‹ Les banditsChapitre 30 sur 31 · L ENLÈVEMENT · texte numérisé non relu

L ENLÈVEMENT

ouvrir la porte , dont la serrure avait été enclouée par Pascal.

Ce dernier, à la vue des deux amants, sourit avec satisfaction ; puis , appelant les deux vieillards, il leur mit la tète à l'ouverture, et leur dit :

— Regardez !

Clémence ne connaissait point la vie.

Il y a des gens qui la plaindront fort, car l)eaucoup de livres sur l'éducation enseignent qu'on ne saurait trop tôt faire goûter aux jeunes Olles le fruit de l'arbre de science.

Sur ce pied-là, le serpent aurait tout simplement joué, près de la première femme, le rôle d'instituteur primaire.

178 Lt TODB BO BkJon.

Quoi qu*il eo soit, Clëioeooe n'ëUiit |mi8 tellement ignorante qu'elle ne sût discerner, dans la pluptrt des cas, le bien du mal. Elle savait qu*alMindonner son père est une grande faute, sinon un crinx

Aussi Edmond dépeiiiMi-t-il d*abord en voin toute son éloquence pour la déterminer h le aoivre. Ses argumenta les plus subtils, ses prières les plus passionnées venaient se briser contre cette réponse de la jeune fiile :

— Mou père m'aime, et je ne veux point Tabandonner.

Elle dit cela d abord d'une voix ferme, puis elle le répéta en baissant les yeux, puis elle le balbutia en pleurant.

Edmond perdait courage.

Mais, en ce temps, on n'avait point représenté encore un vaudeville intitulé : Être aimé ou numrir, qui est le plus moral de tous les vaudevilles, et dont Tauteur ou les auteurs réclameraient à bon droit h' \^nx Mootbyon.

Les jeunes filles s'effrayaient encore quand elles voyaient leurs amoureux rouler les yeux et dégainer leur épée.

Depuis le vaudeville en question, elles sont devenues plus avisées; elles haussent les épaules à la vue d'une épée , et Taspect d'un pistolet les fait pouffer de rire.

Aussi plusieurs adolescents infortunés , qui comptaient, pour être heureux, sur ce moyen usé jusqu'à la corde, se sont tués tout de bon, afin de n'en avoir point le démenti.

En 1730, le moyen, sans être tout neuf, n'éUit point réformé encore.

Edmond, en désespoir de cause, y eut recours, et obtint un plein succès.

La pauvre Clémence arrêta ses larmes, et poussa un cri d'effroi , suppliant Edmond de ne point attenter à ses jours, puis elle promit tout ce que voulut son amant.

Quand vint le soir, elle inventa un prétexte pour aller trouver son père, afin de l'embrasser encore une fois.

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BOe (lit un (toiilourcux lUieii a >oi) nduil de jeune fille, que le docteur Thomns sVlait j>lu à onier comme un temple ; elle se mit ii geooax pour demander |Mirdon à Dieu, puis elle M rendit au jardin, oà Edmond lui avait donné rendez-vou.H.

Ils attendirent longtemps, espérant toujours que Pascal viendrait les (piider ; mais comme Pascal n'arrivait pas, Edmond se détermina à partir.

Il essayait depuis quelques minutes d'ouvrir la porte de derrière, lorsque arriva la catastrophe qui termine notre dernier chapitre.

A la vue de leurs enfants en rostiiini' rtr voyage et sur le point de fuir ensrnihic , 1rs deux vieillards poussèrent f*n mi^me temps un cri : celui de Lenoir était de colère ; celui de Thomas n'exprimait encore que la surprise, il ignorait le véritable nom d'Edmond.

En un clin d'œil, ils se furent fraye un passage h travers 1rs branches de la eharmillf ,

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et vinrent tomber devant les amants consternés. Pascal les suivit.

Lenoir saisit le bras d'Edmond, et Thomas s'empara de sa fille.

Ce fut alors seulement que ce dernier devina quel nom odieux recouvrait le pseudonyme de vicomte de Landal.

— Monsieur, dit-il, votre conduite est infâme, et les tribunaux me vengeront !

— Les tribunaux ! s'écria Lenoir, ils puniront le misérable qui attire dans sa maison les fils de famille afin de les amorcer par le frais minois de quelque...

— Mon père! mon père! calmez -vous!

interrompit Edmond.

— Laissez parler le pauvre homme , dit Thomas d'un ton aristocratique ; il ignore sans doute que ce timide adolescent, que j'ai attiré danji ma maison, a pris, pour y pénétrer, un faux nom et un faux titre...

— Est-il possible ! murmura Lenoir.

Ce fut au tour de Clémence d'implorer son 2 16

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père ; mais les deux vieillards étaient également impitoyables. Il y avait trente ans qolls se délestaient.

— M. Pascal, reprit Thomas, je voos charge d'aller requérir main-forte.

— Du diable si je bouge d*une semelle ! répondit insolemment celui-ci. Le spectacle m'amuse, et je n*ai pas pris soin d'arranger tout cela moi-même pour quitter ma place au premier acte... Disputez-vous, mes respectables messieurs, et ne faites pas attention h moi.

— Par grâce, monsieur, et vous, mon père, dit Edmond, modérez-vous. J'ignorais nonseulement les motifs de cette haine réciproque que vous manifestez en ce moment ; mais votre connaissance elle-même é(nit un mystère pour moi. Ne pourriez-vous mettre fin à vos querelles par un mariage qui ferait mon bonheur, et, je Fespère, celui de Clémence?

— Non • répondirent à la fois les deux vieillards.

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— Bien parlé! murmura Pascal. Il y a vraiment plaisir à gagner de l'argent, tout en mettant aux prises des originaux de cette sorte... Et maintenant, mes bons messieurs, ajouta-t-il tout bas, l'air se fait frais, ne regagnerons-nous point la maison ?

Tbomas réfléchit un instant.

— Nous regagnerons la maison, dit-il enfln, mais ces deux messieurs ne la quitteront qu'à bonnes enseignes, et pour être remis entre les mains de la justice.

— Prétendriez-vous nous retenir en charte privée ? demanda Lenoir.

— La maison du patron est admirablement disposée pour cela, insinua Pascal. On y pourrait égorger un régiment, sans éveiller le moindre trouble dans le quartier.

Lenoir se sentit frissonner.

— M. Thomas, dit-il, je ne puis croire que vous osiez pousser les choses à ce point.

Au lieu de répondre, Thomas prit à pas lents et d'un air sombre le chemin de la

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maison, démence eouruk après lui, et, s*appuyank sur son bras , elle roiirmura k son oreille:

— Mon père, je Taime ! N*auret-vous point pitié de moi ?

La tendresse du docteur pour sa fille tenait presque de Tadoration. 11 se sentit ému par cette prière; peut-être allait- il ouvrir la bouche pour prononcer quelques paroles de conciliation, lorsque Pascal le rejoignit.

— Patron, dit-il, vous me devez quelque chose pour le bon office que je vous ai rendu œ soir. N*éles-vous point content de tenir ainsi votre mortel eonoiii sous vos pieds ?

— Cet homme est un démon de cruautt^ ! pensa la jeune fille.

Le docteur dégagea son bras des mains de Clémence ; Lenoir et son fils marchaient silencieusement à quelques pas ; la jeune fille, n*osant se joindre à eux, se tint à 1 écart.

— Je me suis donné de la peine, reprit Pascal, mais je n'y ai point regret. Les bon-

nés figures que vous aviez tous les deux!... A propos, je vous ferai un petit emprunt demain. Si vous n'avez pas la somme, qui est un peu considérable, je tirerai sur vous... ne vous inquiétez pas.

— Vous me ruinez, Pascal ! dit le docteur.

— Que feriez-vous de vos fonds, si vous ne m'aviez pas?...

«t Figurez-vous que ce vieux fou de Lenoir était en train, tantôt, de fulminer un mémoire contre vous. Dans ce mémoire, il prétend... ah ! il faut l'avouer, le coup est bien dirigé!... il prétend que vous et votre baume, vous n'êtes bons qu'à guérir les gens sains de corps, et que jamais un seul vieillard...

— A-t-il écrit cela? interrompit vivement Thomas.

— N'est-ce pas que c'est bien avisé?... Oui, patron, il a écrit cela.

Le docteur s'enfonça dans une chagrine

rêverie, et Pascal se prit à rire dans sa barbe.

Au moment où le docteur mettait le pied

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sur le perron , Clémenoe voulut encore se rapprocher de lui, maif il la repoutn durement. Ses dents étaient terrées ; son sourcil froncé.

— Messieurs, dit-il d'un ton péremptoire à Lenoir et à son fils, il vous faudra passer la nuit ici.

Puis, se penchant à Torcille de son vieux rival :

— Avant que vous sortires de ma maison pour entrer sous les verrous de la justice, je pourrai peut-être vous eonvaincre que moi et mon vulnéraire nous savons guérir même les vieillards eC les infirmes, entendei-vous, •K)clcur Lenoir?

Celui-ci haussa les épaules.

— Avant que vous m'ayez prouvé que vous n'êtes point un charlatan, docteur Thomas, dit-il, j'espère que nous verrons lequel de nous deux la justice mettra sous les verrous.

u En attendant, mon fils et moi, nous dé-

clarons ne nous soumettre qu'à la force ; nous protestons !

On entra dans la maison.

Appartements et corridors étaient maintenant brillamment illuminés.

A chaque pas , Lenoir poussait quelque exclamation grondeuse que lui arrachait l'envie et le dépit.

— Quel luxe! grommelait-il, quelle opulence ! on se dirait dans Thôtel d'un prince du sang ! il faut que cet homme ait volé sur les grandes routes pour s'enrichir k ce point, en si peu de temps... Moi qui l'ai connu si pauvre !

Edmond et son père furent introduits dans l'un des appartements destinés aux pensionnaires, et la porte fut refermée sur eux.

En ce moment, Clémence disparut en courant et se dirigea vers le cabinet de son père.

Celui-ci qui, depuis quelques minutes, semblait puissamment préoccupé, saisit le

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bras de Ptseal et rentratiuiy sans mot dire, ao trairen des galeries.

Comme ils reneonf raient partout >ut li ut passage des Talets ou de» pensionnaires, ils ne 8*arrélèrent que dans le salon d^attente, situé près de la porte d'entrée et qui se trouva être désert.

Ce que le docteur allait dii-c rxitreait sans doute un bien grand secrt t mr .1.

parler, il fit le tour de la pièce, pour i

rer que personne nVtait à portée derenteudrc.

Lenoir et son fils restèrent ({iM*l(iiif*s minutes en faee Tun de Tautre.

Le bonhomme n'avait pomi wn hn]. nn ebant caractère, quand sa goutte lui donnait trêve, et, par bonbeur, on était dans un de ces moments d'armistice.

11 y avait trois ans au moins qu'il n'avait vu Edmond ; lors de son dernier voyage à Montpellier, son fils était encore un enfant ; maintenant il s'était fait homme, et forf Ih'I homme.

Lenoir ne put constater cette transformation sans éprouver un très-vif mouvement de joie.

A l'exemple de ces gens qui, dans leur jeunesse, ont été beaux et rien que cela, il estimait exclusivement, et par-dessus tout, les avantages physiques.

Edmond lui sembla un second lui-même ; il se vit revivre en son enfant et unique héritier.

— Cette jambe faite au tour, pensa-t-il en frappant sur son mollet devenu colossal ; cette jambe coupable et victorieuse qui a troublé tant de ménages et fait connaître l'amour à tant de vierges candides, cette jambe ne mourra pas tout entière !

Après cette réflexion, son regard s'adoucit considérablement et sa moue devint presque un sourire.

Edmond profita de cet instant.

— Eh bien ! père , dit-il d'un ton caressant, après une aussi longue absence, ne me

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