il se fit un murmure significatif dans rassemblée.
— Voilà un audacieux coquin ! s'écria Lenoir. Mais, misérable, tu ne sais donc pas que j*étais derrière cette porte, il y a une heure, et que j'ai tout entendu !
— Retenez bien ceci, messieurs, afin d'en témoigner devant qui de droit : M. Lenoir était derrière cette porte, au moment où mon malheureux maître... mon respectable ami, pourrais-je dire... m'annonçait son intention d'aller sur-le-champ porter sa plainte à M. le lieutenant de police. Il a tout entendu !... et vous savez trop ce qui en est résulté !
?Tf. Ll lotit p>
I ' !i II voulut ptrier; >.i ^tait
II cbcrrhait :ul, pour requérir ton aide; mais Edmoml, ocrupé i secourir Clënwnee, ëUtt dans la partie la plus éloignée de It maiioiiy et igDorail oonpiélement, aisii que la jeune fille. Tes événements qui venaient d*avoir lieu
— icsl témoin, iii»-i(-ir>. n'prii
Pascal ca paraissant Taire un cfîui t hiir luimême, qoe mon intention était d'épnrgner ce vieillard (il montrait Lcnoir): mnH il nr Ta pas voulu : lui-même s'est tenant trop de parole^ grares, ont été proooi '*u>
puissions songer h nn .. .. i^. <•»
vertu du droit qo'a tout honnête cit faire main basse sur un criminel .
des agents de la justice, j'arrête cet hoiunie.
Au moment 'on il portait la main sur \v. docteur Lenoir, la porte s ouvrit et Edmond entra.
PERIPETIE. 217
Le jeune homme, ignorant ce qui s'était passé, ne put comprendre le danger qui menaçait son père , mais ce qu'il vit suffit pour rallumer son indignation; il s'élança, repoussa si rudement Pascal, que celui-ci alla tomber au milieu des spectateurs étonnes, et, tirant l'épce il se posa résolument devant Lenoir.
Un grand tumulte suivit cet acte, Pascal s'était relevé, et faisant signe à Grouïn qui s'était mêlé aux domestiques, il allait se précipiter sur Edmond, lorsqu'un cri unanime s'élera.
— Silence! disait-on, il remue... il va parler î
Thomas, en effet, avait fait un mouvement.
Durant toute la scène qui précède, il avait été dans cet état si commun chez les agonisants, où l'on entend et voit tout, sans pouvoir agir davantage que si Ton avait déjà rendu le dernier soupir.
Cet état ne peut se comparer qu'à cette 2 19
sttuatioo, noo moins incxpucabie, le oiudieroar, où chaque nienbre tmble m^ituAné par de mptéricux et invincibles liens, ei où le potîent, gardant la eonsckace de sa force, se Toit réduit à Tinertie, en présence d*nn danger terriblct bien qn^imaginaire.
L^andace de Pascal avait fortement excité la colère du docteur Thomas.
Longtemps il avait lutté en vain contre cette léthargie qui lui infligeait, par anticipation, l'Immobilité de la mort ; mais cnQn, un dernier effort rompit le charme : il panrint à se lever sur son séant.
— Ècoutex, dit-il d*une roix faible et entrecoupée; cet homme ment... le docteur Lenoir, mon amî et rnnfr^re. e^t innocent de ma mort.
— De sa mort! i i imond au comble de la surprise ; pauvn* • •' !
— Confrère, je vous i . m. • . ic, dit Lenoir, dont une larme mouilla la paupière ; voilà qui rachète bien des années de haine, et je
voudrais que tout ce que je possède au inonde pût suflire pour vous sauver.
— Silence ! dit encore la foule.» laissez-le parler.
— Quant à cet homme lui-même... prononça lentement Thomas en tournant vers Pascal un regard de haine profonde.
Il s'arrêta.
Pascal s'avança et s'agenouilla hypocritement près du brancard.
— Mon cher ' mon excellent patron ! dit-il tout haut. Puis, tout bas, il ajouta : Mourez comme il convient à un homme , sans rien avouer, sans accuser personne, ou, par le diable ! je me vengerai sur votre enfant.
— Ma Glle ! murmura Thomas avec angoisse.
La lutte fut poignante, mais courte; il sacrifia sa vengeance à son amour de père.
— Retirez-vous, dit-il à l'assemblée. M. Lenoir s*est trompé comme Pascal ; tous deux sont égaU*ment innocents de ma mort.
— A d'auiiT» : s rcna i^iiuir. Noi je •©«- UeDS...
Un §flit« toppliiol de TliMiiat rint^rroni-
|Mt.
I.i l-tili . ( iiriniM*. rt «rnlant qu'il allait te (wàMii'r U, MOI» ilouU}, quelque chose d'eitraordinaire , s*éeûula kolemeut ei à refpret.
Le monrtol rciU letil avec Patetl el kt deux Leooir.
— Vous Mvez lout, dil-il , en -^ Hlir>v;mi à eet demiert. A tous, je ne pui^ imh .in* . iiiion que ma mort est jofUee.. . M >;- t<>i. malheureux, toi, Paical, mon roiiipiio ri mon intligitcor, était-ce k toi de lI^:l^^•M lier?
— Je saTtis que c'était lai! murmura Lenoir.
Edmond s'éloigna de Pascal avec horreur.
— Patron, répondit ce dernier sans sourciller, nous sommes tous mortels. Un peu plus tôt, un peu plus tard ; c'est la loi de la nature, comme dit je ne sais plus quel bou-
PtRIPETlB. 3â1
quin... D*ailleurs, il était temps de partager, et voilà comme je comprends les partages entre associés de notre espèce... Je suis franc, comme vous voyez ; je pourrais tout aussi bien vous dire : « Je me suis trompé, je vous ai pris pour un autre, » et semblables fadaises que vous seriez obligé de prendre pour argent comptant; mais nous sommes seuls ici, à quoi bon feindre?
— L'odieux misérable ! s'écria involontairement Edmond.
— Vicomte de Landal, si vous me faites rhonneur de parler de moi , vous n'avez pas tort. Je suis ce que les sots appellent un misérable ; mais j'ai de l'argent ( ses yeux s'animèrent), tant d'argent, vicomte, que j'aurais de quoi acheter l'estime de sept cent mille habitants de Paris, si j'étais assez simple pour leoir le moins du monde a cette bagatelle.
— Alors pourquoi l'avoir assassiné? demanda Lenoir.
— S'il faut dire la vérité, répondit Pascal,
999 Lt TOVI M BATOn.
je ne complais ptt brusquer ainsi ravrnluir. Ccsl le patron lai*Biènw qoi ni*a toulBé oeUe bonne idée. Il m'a demandr un vieOlard.
~ Asseï, asseï! iatcrroi^iit Thomas. Par §réce, ëpargno-moif
— Je ne demande pas mieux... Pour finir, Yoid ee que je mesuis dit : J'ai m |M)clir une obligstion de vingt-quatre mille livres, souscrite par M. le vicomte de Landal, né Lenob; j'en ai une autre bien plus considérable signée par M. son père. En abandonnant e« deux titres 1 rhëritière du patron^et en f;raissant comme il faut la patte des bassets de Tbémis, je pourrai bien être reconnu comme seul et unique puiaciaeiur de ee qui reste su docteur Jhomas...
— Maurais raisonnement, monsieur, dit Lenoir , qui se sentit venir la sueur fniide ; mon fils est mineur, nous plaiderons.
— A cela ne tienne! vous élcs majeur, vous, respectable monsieur, et puisque vous avez fait une folie, vous la payerez.
— Je nie ruinerai avant d'y consentir !
— Paix , messieurs ! interrompit le mourant. Mes minutes sont comptées. Que j'emploie au moins le peu d'instants qui me restent à assurer l'avenir de mon enfant.
— Confrère! voulut répliquer Lenoir, permettez .
Mais son fils lui serra fortement le bras, et il se tut de mauvaise grâce.
Thomas fut quelques secondes avant de reprendre la parole.
Il semblait qu'il désirât vivement et craignit tout à la fois de provoquer une réponse à la question qui se pressait sur ses lèvres.
— Monsieur mon confrère, dit- il enfin avec effort et d'un ton grave, je fais appel à votre franchise. Ma fille... ma pauvre Clémence! sait-elle... ce que vous savez?
Lenoir ouvrait la bouche pour dire oui, lorsque Edmond, voulant au moins épargner au moribond cette suprême angoisse, répondit sans hésiter :
S34 tl TOSI 90 ■AT04.
ignore tout, monsieur.
— EHe ignore tout! *écrtM ThoroM arec un subit cnthoniiiiroe qui ramena le sang h SI jooe cadaiëwoie; cPe no sait pat...! Ob! bëni, bëtti toil le eid ! elle ne mendiri point la mémoire de ton père!
Pub, perlant a?ee nne sorte de volubilité:
— Èeoutet! bâtont-noot! ajouU-t
%cfis que ee sont Ui mes dernières parole». Cette joie, que je remercie Dieu de ra*aToir aecordée, m*a brisé... Pascal, tous rnavet toé; je TOUS pardonne... Ne souriei pat! Toot Toot ioaviendrei de mon pardon à l*beure de votre mort... qui est proche... Ce que vous vouliez , c'est toute ma fortune ; je vous la donne, je vous la donne de grand cœur! Il ne faut pas que la main de ma Clëmence soit souillée par cet or mal acquis.
— Néanmoins, confrère, je vous ferai observer... commençait Lenoir.
— Laissez î... Pascal, donnez ce qu'il faut
FiRIPtTIE. 555
pour écrire. i*ai encore la force de tracer mon nom au bas d'une page blanche. Vous écrirez au-dessus ce que vous voudrez.
Pascal se hâta d'obéir.
Lenoir trépignait de dépit, et grommelait entre ses dents qu'un acte souscrit in extremiSf dans le délire de la fièvre, est nul, de toute nullité !
Avant de signer , Thomas reprit en s'adressantà Pascal :
— Remettez-moi les titres de ces messieurs... Oh • irhésitez pas, ou ii serait trop tan^.
Pascal obéit encore. Thomas signa.
— Maintenant , dit-il en tendant les deux obligations à Lenoir, reprenez votre bien, confrère. Je meurs pauvre comme j'aurais dû vivre , et ne laisse rien après moi. Mais, au nom de Dieu, exaucez ma prière ! Que ma fille ait un abri sous votre toit , qu'elle soit votre enfant.
— Sur mon salut ! s'écria Edmond en tom-
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t«6 LE Tom n>
bant h genoux, je jure que Clémence sera ma femme.
Merei... mert I iimmiiiuih WiiMiiiiMi une voix inintelligible.
La mort avait attendu eet instant; il expira.
Paseal entra sur-le-ehamp en possession des biens du doeleur Thomas. Nul ne lui contesta ses droits. «-I lui «.rnl riTmillit II' rriiil
de rinfainie.
Lenuir n'avait rien promis. Il donna d*assez bonne grâce Tbospitalité k la pamre (^émeoce, et crut en cela remplir, sinon outrepasser son devoir. Lorsque Clémence, a]»rès un an de larmes, fit quelque trêve à sa douleur, Edmond alla trouver son [lére et rap|>eln le seraient que, lui Edmond, avait fait au lit de mort de Tliomas. Lnioir haussa les épaules.
Heureusement le jeune homme avait un cœur ferme et noble. Il se roidit et parla haut. Lenoir, dont le faible esprit était arrivé au dernier degré de la caducité, ne put ré-
PÉKIPETIt. *?7
sister bien longtemps. Il murmura et se soumit. Edmond épousa Clémence.
Ainsi se trouva, bien malgré lui, réalisée la promesse que Lenoir, alors dans tout l'éclat de ses triomphes, avait faite à Thomas au temps de sa misère :
— Nous marierons nos enfants, avait-il coutume de dire.
Quiconque lui aurait prédit en ce temps les circonstances extraorflinaircs et romanesques qui devaient amener cette réunion, eût passe à ses yeux pour un imposteur ou un fou.
Les premiers temps, il ne fit point trop bonne mine à sa bru, mais il se réconcilia avec ce mariage en voyant grandir un petitfils dont la jambe annonçait devoir être irréprochable.
Quelque dix-huit mois après la mort de Thomas, un soir d'hiver, deux hommes se
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reDContrèrent au coin des rues du Pot-de-Fer et du Vieux-Colombier, k cette mi^nie pince où Pascal a?ail dresse son embuscade, la nuit où il coouDflOfB son cours d'opération en assomaiant deux paisibles bourgeois du quartier Saint-Sulpice. Nos deux hommes s'examinèrent quelques secondes avec précaution; puis, s'aborda nt brusquement, ils jouèrent cette scène que C Auberge de» Adrets a rendue de nos jours populaire, mais qui ne fiouvait point abrs passer pour un plagiat :
— La bourse nu b vie I dirent-ils en même temps.
Puis, s'examinant mieux, ils (Mirtirent à la fois d'un large éclat de rire.
— Grouïn! dit l'un.
— Rondel ! dit lautrc.
— Hélas! oui, mon ami, j ai quitté pour longtemps ma retraite picarde et ses agrestes bonheurs !
Rondel était, nos lecteurs ne l'ont point oublié |»eut-étre, ce bandit, amateur de la
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belle nature, qui avait été, avec Grouïn, l'un des employés de Pascal. Il était couvert de haillons figurant assez mal une veste de laboureur. Son costume ne le cédait en misère qu*à celui de Grouïn lui-même.
M. de Rabastoul avait en effet, depuis quelque temps, subi une fortune tout à fait contraire. Pascal s'était fait un homme paisible et ne l'employait plus. Le malheureux gentilhomme avait vendu chausses, feutre, pourpoint, et jusqu'à sa redoutable rapière. Rondel , de son côté , n'avait guère été plus heureux. De mauvaises récoltes, de nombreuses fredaines l'avaient obligé à s'exiler de son paisible asile, qu'il pleurait à chaudes larmes, en dévalisant les passants par manière de consolation.
-- De sorte que , dit Grouïn , après ces explications mutuelles et préliminaires, tu n'as ni sou ni maille ?
— Non. Et toi?
— Ni moi... Mais je connais un trésor. S 90.
— L'n trésor.
— De quoi acheter la Picardie tout entière.
— Part k deux, n*est-ee pas?
— Volontiers. Mais il s*agit d'un gaillard •oUde, bien qu*il commencée se faire vieux... As-tu ton couteau?
— Je n'ai pas un clou, mon aiw. ... \ u.i é mon arme : un gourdin coupé sur mes propriétés... O mes bouleaux, vous ai-je donc perdus pour toujours!
— Diable! dit Grouïn en >»• ^ratl.int I oreille, notre arsenal n'est \n\s brillant... N'importe, veux-tu tenter l'aventure?
— Que ne ferait-on pas pour conquérir la Picardie? déclama Rondcl.
Et les deux bandits se mirent en marche. Ils enGlèrent une ruelle obscure qui aboutissait & un mur où s'ouvrait une porte basse, la porte qu'avait vainement essayé d'ouvrir Edmond, le soir de la tentative de l'enlèvement.
Grouïn et Rondel ne s'arrêtèrent pas pour
si peu. Us escaladèrent le mur et retombèrent sur l'esplanade.
— 11 me semble que je reconnais la localité, dit Rondel.
— C'est possible, répondit ldconi(jnement Grouïn.
Ils s'enfoncèrent sous la charmille.
— 0 campagne! murmurait Rondel, combien ta verdure est plus belle que celle de ces arbrisseaux rabougris ! Qui me rendra ma Picardie ?
Comme ils sortaient du couvert, la façade intérieure de la maison de Thomas se montra à leurs yeux. Une seule fenêtre était éclairée.
— Le docteur?... demanda Rondel à voix basse.
— 11 est mort, répondit Grouïn.
— Qui donc?
— Pascal, qui m'a fait tuer et ne m'a point payé ; Pascal, qui est plus riche à lui seul que tout le quartier Saint-Sulpice ensemble î
— 11 doit avoir une armée de valets?
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— Pat un teul!... le vicui fou eti plut ■▼are eoeore que riche ; il a renvoyé Uhm aea raleU H neuri de faim aupn'^t flNinr moaUgne de louif d'or.
— Il dlnail bien, pourtant, autrefois! dit Rondel.
— MauHeotnlf il rf^anlr s;i rnissr. Cela lui tient Ueo de Irub âcrvicei cl du dessert.
Noi deux bandiU oonnaiamient parfaitement lea étrea de la maiiony eependant iU paaaèrent une partie de la nuit II turmonter les obataelea que Paaeal arait prudemment multipliât. Enfin, une dernière porte eéda à leurs dforta, et lia ae trouvèrent fJMe à bée avee eelui qu'ils eberehaient.
— Il dort ! prononça bien bas Rondel en s avançant i pas de loup.
Groulo le suivit de même.
Pascal dormait en effet. Sans eette circonstance, il est probable que lattaqiie de nos deux associes aurait eu |M>ur eux de fâcheux résultats; car, auprès du donneur, deux
pÉRiPkTie. 'iZ^
pistolets déraesuréraent longs présentaient leurs bouches cannelées. Pascal s'était endormi, la tète appuyée sur le rebord de sa caisse ouverte ; sur une table, on voyait les restes de son repas : un peu de pain bis et du fromage.
A la vue du monceau fabuleux de pièces d*or de toute taille et de toutes empreintes que contenait le coffre-fort, Grouïn et Rondel eurent grand'peine à se contenir. Grouïn levait déjà son bâton, lorsque Rondel le retint.
— Ceci est plus sûr! dit-il en saisissant un des pistolets.
Nous tirerons le voile sur la scène qui suivit. Nous dirons seulement que les deux bandits sortirent, pliant sous le poids de leur charge, et que pourtant les hospices de Paris, appelés h la succession de Pascal, à défaut d'ayants droit, eurent encore un fort bel héritage.
Comme le lecteur peut penser, tous ces événements, si secrets qu'on eût essayé de
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les tenir, oc purent manquer de transpirer dans le public. Les douM»tiques et oairet du docteur parièrent ; peut-être Grouîn, nous ne diaona rien de Rondel , qui ae héta de regagner aa Picardie, laiaaa-t-il échapper quelquea indiacrëtioiia. Toujours eai-il que plusieurs versions, touchant la mort du docteur et ce qui l'avait amenée et suivie, se réptndirent dans Parts ; elles différaient entre elles, mais se rapprochnient toutes plus ou moins de la vëriti^, en ce qui coueeme la coapahle industrie de Thomas et sa fin tragique.
Aussi, et il existe eneore sans doute bien des vieillards qui peuvent se rappeler ce dicton populaire, lorsqu'il arrivait k un intrigant ou i un fripon de subir la peine de ses ténébreuses OMnosuvres; on disait de lui, en manière de proverbe, avant la révolution : Il a pais lc vcLfctfAAiâB Dc DOCTEca Thomas.