‹ Les banques au MexiqueChapitre 3 sur 17 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Parmi les phénomènes qui caractérisent la renaissance et la rapide prospérité du Mexique, il n'en est pas de plus intéressant ni de plus rare que l'épanouissement presque instantané, sur tout le territoire, d'un système de banques admirablement adapté aux besoins économiques du pays.

En quelques années seulement, une trentaine de banques d'émission se sont fondées dans les divers Etats de la République mexicaine et y rendent au commerce et à l'industrie des services que l'on peut mesurer à leur propre prospérité. Toutes se développent, en effet, sans qu'on ait eu à enregistrer jusqu'à présent la moindre défaillance ; plusieurs d'entre elles ont doublé ou triplé leur capital d'origine et la moyeiuie générale des bénéfices réalisés en i goB n'est pas inférieure à i4 7© ^^ capital versé.

De tels résultats, qu'on ne croirait possibles que grâce à de longues expériences et à un perfectionnement incessant de l'organisation bancaire, ont été réalisés ici sans hésitation et par l'effet d'une simple loi. C'est dire combien celle-ci supposait chez ses auteurs de science financière, de connaissance précise et profonde des besoins du pays. Nul ne s'en étonnera parmi ceux qui ont suivi l'œuvre de M. Limantour. Quand on étudie, par exemple, la réforme monétaire, les travaux qui l'ont préparée et l'exposé des motifs qui précède le projet de loi, on ne peut qu'être frappé de la solidité de la charpente qui soutient tout l'édifice. Il n'est pas un point qui n'ait été longuement raisonné, pas un détail qui ne soit justifié par l'expérience et l'ensemble présenta tant de logique et de cohésion, qu'on pouvait être presque certain, dès le début, du succès de l'entreprise. Le système des banques régionales, créé par la loi de 1897, mérite de figurer à côté de la réforme monétaire. Comme elle, il a réussi avec une aisance qui ferait douter de la difficulté de la tâche, si l'on ne s'apercevait que tout a été à l'avance étudié et combiné, de manière à réduire au minimum la part de l'imprévu. Analogue, au moins quant à son principe essentiel, au système américain, il a profité largement de l'expérience qui en a été faite et certaines prescriptions artificielles, beaucoup moins utiles que dangereuses, en ontété sagement éliminées.

Les établissements de crédit mexicains ont d'ailleurs, pour attirer nôtre attention, d'autres motifs qu'un intérêt purement scientifique. Nos. cotes de la Bourse, qui ne renfermaient naguère que les deux doyennes des banques mexicaines : la Banque nationale et la Banque de Londres y Mexico, en ont, depuis quelque temps, accueilli plusieurs autres et peut-être n'est-ce pas encore fini. N'y a-t-il pas là quelque exagération? De ce qu'un système remarquablement ingénieux ait réussi à doter le Mexique d'un certain nombre d'établissements utiles, il n'en découle pas nécessairement que les actions de ceux-ci constituent pour notre épargne un placement de premier ordre. C'est là une question qu'on ne saurait omettre et toute étude sur les banques mexicaines doit renfermer, à côté du point de vue purement économique, une sévère critique financière. Nous n'aurons garde de négliger cet aspect de la xpiestion.

Toutefois, avant d'examiner si les capitaux firançais ont trouvé dans les banques un moyen heureux de s'intéresser aux afiaires du Mexique, il faut, croyons-nous, se féliciter en principe, de les voir affluer dans cet intéressant pays. Les Américains en connaissent depuis longtemps les ressources et en ont deviné l'avenir. S'ils ne nous y ont pas précédés, ils ont été cependant plus vite que nous et leurs capit^x Î louent maintenant un rôle prépondérant dans a finance et l'industrie mexicaines.

Le capital total que les Etats-Unis ont investi chez leurs voisins est évalué à 600 millions de dollars en chiffres ronds et Ton pense qu'il atteindra bientôt le milliard. Cet immense afflux d'or américain se porte, d'ailleurs, sur tous les genres de placement. Si les chemins de fer semblent l'attirer particulièrement, il est loin de négliger pour cela les mines, les forges et fonderies, pas plus que les exploitations forestières et agricoles et les entreprises purement commercisJes.

Avec leurs capitaux, les Américains orft essayé également d'implanter au Mexique leurs mœurs financières et de leur conquérir droit de cité, n y avait là un danger sérieux. Des efforts ont été tentés notamment pour faire donner à des banques purement yankees une sorte d'investiture officielle. Ne pouvant avoir une concession qui eût été contraire à la loi, on a cherché à obtenir qu*elles fussent soumises à la juridiction des commissaires du gouvernement. Mais l'Administration des finances à vu le piège et a su l'éviter.

Cette puissante infiltration américaine, ainsi épurée, rend évidemment les plus grands services aux pays et, quels que soient les bruits qu'on ait pu faire courir, personne au Mexique, ni dans le monde officiel, ni dans le peuple, ne songe à la contrarier. Mais il n'en est pas moins vrai que la prépondérance trop exclusive d'une seule nation peut finir par constituer

un danger, et c'est pourquoi il ne manque pas de Mexicains, parmi les plus éclairés, qui souhaitent voir se développer l'œuvre française dans leur pays, afin de contre-balancer l'élément nord-américain.

Sur un terrain déjà préparé par la prospérité et le bon renom de la colonie française, nos entreprises sont accueiUies là-bas avec une sympathie universelle et le désir même qu'on a de les voir s'accroître constitue la meilleure garantie que nos intérêts seront sauvegardés.

Il y a là pour nous, un rôle intéressant à jouer. Il ne rentre pas dans le cadre de cette étude de démontrer tous les profits que nous pouvons en retirer, mais on sait depuis longtemps que les richesses naturelles du Mexique en font un magnifique terrain d'affaires. Maintenant qu'une ère déjà longue de sagesse politique et financière y ajoute une sécurité complète, il serait vraiment d'une insouciance exagérée de négliger cette situation exceptionnelle. On peut même ajouter que ce serait une duperie, car la place prépondérante qu'occupent les Américains est due beaucoup moins à leurs propres capitaux, absorbés par l'industrie nationale, qu'aux capitaux étrangers et, en partie français détenus par certaines banques internationales telles que J.-P. Morgan et Speyer et G'* de New- York.

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