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SOHlf AIBB : I. Lm changeurs, pnmien iMkoqnk»*. — L»f « trapéàto» » gMCs, les « argentarii » romains. — Procédés des temps primitift. — II. Les contrats d'emprunt. — Les taux àu prêt. — Iju lénalUés. — lU. Les tem^,
vraies banques de l'antiquité. — Leurs opérations. — La banque de Bysanoe.
— IV. La Banque de Pasion. — V. Les huit plaidoyers de Démosthène pour AppoUodore. — VI. Quelques pièces de ce procès.
On a peu étudié et surtout peu élucidé jusqu'ici la question des
banques dans l'antiquité. Quoique le travail assez récent de M. Georges Perret sur Démoslhènes ^ ait jeté sur ce sujet de vives lumières, la carrière reste encore libre. L'ancienne dissertation de Claude de Salmasio * n'est qu'une accumulation de matériaux de toute sorte, sans bu tel sans ordre. Les recherches do M. Edmond Guillard sur les banquiers athéniens sont incomplètes
N'ayant, ainsi, que peu de devanciers et peu de renseignements, semés" comme au hasard dans les anciens auteurs, sur les banques de l'antiquité, si différentes des nôtreè, comme l'est forcément toute institution à son début, notre travail restera imparfait à plus d'un titre.
Dans l'antiquité, la banque, telle que nous l'entendons aiyourd'hui, n'existait chez aucun peuple. La production et la consommation étaient trop bornées peur alimenter en conséquence soit les banques, soit le gouvernement lui-même. L'immense extension de l'échange, de la circulation et, en général, des opérations des banques, est un produit de notre époque; la différence est telle que l'on ne peut songer à la comparaison. Le sàrafde Constantinople ou de Srayrue, aujourd'hui accroupi sous ses guenilles au coin d'une rue ou derrière la fenêtre d'une masure, devant son ban&), portant des amas do toutes sortes de monnaies dont le total ne dépasse jamais dix ou vingt mille francs, peut seul nous donner une idée de l'ancien banquier, dont les affaires se bornaient au change des monnaies et à des prêts à taux usuraires *.
* Démosthènes et ses contemporains. Revue des Deux-Mondes, l^'' juin 1872 l" et 15 novembre 1873.
* DiêêerkUio de fœnare trapesetioo^ LugdL BaUr^ ia-12> 1740 ; De usw^s^
>Xcf tâmqmiere athénUm etrommimt^ br. ia-8, « Itocrate, « T^wwÇmjrf^ %
L'absence générale des banques dans Pantiquité ou, pour ce qui en existe, )eur cadre restreint, sont dus h Vélid du crédit même, inconnu, pourrait-on dire, et à coup sûr craint et méconnu. Les Indiens, d'après Élied i, ne prêtent ni ne savent prêter; c'est pourquoi on n'a d'eux aucun contrat de prêt ou de dépÔL Pour les Perses, les délies élaiani un crime, car le débiteur est forcé de mentir *; ils méprisaient -d'ailleurs toutes les questions de finances, en désaccord avec leur caractère guerrier comme avec celui de la plupart des nations antiques.
Scion toute probabilité, les Israélites ont pratiqué le prêt àintérêt et l'usure, cîïP Mo!se sei&ble avoir voulu donner libre essor au goûtdece peuple pour les emprunts que venaientcorilracter chez lui les étrangers 3. Les Egyptiens prêtaient contre écriture, stipulant toutefois que le capital ne pourrait aller, avec iesintérôls, au delà du double K
Homère conseille de fair les dettes.
Eneonsidâmntees diverses raisons et Terreur, si longtemps répandue, que l'argent, n'étant pas prodnctifpar lui-mêmr', ne devait pas rapporter, l'institution des banques ne pouvait guère se développer dans ce milieu hostile, iMêmeen Grèce, où le loyer de l'argent fut toujours reconnu comme un service rémunéré, les banquiers ont été longtemps vos du plus mauvais œil et souvent accablés des injures les plus méprisantes; leur profession était comparée aux plus viles et fut réputée infâme. Les mots « méchant», obolostate (pèse-obole), «avare, vétilleux, mesquin, scieur-cumin, crasseux », etc., tombent sur eux dru âomme grôl^. Ces idées subsistèrent longtemps dans la société ancienne, etl'Evangi!e, en maints endroits, ne traite guère mieux les banquiers 6.
* Indiens.
' Hérodote, liv. II, ch. 138; Platarque. De viUmdo aere aliène* > i^^^^roiMmu?, cap. XXin, 19. Pam^
* IModore, Ut. I, du 79. — Pour les préU même qui avaient lieu sans écrit, les délnieurs ffia étaimt affiraaehîs si par sèment ils déclaraient ne pas devcii- Les créaacîm ne pouvaient jamais réduire en esclavage les débiteurs. Solon introdnisit ces lois en Orèce avec quelques modifications, et de la Grèce elles furent importées à Rome d'où elles se sont en partie conservées jusqu aujourd'hui, n y a vingt ou vingt-cinq ans, en Grèce, le débiteur n'était pas obligé de payer d'iutérêt s'il prouvait avoir déjà (tayé dans un espace de temps des intérêts égalant le capital. La même ckose a lieu en Turquie pour le lojw des immeubles.
= De fœnore trape*eiieo, p. 187, 563. — Akiplmn, — Liiemi. ^ kmtophane. Lea Huées, vers 1,SS5.
«SluuBtJea&^eh. II, /
D'après les témoighi^es qui nous restent de ces siècles reculée, lechftogeurdeinonnaieset mêœey plus tard, le tMtnquîer, étaient
gens de basse extraction : étrangers, métèques ou afTmnchis, venus souvent de Corinlhe ou des cités ioniennes, qui de bonne heure avaient connu et établi des institutions de crédit. Cette profession ne rentrait pas dans celle de rhomme libre; celui qui Texerce est toi](jours représenté Gômme midbre d^one fortune médiocm, souvent vieux, infirme, fronçant le sourcil, tenant en mains des papiers rongés par les vers ou par la vermine, pourris par le temps, pensif, sans cesse préoccupé de ses affaires, qui consistent à placer des capitaux à usure ou à recevoir quelque dépôt.
La multiplicité des monnaies de l'antiquité, la variété non motos grande de leur titre d'aloi, Tétat embryonnaire de la lettre de change, le crédit limité, Les voies de communication restreintes, devaient bien alimenter ce métier de ^changeur, pTa6x«Ttx« ou j'oxf
Âvee le temps, les changeurs et osorins devinrent banquiers. Leur occupation était surtout d'employer et de faire fructifier Tar*
gent d'autrui^; bientôt, ils se mirent à y joindre souvent le leur, et devinrent les dépositaires des capitauxdisponibles pour lesquels on payait ordinairement un intérêt médiocre ^. lis prêtaient sur gages \ sur hypothèque et sur immeuble ^, à la grosse aventure. Ils continuaient à opérer le change ctes monnaies, d*an bénéfice toujours important^, et faisaient souvent valoir leurs capitnux dans différentes entreprises : fabriques d'armes, fabriques de meubles, etc. Finie leur journée de préoccupations et d'affaires, ils vivaient le reite du temps en famille, soovait fort retirés, et lais^ saient ainsi des fortunes considérables, comme firent le père de Démosthènes et Pasion, père d'ApolIodore. Le premier laissa une banque, une fabrique de lits et une fabrique d'épées, représentant une valeur d'environ quatorze talents; le second, une banque rapportant cent mines par an et une fabrique de boucliers, soit une ibr« tune d'environ vingt talents. Ces banquiers n'avaient rien de commun avec les changeurs des coins de rues; ils avaientdescomptoirs importants, des caissiers, des comptables, des secrétaires et divers employés. Leurs enfants recevaient une éducation soignée et
* Aristote.
* Isoorata, Démosthènes, àc FaUa legat*^ coMlro Poljf<^. — Poilus, OMomOB» liè^ 111,84; VII, 170.
' Dteof th. Pkùrm. €. AfpoUoi^ AfkeA.^ It in PiMrm*
* Id., €. rjffuwr.
* Id., pro Phorm.
•SuUscb. Metroloç., p. 297.
jouèrent parfois un rôle importaal dans la politique, comme nous le verrons plus loin. H&tons-noosçle dire cependant qu'on vit alors, comme toujours et partout, des banquiers qui perdirent leurs capitaux et firent taillile i. Ils jouissaient d'un grand crédit dans les maisons bien établies de toute la Grèce, et en tiraient un tel appui que le fameux ApoUodore se vantait orgueilleusement de « pouvoir emprunter qù il voudrait, étant le fils de Pttsion, lequel était en relation avec beaucoup d'étrangers et dont le crédit était établi dans toute la Grèce 2 ,^. Ils jouissaient d'une telle considération, leur solvabilité inspirait une telle conUance» que non seulement on faisait avec eux des contrats sans témoins », Biws que Ton déposait chez eux de l'argent et des billets et que les actes étaient scellés et ouverts en leur présence, comme aujourd'hui devant les olUciers ministériels K
L'amitié, la complaisance, amenaient parfois des prêts sans inté* rôts et même sans écrit, sans hypotbèqae ni gage, avec ou sans té« moins, le xnp^Anm iffûyjfpaçw dont il est parlé dans Démostbèncs S; ces prêts, il va sans dire, ne pouvaient se négocier comme les autres 6. On recourait, dans d'autres cas, à un engagement, xs'po'- 7pa9ov, ordinairement écrit sur papyrus, ou h un contrat en iorme authentique, m-^fa.<fh, écrit par un tiers sur undiptique formé de tablettes enduites de cire; les témoim le signaient, et il était confié à la garde d'un changeur
On se servait, pour ces actes et écrits, de fragments de vases de terre, d'os», de rubans ou d'écorces de bois, raivi'a ÇuXîvr,, de tablettes 9, de papier fait alors de papyrus, ou bible de peaux
* Démosth., pro Photm^ 1" plaid, c. Stefkmo*.
* Id., m Polycl.
* IsQcrate. l^aiMTx. < Tà |ùy •^cp m^ïma. rm «piç niisMnt^ Tp«1r<^:«^ êm (Mfciîpm -pTvtTat. » Chès Uê Bynatii», piw tard, 1« Wmoignage seni du no-
trapez.j 157.
* Démosth. e. Oatlip — e. JMonjf$ed. — SauBiaise. De modo ss., p. 396. > C. lîmùtk. Saumaîu, De m. u, œ., p. 381.
* Cailleoier. Le Contrat de prêt à Athènes^ p. 8 et suiv. ' Sanmaiae. — Démosth.
•C'est-à-dire les omoplates de bœur(Diog. Laërce, Vil, v, § 174), sur lesquelles écrivait Cléanthe.
* C'était la matière la plus usitée. Aristoph. Thermoph.
" L'usage du papier employé en Egypte dès 1872 avant notre ère, a passé chez les Grecs au ou ix* siècle avant J.-C. La feuille de papier coûtait * Athènes, à lepoque de Démosthènes, i ^èces eneuivre on bieaé e. Voir aassî^ Dureau de la Malle etpariictfUèrMiiBatrètodf iatéMisantede M*B^opèrtC^^ mat ; U i^o^Mr é Aîkimee.
grossières, ^ta^pat. des porgamènes, du marbre et du bronze *.
Lorsqu'on rendait l'argent emprunté, les débiteurs étaient, parait-il, assistés de plusieurs témoins, « atin de rendre les ban* quiers indulgents ^ ».
Les instruments des changeurs et banquiers étaient à peu pr&s les suivants :
La balance, pour peser les matières précieuses et les monnaies, d'où leur nom de «pèse-obole», du métier lui-même, ditoScXoaTaTtîcf.^;
La pierre de louche et le trébuchet| pour examiner l'exactitude oa raltération des monnaies, d'o& leur nom de a^xtfia^et celui du métier, iwwfajTm% ^;
Une caisse et un sac, généralement de peau de chien, xuvotxtov, dans lesquels ils enfermaient les matières précieuses, les papiers Qt les registres; le sac était fermé et cacheté chaque spir
Tout tmnquier oil changeur, copme à peu près tout le monde du reste, avait un carnet de poche du genre des nôtres, appelé «fpa{J4MT£tGv et souvent « béotien »), car il était usité surtout en Béolie ; ces carnets contenaient une ou deux leuilles d'ivoire ou des planchettes, o«n^K, enduites de cire ou d'un mélange de cire, p.axia% et souvent uae ou plusieurs poches, «tox^ ou plis, Uptis dans les-
* Les décriât traités étuent insmts ordinairment sur le marbre; par exemple, le truté des Athéniens avec Simon, prince du Bosphore, était gravé
snr le marbre; une copie ëtait érigée au Pirée, une an Bosphore et une autre (l'original eu quelque sorte sans doute) au temple des Argonautes. Cet ordre de distribution devait s'appliquer à tout contrat, c*est-à-dire que chaque partie contractante devait avoir une copie et déposer l'original chez un banquier ou dans un lieu sacré. (Voir aussi Démosth. c. la loi de Leptine,)
Ce n*était pas toujours cependant le bronze ou le marbre qui remportaient sar les antres matières, mais la manière dont les écrits étaient consenrés. Lors-> qii*oa Tonlait conserver un écrit important, on le plaçait soit dans an eofire de bois, soit dans on vase .de terre. Le vase on le coffre était ensuite déposé dans les hypogées on dans les tombeaux, sLbims qae ce que la pierre ou le bronae ont été impuissants à nous transmettre, de fragiles membranes Tont fait. (V<ûr M. Ex. Caillemer.)
' Démosth.ftn Phorm.
* Caillemer. Le Contrat du prêt à Athènes, p. 12.
* Théocr., idyll. 12, v. 37. — Lys., in Théomn.j p. 179. — Lucien, i?i lier* mot., t. I, p. 810. — Poliux, liv. III, cap. ix, § 81. — Hesych., in 'Af-jupo-jv. «^t in '06oX., p. 392.
* Theophr. Charact,
* Arist. (cité par P<^ux} in Thesmoph. Au commencement on mettait le seing sur chaque écrit et sur la cire ou ce mélange de eîre qui 8*a|ipelaat aussi fteoç ainsi que la sigaatnie, (Pollnx. Aristc^., ^ststr.).
quels on mellail de l'argent ces carnets ou porlofeuilles furent plus tard appelés aosst porte-^argent, «pTupotnMu^yce que les Romains nommèrent porto-pygilar ad $enbenéum ou Bwtwum^. On écrivait sur ces tablettes avec un stylus ou poinçon, (xjjLtXTi, en os ou en ler, pointu à Tun de ses deux bouts, ayant à l'autre bout une large lame plaie qui servait à efiacer, en cas d'erreur ou de modilication, les lettre s déjà marquées, et permettait les corrections sur la cire rendue à son poli primitif K
On se servait de différents livres; mais, d*un côté, leurs noms fort vagues, deTaulre, Tincertitude même de leur usage et de leur emploi rendent presque impossible toute qualification précise de ces registres*
Nous savons qu'il existait des registres de dooene, c'estrà-dîre des livres d'entrée* et de sortie ^, des livres de parties », comme celui tenu à l'Acropole, sur lequel figuraient toutes les classes de
débiteurs publics ^ et qui paraissent ressembler à nos registres d'hypothèques, lesquels ne pouvaient exister alors, car ils étaient inutiles. En effeti chaque fonds engagé portait une table de pierre, ou quelque borne ou poteau^îpot, surlesquelson insmvait le diiCTre de la dette et le nom difs créanciers ; le musée d'Athènes en pos-* sède un très grand nombre 11 y avait aussi des journaux, £çl(ï{^epi^^, sur lesquels, d'après Plutarque ^, les prêteurs, au lieu
* Saumaise, p. 421 et suiv,
* Harpocrat., à ce mot,
* Martialis, liT.Xiy.
* Strtpsîade, toaHaenté des lif ttes de ron fils et ae pouvant pas dormir, dit : « Garçon, allame la lampe et apporte-moi mon agenda, T^iKffaxw9\ je veux voir à qoi je dois et &ire le calcul des intéréU. » (Aristoph., Asf^, vers 19 et sniv.) — Dans les foviUes que la Société archéologique a entreprises depms
quelque temps aux pieds de TAcropole, dans le temple d'Esculape, 'Ae)t>niPttiov, qu'elle a mis au jour, elle a découvert un piédestal sur lequel une trousse médicale est représentée en relief ouverte à charnière, et dans laquelle on distingue différents instruments médicaux. Cette trousse ressemble énormément à celle d'aujourd'hui. Ce carnet s'est perpétué aussi chez d'autres nations ou du moins j a été inventé. Auprès de la maison Bnondemonti, a Florence, il y a quelques années, on a vetrouTé dans une cachette un véritable agenda de poche. Les feuilles de ce earnel sont en bois recouTertes dHine coucbe de cire et il est attribué au xup siède. (£»Me des Dena^JfoiMfet, fivrier 1818. Los anciens banquiers Florentins, p. 661).
■ Démosth. Chrysippe c. Phormion.
*Démosth. c. Neseva; c. Theorines, l^r c. Aristogiton; c. TimoeraU.
* Ces opoi ne se rencontrent plus à partir de l'époque d'Alexandre.
* De vitando aire aliéna.
d'inscrire la somme réelfement avancée, forçaient souvent le chiffre
de Tavance. Citons toutefois un passage de Démosthônes^, qui nous donne le pl'JS de détails sur les livres des anciens.
Lycon, négociîînt d'Héraclée, avait déposé des fonds à la banque de Pasion, à Athènes. li donna ordre de les tenir à la disposition de son associé Géphisiade et chargea en même temps Ardiébiudé et Phrasias de le présenter à Pasion et decwttfler de son iitenlité lorsqu'il serait de retour. Pais, il prend la mer et meurt dans la traversée. Calippe, pron^ènedes liéracléotes, se présente à la banque et prétend que Lycon lui a fait, en mourant, donation des ionds déposés ; mais Pasion les avait déjà remis k Géphisiade.
On voit, d'après ce piaidoyer, que les banquiers, pour plus de sûreté, lorsqu'un particulier qui avait déposé des fonds donnait ordre de les remettre à un autre, inscrivaient d'abord le nom du déposant, puis la somme déposée, ajoutant en marge : « Payer à un tel ». Si celui à qui doit élve fait le payement est connu, on met en marge le nom de celui qui doit se présenta et r<m cer^ tiOe son identité avant qu'il puisse toucher.
Voici le texte de col article :
a Lycon, d'Héraclée; seize cent quarante drachmes. Payez à Géphisiade. Céphisiade sera présenté par Archébiade, de Lamptra».
Il y avait encore des livres appelés 2 et desbordereaux'*
La tenue des livres des anciens nous e<t révélée par des inscriptions et surtout par des inventaires du trésor public parvenus Jusqu'à nous, et insérés dans le Corpus imcriptionum grxcarum de Bcdckh ^ et les Antiqmtés heUéntqnes de M. A. R. Rangabé K De ces monuments, nous ne pouvons conclure, comme Va fait M. G. PerroL que la tenue des livres fût dès lors en partie double. Tout au contraire, les Grec? ignorant forcément les chiffres arabes et ne se servant pour leurs comptes que des lettres de ralpbabet, leurs livres ne pouvaient être que des amas de notes plus ou moins bien divisées en catégorie.^ et toujours loin non seulemmt des livres tenus en partie double, — invention de date récente, — mais irême de ceux tenus en partie simple.
» C. Callipe.
' 'ATcc^t^où; iu.o\ rb dcp-yuptov, o xaTsXiTtsv 6 TzcLrhf oçÊtXovra aOrôv èv -rot; -^potf*p.a<jt (Deraosth jjro Phorm.) ^ Plut. Vie de Lysandre, ch. XVI.
♦ VoU I, part. II, n*» 138 et suiv.
* D9M cet oamge on peul voir plosieart comptes rendus, invoataïtos, elno £Mded*aiitraiiiseripti<»is.2tol. in«4^ Athènes, 18<2-18B5.
• Démosth. ^ ses contMtporatns {Bewêdei lliif#- Jfaidsi), pnrO.Bem:.
Peut-être, chez les Romains ^ les banquiers eurent-ils unecomptabililé plus régulière; d*abord, leurs atiribuUoas étaient beaucoup plus étradues qu'aujourd*hni, car ils étaient à la fois officiers publics, agents de change, courtiers, coTimissaires, notaires; ils s'occupaient d'achats et de ventes, drossaienttous les actes ou écrits nécessaires pour toutes ces opérations; de plus, et surtout, les livres sur lesquels chaque citoyen romain mentionnait tout ce qui intéressait sa fortune et sa vie étaient de deux sortes: les adeersa^ ria^ hrouillon ou main courante, sur lesquels les particuliers inscrivaient tous leurs actes aussitôt passés, et le Codeœ accepti et e.vpensi , ou Tabulée, registre ayant une page ouverte à chaque personne avec laquelle on pouvait avoir des relations d affaires ou dintérët. Ce Codesp était même plus qu'un livre domestique ou privé ; c'éttiit une façon de monument religieux qui devait perpétuer la vie et les actes de toute une lamille. Les Romains tenaient h honneur de lui maintenir ce caractère auguste en y consignant scrupuleusement et régulièrement les incidents de la moindre importance ; aussi faisait-il foi et loi devant les juges» qui ne tenaient aucun compte des adversaria.
Parlant de ces codices des argentarii romains, M. Guillard * dit que (c probablement ces registres étaient tenus en partie double, avec une colonne pour l'actif et une autre pour le passif; du moins, c'est ce qui semble résulter du passage suiviuat de Pline le naturaliste : Hitk mmia fxpensë^ huic onmia ferentw accepta ; êt tn Ma ratianemùrtaHumsola xiiramqut paginatn facit. Ce qui peut être traduit ainsi : On porte d'un côté les sommes qu'on a payées, de l'autre côté celles qu'on a reçues; de celle manière, dans tout livre de comptes» un seul livre prend les deux pages. Nous observons ici que la tenue des livres en partie double ne conmste pas mlhitelh Y Avoir àe chaque compiequi s'établit tout seul, toutes les fois qu'on veut arrêter un compte, en admettant qu'on ait extrait les articles d'un brouillon tout h lait primitif; on n'a qu'à se mettre à la place, par exemple, d'un changeur grec et alors on verra que le Doit et Avoir s'établit tout seul. La tenue des livres en partie double consiste surtout en ce que chaque compte débiteur a un compte crédi» leur, en ce que le journal contrôle en quelque sorte toutes les inscriptions et les livres, et en ce que par celle méthode on connaît non seulement sa position vis*à-visdes diflerentes personnes avec lesquelles on est en relations, mais aussi la position avec soi* même».
^ Merlin. Réperi^t verbo Banquier.
s P« 5é et MÛT.
A Romei les banquiers étaient obligés de tenir leurs comptoirs ouverts toute Vannée; ces comptoirs, sorte de patrimoine, se vendaient, se louaient, ou étaieot exploités par des commis ou des esclaves. C'est là que se réunissaient les oisifs pour causer des nouvdles ou des riens du jour, souvent suivis des courtisanes qui venaient tenter les oi^l's. Ces comptoirs se groupaient autour du Forum, près du temple de Castor ^.
Disons maintenant quelques mots sur les usuriers, et surtout sur les dilférents modes de prêts ou d'usure.
Nous ne parlerons ici ni du contrat d'usage, auY-ïpxçTi, mwJTnxiQ, et plus lard x««e^TP^9 ^ emprunt? faits sans écrit, x^'^^^^ èmuBfot £viu oupfioXfluGu OU iaùj^ojfw ni des engagements dont ré* pondait le corps du débiteur ; ces derniers, en vigueur dans presque toute l'antiquité, furent abolis en Grèce par Solon, en Egypte par Boccboris K Nous ne parlerons que du prêt ordinaire ou à intérêt.
Le taux de l'intérêt était libre, ou plutôt fixé par le débat de
l'offre et de la demande et variait de 14 1 à 18 0/0 ; mais les limites
du taux courant de Tintérét étaient de 10 à 18 0/0 par an. Au-dessous de 10 0/0, les temples seuls acoordûent à la république les sommes dont elle avait besoin. Les emprunts se contraetad^t au jour, au mois, à Tannée, par période de temps et par voyage, pour les prêts maritimes ^.
Cette liberté absolue engendra souvent des abus. . Les usuriers qui prêtaient à la journée» ifufotmumi, et de ce nombre fut le philosophe Ménippe, »^;eaient habituellement une obole, une obole et demie par jour, ce qui faisait 25 0/0 par jour ^. Mais ^ fréquents que soient les prêts excessifs dont il est question chez les anciens, allant, avons-nous dit, jusqu'à 48 et 50 0/0 par an, répétons que les philosophes ne faisaient pas de dilférence entre le prêteur peu scrupuleux et le misérable qui trafiquait de l'honneor de sa femme ^ ou violait un dépôt confié. Les moralistes ont fré«
^ CaiUemer. Le eotUrat de préi^ p. 3; PoUux, II, 152.
* Dalles., BéperU^ U VI, p. 146.
* J)iod. de Sie., 1, 79.
* Sanmaise^ p. 62.
5 Théophr.,Carac«., chap. 6.
« Lucien. Le Banquet. -^Ethiq, ad. Nicomach.j liv. IV, cb. 1, in AristoU Que le loyei' décapitai doive rester libre, c'est aujourd'hui heureusement hors de tout doute; que les eiceptious meutioaaées ci-iessus aieut toujours existé,
quemment critiqué le placement de l'argent ; on connaît le jeu de mots de Plutarque {De vitando aere aiieno), sur lesprêls h intérêt. Le mot grectrfxoç, intérêt, signitie <( enfantement 9 , ce qui fait dire à cet auteur : inm réxo; Trpb Toxou, Toxo; -je jxct fon x«l «xxoç, c'est-à-dire : L'argent étant stérile, ne peut faire de petits, ce qui serait contraire h la nature. D après Hésiode et Aristophane, Ja famine et les dettes ne sont jamais bien éloignées ^.
Le vieux Strépiade, tourmenté parles dettes de son iils, était allé demander à Socrate un moyen de frustrer les créanciers et de ne pas payer ses dettes, lorsqu'une idée lumineuse traversa soudain son esprit. Si, grâce aux sortilèges d'une magicienne de Thessalie, il pouvait s'emparer de la lune, il renfermerait soigneusement dans un étui comme un miroir et se garderait bien de lui rendre la liberté. ~ Et pourquoi? dit Socrate. — Mais, réplique le vieillard, si la lune ne se levait plus, Je ne payerais plus d'inté* rêls 2. Aussi le bonhomme no rit plus ; il ebl inquiet lorsqu'il voit la lune ramener la troisième décade, car elle lui rappelle que le moment approche de payer les intérêts^. Ailleurs, il fait des vœux pour que la lune soit emprisonnée et chargée de chaînes, ça^r tant que cette courrière des mois disparaîtra, il ne payera rien. AiU leurs encore il dit : « Tant que les jours et les mois passent, l'argent augmente et l'intérêt, avec le temps, grossit comme un monstre'*». Ailleurs enfin, l'intérêt est comparé à un fleuve tranquille qui ronge lentement un mur.
Mais si, en Grèce, les débiteurs étaient parfois tourmentés par les usuriers, à Rome, le véritable usurier était le patricien. Plus d'une fois, le plébéien se vit forcé d'aller trouver celui-ci pour se i aire escompter l'espérance d'une victoire prochaine. Après une guerre malheureuse, on revenait à Rome pour y trouver d'autres ennemis qui attendaient et préparaient, arec une procédure; impi*
qu'il nous soit permis de mentionner le fait suivant : A la halle de Paris, il y a des personnes qui prêtent à des marchands des quatre siûsons la pièce de 5 fr. à raison de 25 c. la journée; le petit marchand des rues achète des pi*ovisions ou des denrées qu'il vend dans la ville et il gagne souvent 2 ou 3 fr., et le soir il rend la pièce de 5 ir. et 25 c, ce qui revient à 1,800 0/0 par an! C'est ttt Tûniq[iie Ift parquet de Paris a ttehé d'aboUr cette habitude, il a été obligé de reealer devant là résistance de la balle. (IXscoiir» de M* M. Anbvjr prononcé à la séance dn Corps I^iislatif dn 27 juin 1850, p. Ô et soiv.)
* Nuéeaj vers 17.
* Nuées^ vers 748.
^ Nuées, vers 1130-1135.
* Nuéeji^ vers 1287-129(1
toyable, le jour où leur appartiendraient la vie et la liberté du oeo*
-lurion qui venait de verser son sang pour pairie
« Les prêteurs athéniens qui, tout en percevant un intérêt supérieur au taux ordinaire, tenaient à sauver les apparences, avaient imaginé une combinaison que n'ontnioDd>liéeni dédaignée les usupers du xix^ siècle. Ils prenairat l'intérêt en dedans» c'est-è*dire qu*au moment où ils remettaient à l'emprunteur lasommequecelui* ci leur avait demandée, ils en prélevaient une partie sous prétexte d'intérêts, alors que pourtant ces intérêts ne devaient courir qu'à partir de Temprunt et ne devenir exigibles que plus tard )>. Ce qui est incroyable, c*est que maintenant encore les Etats espèrent toujours avoir reçu en contractant des emprunts. « Les prêteurs, dit Plutarque (De vitando asre aliem), font Ggurer dans la somme qu'ils prêtent C3 qu'ils retiennent à titre d'intérêt. Ils se moquent des physiciens qui prétendent que rien ne se lait de rien et tirent un intérêt de ce qui n'existe pas encore. Pour eux, recevoir les impôts que la loi autorise est une honte et ils perçoivent, malgré la loi, un impôt sur l'argent qu'ils prêtent. A vrai dire, leurs prêts ne sont que des vols, car si un débiteur reçoit moins que ne porte son obligation, il est fraudé ».
L'anatocisme, ou conversion des intérêts en principal, n'était pratiqué à Athènes qu'en cas de convmitîon spéciale, ainsi que le remarque fort bien M. E* Caillemer.
Les documents à ce sujet, peu nombreux, suffisent cependant pour prouver ce système. Une inscription, trouvée dans l'île de Paros et publiée depuis longtemps d^à, est décisive à cet égard, et nous servira, en outre, à prouver une autre coutume des anciens;.
Voici cette inscription :
tvouçToïç Xtûi; [>o-jftafltpi] évot; tô5 a [px^î] S i^avÉïaxv :roXet ^iutrxi
rosco; [xai àich toxcu s; tôv xp^'^^ tv $ iQ éfiAXo'jtx s^sveto icifi ri; isc^éaiiàç t]
TT (xaroXotinv otptXnJ^oaTG;, F) XXXFAAA. C'est-à-dire :
Ayant payé aux Chioles^ gui en ont dressé le compte^ un c/ï* piial qu^ik ont prêté à la vUÏe^ et produii finiérêt eê f intérêt dee UktMts jusqu^au temps oU il a Ai convenu que V argent $erait rendtt : tmze ans et trente jours ^ jusqu'à V archonte Androsthènes et au mois Anthestérion^ à payer 30 talents^ avec le capital (o2 talents^ 3,530 drachmes). Ils en ont reçu, 2 talents. Reste du 50 talenUf 3,530
flnOfiASMiCft
* Morlia, AgMrt., au mot Bmmtuê*
Ainsi se trouvent démontrés non seulement î'esprit mercantile et spéculateur des Chiotes, quitesdisUngue encore aujourd'hui parmi tous les négociants grecs, mais la conversion des intérêts en principal. M. Rangabé, dans une longue dissertation, a essayé, sans résultat décisif, de trouver le principal. Sa dernière conjecture, quisemble acceptable, est que le capital primitif était de 22 talents, 3,530 drachmes. La somme des intérêts était de 30 talents ; le taux d'intérêt 8 0/0 et le capital dérivé de 52 talents, 3,530 (ou 3,540) drachmes. De celte somme les prêteurs ont payé 2 talents et restent débiteurs de50 talents, 3,530 (ou 3,540) drachmes. Cette différence de 10 drachmes provient apparemment de ce que les anciens ne devaient pas calculer d'après les logarithmes, mais selon quelque procédé, moins exact peut-être, en tout cas plus pratique; l'emploi des caractères de l'alphabet, qui dura jusqu'aux chiffres arabes, rendait Ibrcément les opérations difficiles.
* Quand un débiteur se trouvait hors d'état de contenter ses créanciers, son passif étant supérieur à son actif, il pouvait faire cession de ses biens : Ê|t«iT«oe«i tîiî «àmoK «kiti A»»«i*wc« Awo^owmu, — è|î<jTaa9ai âirsîvrtov tS)v ovtuv. Cette ressource extrême était laissée aux commerçants et aux trapéziles. Les créanciers faisaient alors vendre les biens et s'en partageaient le prix. Comment se faisait ce partage?On ne saurait mettre en doute que les créanciers hypothécaires ou les créanciers gagistes, investis d'un droit réel sur les choses, ne fussent payés avant les créanciers simplement chirographaires. 11 nous semble également certain que, parmi les créanciers hypothécaires, les plus anciens étaient plus avantagés que les plus récents. Les débiteurs qui se réfugiaient dans le sanctuaire de Diane à Ephèse étaient exempts de toute poursuite.
Mais, par suite de la clause pénale très usitée dans les contrats de l'antiquité, les prêts devenaient fort oppressifs et très onéreux. D'après un papyrus grec du Louvre (n° vu), le taux de l'intérêt, en vertu de la clause pénale, est de 50 0/0. Voici ce curieux document gréco-égyptien :
< Prêt de vingt-deux àrtabes et demie.
Créancier, Harsiésiâ. Débitrice, Lenimontbis. L'an XVI, le 29 Plamenoth.
«A Diospolis-la-Grande,eûThébain, devant Dionysms, agoranome en Péri-Thébain, Harsiésis, fils d'Horus, l'un des eolchytes
de Diospolis, a prêté sans intérêts à Asclépias, ou Lenimonthis, ou fille de Panas, d'origine perse, assistée de son tuteur Harpaesis, le colchyte, l'un des ensevelisseurs de ladite Diospolis, vingt-deux artabes et demie de blé.
« Asclépias rendra ce prêt à Harsiésis, le 1" pachop de celte seizième année, en blé nouveau, sain, non moulu , pareil à ceiui qu'elle u reçu, et la restitution se fera en la maison d'Harsiésis, aux Irais
d' Asclépias.
«Si Asclépias ne restituo'pas conformément à cet écrit, elle devra payer, outre les vingt- deux artabes et demie, une somme égale à la moitié de chaque artabe, d'après le cours du marché.
« Harsiésis aura le droit de se faire payer sur les biens d' Asclépias, et sur tout ce qui appartient à celle-ci, en se conformant aux lois.
a Tel estle prêt dont l'existence a été reconnue par les parties; il a été fait pour renouveler la dette antérieure de quatorze artabes, dont Panas, père d* Asclépias, sus-nommé, était tenu envers Horus, père d'Harsiésis, par contrat égyptien.
« Moi, Ptolémée, secrétaire de Dionysius, ai rédigé cet acte ».
Ce contraLà clause pénale prouve que le premier débiteur. Panas.
de Perse, devait à Harsiésis, fils d'Horus, quatorze artabes de blé, etqueledébileur n'ayant pu s'acquitler,soit qu'il fût mort, soit pour
toute autre raison, sa Ulle Asclépias s'engagea à payer quatorze artabes de blé, et admit la clause pénale. Celle-ci est renouvelée dans le second contrat et dans les mêmes conditions. Mais le contrat, «u lieu de vingt et une artabes de blé, en stipule vingt-deux et demie; dilïérence qui provient sans doute d'une hausse extraordinaire du prix du blé pendant la durée du contrat, et que le créancier a voulu mettre en ligne de compte *.
Le contrat que nous venons de reproduire est loin d'être unique. Les papyrus que vient de publier l'Institut en offrént plusieurs autres. Une requête, de l'an 129 avant Jésus-Christ, formant le n« vni, parle d'un prêt fait, comme le précédent, sous cette condition que, si le remboursement n'a pas lieu à l'échéance, l'emprunteur devra payer le capital et moitié en sus : t«5t« n jwKpomw*. Une autre clause pénale de même nature apparaît encore dans un
• En Orient, les pnysans se troovent gfênés A rhiver on à la teille de chaque récolte et ils s adressent aux usuriers de la place envers lesquels iU s'engagent de la façon suivante : L'argent prêté sera rendu en nature, et est calculé, non pas au 'pviK courant, mais à un pris arbitraire et très bas. Si au terme, savmr, à la récolte, le créancier ne peut pas entrer dans son ar-ent, l'engagement en nature est converU en argent avec un intérêt très fort. Cette manœuvre, qui se répète soUTcnt à plusieurs reprises et qui Huit par ruiner le débiteur, a lieu surtout pour l'huile et s'appelle selem.
« Dëmosth. Apollodore e. NieoatraU : Oô {/-ovov Ttàpx**» ^'-^î ^woj; iiri- ^e«;, i»4 luà m iiRn|uaT« ist* «TÏP*^ «««wis. (I«l. in Phorm,)
coalral de mariage, et nous est rOvéloe pur le papyrus n" vni. Si le mari ne se conforme pas è toutes les stipulations du contrai, il rendra la dol, plus une valeur égale à la moitié de cette dot : ikê Sk
Essayons maintenant de prouver que fort souvent, dans i'auliquité, les temples s'occupaient des affaires de banque.
Chez les anciens, tous les temples de quelque importance avaient un trésor, formé successivement de dons volontaires, du produit des amendes, du revenu des biens sacrés et d'aiiirés bénéfices dé-
volus aux Dieux ^
En Grèce, dès l'anliquilé la plus reculée, le trésor de tous les Hellènes était déposé à Delphes; sur une proposition laite par les Laconiens, il fut transporté à Athènes. Il est à remarquer, toulefois, que les premiers tributs des alliés d'Athènes commencèrent à être conservés à Délos, sous Aristide, la 3« année de la 77* olympiade. Dix ans plus tard, ils furent transportés à Athènes, la 4® année de la 79® olympiade, et servirent non seulement h la dél^nse commune, mais h rembellissement et à la puissance de la capitale de TAttique, La caisse, lorsqu eile fut enlevée de Délos, contenait environ 1,800 talents. Outre ce trésor, les différentes parties du Parlhénon renferm-dent des offrandes du plus haut prix, qui, avec les sommes considérables mises en réserve dans larrièretemple (l'opisthodome), provenant des dîmes consacrées aux Dieux, desamendes et des tributs, constituaient ces immenses ressources qui lurent d'un si ^nd. secours à Athènes dans les moments de crise ou de péril. En dehors de Vtmmimçy magistrat élu pour vingt-quatre heures parmi les présidents de chaque prytanée, pour veiller sur ce trésor, la garde en élait confiée à des caissiers, 7»^, au nombre de dix, un par tribu. Ils étaient annuellement désignés par le sort, mais choisis parmi les c pentacosiomédimnes», c est à-dire la classe de la ville la plus riche; ils avaient un président et un secrétaire, et déposaient dans Topisthodome les sommes que le Sénat remettait entre leurs mains; la clef en restait dans celles du chef des prylanes, qui changeait tous les jours.
Plusieurs compagnies d'otUciers élus par le peuple étaient chargées de veiller à l'administration des finances, chacune des tribus nommant un officier pour la plupart de ces compagnies. Les uns donnent à ierme les droits d'entrée, délivrent, contre certaines
* CaiUemei*, id^ iL>.y p. 25.
redevances, les privilèges pour Texploitation des mines, président à la vente des biens confisqués, etc. Les autres inscrivent sur des
registres la somme pour laquelle chaque ciloyen doit contribuiîr aux besoins de IMCtat. Voici ce que Ton peut dire de précis sur ces officiers ou fonctionnaires.
Lés receveurs, àmiéma^ au nombre de dix, conservent les rôles des taxes auxquelles sont imposés les citoyens, perçoivent les im« pôts, les entrées et les contributions, effacent, sous les yeux du Sénat, les noms de ceux qui ont satisfaite leurs obligations, jugent de toute contestation de peu d'importance et, dans des cas plus gntves, portent la discussion devant les tribunaux. L'année écoulée, ils remettaient h leurs successeurs les objets conservés ou déposés dans le temple, avec un état exact de tout ce qui y était entré ou en était sorti pendant leur gf*stion. Tous ces eiïets étaient aussi notés sur un inventaire. Enlin, pour plus de garanii(î, aux fêtis des grandes Panathénées, les caissiers des quatre années précédentes publiaient simultanément et inscrivaient sur le marbre les inventaires des objets remis d'une année à une autre* Ce système dura de la SQ"" h la 94® olympiade, dans laquelle les Athéniens, vaincus à Aigos-Potamos, perdirantleurindépendance, virent leurs murs abattus, leur constitution détruite par Lysandre, et subirent le joug ées magistrats que leur imposa Lacédémone,
Les comptables, xo'pml, étment au nombre de deux : Tua de la chambre (pcuXTi), l'autre de l'administration.
La haulc main, la direction suprêmesur tous les caissiers, appartenait aux Hellénolamies, responsables de toutes les sommes sorties des caisses du Trésor. D*après Thucydide, ceux qui gardaient 1 argent provenant des impôts des Hellènes, auparavant déposé à Délos, et d'après d'autres, les caissiers des impôts, appartenaient aux Athéniens.
«Les divôr*ses espèces de revenus, dit Barthélémy, étaient déposées tous les ans dans certaine caisses ditrérentes, régies chacune en particulier par dix receveurs ou trésoriers. lies dépenses relatives à la guerre et h toutes les parties de Tadministration étaient assignées sur les différentes caisses dont nous venons do parler. En temps de guerre, les lois ordunn;iient de verser dans la caisse militaire Texcédent des autres caisses; mais il ialluit un décret du peuple pour modifier Tordre des assignations m*
Tous lésons, on versait dans une caisse r^ie par des officiei-s particuliers des fonds considérables qui devaient^tre publiqueîufmt distribués, pour mettre les citoyens pauvres en élat dépaver lems places aux spectacles. Le peuple ne voulait pas qu'on touchât à ce dépftt, et plus tard on décréta la peine de mort contre lorateur qui
proposerait d'employer cet argent aux besoins de TÉtal épuisé par uoe longue guerre.
Les eoj^tes, &m^%vi^ tenaient compte de tout 1 argent déposé. L'élecUon de magistrats et d'ofûcieps, au nombre de dix, un par tribu, semble avoir été la pratique ordinaire, et les finances d'A- Ihènes en reçurent un changement complet. Un corps de dix membres, appelés àTro^EJcrai , receveurs, fut investi de Tadmims- Iralion suprême du Trésor, traitant avec les adjudicataires pour les revenus qui étaient affermés, recevant toutes les taxes des mains des collecteurs et les dépensant sous le contrôle de l'autorité compétente. On attribue h Gleisthènes la première nomination de ce corps, destiné à remplacer les anciens <( colacrôtes », qui avaient rempli jusqu'alors ces fonctions, et qui lurent réduits à recevoir le revenu public etè le payer aux dix trésoriers de la déesse Alhénê, qui le gardaient dans la chambre intérieure du Partbénon et le déboursaient selon les besoins publics. Mais ces arrangemenU plus complexes ne peuvent être attribués à Cleistbènes.
Dans ce nouvel ordre de choses se distinguasurtoutLycurgue, qui fut un vrai ministre des linances en exercice pendant trois intervalles panalhénaïques, c*e8t-à-dire àome ou quinze ans consécutifs . Il surveilla non seulement la perception, mais remploi de tous les revenus publics, rendant périodiquement des comptes rigoureux, et avec une autorité et une science (inancière supérieures à celles de tous les hommes d'Etat depuis Périclès. 11 améliora les gymnases et les stades de la cité, multiplia les dons et les meubles sacrés dans leô temples, agrandit ou reconstruisit les bassins et les arsenaux, propara une réserve considérable d'armes et d'équipements militaires et maritimes, et entretint 400 trirèmes en état de tenir la mer, pour protéger le commerce d'Athènes. Jamais il ne fut remplacé dans ces fonctions étendues, bien qu'Alexandre, à un moment donné, eût demandé qu'on lui livrât sa personne, ce que refusa le peuple athénien.
Le trésor déposé dans ropisthodome était fort important; au commencement de la guerre du Péloponèse, l'argent monnayé ne montait pas à moins de 6,000 talents, soit environ 3 millions et demi de franc»; les frais de décoration des cdiUces civils et religieux entrepris par Périclès, le siège de Polidée, l'avaient réduit h ces 0,000 talents. De plus, l'Acropole et les temples si nombreux dans toute la ville étaient riches d'ex-voio^ d'oll'randes, de vases sacrés, de meubles d'argent destinés aux processions et aux fêles, elc, objets dont la valeur élai t estimée à plus de 500 lalen ts ; la statue seule de Minerve, érigée par Phidias dans le Partbénon, Luulc d'or cl d'ivoire, comprenant une quantité de mêlai précieux,
évaluée au moins h 40 talents de poid«, soit plus do 400 talents d'argent; notons que tout cet or pouvait s'enlever et se replacer & volonté. Outre ce trésor, toujours ainsi sous la main, les revenus annuels atteignaient des chiffres considérables ; le tribut seul des alliés donnai 1 6,000 talents, soit 3,450,000 francs; les autres revenus donnaient 1,000 talents, soit 5,750,000 francs.
Pour ce qui est des affaires ou opérations de banque effectuées par ces établissements sacrés, nous venons de voir que tous les témoignages sont d'accord sur l'existence et remplacement de l'o» pisthodome. 11 était situé derrière le (ample de Minerve et entouré d*un double mur percé d'une porte; c'est là qu'était le trésor, c'est-à-dire au milieu de l'Acropole, et derrière le temple de Minerve se trouvait la caisse, ou ïwrarium de la Grèce. Gependanl, il semble ressortir de quelques inscriptions et d'un passage d*Ulpten qu'on gardait en dépôt dans l'opistbodome, séparées les unes des autres, d'abord les caisses de chaque temple de Minerve, puis Qelles de chacun des autres dieux adorés dans l'Acropole.
Dans l'anliquiLé, tout temple de quelque importance avait un trésor formé, nous l'avons vu, de dons volontaires, de biens sacrés et de revenus affectés aux Dieux. Les maisons des anciens étaient en effet, au point de vue surtout de la sûreté, complètement nulles. Les voleurs étaient appelés Totx.wpy>t, perce-murs, car ils n'avaient, pour entrer, qu'à percer le mur au moyen d'un morceau de bois ou d'un instrument quelconque. De bonne heure s établit ainsi l'habitude de mettre en dépôt tous les objets précieux et l'argent; les trésoriers^, en ce cas, avaient soin de tracer sur le dépôt le nom du possesseur, alin qu'on piil le reconnaître à tout moment. Les temples étaient non seulement un lieu sûr, mais aussi vénéré et comme gardé par tous. Sans parler des temples célèbres, Strabon nous apprend que la ville de Toulouse possédait un temple fort respecté ; en raison de ce respect, les richesses s'y accumulèrent ; chacun y portait des offrandes, et personne n'y avait Jamais touché.
Les caissiers de l'opisthodome, sous les yeux de chefs choisis ad Aoc, fermaient, ouvraient et scellaient ensemble les caisses.
M. Geoi^es Perrot le dit avec beaucoup de raison : « Dans tout Gt*ec comme dans tout Israélite, quelle que soit la profession où il s'est engagé, il y a toujours l'étoffe d'un négociant ou d'un banquier. Sous le langage et le costume du médecin, de l'avocat, du professeur, Thomme d'affaires sommeille, prêt à se réveiller dès que les circonstances Texigent Les Grecs, par conséquent, n'ont jamais laissé l'argent dormir dans les eusses publiques. Aen juger par quelques inscriptions, c'était un principe établi que celui de
faire valoir l'argent. Les Plaléens,un dème del Allique, décidèrent, nous dit une inscription, de placer leurs recettes chez ceux qui offriraient le plus d'intérêt et de garanUes; d'une autre inscription,nous lirons la preuve que les temples prêtaient à intérêt, dès les temps les plus reculés, aux villes et aux particuliers. D'une autre encore, que la Société archéologique d'Athènes vient de découvrir dans les fouilles du tenaple d'Esculape, 'Âay-Xy,7:terov, nous apprenons que les Juliens de Céos devaient aux Athéniens 3 talents. Les temples de Délos, d'Ephèse, de Samos» de Delphes, etc», faisaient des opérations de b:inque; Alcibiade, pour relever la république, fit un emprunt à Delphes. D'après quelques inscriptions, le Trésor sacré avançait de l'argent à intérêt même à la ville d'Athènes, c'est-à dire aux HellénoUmieset aux généraux, sans compter les prêts hypothécaires. Il résulte clairement, de tout ce que nous vouons d'avancer, que les fonds publics se plaçaient à intérêt
Les banquiers, paraît-il, empruntaient ou prêtaient souvent de l'argent aux caisses publiques, toujours à un taux médiocre. Ces opérations n'étaient pas exemptes parfois de «tripotages »; car, bien que le Trésor fût situé dans Topisthodome, sous la garde de plusieurs caissiers, que la clef en fût aux mains du pirytane qui changeait tous les jours, il paraît aussi qu'on ne faisait ni un inventaire des effets ni un état journalier, et «comme une fois on apportait beaucoup et de fortes sommes, il sembla bon aux caissiers de prêter cet argent aux banquiers, à i'insu delà ville, pour en tirer gain et profit. Mais à peine fait ce placement, les banquiers furent renversés (probablement quelque faillite, ou suspen«sion de payements à la suite d'une crise commerciale). Les caissiers décidèrent alors de mettre le feu à l'opisthodome, pour faire croire que l'argent avait été dévoré par Tincendie et non détourne par eux». Nous savons également, par unpaœagedeDémosthènes, que les trésoriers de Minerve et des autres dieux, auteurs de l'incendie de Topisthodonje, furent détenus jusqu'à Tinstruotion de leur procès.
Démosthônes dit que l'opisthodome a été ouvert, et dans quelques autn^ passif mentionne quelques citoyens qui ont soustrait de grosses som.mes au temple de l'Etat» des débiteurs ou valeurs du Trésor, des caissiers enfuis avec les deniers de FEtat, etc.
Les impôts, les amendes et les monnaies qu'ils frappaient, constituaient le capital de roulement de ces temples. Sous les successeurs d'Alexandre et après la conquête romaine, plusieurs villes, et particulièrement Âthènesi Zénos, Sinope,etc., paraissent avoir eu des banques publiques. Celle même de Byzance semble avoir géré lesafl'aires du TElat, qui lui donn^ h ferme plusieurs privi-
XV oiSvn ofrr àmiMhtx ÎTspw oure îrpîflMiSflW icop* ir^v %l f»A ©repwî^». Cette
ville avait, au commencement du ix'* siècle, une banque fondée par Nicéphore, laquelle faisait des avances ou prêts maritimes à tout capitaine de navire solvable, jusqu'à concurrence de 13,000 francs, à un intérêt 4e 17 0/0 par an. A Athènes, par une inscription du Cûrpw imcriptîonum grœcarwn de Boeckb, nous apprenons qu*au . ne siècle de l'ère chrétienne il y avait une banque, mais aucun autre renseignement n'étant parvenu à notre connaissance, nous ignorons le butet les fonctions de cet établissement ^.
* Terminons ces indications par dÎTers fragments empruntés aux scnmM lâ^
tines et grecques : à Lucain parlant du trésor da Capitole, à Dion Chryao«to0ie,
à propos d'Ephèse.
a Des profondeurs du sanctuaire on arracha le dépôt longtemps inviolable des deniers Romains, trophée de Carthage, dépouille conquise sur Perséeet sur Philippe; cet or que Pyrrhus t'abandonna dans sa fuite tremblante, ô Rome, et que Fabricius refusa d'un roi qui voulait Tacheter; les épargnes de l'antique frugalité et les tributs de l'opulente Asie et les richesses que Métellus vainqueur ravit à nie de Minost H q/fiw que de$ rives loiutaiaes de Chypre ap* pertteent les vaiesemuc de Caton; ^ tout le butin de rOrient, trésors d^ derniers rois étalés ni^uère devant les tiiomphes de Pompée; tout est en proie. Le temple reste vide wpH^ ee triste pUlage ; enftn Eimie est plus pauvre que C!!$sar* » (Lucain, la Pharsale, chant III.)
Nous avons souvent donné des estimations anciennes, et quelques personnes croient que les calculs des anciens ne pouvaient pas être très exacts, surtout ceux concernant les intérêts composés (voir aussi les Antiquités hellén. de Rangabé, t. II, à propos de Tinscript., n** 902), mais les savants articles du Dict. dfs antiquités grecq. et rom., aux mots Ahacus, Arithmetica et Astro^ nomio, ne nous laissent aucun doute sur l'exactitude de leurs calculs.
Il a parfois été qiMstion de Tserariuin; il était toujours placé dans le temple le plus sacré ou dans des dépendances immédiates, comme à Rome dans le temple de Satumeet d*(^, à AUiènes dans le teiqde de Minerve, à Selincmte, à Pompéi dans eelui de Jupitar, et oo y â même recueilli une grande quantité d*or et d'argent. (Dict. des antiquités greeq. et rom., au mot ^fwtwm.)
Nous avons parlé des emprunte. Rappelons ce fait singulier qui'prouve Tesprlt à la fois léger et sérieux des Grecs.
A 1 époque des Diadoches, quand les finances d'Athènes étaient entièrement ruinées et que les habitants, réunis en grand nombre, se concertaient sur les mesures qu'il était urgent de prendre, un riche capitaliste offrit de fournir à l'Etat la somme nécessaire. Mais en faisant cette proposition, au lieu de dire : S%mam^ il avait dit ^*vti«. De là, grande rumeur parmi les assistants qui, à ca«sa de ce barbarisme, se montraient disposés à refuser son offre et n'acceptèrmtqne qvand le métèque «yantsenti sa faute et quelqu'un Tayaut engagé & dit» : « J« tous prêterai oA argeni»» ce tfest qu'akvs qu'il» ncceptèrent en }e louant. (Suidas.)
Nous pouvons, par contre, exposer ici quelques affaires d'une des plus célèbres banques derantiquité, qui a duré très longtemps, car nous connaissons plusieurs de ses propriétaires et de leurs successeurs. On ignore l'année de sa fondation, mais on sait que les propriélîiires de celle banque, que nous appellerons «banque de Pasion », puisque nous connaissons beaucoup d'actes traités pendant sa direction, étaient Antistbène et Archestratos, auxquels succéda leur ancien esclave Paidon, auquel succédèrent Xénon et Euphraios, remplacés par Eaphron et Callistrate, qui semblent avoir élé les derniers maîtres ou directeurs de ce iamcux éUiblîssement.
Il exislait à Athènes, vers la fin de la guerre du Péloponèse, une
maison de banque dirigée par deux associés, Archestrale et Antistbène. Le premier avait pour esclave Pasion, dont il avait remarqué rinleiligence et l'activité, et longtemps utilisé les services. Il rafiVancbit et, de concert avec son associé, lui céda sa banque, peu de temps sans doute après le rétablissement de la démocratie. Toujours esl-il qu'en 394, année ou l'ut écrit le Trapéziiique, Pasion était déjà chef de la maison; c'est à lui, à lui seul que s'en prend le client d'Isocrate ; c'est lui quUl accuse de nier un dépôt, de ne pas vouloir représenter des sommes versées en compte courant dans la caisse de la banque. Les faits allégués ici sont41s vrais ou faux? On ne peut le dire ; le récit d'Isocrate n'en est pas moins intéressant par la physionomie et le tableau des mœurs qui s'y dessinent, par tout ce qu'il nous apprend des allures et du langage de la gent iinancière d'Athènes.
Le discours est composé pour le fils de Sopceos, un de cesaven-
f<rre ircOToù; ÈîostÎou;, ort x&XXà xpii,"-*'^* Traf'aÙTOÏ; £<rrt, Ta piv ISio-h^ arcxe-- |uva êv TÛ vcw rx; 'ApTSfitioç, xoùît 'Efps^îtwv [jlovov, àXXà icat twv SttouÔêv Srmbvi ieéfimm' tk Siiud Siff^m^ %ai ^oatXudv* nds'aat Tram; cî xidivre; àacpaXe(a;xaptv,
^rjùwtm, «oUstiuc iX^Aoi; tik iràM^. OSxow «k, in {Ùy tv xoiv» xtirat XsxaaTx, ^flXov i9m' âSOàxftt hiy^tf, xmvàrin iiroTfpafi;, ftoî ntbrk rcU 'Bçwkîiî àiTO'ypàcpeaOai. ïi o5v, A?â xai XaptSàvwwiv Si «6rib, Sw ■? Xfti^Tt^; tl ^fltvtC- (Dionis Chrysostomi, Orat. XXXÏ, t. I, p. 595, éd. Réiscke.
Lipsife, 1784.)
Enfin, sur ce sujet on peut consulter aussi la brochure du professeur M. Elia Latte, I Banchieri privati e pubblici délia Grecia antica, Milano, 1807, et l'ouvrage de M. G. Lumbroao ; Recherches «ua- Vécowmie politique de
toriers grecs qui faisaient leur fortune auprès des petits princes
h demi barbares du Bosphore cimmérien et delà Thrace. C'étaient parlbis d^hubilesoniciers qui savaient réunir une bande de mercenaires ou armer et exercer à la grecque un corps de troupes indigènes; mais la plupart d'entre eux s'occupaient plutôt d affaires d'argent ; ils étaient le ministres des finances et les banquiers de ces princes; ils jouaienL auprès deux à peu près le rôle que depuis plusieurs siècles les surafs arméniens remplissent auprès du sultan et des pachas turcs. Parfois exposés comme ceux-ci îi des di^àces subîtes» suite de quelque intrigue de palais, ils Unissaient presque toujours pars'raUr^; au bout de quelque temps, cela se dénouait par une réooncilîaUon dont les scyeta du prince et les marchands étrangers devaient bientôt payer les frais, car il en avait coûté cher au minisire, pour fermer la bouche à ses ennemis et pour apaiser le souverain.
SopcBOS était le favori de Satyros, prince du Bosphore, qui avait avec les Athéniens des relations garanties par un traité de commerce fort prolilable aux deux parties. Le Pirée tirait du Bosphore de grandes quanlilés de blo. Sopœos avait un fils qui voulut voir Athènes. Le pcïre mit à la disposition du voyageur une fortesomme d'ai^t et l'envoya au. Pirée avec plusieurs cargaisons de blé et d*autres denrées. .Tout en jouissant des plaisirs de la grande ville, le ,j- uO homme ne négligerait pas les affaires; il placeraitlesmarchandises de«on père, il entretiendrait ses relations, recouvrerait ses créances et surveillerait l'emploi de ses Tonds. Tout alla d'abord pour la mieiix. Adressé par Soposos à Pasion, un des premiers banquiers d'Athènes, le jeune homme trouva près de lui cet accueil empressé et obséquieux sur lequel peut compter partout un riche étranger porteur d'une forte lettre de crédit. On lui procura des amis et des plaisirs; on reçut en dépôt tout l'argent qu'il tira de la vr ûte des marchandises, sans livrer reçu, selon l'habitude ; on lui promit de l'intéresser dans les plus belles afiai* res que ferait la banque. Notre tils de ministre trouvait qu'à Atb&* nés les banquiers mômes étaient de bien aimables gens.
Au bout de quelques semaines, il eut une désagréable surprise. Par un navire arrivant du Pont, on apprit qu'il y avait là-bas une révolution de palais : Soposos avait déplu à son prinœ, il avait été jeté en prison; ses biens étaient confinés, et^Satyros allait en-* voyer à Athènes des délégués chargés de rechercher èt de saisir toutes les marchandises et toutes les sommes que son ancien ministre y possédait» Athènes avait pour son commerce un tel besoin du bon vouloir dis ces princœ du Bosphore, que Ton ne pouvait
risque? une brouille avee lui pour une pareille bagatdle, SopcBOBi puisqu'il avait perdu sa place, n'était plus à ménager- Tout éperdu, le fils de Sopœos nlla trouver son ami Pasion, et lui conta Taffaire, Le rusé personnage parut prendre une grande part à sa peine. Il s'agissait d*abord pour la banque de ne point se dessaisir de sommes qu'elle Taisait valoir. Pasion conseilla dono au jeune homme de remettre sans difficulté aux représentants de Salyros les marchandises et le peu d'argent qu'il avait alors entre les mains; quant au capital beaucoup plus considérable qui était àépoBééàm Pasion, il en dissimulerait l'existence, il dirait que ses dépenses avaient absorbé jusqu'à la dernière obole les fonds qui lui avaient été confiés; il soutiendrait que, loin de posséder encore quelque chose, il était débiteur de Pasion et de plusieurs autres citoyens, qui, sur la réputation elle crédit deson père, lui avaient à plusieurs reprises fait des. avances. Ainsi Pasion se porterait créanciwdedBOdrochmes; unautre ami produiraitdesréclamatums analogues; tous ses compères affecteraient la plus sérieuse inquié* tude à propos de leurs créances. Grâce à cette comédie, les députés du Bosphore comprendraient que « là où il n'y a rien, le roi perd ses droits »>.
Le crédule étranger, chaitné du conseil y sourit à cette idée au milieu de ses transes, et songea au tour plaisant qu'il allait jouer à Satyros. Il serra les mains de Pasion, l'appela son sauveur. Tout en acceptant ces démonstrations d'aHection et de coutiance, celuici, qui avait déjà jaugé son client, songeait à rendre le tour pins complet et hériter à la fois de Satyros et de Sopceos; ce serait pitié de rendre à ce naff, à ce dépensier, 7 ou 8 beaux talents d^argent que, suivant l'expression athénienne, on pouvait si bien «faire travailler ». La pensée secrète éclata bientôt. Le jeune homme, inquiet des mesures que les Athéniens pourraient prendre contre sa liberté, résolut de partir pour Byzanoe. Il s'amimit peu dans Athènes depuis qu'il n'y .jetait plus l'argent par les firaètreset que ses anciens compagnons de plaisir lui battaient froid... Une menace d'extradition pesait sur la tête de celui que poursuivrait Satyros, et s'il était livré h ce barbare, n'élait-il point exposé à périr avec son père dans un de ces supplices ingénieusement rattinés dont les despotes cunentaux n'ont jamais perdu la traditimi?
A Byzance, il trouverait peut-être à recouvrer les sommes dues à son père, et en tout cas sa liberté et sa vie y seraient en sûreté; Byzance avait le blé de la Thrace; protégée par sa position et ses fortes murailles, olle ne craignait point les petits rois barbares de rSuxin, elle ne trahirait pas son hôte. Le voyageur, avant de s'^barquer, alla voir Pasion pour retirer de ses Bmins son ar-
gcnt et lui prodiguer ses remerciements- Pasion le reçut avec politesse, mais avee lanbarras; il reconnaissait la dette, mais il avait engagé les fonds dans l'intérêt môma du déposant; il lui fallait du lemps pour les dégager, il n'était pas encore en mesure de les rendre. Plus contrarié de ce retard qu'alarmé des suites, le client fut forcé de se contenter de ces raisons; sa confiance en Pasion était trop œUèie pour s'évanouir en un jour. Pourtant, comme à de nouvelles démarches le banquier répondait, toujours par les mêmes excuses et les mêmes prétextes, il finit par concevoir quelques soupçons; il envoya deux de ses amis à Pasion. L'un au moins de ceux-ci, Ménexène, étaitun citoyen. En facedeMénexène, Pasion changea de Ion. « Il ne savait ce qu'on lui voulait ; il n'avait rien reçu de celui au nom duquel on parlait, il ne lui devait rien ; comme cet é tranger l'avait lui-môme déclaré aux députés de Satyros, c'était au contraire la banque qui lui avait prêté 300 drachmes et qui pouvait le poursuivre », On ne put obtenir d'au, tre répcMise.
Il n*y avait plus à en douter, Pasion avait résolu de s'approprier
la plus grosse part des dépouilles du malheureux. La plainte était impossible. 11 n'y avait rien eu d'écrit entre les deux parties, et le dépôt n'avait eu d'autre témoin qu'un jeune esclave qui faisait fonction de caissier chez Pasion. D'ailleurs, on ne pouvait songer à entamer une revendication judicnaire et à citer ce témoin« jU volé s'était fait d'avance le compliceet le garant de son voleur ; il avait arrangé avec lui une comédie dont il se trouvait maintenant laTOîtime. N'avait-il pas lui-même dit et répété à qui voulait l'entendre qtt*îl ne possédait plus rien, qu'il ne vivait que des avances de Pasion et de qudques autres préteurs ? S'il se donnait aujourd'hui un démenti, et qu'un tribunal contraigntt Pasion à rendre gorge, à qui profiterait cette restitution? Les représentants du roi mettraient opposition au payement; l'argent ne sortirait de la lîanque que pour tomber entre leurs mains, et tout le fruit qu'en retirerait le plaignant, ce serait d*ètfe un peu plus compromis auprès du roi; celui-ci ne manquerait point de faire payer au père l'effronté mensonge du fils.
L'impunité étaitdonc à peu près assurée à Pasion, et sa dupe en devait être pour sa courte honte, quand se produisit dans ce petit drame une soudaine péripéUe. Soposos non seulement était sorti de prison, mais il était plus en feveur que jamais auprès de son prince, qui, pour lui donner un public témoignagne de réconciliation et d'amitié, avait fiancé son propre fils à la fille du ministre. C'étaient là les nouvelles inattendues qu'avaient apportées au Pirée les deniers navires arrivés du Bosphore. Au lieu d être
comme la veille presque un proscrit, un de ces abandonnés du sort contre lesquels on peut tout oeer, le olient de Paeion était rcde* venu le fils d'un ministre, le bcau-frère d'un roi. I/infidélité dont il craignait jusqu'alors de se plaindre pour ne pas risquer de se perdre lui-môme, il ullait pouvoir la dénoncer tout haut. Sans doute Piision pouvait se tirer d'ailaire en restituant; mais il était bien résolu Àn'eœployer ce moyen désespéré qu'à k dernière ex» tromité; il avait commencé k faire de ces capitaux un trop habile u?nge pour ne pas les regarder déjà presque comme sa propriété. Il s'agissait donc tout au moins de gagner du temps: d'un jour à l'autre, un caprice du maître pourrait renvoyer Sopoeos en prison et refaire de son iils un pauvre bèrequelon aurait ^e nouveau à sa discrétion.
Le plus pressé, c'était d'éloigner cet employé, ce Kittos, seul ié« moin du versement opéré par Tétranger. Pasion le fait donc sortir secrètement d'Athènes, et quand celui qu'il a voulu spolier vient Je sommer de laisser déposer Kiltos, il prend effrontémen*. l'offensive; il accuse Ménexène et son ami d'avoir séduit l'employé et d'en avoir reçu 6 talentë soustraits frauduleusement à la banque ; il ajoute que, pour faire disparaître la preuve de ce vol, les instigateurs du délit ont fourni à leur complice tous les moyens de fuir. Pasion était, on le voit, homme de ressources et d'expédients. Son adversaire reste court devant une accusation aussi imprévue; Pasion, sans lui laisser le temps de se reconnaître, Tentratne devant le polémarque^ l'archonle chargé de la police des étrangers résidant à Athènes, et celui qui recevait les actions intentées contre eux. Là, il pleure, il crie, il s'indigne ; il demande que l'étranger capable de s'enfuir avec l'argent dérobé soit jeté en prison, ou qu'il fournisse une caution de 6 talents. Ia caution se trouva; mais c'était encore du temps perdu pour le fils de Sopœos. Avant d'ai-> laquer Pasion, il fallait qu'il se défendît; au lieu de démontrer qu*il était victime d*un vol, il fallait qu'il commençât par prouver qu'il n'était point lui-même un suborneur et un voleur. Pasion pouvait espérer qu'il y aurait là de quoi décourager son créancier et le décider à repartir pour le Bosphore*
Par bonheur, Ménexène était un homme énergique, capable de tenir tôle à Pasion lui-même. Au lieu de renoncer à la lutte, il se mit tout d'abord à la recherche de cet employé dont le témoignage devait être décisil. Guidé par on ne sait quels indices, il le suivit jusque dans le Péloponèse,s*as8ura de sa personne et le ramena en triomphe à Athènes. Là, il invita devant le magistrat Pasion à laisser mettre Kittos h la torture. La loi athénienncdélendait
d'appliquer la question aux personnes de condition libre; mais elle l'autorisait pour les esclaves de l'un ou de l'autre sexe.
La situation de Pasion devenait mauvaise. Pour éviter la torture, Kittos flnirail par avouer, d'une part qu'il avait vu l'étranger conlier des fonds à la banque, de l'autre que C^ait son propre maître qui l'avait éloigné d'Athènes. Il fallait à tout prix lui éviter la torture. Pasion avait plus d'un tour dans son sac; voici ce qu'il imagina. Devant le polémarque, il affirma que Kittos était de condition libre et ne pouvait, par conséquent, êU'e traité comme un esclave .Ménexène répond que Pasion ne voulait quegagner du temps ; il s'oppose à la mise en liberté provisoire, à moins que Pasion ne fournisse une caution dont la valeur fût égale à celle des sommes que la banque devait à son ami. Pasion s'exécute, il dépose 7 talonts, près de 50,000 francs, afin d'épargner la question et d'assurer les privilèges de la liberté à celui que tout à l'heure encore il accusait d'être l'auteur d'un grave abus de confiance, le principal complice d'un vo! commis à son préjudice.
L'inconséquence était évidente. Pris à son propre piège, Pasion semblait se contredire lui-même. U sentit qu'il lui serait difficile d'expliquer à son avantage toutes ses démarches et qu'il était dans une impasse ; il tenta de revenir sur ses pas. U fit dire à ses advwsaires qu'ils pouvaient interroger Kittos comme ils le voudraient. Ceux-ci acceptèrent et convinrent de se rencontrer dans le temple de Vulcaifi avec Pasion^ son esclave et les personnes chargées de le faire parler.
Aussitôt donc que l'on se fut réuni, quand Pasion vit apprêter
les cordes et les verges sous les yeux de Tesclave déjà pâlissant, il changea de langage : «Interrogez Kittos,dit-ii, posez-lui toutes les questions que vous voudrez; mais ne le frappez point, je ne suis pas vraiu pour le livrer à des bourreaux ». Devant ce refus formel de Pasion, les arbitres qui avaient été désignés pour appliquer la torture au témoin et recueillir ses aveux n'avaient plus qu'à se retirer; ce qu'ils firent après avoir déclaré que, suivant eux, Pasion aurait dû remettre l'esclave. Le banquier répondait par de bruyantes protestations î « U ne voulait point voir expirer sous le fouet un fidèle serviteur; ce n'était pas qu'il eût la moindre envie de faire tort à personne. C'est aux arbitres à se prononcer; s'ils décident contre lui, il payera tout aussitôt». Ceux-ci n'avaient pas mission de trancher cette question, et Pasion le savait. On se sépara donc sans que ce rendez vous eût amené d'autre résultat que de constater le parti pris d« Pasion, bien résolu k tenir doeeâ les lèvres de Kittos.
Cependant Pasion n'avait pu se dissimuler l'impression produite
sur les &8aîstftDL&. L'affidre pouvait mal tourner; pcuUêtro soniiUiT sage de transiger. Jour futdcmc pris avec le fils de Sopœos; on so rencontra dans un temple, à TAcropole. Là, loin de toute oreille et
de tout regard indiscret, Pasion fut tout autre. D'un pan de son manteau, il se cachait le visage comme un homme honteux de sa conduite, qui n'ose affronter les yeux d'un ami envers lequel il a eu des torts graves. Il pleurait, il répétait qu'il avait fallu, pour le décider à nier un dépôt, de graves embarras d'ai^nt : « Bientôt il serait en mesurf^ de faire la restitution demandée; il suppliait son client de lui pardonner et de tenir la chose secrète. Tout le succès de sa banque reposait sur la conliance qu'elle inspinûl; que cette confiance vint à être ébranlée par une révélation mi^ncontreuse, c*en était fait de son crédit ». LMlranger crut à un re* pentir ginrère; il promit à Pasion de ne point chercher h le perdre, et le laissa libre rie choisir le moment et le mode de payement qui sauvegarderaient à la fois, pour le mieux, les intérêts du créancier et ceux de la banque. Trois jours après, nouveau rendez-vous, encore sans témoins. Le banquier et son créancier se lièrent par les conditions suivantes : Pasion reconnaissait la dette, mais le public ne serait pas mis dans la confidence ; Pusion s'embarquerait pour le Bosphore avec son client et, là, lui rendrait lurgent. De cette manière» on ne saurait rien à Athènes, et Pasion exp]iqucnnt n^iffîporte comment le dénouement de raffaire. Âu cas où, ma]gt*é SOS promesses, il ne payerait pas. Satyres serait pris comme arbitre ; si le roi constatait que Pasion avait manqué à ses engagements, celui ci aurait à verser, outre le principal de la dette, une moitié en sus de la somme réclamée. Les clauses du contrat furent mises par écrit et, pour qu*aucune des deux parties n^eût la tenta* lion défaire disparaître cet acte important, il fut décidé qu'on le confierait à un tiers. On appela donc h l'Acropole un capitaine de navire qui faisait de fréquents voyages entre Athènes et le royaume du Bosphore: on déposa entre ses mains, sans doute après lui avoir fait prêter serment, le contrat scellé et cacheté. Dès qu'il semit prévenu que Sopœos n'avait plus rien à réclamer de Pasion et que raffairc était terminée, il brûlerait Tncle; si, au contraire, de nouvelles dillicultés survenaient, il le remettrait a Satyres en personne.
Toutes les précautions semblaient bien prises, le contrai était garanti par une elause pénale qui y faisait intervenir Satyros ; or, Pasion, qui devait avoir des intérêts engagés dans le Bosphore, no se soucierait pas d'en mécontenter le prince. Aussi le banquier avait-il en ce moment le ton très humble; c'est que la convention conclue n'avait pas suffi à le tirer des emkimis où il s'était plongé
par ses propres artifices. Ménexène, qui s'était vu accuser par lui d'avoir suborné un esclave et commis ou oouseilléttiivolf avait fort mal pris la chose; il avait intenté une action pour son propre compte, il exigeait que Kitlos fût mis à la torture, il réclamait de
Pasion, à titre de dommages et^intérêts, une somme égale à la caution que celui-ci Tavait obligé à fournir. Pasion suppliait celui de ses deux adversaires avec lequel il s'était réconcilié de décider l'autre h retirer sa plainte ; mais le fils de Sopœoa refusidt de s'en mêler et le laissait s'arranger comme il Tentendrait avecMénexène. Pasion mourait de peur que Ménexène n'entendît parler du contrat qu'il avait consenti à signer, car alors tout était perdu. Ménexène aurait coptraintson ami à produire cet acte devant le tribunal ; tout le mondeaurait dit que le banquiw reconnmssait ladelte si effrontément niée, et la chose aurait fait scandale à AUiènes. Pour sortir de cette situation, Pasion fit un nouveau coup départie. Il réussit à corrompre probablement quelqu'un des esclaves du capitaine auquel avait été conûé l'accord conclu ; il se procura par Tentremise de celui-ci, ou par qudque autre moyen, le texte môme de l'acte» il le falsiBa et le flt remettre en place par son complice. Cette opération terminée, il relève la tête, il reprend son impudence accoutumée; aux premières démarches de son client, qui le priait de partir enfin pour l'Euxin, il répond qu'il ne songe nullement à ce voyage, et qu'il ne doit plus rien à cet importun qui le persécute de ses réclamations* On insiste; Pasion demande que racte soit ouvert et lu devant témoins. On y consent, eton y trouve une décharge générale donnée par l'étranger à son banquier. On voit d'ici la surprise de Ménexène et de son ami. A celui-ci, s'il ne voulait point perdre son argent et de plus passer pour un calomniatair, il ne restait plus qu'une voie, un procès intenté à Paaîon devant les juges athéniens ; il s'agissait de prouver que Pasion avait commis ce que nous appellerions un faux en écriture privée.
La chose souffrit encore, à ce qu'il semble, quelque délai. L'étranger lit un voynge jusque dans le royaume du Bosphore* Pasion avaitpersislé à refuser de raccompagner, mais il avait ravoyé là-bas son esdave et confident Kittos. Le jeune homme et Tagent du ban* quier exposèrent rafiaire, chacun à son point de vue, devant Satj'ros. Le prince, avec beaucoup de bon sens, se déclara incompétent; c'était à Athènes que s'était passé tout ce dont on Tentretenait et qu'avait été conclue la convention ; il n'avait point, à distance, les éléments nécessaires pour se faire une opnion et trancher le débat. Il tint pourtant à donner au fils de son favori preuve de bon vouloir et de sympathie ; il réunit les capitalistes et négociants athéniens qui se trouvaient alors dans le port et il leur
présenta son sujet; il les pria do prendre à Alhônessa défense cl do point le laisser devenir la victime de Fasion. 11 fit plus; il adressa au peuple athénien une lettre dans laquelle il recommandait aux magistrats et aux jurés alhénîens celui qui allait comparaîlre devant eux, confiant dans leur justice. Ce lut ainsi, sous les auspices de son souverain etlbrt de son appui moral, que le créancier de Pasion, au retour de son voyage, vint soutenir sa demande devant un tribunal présidé par lu polémarque; la qualité du plaignant, l'intervention de Satyros, sur laquelle le plaideur a soin d'insister dans sa péroraison, ropult'ncc de Pasion, les inquiétudes de ses associés et de ses nombreux clients, toutes ces circonstances durent appeler rattention publique sur les dél>ots de cette cause.
Le client d'Isocrate gagna-t-il son procès? On serait tenléde le
croire, tant le discours prévient le lecteur an laveur do celui qui le prononce. Peut-être d'ailleurs le fait même que le plaidoyer a été recueilli et conservé par Isocrate lémoigne-t-il du succès qu'il a obtenu en faisant accueillir une requête qui pouvait sembler très aventurée. En effet, qu'on ne l'oublie pas, les preuves matérielles faisaientdéFautfï l'adversaire de Pasion ; le filsde Sopœos ne pouvait londer sa réclamation sur aucune pièce écrite ni même sur aucun témoignage direct et concluant. Tout ce qu'il pouvait démontrer, c'est que Pasion s'était conduit à plusieurs reprises, dans le cours de celte longue contestation, en homme qui n'a pas la conscience et les niains nettes.
Quelle qu'ait été l'issue de ce procès, il a dû le convaincre que le plus sûr calcul, c'était encore de se recommander par une probité scrupuleuse, car samaison plus tard devint la première d'Athènes; les citoyens les plus riches et les mieux posés, tels que Timothée, le fils de Gonon, tels que Gallistrale d'Aphidna, lui remirent leurs ibniis ou lui empruntèrent de l'argent. Plus d'une fois il avait euToccasion de rendre à l'Etat, avec toutes les apparences du désintéressement, dMmportants services pécuniaires; il obtint donc aisément le titre de citoyen. En effet, Apollodore, dans son plaidoyer contre Stéphanos, dit: «Mon père vous donna autrefois mille boucliers, il vous a souvent rendu des services. Un jor.r, il vous offrit volontairement cinq galères, prit les équipages à ses irais et supporta toutes les charges de la triérarchie ».
Grâce à quelques discours de Démoslhène, nous pouvons poursuivre Pasion jusqu'à la fin de sayie, pleine d'intérêt d'ailleurs h noire point de vue; et au lieu de traduire Démoslhène, nous reproduirons encore ici l'heureuse version de M. Georges Perrot;
« pilous possédons dans le recueil des discours de Démosthène jusqu'à huit plaidoyers qui ont été prononcés pour Âpol]odore,^le ûls aîné de Pasion, et un neuvième, oîi cet ApoUodore est vivement
attaqué par le successeur de son père, Phormion. Par Pun de ces discours, nous apprenons incidemment que Pasion était encore à la lète de sa maison en 372, et par im autre qu'il mourut en 370, après une longue et douloureuse maladie.
« L'employé principal de la banque n'était plus Kittos, qui y remplissait les fonctions de caissier au temps du procès contre le fils de Sopœos. Peu de temps après, Kitios quitta son premier patron et s'établit pour son compte. Chez Pasion, il avait été remplacé par un autre commisj lui aussi d'origine étrangère et servile, Phormion. Comme première récompense de son assiduité et de son intelligence, Phormion avait reçu la liberté; puis à mesure que les années s'appesantissaient sur son vienx maître, il avait pris dans la maison une place des plus importantes; sous la haute surveillance de Pasion, il avait fini par être chargé de tout le détail et par diriger les affaires,
« La banque donnait de très beaux revenus ; on aurait pu croire que Pasion la laisserait à son fils aîné, ApoUodore, qui était déjà un homme fait; mais ApoUodore avait déjà d'autres visées. Son pèrel'avait élevé en fils de famille, lui avait fait donner uneéducation très soignée, Tavait laissé fréquenter les écoles des rhéteurs, se lier avec des jeunes gens ambitieux et riches. ApoUodore rêvait les honneurs, la puissance; peut être eût-il rougi de s'asseoir derrière le comptoir paternel. En tout cas, Pasion n'avait pas assez de contiance dans son assiduité et son jugement pour le charger de la conduite d'une affaire qui réclamait une attention de toutes les heures, de toutes les minutes. Ce fut sur Phormion qu'il jeta les yeux pour continuer son œuvre. Il était alors propriétaire non seulement de la banque, mais encore d'une fabrique de boucliers; il flt avec Phormion un contrat par lequel il lui louait les deux cniroprises. La location portait, pour la labrique, sur le matériel et sur les esclaves qui servaient à Texploili^r ; pour la banque, sur l'achalandage, sur l'usage des capitaux que de nombreux déposants avaient versés dans la caisse de la maison. Si Phormion n'avait pas été connu et aimé des clients, si ceux-ci n'avaient pas été portés au contrat, Phormion n'aurait pu faire honneur à seseng-ageœents ; le petit pécule qu'il avait pu ramasser depuis son attranchissement aurait été bien vite dévoré ; mais, comme dit Démosthène racontant cette cession : « Pour arriver h faire des affaires, la
première mise de raQds4)l la plus nécessaire, c'est d'inspirer confiance n. Loin de de retirer et de fuir, rargent afflua; ceux qui
avaient rhabitude de confier à la maison le soin de leurs inlérÔls virent avec plaibir un homme jeune encore et acLit* prendre la place du \ieillard.
ttUn an ou dîx^huit mois après que fut passé l'acte de cession, Pasion, se sentant mortellement atteint, s'occupait d'assurer Tave-
nirdeses enfanls et la conservation de leur patrimoine. Il allait laisser ur.e veuve et deux fils, Apollodore déjî\ majeur, Pasiclès encore adolescent. Sa fortune était considérable ; il y avait pour 20 talents d'immeubles et près de 40 placés dans les affaires, en prêts maritimes, en hypothèques, en créances de toute nature, qui devaient être appuyées sur de solides garanties. C'étaitun ensemble d'environ 60 talents, c'est-à-dire plus de 330,000 fp. Onavu,par l'exemple de Démoslhène, ce qu3 pouvait devenir aux mains de tuteurs infldèles le bien d'un mineur, commentils'évanouissait jusqu'à ne presque plus laisser de traces. Pour éviter ce danger, Pasion jeta les yeux sur un homme dont il avait éprouvé Tintelligence et la loyauté, sur son ancien employé, son teneur délivres, sur son successeur Phormion; il lui confia la tutelle de son fils Pasiclès, tout en associant à cette responsabilité, comme me*iibres d'une société de conseil de tamille, quelques autres amis et parents. A&n d'être plus sûr encore de Phormion, il lui fit promettre d'épouser sa veuve; celle-ci aurait pour dot 20 talents placés Tun en Attique, Tautre dans l'île de Peparethos, une maison d'habitation évaluée à 100 mines, le mobilier qui la garnissait, desservantes, des bijoux, tout ce qu'il lui ialkit enfin pour soutenir le train auquel était accoutumée la femme d'un riche banquier*
«Tous, ou presque tous, élaîent des étrangers; quelques-uns de ces métèques ou de ces ntfranchis, ceux qui avaient fait les plus brillantes affaires, obtenaient vers la fia de leur carrière le droit du boui^îûe* En attendant, tout entiers à la poursuite du gain, ils n'avaient pas ces goûts, cette habitude de vivre au dehors, que donnait aux citoyens leur participation aux afiaires publique; le bonheur domestique et les aiïeclions de famille devaient être le seul repos et la seule joie qu'ils trouvassent à côté des tracas de leurs spéculations. Aussi, à ce qu'il semble, la femme prenait-elle plus de place dans leur vie que dans celle du citoyen. Dans ces ménages, où l'homme était ainsi rejeté par Tinfériorité de sa condi* tion légale vers le foyer, vers Tintimité conjugale, la femme avait un rôle supérieur à celui que lui Taisaient ailleurs les mœurs de la bourgeoisie athénienne. Associée à une fortune très humble à -ses débuU, mais qui n'avait pas cessé de grandir, elle un avait gravi
pas à pas tous les degrés» elle en avait partagé tous lesefforls, toutes les émotions, toutes les épreuves. Sans se montrer au comptoir, ce que n'auraient pas permis les mœurs antiques, elle ()0'jvait pourtant faire proliter son mari de ce tactetde ce sens pratique que les Femmes font admirer dans le commerce, et qui les rend parfois d'incomparables chefs de maison. Celle qui avoii été, dans les premières années, la simple concubine de l'esclave, encore sans pécule et sans droit, devenait ainsi, par la vertu d'une longue et réciproque confiance, par rascendaat des services discrètement rendus, plus épouse que la femme d un riche athénien, que celle d*un Pé^ riclès ou d'un Alcibiade.
«La femme du banquier paraît avoir été au courant des affaires de lo maison; l'usage s'était donc établi, dans ce groupe de commerçants, quand on se voyait sur le point d'être enlevé par la mort à sa famille et h ses affaires, de léguer sa femme au successeur que l'on s'était choisi. Le premier employé de la banque, ancien esclave de celui dont il était devenu par ralTmnchissement Tégal et le collaborateur, épousait la veuve, prenait la tutelle des enfants et continuait Tœuvre commencée La femme que lui donnait ainsi la dernière volonté du mourant était une auxiliaire et une surveillante qui IVmpêcherait de frustrer les enfants de leur part dans la fortune d^jà gagnée et dans les bénéfices futurs
Celte combinaison dont les avantages avaient été plus d'une fois éprouvés eut, dans le cas qui nous occupe, les plus heureux eflets. Pasion eut meilleure chance que son contemporain, le père de Démosthène;ses souhaits furent réalisés, ses prévisions confirmées par révénemenU La veuve de Pasion vécut en bonne intelligence avec Phormion; elle eut de lui plusieurs enfants et, tant qu'elle vécut, elle- contint le caractère inquiet et jaloux d'ApolIodore, le (ils aîné du premier lit; elle empêcha ce remuant personnage de s'insurger contre les volontés de son père et de chercher noise à Phormion* Celui-ci semble, de son côté, s'être conduiten honnête homme; h\ea différent des tuteurs de Démosthène, il remplit toutes les condi* tions du contrat auquel il avait consenti. Il eut les soinsetla tendresse d'un père pour son beau-hls et pupille, Pasiclès; celui-ci ne se laissa jamais entraîner à épouser les querelles de son frère Apollodowi et à s'unir à lui pour humilier et dépouiller Phormion. En toute occurrence, Phormion parait avoir porté dans ses démêlés avec
- £a effet, cet usage était en quelque sorte an fait normal, car nous savons que le banquier I^isielès a lëgsé sa fniinie pour idnri dire à son employé Timo-* «Urne, Slrimodore (banquier à £gîne) la sienne à Bmnaios, son domestique^ et SoOTate, remploy4dtt banquier Satyros, a épousé la renve de ce dernier.
Apollodore l'esprit le plus conciliant et n'avoir jamais oublio ce qu*il devait au père de son mortel ennemi; il alla, pour éviter une rupture ouverte, jusqu*à la dernière limite des concessions et ce l'ut à son corps défendant que, dix-huit ans après la mort de Pasion, en 352, il dut se résoudre à soutenir contre le fils de son ancien patron le procès dans lequel Démosthène lui prêta le concours de sa science juridique ei de son talent oratoire.
Le discours de Démosthène est miitnïé: Exception {^itfa*[f%fk)pom' Phùrmion; ce titre même indique quelle e^la thèse du défendeur; celui-ci vient, affirmer pour diverses raisons que la demande n'est pas recevable. Pourtant, pas plus i^i que dans les autres plaidoyers qui portent ce même titre àLEwceptzon, l'orateur ne se restreint à la tâche de faire vdoir les moyens l^ux qui Juslitient sa fin de non-recevoir. Il ne veut point avoir Taîr de se couvrir de ce prétexte, faute d elre sûr de son droit ; ici, comme dans les autres discours delà même lamille, sans traiter la question principale d'une manière aussi étendue et aussi complète que s'il avait dû plaider au fond, il y touche néanmoins; il tient à montrer qu'il ne s'abrite derrière ce bouclier que par respect pour la loi, qui le veut, ainsi ; fallût-il engager la bataille dans d'autres conditions et avec d'autres armes, Userait encore certain de triompher. On trouvedonc dans ce discours presque tout ce qu'il faut pour écrire l'histoire des démôléâ d' Apollodore et de Phormion; là où subsistent quelques osbcurités, on a la ressource de demander des lumières à Tun des huit plaidoyers prononcés dans d'autres débats par le très pro« cessit' Apollodore; il n'en est, pour ainsi dire, aucun qui ne nous apprenne quehjue chose des afFairos de Pasion et de sa succession.
Pasion, qui savait son fils prodigue et brouillon, a disposé de sa fortune en homme sage et prévoyant. Dans rintérètde Pasiclès, les tuteurs préférèrent procéder tout de suite au partage. ÂpoUodore n'a soulevé de difficultés ni au moment du partage, par ce qu'il lui assurait une belle fortune, ni quand son père, durant sa maladie, litconnaîtrelesdispositionsqu'il avait prises. Après le décès, cependant, Apollodore, qui avaitespéré rester tuteur de son frère et de sa mère et maître ainsi de tout Théritage, n'a pas longtemps dissimulé son désappointement et sa colère. La veuve, suivant Tusage, avait donne quelques mois au deuil, puis, obéissant à la volonté suprême du défunt, elle avait épousé Phormion. Apollodore étant alors absent d'Athènes comme Iriérarque, manifesta tout haut, lorsqu'il revint, Tindignation que lui causait ce qu'il appelait une mésalliance; il méprisa Phormion et, se prétendant lésé dans son honneur et dans ses intérêts par cette union, il alla jusqu'à menacer Phormion d un procès criminel; déjà la plainte
était déposée au greffe de rnrchonte. Gomme la mémoire de Pasion, la consiflération de Phormion et de sa femme, le crédit de la banque auraient souffert de ces débats, des amis s'entremirent; la mère elle beau-père d' Apollodore firent les avances. Apollodore, de son côté, sentit qu'il s'était bien aventuré, et la plainte Xutreti* rée; les relations furent reprises entre Apollodore et les nouveaux époux.
Peut-être fut-ce par quelque service pécunaire, promis ou rendu, que Phormion obtint alors de se réconcilier avec ce gênant personsonagc, Apollodore voulait faire figure à Athènes. Il n'avait ni une naissance îUustre, ni de grands talents; il prétendait doue attirer l'attention par Pactivité quil déployait, par son faste. Pour se faire connaître, il avait intenté des procès politiques h plusieurs orateurs et généraux. Ghorégies, triorarchies, tout ce qui pouvait fixer sur lui les yeux, il le recherchait avec autant d'empressement que d'autres fuyaient ces corvées. La richessede ses vêtements, la suite de valets qu'il traînait derrière lui, les courtisanes qu'il entretenait à grands frais, tout lui servait h se faire remarquer; il voulait qu'en le voyant passer sur l'agora, étrangers et citoyens se montrassent le fils du célèbre banquier Pasion.
Avec de pareils goûts, Âpollodcre avait besoin de beaucoup d'ar-gent; aussi le voyonanaous occupé pendant plusieurs années, après la mort de son père, à compulser ses papiers et les livres de la banque. A l'aide des mentions qu'il y trouve, il recouvre d'anciennes créances, il met en demeure les débiteurs de Pasion, à nnesure que les dettes deviennent exigibles et, s'il y a lieu, il les poursuit devant les tribunaux. Par ces recherches et ces mises en demeure, Apollodore réussit à recouvrer environ vingt talents (112,000 fr.) qui devaient se partager également, comme valeurs de la succession, entre Pasiclès et lui ; mais, si nous en croyons Démosthène, on lui en attribua plus de la moitié ; c'était comme une sorte de commission qu'il touchait sur les rentrées. Il y était d'autant plus intéressé, que la fin du bail conclujadis entre Pasion et Phormion idntdiminuer ses revenus.- En 362, le fils cîidet de Pasion fut inscrit sur la liste des citoyens. On forma alors deux lots des entreprises, la banque et la fabrique de boucliers, et la banque échut à Pasiclès. Celle-ci fut affermée par quatre associés : Xénon, Euphranos, Euphron et Callistrate, qui n'en donnèrent plus qu'un talent, 40 mmes de moins que Phormion* Aussitôt que furent rendus et approuvés par Pasiclès les comptes de tutelle et qu'il eut reçu décharge du bail, Phormion s'empressa de s'élablir à son propre nom. La meilleure clientèle dut le suivre. La nouvelle maison qu'il fonda fut bien vite une des plus importantes; son ohef put donner h la cité et l'aider de sa
garantie pour acquérir, en temps de diselle, les blés du Bosphore
cimmérien. Dès Tonnée 360, Phormion, comme jadis son maître Pasion, recevait le droit de bourgeoisie.
De si brillants succès ne pouvaient manquer d'exciler l'envie d'ÂpoUodore. Sa mère, la veuve de Pasion^ mourut Tannée même où Phormion devenait citoyen. Elle légunit 2,000 drachmes aux enfants d'Apollodore. Celui-ci ne fut pas satisfait du legs; il réclama 3,000 drachmes de plus, une servante, une part des vêtements et des bijoux; il parla encore de procès. Plusieurs parents intervinrent; Phormion céda^ il remit en tout 5»000 drachmes, et les effets de l'hérilage furent partagés par part et par tête entre les quatre fils issus des deux mariages. Là-dessus, à l'Acropole, dans le Par- Ihonon, Apollodore déclare devant témoins qu'il n'a plus rien à réclamer de Phormion, que tous leurs comptes sont réglés. Cet accord et cette sorte de décharge générale sont mis par écrit sous forme d'une sentence arbitrale, tvcmrc, rendue parDeinias^ le bean^ père, et Nicias, le beau-frère d*Apollodore, ainsi que par Lysinos et Andromenès, qui représentaient Phormion. Ces derniers avaient eu soin de faire consigner dans l'acte que c'était à titre gracieux et pour l'amour de la concordeque Phormion consentait à cesacrifice.
Malgré cet héritage, ÂpoUodore s*obérait de plus en plus. A xnesure que ses embarras d'argent devenaient plu» pressants, sa colère augmentait; il ne pouvait souffrir devoir Tancien esclave de son père, Phormion, un homme de rien, un parvenu, augmenter d'année en année sa fortune et jouir de la considération géné* raie, tandis que lui-même, l'héritier de Tune des plus riches mai* sons d'Athènes, sentait l'opinion publique se détourner de lui et comptait déjà les heures qui le séparaient encore de sa ruine. Dixhuit ans donc après la mort de Pasion et dix ans après le décès de sa veuve, après la quittance régulière et définitive qu'il avait donnée à Phormion, il réclama de celui-ci, par une aœignation judi* ciaire, la somme de 20 talents (112,000 francs); elle représentait, prétendait-il, avec les intérêts calculés jusqu'au jour du procès, le capital que Pasion, en quittant les affaires, aurait laissé à son successeur à titre de prât, et dont Phormion se serait attribué la propriété.
Par la réponse de Démosthène et par un plaidoyer subséquent
d' Apollodore lui-même, le discours contre Stéphanos, nous pouvons nous l'aire une idée des suppositions gratuites, des mensonges, des mauvaises raisons qu'ApoUodore entassa pour donnera sa requête ^ tout au moins un air de vraisemblance. Sans cette mise de fonds» soutenait^ily jamais Phormion, parti de si bas, ne serait arrivé à la richesse, tandis que lui-même, Apollodore, fils du riche Pasion,
s'est ruiné au «rvice de l'Etat. S'il ne peut démontrer ce qu'il avance, c'est que Phormion lui avait promis de Tindemniser; Phormion n'ayant pas tenu ses promesses, il est contraint de s'adresaor au tribunal pour obtenir justice.
Rien de moins juridique et de plus faible que toute cette argumentation; il faudrait cependant se mettre en garde, car Apollodore était non seulement actif, effronté, intrigfant, mais aussi il avait un certain talent de parole, tandis que Phormion non seulement en était bien loin, mais il ne pouvait même parler passablement la langue. Heureusement pour lui , vers le milieu du iv« siècle, un intermédiaire, c'est-à-dire un avocat, était chose assesi fréquente et Phormion s adressa à Démosthène, qui était déjà en vogue. Démosthène n'a pas lardé à démontrer avec sa précision habituelle que les 20 talents qu'ApoUodore prétendait avoir été laissés par Pasion, comme fonds de roulement, à son successeur, n'existaient pas. Selon lui, s'il ne pouvait fournir la preuve de ce9 avances, dont Théritage aurait été frustré, c'est que Phormion aurait retenu, falsifié, détruit les papiers de Pasion. La réponse est facile. Le partage du patrimoine n'avait pu être fait d'abord au lendemain de la mort de Pasion, puis, pour la partie restée indivise et tenue à loyer par Phormion, lors de la m^orité de Pasi- ^ dès, sans consulter ces papiers et, à la suite de ces deux par-' tages, Apollodore n a soulevé aucune réclamation. D'ailleurs les livres de Pasion ont été si bien remis à son fils aîné que celui-c s'en est servi pour faire rentrer, par toute une série de poursuites, des dettes arriérées jusqu^à concurrence de 20 talents. De plus, Pasiclès, aussi intéressé qu'ApoUodore à posséder ces papiers , ne s'est jaraaisplaint à Phormion, et lui prête encore aujourd'hui devant le tribunal l'appui de son témoignage. Enfin, il y a une décharge générale donnée huit ans plus tôt par Apollodore après la mort de sa mère, décharge constatée par une sentence arbitrale. Mais laissons parler Démosthène:
<t Je m'étonne que tu ne songes point qu'Archeslralos, qui a été îadis le maître de ton père, a un fils Antima^hos qui n'a point la fortunequ'il mériterait; or, celui-ci ne vient pas l'attaquer et ne se plaint pas d'être ta victime.Il te voit partout porter un manteau de la laine la plus fine, il te voit affranchir une de tes maîtresses, en marier et en doter une autre, toi qui es un homme marié; il le . voit mener partout avec toi une suite de trois jeunes esclaves, et vivre d'une manière si débauchée quMl suffit de te rencontrer pour deviner tes vices. Antimachos manque de bien des choses nécessaires à la vie, et il voit aussi Phormion dans l'aisance. Cependant si lu le çrois des droits sur les biens de Phormion parce que autret
fois i! a appartenu à ton père» A.ntimachos, en vertu de ce mèmô titre, serait plus fondé que toi h élever de pareilles prétentions,
car ton père a été esclave du sien, de sorte qu'à ce compte il aurait des droits sur toi aussi bien que sur Phormion. Mais toi, tu eu es venu à ce point d'aveuglement. que tu te mets dans le eas d'évoquer toi-même des souvenirs qui ne devraient, il semble, être .rappelé que par tes ennemis, et tu déshonores et toi-mèmè et les parente que tu as perdus; tu insultes la cité; ces biens et ces privilèges que ton père a acquis grâce à la bienveillance des citoyens qui nous entendent ici, et dont Jouit maintenant Phormion après ton père, lu ne sais pas les conserver avee décence et dignité, de manière qu'ils fassent honneur et h ceux de qui tu les tiens, et à vous autres qui les avez reçus. Non, il faut que tu sois toujours occupé à nous en dévoiler Torigine, à nous démontrer, à nous prouver, en t'outrageant en quelque sorte toi -même, de quel néant les Athéniens t'ont tiré pour te faire citoyen. Oui, tu en es à ce point de folie (puîs-je me servir d'un auti^ terme?) de ne point comprendre que nous, aujourd'hui, quand nous demandons que Phormion, après avoir réglé ses comptes et ohlenu pleine décharge, soit h l'abri de toute poursuite, nous plaidons ta c^use, et que loi, au contraire, quand tu ne veux point traiter Phormion comme ton égal, tu parles contre ton propre intérêt. Les droits que tu prétends posséder aujourd'hui sur Phormion, ces mêmes droits, les anciens maîtres de ton père les feront valoir aussi sur ta fortune; que Pasion, lui aussi, a été esclave, et qu'il a été libéré de la même manière que Phormion, c'est ce que prouvent les témoignages que Ton va vous lire; ils vous oonvraincront que Pasion a appartenu à Archestratos ».
Quelque impudent que fût Apollodore, dit avec beaucoup de raison M. G. Perrot, il ne devait pointêtre à son aise pendant que Démosthùne l écrasait ainsi de son mépris, le fustigeait d'une main vive et cruelle. L'impression fut profonde; quand ApoUodorese levapour répondre, les juges,~ilnousrapprend lui-même dans un autre plaidoyer, — refusèrent de l'entendre ; et il n'obtint même pas qu'un cinquième des voix se prononçât en sa faveur. Dans ces conditions, non seulement il perdait son procès et était condamné aux dépens, mais il avait encore à verser au trésor J'amende que Ton appelait Véfiobolie^ o*est-à-dire une obole par drachme ou le dixième de la somme indûment réclamée par lui. G'élait presque 20,000 francs, et sous peine d'être dépouillé du d^'oit d'intenter d'autres actions et de paraître à la tribune. Deux ans après nous le voyons se taire encore condamner, pour une proposition con<* traire aux lois, h une amende de un talent qu'il trouva moyen de
nayer, et plus lard poursuivre indirectement Phormion, c*ést-àdire ceux qui ont aidé Phormion à gagner son procès, comme un certain témoin S téphanos. Phormion est accablé de grosses insultes ; ÂpoUodore parle de son propre père comme d*un vieillard tombé en enfance, il renie son bhve Pàsidès et il insulte et déshonore sa mère, en disant que Pasîclès serait né d'un commerce adultère, et que Phormion a été, bien avant la mort de Pasion, Tamant do celle qu'il devait épouser plus tard. Bref, Apollodore parait s'être perdu dans des pirocès de ce genre. Quant à Pasiclès et à Phoiioaion, on sait par quelques molsd^un discours perdu d'Hypéride que, depuis la réforme Iriérarchique opérée par Démosthène en 340, ils figuraient encore au nombre des citoyens les plus riches ; peut-être s'étaient-ils même associés.
Citons aussi m extemo les pièces authentiques de ces plaidoyers pour mieux représenter les mœure de cet époque.
Testament de Pasion.
Vasion d* Acharnes a disposé ainsi qu'il suit : 9 Je donne ma femme
Archippé à Phormion; je donne en outre en dot à Archippé un laleut quj m'est dû à Peparethos, un talent qui m'est dû ici, une exploitation rurale de cent mines, les servantes, joyaux d*or et tout ce qui lui appartient dans la maison* Je donne tout cela à Archippé».
11 paraît que Pasion, en sa qualité de maître, xuftoc, donne à Ar* chippé ce qui appartient déjà à celle-ci dans la maison. C'est une reconnaissance à laquelle était joint sans doute un état descriptif, èM^fXfif OU inventaire*
Voici le bail de la banque :
<f Conditions auxquelles la banque a été louée à Phormion par Pf âon. Phormion payera aux enfants de Pasion un loyer annuel di deux talents et quarante mines, et de plus il donnera ses soins à la gestion journalière de la banque. Il ne pourra faire aucune opération pour son com p te personnel sans la permission des enfants de Pasion, Pasion doit en banque onze talents au compte de dépôts.
Apollodore a tiré l'argent des locations et des créances qu'il s'est fait rembourser. En voici le résumé : *
Dettes dont les titres étaient laissés par son père, et dont il a prélevé plus de la moitié, diminuant d'autant la portion f rater* nelle : * 20 talents.
Location de la banque entre les mains de Phormion, pendant huit ans, à raison de 80 mines par an, pour moitié du prix; ce qui &it en tout : 10 talents 40 mines.
Môme établissement affermé à Xénon, Eupbrée, Euphron, Callistrate, pendant dix aii<> nées, à raison d*un talent : 10 talents.
Produit des maisons, porté au tanx le pins bas, et résultant do partage de ces immeubles, restés quelque temps sous la main d'Apollodore : 30 mines.
Résumons encore id le plaidoyer de Démostbène» Apoliodan emfre Oa%v, et les plaidoyers personnelsde Démosthëne qui jet^ tent une grande lumière sur les institutions de crédit dansTantîquilé.
Nous nous servirons de la savante traduction de Démosthène, de M. Rodolphe jBareste et de ses interprétatifs en grande piurtie*
ApoUodore contre Calippe,
Lycon, négociant d'Héraclée, prêt à s'embarcpier pour la Libye, vint verser à la caisse de Pasion une somme qu'il pria ce banquier de compter, en son absence, à Géphisiade, son associé de Scyros* San vaisseau fut attaqué par des pirates en vue des côtes du Péloponnèse et lui-même tomba percé de coups. Transporté mounint à Argos, il y rendit le dernier soupir. Lorsqu'un particulier, dit Apollodore dans son discours, qui a déposé des fonds chez un banquier donne ordre de les remettre à une certaine personne, on inscrit d'abord le nom du déposant, puis la soimne déposée et on écrit en marge: payer âmteL Silapersonneàlaquellelepayementdoitétre fait est connue du banquier, on se contente d'indiquer qu'il faut payer à un tel ; mais si elle n'est pas nonnue, on ajoute en marge le nom de celui qui doit se présenter et certifier son identité, avant qu'elle puisse toucher. De ces précautions des banquiers^ il parait résulter que les fraudes étaient fréquentes, comme on peut d'ailleurs s'en fiûre une idée. Plante* comme Céphisiade était absent en ce moment pour d'au très affaires, chargea en même temps Archébiade etPhrasion de le présenter à Pasion et de certifier son identitéiorsqu'il serait de retour. Céphisiade, une fois de retour et dans ses foyers, vint demander l'argent qui lui fut remis. Mais un citoyen qui exerçait derinfluence àla tribune, Calippe, protesta ; il prétendit qu'à titre d'agent d'affaires des Héracléotes, le dépôt lui appar-
• Les plaidoyers civils de Dcniosthène, Paris, 1875, Pion et C^.
* Voir ce passage à la traduction de M. Dareste, vol. II, p. 183, uote 3, aiaai glM ses savants commentaires {Çurculio^ t. 349).
tenait. L'arbitre, saisi du débat n'osa prononcer du vivant de Pasion. Celui-ci mort, Calippe dirigjsa ses poursuites contre son iils Âpollodore.
Le défendeur n'avait qu'une propoution à prouYsr : la somme
déposée par Lycon à la banque n'était nullement destinée au ré-r clamant. Il la prouve : 1» par la conduite même de Calippe après la mort de Lycon; 2** par celle de l'arbitre qui était ami de Calippe; 3^ par le serment que lui-niême, ApoUodore, avait voulu prêter ; 4^ par le peu de liaison que Calippe avait eu avec Lycon ; 5* par le caractère de Pasion ; homme généreux et de sens, il n'aurait pas voulu, pour un misérable lucre, obliger Céphisiade, un étranger sans crédit, au préjudice d'un des chefs de la démocratie, d'un athénien assez fort pour se venger. Après une récapitulation rapide, ApoUodore demande au tribunal de prononcer en sa tavew ; il le demande au nom de la justice, au nom de son père.
Le célèbre général Timothée avait recouru plusieurs fois à la caisse du banquier Pasion. Un général athénien, à cette époque^ était non seulement un homme de guerre, mais aussi un entrepreneur. Il était chargé, à forfait ou autrement, de lever, d'entretenir et de nourrir soldats et équipages; quand les hostilités cessaient entre Grecs, il allait, par goût ou pour ne pas dissoudre ses bandes, louer ses services au roi de Perse ou à ses satrapes. Ces opérations entraînaient un mouvement de tonds considérable. Se faisaient-elles par Tentremise d'un banquier, et le banquier du général était-il Phormion? La nature des dettes portail à croire plutôt que Pasion, à cause de sa profession et de son origine, avait besoin d'avoir un protecteur dans un personnage influent, et il lui rendait de petits services pécuniaires pour lui être agréable.
Bref, ApoUodore, après la mort de Pa^on, trouva dans les livres de son père l'indication précise d'avances faites en diverses cir* constances à Timothée. Il en reclama le payement par Taction ordinaire de dommage, ^ucvi pxaêïiç, sans intérêts, car il n'y avait piis eu d'intérêts stipulés, ni d'échéance fixée.
Timothée répond que s^il doit il payera, mds qu'il ne croit pas devoir. L'argent qu'on lui réclame a été versé, non pas entre ses mains, mais entre les mains de son payeur Antimaque, ou de tiers qui se sont prétendus ses créanciers, et qui se sont présentés à la banque comme ayant mandat de lui pour recevoir.
Mais laissons plutôt parler ApoUodore d'après les livres de la banque^ car malgré que les sommes soient peu importantes, les renseignements nous sont précieux. « Ne i)0;i'ez pas surpris de nous
voircxaclemcnt renseignés. Les banquiers sont dans l'usage de tenir note par écrit des sommes qu'ils remettent, des leriûes des remboursemenls, et des placemenls qui sont faits chez eux, de raç4>n à pouvoir toujours connaître les sommes dont ils sont créan- Ciors ou débiteurs par compte.
«C'était sous larchonlat de Socratide, au mois de Gunychion (1^ septembre 362). Timothée allait s'embarquer pour sa seconda campagne, et se trouvait déjà au Pirée, attendant son départ. A ^urt d argent, il s'adressa à mon père sur le port (la banque de Fasion était probablement sur le port même du Pirée), et maniîesla son intention de lui empunter mille trois cent cinquante et une drachmes, et deux oboles. C elait la somme dont il disait avoir besom. Il donna ordre de remettre cette somme à son caissier Antimaque, qui en ce moment faisaitpour lui toutes les affaires.
« Ainsireroprunleur de la somme d'argent,remise par mon père, fut Timothée, qui donna ordre de la remettre à Antimaque, son secrétaire, et la personne entre les mains de laquelle l'argent fut versé, à la banque, par les mains de Phormion, fut Antonomos, TOmmis depuis longtemps employé nux écritures d'Antimaque. Après avoir remis cet nrgent, mon père inscrivit comme débiteur Timothée, qui a donné l'ordre de prêter. II joigniL une note à cette mention indiquant le nom d'Antimaque, entre les mains duquel les tonds avaient dû être versés, aux termes de l'ordre, et celui d'Antonomos qu'AnUmaque avait envoyé toucher l'argent à la banque, soit mille trois cent cinquante et une drachmes et deux oboles».
Plus tard, Timothée se trouvant ûnancièrement et même politiquement eu mauvais élat, Pasion compta encore mille drachmes à Philippe, chef d'escadre béotienne, en faisant inscrire sur ses livres Timothéecommedébiteur.
• Au mois de Mémacbérion, sous Farchontat d'Astéïos (nov. 373) A l'arrivée de deux amis pour son procès, par son domestique .^.schrion, Pasion lui prêUi une mine, des lapis, des couvertures et deux aiguières d'argent. Il renvoya à peu près tout excepté les aiguières, qui appartenaient cependant à l'ami et l'associé de Phormion, et qui au moment de prendre la mer avait remis en dépôt avec d'autres objets précieux à Phormion ces deux aiguières, ce que l'esclave, qui les a remis à ^chrion, ignorait. Timothée, de retour^^consenlit à recevoir le prix des aiguières, d'après le poids, 8011237 drachmes. « Il lui donna donc le nrix des aiguières et porta à son crédit, et nu débit de Timothée entre les autres sommes dues par ce dernier, la somme ainsi payée à Timothée pour les aiguières d. ^ ^
Amyntas de Macédoine donna du bois à Timolhée qui envoya son homme d'affaires Philondas pour aller I» prendre, et comme Timothée parteit pour l'armée du rôi, le présenta à Pasion en le
priant de payer le fret des bois, drachmes 1,750, et « Timoihée lut inscrit comme débiteur par les employés de la banque au moment où ils remirent l'argent, et non au moment où Timothée étant è Athènes présenta Philontas à mon père ». Toutes ces créances réunies n'allaient pas à 4,500 drachmes, somme insignifiante pour Timolhée comme pour Pasion.
« Timothée n'ayant fait sommation devant l'arbitre, demanda, que les livres fussent apportés de la banque et réclamant des copies, envoya à ia banque Pbrasiéridès pour les compulser et y copier touttâ les sommes portées au débit de Timothée ».
Pasion avait prêté sans témoins, et il s'était contenté de la parole de Timothée. En cas de contestation, il n'aurait pu établir la dette que par des livres, par ies présomptions et enfin par le serment, mais ce n'étaient pas là des preuves sur le succès desquelles on pût compter et, k vrai dire, Pbjuon était à la discrétion de Timolhée. Si Timothée avait succombé dans son procès (quand il fut traduit avec Iphicrate par Chorès devant le peuple) et que ses biens eussent été conllsqués, Pasion n aurait pu faire valoir sa créance, qui d'ailleurs n'était pas régulièrement justifiée.
Mais si Pasion n*avût pas de témoins, son flis ApoUodore en avait. En effet, Phormion^ l'esclave de Pasion, qui était à la Ibis son commis et son caissier, et qui avait versé les espèces entre les mains des représentants de Timothée, avait été affranchi par son maître et était devenu banquier à son tour, et son témoignage était valable. Un autre employé de ia banque, EuphrcBos» qui probablement aussi BVBil été aflranchi par Pasion, est également appelé m témoignage par Apollodore.
En présence de ces témoignages, qui sont d'accord avec les livres, Timothée ne conteste pas les payements faits par Pasion. 11 soutient seulement que ùmx qui <mt regn n'étaient pas tes nwndataires. Apollodore s'efforce de prouver le contraire par toutes sortes de présomptions; il soutient que Timothée avait donné un double mandat, à Antimaque et aux autres pour recevoir, et à Pasion pourpayer. L'opération se faisait au moyen d'une présentation effective. Le mandant présentait au banquier la pœsonne qui devait recevoir le payement. Gelà s^appelait ouvinniuf.
Cette question de mandat restait donc douteuse et obscure. C'est pourquoi l'une et Tautre partie offrent de l'éclaircirpar unserment.
Plutarque (Vie de Démosthène, ch. xv) nous apprend qu' Apollodore gagna son procès, et que Timothée fut condamné à pâ^^r.
La date de ce procès peut Ôtre Qxée, avec une certitude presque entière, à l'an 362. ^
Arrivons maintenant aux plaidoyers personnels de Déraoslhène dont le père avait été un des plus grands banquiers de l'antiquité, et les différends entre Démosthèneel ses tuteurs deviennent d*un très grand intérdt en suivant Targumenlation de M. R. Dareste.
Démosthène de Parania, père de l'orateur, est mort en 376, laissant avec sa veuve Cléoboulé un fils de 7 nns et une fille de 5. Sa fortune, considt^rable pour le temps, s'élevait à quatorze tnlenls au moins (84,000 ïv.)^ sang autre charge que la dot de Giéoboulé. qui était de cinquante mines (5,000 fr.). D'après la loi, la succèssion revenait tout entière au fils, la fille ne recevait qu'une dot.
Pour régler ces intérêts, le défunt a fait un testament par Ioqn<;i il a institué trois tuteurs : Aphobos, Démophon et Thérippide, &u veuve Cléoboulé deviendra la femme d'Apbobos et lui «^>porte^a une dot de- quatre-vingts mine? (8,000 fr.). La sœur du jeune Démosthène sera destinée à épouser Démophon et recevra une do décent vingt mines (12,000 fr.). Le troisième tuteur, Thérippide, reçoit nussi un legs, mais on usufruit seulement, de soixante-dix mines (7,000 fr.), pendant la durée de lu tutelle. EaBn, le défunt a enjoint aux tuteurs d'alFermer publiqutmeut lasuccession, selon Fusage.
Depuis celte époque, dix ans se sont écoulés jusqu'il la ninjorité du jeune Démosthène. Les tuteurs se sont comportes en maîtres absolus de toute cette fortune. Aphobos n'a point épousé Cléoboulé, Démophon n a point épousé la sœur de Démosthène, et chacun d'eux n'en a pas moins reçu la dot assignée par le testament. Les biens ont été mal administrés et en grande partie détournés. Majeur à 18 ans, selon la loi athénienne, Démosthène poursuit ses tuteurs en restitution de son patrimoine et des intérêts. On lui olfru soixante-dix mines (7,000 fr.). Démosthène soutient que la fortune paternelle s'élevait à quinze talents (90,d00 fr;), et qu'elle doit étro doubléepar les intérêts et revenus depuis dix ans. Après plusd*un an en pourparlers, il s'est décidé enfin à intenter contre chacun de ses trois tuteurs une action de tutelle, ^Ur. enTpcTTr;, tendant au payement d'une somme de dix talents. L'instruction devant l'arbitre public a duré deux ans et s'est terminée par une sentence favorable à Démosthène; mais ce n'était là qu'un préliminaire, et le dernier mot apjmrtenait au tribunal. Démosthène saisit donc le tribunal de son action contre Aphobos, sous réserve de suivre ultérieurement les actions intentées contre Démophon cl Thérippide. L'afluit-e vient à l'audience en 303.
L'action de tutelle, bien que purement civile, entraînait les
plus graves conséquences en cas d'insuccès du denaandear* En effet, elle tendait au payement d'une somme d'argent, et le chiffre de lu condamnation demandée n'étant pas fixé à l'avance par la loi ou la convention, devait être déterminé par le tribunal après débat contradictoire entre les parties. A ce double tiire elle entraînait la peine de Y^Mief e*est-à-dire de Toboie par dradinoie, un dixième de la somme demandée, contre le demandeur qui succombait sans avoir obtenu la minorité du cinquième des voix. La demande s'élevant à dix talents, répobolie était de dix mille drachmes, indépendamment des frais, proprement dits irpuravûx.
Le plaidoyer de Démosthène est toès simple» Après avoir rappelé les faits qu'on vient de lire, il se réduit à un inventaire de la succession et au compte de ce qui doit être restitué par Aphobos. En ce qui touche l'inventaire, il n'y a pas de difficulté, Démosthène énumère très clairement les divers éléments dont se compose Tactil; il arrive sans peine au chiffre total de quinze talents (90,000 fr.) Le compte des sommes à restituer par Aphobos est un peu plus compliqué. Il comprend d'abord la dot de Cléoboulé, soit quatrevingts mines avec Tintéret calculé seulement à 1 p. 100 par mois (rintérêt légal aurait été de 1 1/2 p. 100, soit neuf oboles par mine et par mois}, ce qui donne en tout trois talents (18,000 fr.) ;
En second lieu, le produit de Tatellier d'armurier p»dant d^x ans, avec les intérêts de cette somme à 1 p. 100 pflur mois, soit un tylent(6,000i"r.);
En troisième lieu, la valeur de l'autre atelier qui a complètement disparu^ et les produits qu'il aurait donnés pendant dix ans, soit en tout tr^ talents, dont un tiers à la dtoi^ d'Âphobos (0,000 fr.);
En quatrième lieu, la valeur des matières premières qui ont été détournées, soit un talent et vingt mines, et avec les intérêts trois talents dont un tiers à la charge d' Aphobos (6,000 fr.)-
Le surpins, dont Démosthène ne parle pas, comprenait, sans doute, Targent comptant et les créances détournées, plus les intélets à 12 pour 100 à partir du jour de rencaissement, le tout à la charge d'Aphobos pour un tiers. Peut-être y a-t-il ici dans le texte une lacune de quelques lignes. 11 est iacile d'y suppléer par les éncnciations contenues dans la répHqiie.
(Test ainsi que le montant de la réclamation contre Aphobos s'élève à plus de dix talents, soit au tiers du montant des trois demandes réunies.
Après avoir justifié ses conclusions, Démosthène discute celles de son adversaire. Âphobos reconnaît avoir reçu cent huit roin^, et avec les intérêts cent qualre-vingt^ix -mines (19,000 fr^). Il
ajoute, il est vrai, qu'il a dépensé celle sonîme; irais rien ne justiiie celte prétendue dépense. Il invente plusieurs fables, soil poui» diminuer Timportance de Tactif qu'il a pris en charge, soit pour enfler le profit, soit mÔme poar rejeter sur des co4otcur&^la responsabilité des détournements; mais aucune de ces informations n'est prouvée ni même vraisemblable.
Il y a surtout deux circonstances qui suffiraient ?i elles seules pour faire condamner Apbobos ; c'est d'abord que le défunt avait laissé un testament et que ce testament, qui contenait l'inventaire de la succession, dont rexistence est attestée par les tuteurs eux-mêmes, a disparu, sans doute supprimé par eux ; c'est ensuite que, contrairement aux lois et àlavolonlédu testateur, le bien du pupille n'a pas été affermé et que les capitaux sont ainsi restés improductifs.
Aphobos 8*est défendu en disant que Gylon, aïeul maternel de Démoslhène, avait éfé débiteur de TEtat, et que, pour se soustraire aux conséquences de ce fait, le père de Démoslhène avait dissimulé sa fortune, recommandant à des amis de faire disparaître son testament. Démosthène répond qu'il s'agit de savoir,non si quelqu'un a été débiteur de FËtatymais si ses héritiers et dœcendants le sont encore, ce qui n*est établi par aucun témoignage et se trouve même contredit par les faits.
Démosthène, dans son deuxième discours contre Aphobos, doit relire les témoignages qui servent à établir le chiffre de sa réclamation; il raconte comment ses tuteurs ont entièrement trahi la confiance de son père, quelles promesses ils lui avaient faites au lit de mort, et termine par une péroraison pathétique.
Démoslhène gagna son procès et Aphobos fut condamné. Mais de nouvelles difficultés s'élevèrent lorsqu'il s'agit d'exécuter le jugement.
Aphobos ayant été condamné, il ne lui restait qu'une voie pour
en £o: lir: prouver que le jugement rendu contre lui avait été déterminé par un faux témoignage.
Le gérant ou chef de la fabrique patrimoniale d'armes de Démosthène se nommait Milyas. Or, Démosthène a refusé de livrer cet homme à la question, soutenant quMl était libre, et il paraltavoir pu démontrer ce fait. Il prouve en plus que ce témoignage a été sans inûuence sur l'issue du procps. La complication qui en est résultée parait avoir forcé Aphobos à y renoncer.
La condamnation que Démosthène a obtenue con tre Aphobos, nous ne savons pas s'il a pu l'exécuter, car Aphobos, de concert avec son be:iu-frère Onétor. a dissimulé une grande partie de sa fortune. Démoslhène a prouvé que ces manœuvres étaient non seulement frauduleuses, mais aussi frappées d'invalidation.
Il ne nous reste maintenant qu'à parler en dernier lieu desprels à la grosse qui se pratiquaient sur une très grande échelle dans rantiquité hellénique. Encore dans ce chapitre nous suivrons en grande partie l'argumentation de M. Dareste,
Prêter à là grosse aventure, c'est prêter de telle sorte que le payement soit subordonné à la condition de l'arrivée d'un navire h bon port. L'emprunteur doit payer si le navire arrive; il est libéré si le navire périt; comme prix du risque, le prêteur reçoit un profit maritime, c'est-à*dire un intérêt bien supérieur à l'intérêt ordinaire. Le prétest affecté suc un engagement soumis aux risques de mer, tantôt aux corps et quille du navire, tantôt aux agrès et apparaux, ou sur fret ou sur chargement et, dans ce dernier cas, Taffectation ne fait pas obstacle à la vente des marchandises, pourvu qu'elles sùient remplacées par d'autres marchandises d'égale valeur. Le prêt est fait en général pour un double voyage, aller et retour » mais il peut être limité à un seul voyage.
Chez les Athéniens, l'emprunteur déclarait dans le contrat que le gage donné par lui était libre et il s'engageait à ne pas l'affecter à un emprunt ultérieur, non qu'il en eût le jdroit, car l'objet affecté était considéré comme appartenant au créancier; mais la surveillance de celui-ci pouvait être facilement trompée, puisque l'objet affecté restait forcément en la garde du débiteur. Régulièrement le second prêteur ne devait remettre les fonds qu'après s'être fait consentir une antériorité par le premier.
I/emprunteur était libéré par la perte des objets servant d*aliment au risque, qu'ils fussent ou non affectés à la garantie de l'etfprunt. Une perle partielle le libérait partiellement. Il est probable que le prêteur supportait les avaries particulières sur les objets affectés, et la part de ces objets dans les avaries communes.
Malgré toutes les précautions insérées dans les contrats, les fraur des étaient nombreuses. La simulation, le stellionat, se pratiquaient fréquemment, la bnrateric de patron n'était pas sans exemple. Aussi les contrats élaient-ils rédigés par écrit, en présence de témoins, signés et scellés par les parties et les témoins, et déposés chez un tiers, ordinairement chez un banquier. Mais la précaution la plus efficace consistait dans l'envoi d'un agent qui montait sur le navire et accompagnait l'emprunteur pendant toule la durée du voyage, pour le surveiller et recevoir le profit maritime à l'échéance. Quelquefois c'était le prêteur lui-même qui se chargeait de cesoiu et remplissait ce rôle
Nous niions trouver rnpplicalioa de ces règles dans 1m plaidoyer Démon contre Zénolhémis.
Prôlos, négociant étranger établi h Albènes, a frété au Pirée un navire marseinais pour un voyage du Ptrée & Syracuse et retour. Kopéralion qu*il avouo consiste à acheter du blé en Sicile et h le revendre sur le marché d'Athènes. 11 l'a laile de compte à demi avec un certain Pherlalos. Les capitaux nécessaires sont fournis par des banquiers athéniens. Uégestrate, capitaine du navire marseillais, fait un emprunt à la grosse qu'il doit rapporter de Syracuse. CSesecond prêt estoonsenti par roncledeDémosthène, Démon, elplusieurs capitalistes associés en participation avec lui. Le navire fait voile, emmenant Prôtos et avec lui un agent que les prêteurs à la grosse mettent sur le navire pour veiller à leurs intérêts.
Arrivé en Sicile, Prôtos fait des achats qu'il paye comptant avec les fonds dont il s'est muni au départ. Il paye à la douane de Syracuse 2 p. 100 pour droit d'importation et fait charger les blés sur le navire. De leur côlé, le capitaine HégcsLrate et son second Zénothémis contractent de nouveaux emprunts à la grosse sur desblt'^s qu'ils prétendent avoir chargés sur le navire* Mais lais* sons parler Démosthène : « Tous deux se sont entradus pour commettre la fraude que voici : ]'un et Tautre contractaient des emprunts à Syracuse. Ceux qui prêtaient à Zénothémis se renseignaient auprès d'Hégestrate, et celui-ci répondait qu'il y avait sur le navire beaucoup do blé appartenant à Zénothémis. A ceux qui prêtaient à Hégestrate, Zéopthémis affirmait que ce dernier était propriétaire du chargement. L'un était capitaine, Tautre avnit rang à bord ; on les croyait volontiers parlant sur le compte l'un de l'autre. Mais lorsqu'ils eurent reçu les fonds, ils les envoyèrent c^jez eux à Marseille, au lieu de les emporter avec eux sur le bâtiment; et comme le contrat portait, suivant l'usage, que les fonds empruntés sondent rendus, le navire étant arrivé à bon port, ils complotèrent de perdre le navire en mer, afin d'anéantir les droits des créanciers. A peine étaient-ils à deux ou trois journées de terre, qu'Hégestrate descendit la nuit à fond de cale, etse-mit à pratiquer une voie d'eau. Cependant Zénothémis, comme s'il n'eût rien su, restait sur le pont avec les autres passagers. Tout à coup on entend du bruit ; tous ceux qui sont sur le naidre s'aper* çoivent qu'il se passe quelque chose à fond de cale et descendent pour porter secours. Hégestrate, pris en flagrant délit, fuit pour échapper au châtiment qui le menace; poursuivi, il se jette à la mer| mais dans Vobscurité de la nuit il manque le canot et se noie. Ce fut le sort assurément bien mérité d'Régestrate. Misérable, il périt miaérablijment, et soufTrit le mal qu'il avait
voulu faire aux autres. Q lant à son associé et son complice, on le vit d'abord sur le navire, au moment même oîi se commettait le crime, jouer la surprise et l'effroi, presser le mattre d'équipage et l'équipage lui-même de se jeter dans le c:mot et d'abandonner le navire au plus vite, dire qu'il n*y avait plus d'espoir de salut, que Ton allait couler, et tout cela pour consommer le crime qu'ils avaient concerté ensemble, faire périr le navire et anéantir les emprunts; mais ses efforts furent inutiles. L'agent que nous avions préposé au chargement résista et on promit aux hommes d'équipage une forte récompense s'ils parvenaient à sauver le bâtiment ; et le bâtiment sauvé parvint à Géphaléaie, grâce aux dieux d'abord, mais aussi grâce à l'énergie de Féquipage* Alors Zénothémis, d'accord avec les Marseillais, compatriotes d'Hégestrate, prétend que le navire no peut continuer sa route sur Athènes. 11 dit qu'il est lui-même de Marseille, que le chargement en estaussi, que le capitaine et les préteurs à la grosse sont Marseillais. Mais cette fois encore ses efforts furent inutiles. Les magistrats de Géphfilénie décidèrent que le navire devait regagner Athènes, d'où il était parti, et alors cet homme, que personne n'aurait cru assez osl* pour se montrer ici après avoir projeté et exécuté p«areille chose, cet homme a poussé l'impudence etTaudace non seulement jusqu'à venir parmi nous, mais jusqu'à nous disputer le blé qui nous appartient, et à nous intenter une action en justice. On liquide l'opération. Les prêteurs sur corps et quille s'emparent du navire en payement de leur créance et Prôtos garde les blés, à la charge de payer ce qu'il doit à Démon et h ses associés.
« Mais à ce moment Zénothémis s'oppose à ce que les blés soient déchargés. Il prétend qu^il a prêté à la grosse à Hégestrate sur w même chargement, d'où naît la question de savoir si ce chargement est lapropriélé de Prôtos ou d'Hégestrale. Zénothémis intente donc contre Prôtos une action en revondicaLioa tendant à Talloca* lion de dommtiges-iatérôts. Il en intente en même temps une semblable contre Démon, quoique Démon soit simplement créancier de Prôtos et, par conséquent, représenté par son débiteur; mais pour comprendre celte procédure, il laut remarquer que Prôtos n'est qu'un étranger, tout au plus un métèque, et offre peu de garantie, tandis que Démon est un athénien riche et puissant. Aussi Zénothémis refuse de se laisser dessaisir et consent volonstiens à être éconduit par Démon qui, par ce fait de dépossession, se trouve ainsi mêlé personnellement au procès.
Là est la première dinicuUé. Suivant Démon, Zénothémis peut bien plaider, s'il veut, contre Prôtos avec qui il a contracté, mais
lui Démon n'a lait aucun contrat avec Zénothémis, et dès lors ce
dernier qui est étranger n'a pas d'action contre lui devant un tribunal athénien, Telle est la disposition delà loi. S'il faut plaider, Démon ne s'y refuse pas absolument, mais il veut plaider à Syracuse, car c'est là que sont toutes les preuves. 11 s'agit en effet d'mtwroger l«i vendeurs, de compulser les registres de la douane sicilienne. C'est là seulement que la question de propriété du chargemeut peut être utilement débattue; aussi Démon s'a ttache-l-il h faire la demande de Zénothémis et de Prôlos lui-môme, et pour ne pas laisser perdre son gage.
« L'action deZénothémis n'est donc pas recevable,au fond; sa prétention est invraisemblable. Toute sa conduite n'est qu'une fraude calculée pour s'approprier un chargement qui no lui appartient pas. Hégestrale et lui ont voulu perdre le navire pour se débarrasser des prêteurs à la grosse; Zénothémis a voulu rompre le voyage sous de faux prétextes, et aiyourd'hui il s'entend avec Aristophon, avec Prôlos lui-môme, qui a disparu pour ne pas donner son témoignage. Bnfln il a été mis en demeure d'aller plaider en Sicile, oU sont toutes les preuves, et il a refusé d'obtempérer ^ cette sommation.
« De son côté, Zénothémis produit un acte de prêt, piêxîov oufïpaœrv, à la grosse, consenti par lui àHégestrate, et déposé entre les mains d'un des passagers du navire. Mais Démon repousse cet acte
(<îu^-f?xtpr,v) comme frauduleux, et il trouve précisément la preuve de la fraude dans ce fait que l'acte a été passé sur le navire et non avant le départ».
Clwytippe contre Phormûm.
Chrysippe et son frère, négociants étrangers établis à Athènes,
ont prêté deux mille drachmes à Phormion, étranger comme eux, pour un voyage au Bosphore, aller et retour, et l'acte de prêt {mrnfanfh) a été déposé chez le banquier Kittos (l'ancien commis sans doute de Pasion). 11 ft été rédigé en double et peut-être même en triple. Un exemplaire est resté à Athènes chez Kiltos, un autre a é té remis au capi taine Lampis, qui était le mandataire de Chrysippe , et l'autre à Phormion sans doute. Phormion s'est engagé à rendre deux mille six cents drachmes, y compris le profit maritime si le navire revient à bon port Gomme sûreté, il s'est obligé à charge i- des marchandises d'une valeur double du capital prêté, et cela sous une clause pénale de sinq mille drachmes. Il prétend s'être réservé la faculté de se libérer par un payemenl anticipé.
Phormion est parti sur un navire appartenant à un nommé Dion, et commandé par le capitaine Lampis. Le voyage d'aller s'est effectué heureusement, mais Phormion ne trouve pa» à se
défaire de son chargement au Bosphore, et il renvoie Lampis sans
chargement de retour. Lampis lait naufrage et se sauve avec une