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livre, Les secondes la brasserie et la malterie

SECTIONT. — Industries nouvelles importées après la guerre,

Industries du vêtement,

Sous ce nom générique, on trouve en Lorraine des fabriques très différentes. Toutes les parties de l'habillement sont représentées, et les produits les plus courants se rencontrent à côté des objets de luxe. Il y a à la fois des fabriques de chaussures, des tanneries, des filatures de coton, des fabriques de molletons, de panamas, des ateliers de broderies. À peu près toutes ces affaires ont vu depuis 30 ans leur chiffre de vente, le nombre, ou la puissance de leurs maisons augmenter dans des proportions sans doute différentes, mais toutes notables.

La fabrique de chaussures qui a remplacé peu à peu les cordonneries, a commencé à prendre une place importante en 1871 lorsque les fabricants messins vinrent à Nancy. Malgré la concurrence étrangère, elle a réussi à se maintenir grâce à une entente entre les producteurs. Elle est complétée par des tanneries qui lui fournissent sur place la matière première. Ces tanneries, il y a vingt ans disséminées en grand nombre dans tout le département,

sont depuis la crise de 1889 concentrées en huit maisons

24 PREMIÈRE PARTIE. —— CHAPITRE Il

dont le chiffre d’affaires global est sensiblement plus élevé que celui des multiples petit: Slablissements d'autrefois (1).

A côté se sont installées, après 1870, les fabriques de molletons et de flanelle dont! ancien centre de fabrication avait été Metz (2). L'introduction du machinisme dans ce domaine (3), en abaissant les prix de revient, permit la rapide expansion de cette industrie liée au début à l'industrie de la chaussure, et qui a depuis cherché et trouvé de nouveaux débouchés (4).

La filatare et le tissage de coton, annexés en 1870, se: sont surtout développés depuis 1892. Les nouveaux tarifs protectionnistes ont fait immigrer beaucoup d'industries alsaciennes qui ont transporté leur siège social en France, ou y ont au moins établi des succursales, pour ne pas perdre une clientèle que les barrières douanières menaçaient de leur enlever. Sans doute la majeure partie de ces affaires nouvelles a choisi la région des Vosges, où elle trouvait la force motrice hydraulique en abondance et à bon marché. Cependant la production des textiles en Meurthe-et-

Moselle a augmenté d’une façon importante depuis 1870.

(1) 3 millions en 1883 ; 12 ou 13 millions aujourd’hui.

(2) En 1871, trois fabricants messins s’installent à Nancy ; en 18%, un quatrième messin revient à Nancy.

(3) En 1880, M. Francin installe le premier métier mécanique aux Grands-Moulins.

(4) À Nancy, au début, on ne faisait que du molleton pour doublures de chaussures, tandis qu à Melz on s'était consacré à la flanelle pour jupons. Depuis quelques années, deux maisons se sont lancées dans la fabrication de tissus spéciaux pour langes d'enfants et JUP0n6s.

Elle a à peu près décuplé en 4o ans, dans ses cinq principaux centres (1).

Comme les filatures, empruntant leur matière première à des pays exotiques, les fabriques de chapeaux de paille cousus et tressés se sont développées beaucoup en Meurtheet-Moselle qui est devenue l’une des régions le plus productrices du monde pour cet article. La fabrication des chapeaux cousus,d'après dessourcesanecdotiques,remonte à plusieurs siècles en Lorraine (2). En 1835 furent tentés les premiers essais de tressage des chapeaux dits « panamas » qui aujourd'hui sont devenus le monopole à peu près exclusif des industriels lorrains (3). Ceux-ci, malgré leurs efforts après la guerre de 1830, ne purent pas cependant, par défaut de main-d'œuvre (4), créer en France des centres de tressage suffisants et durent maintenir les succursales qu'ils avaient fondées en Alsace-Lorraine vers

Avec le panama qui est déjà un article de luxe, la Lor-

raine produit d’autres objets très fins : les broderies. Les

(1) Blainville, Blämont, Lunéville, Nancy, Saint-Nicolas-du-Port, Val-et-Chatillon, qui possèdent 185.000 broches et 7.000 métiers à tisser.

(2) Cette industrie avait été importée de Toscane, au xvie siècle. Marie Stuart, après un séjour à la Cour de Lorraine, aurait essayé de l'implanter en Ecosse.

(3) Il y a huit manufactures : 7 à Nancy, 1 à Lunéville qui occupent 800 ouvriers et fabriquent 20.000 chapeaux par Jour.

(4) Les 8 manufactures occupent en Alsace-Lorraine 20.060 ouvriers occupés au tressage. Le nombre n'est pas exorbitant, à cause du temps nécessaire pour le tressage. Pour un panama très fin il faut tresser jusqu’à 2.000 brins.

broderies à la main faites à Nancy étaient très recherchées par les acheteurs étrangers avant 1870. Concurrencée depuis par les importations suisses, et l'emploi de plus en plus fréquent des machines, cette industrie subit un recul passager qui heureusement cessa assez vite (1). C'est encore dans les centres lorrains, à leurs vingt mille brodeuses, que les grands magasins de Paris passent leurs commandes. Mais depuis 1870, et principalement dans l'arrondissement de Lunéville (2), s'est prodigieusement développée une autre fabrication : celle de la broderie sur tulle, de plus en plus artistique quand elle est chère, et de plus en plus répandue dans les qualités ordinaires, grâce à l'abaisse-

ment considérable du prix de revient (3).

Industrie du livre.

Avant 1870, Nancy possédait des imprimeries qui suffisaient aux besoins locaux, et Epinal, la célèbre imagerie Pellerin.Après l'incendie de Strasbourg,la maison Berger- Levrault (4), qui y était établie depuis près de deux siècles, vintse réfugier en France et apporta à Nancy la réputation de ses produits. Depuis, l'industrie du livre n’a pas cessé de se développer en Lorraine. D'autres maisons concur-

(1) En 1882, le chiffre d’affaires tombe à 250.000 francs au lieu de 6.000.000 avant 1870.

(2) Lunéville fournit 2.000.000 francs d’affaires sur un tolal de 4,500.000 francs

(3) Sur l’article riche, baisse de 75 à 50 0/0. Sur l’article ordinaire,

baisse de 400 0/0.

(4) Etablie à Strasbourg en 1676.

rentes (1) s’ajoutaient à leur doyenne sans arrêter son développement. À côté des anciennes bretons elles se lançaient dans la phototypie et parvenaient, grâce aux succès des cartes illustrées, à trouver dans cette innovation un débouché très important. Leur matière première leur est fournie par d'importantes papeteries {2), nombreuses surtout dans la région des Vosges. La Lorraine a ses journaux, ses revues, des imprimeries d’art graphique. De plus, des spécialités ont été importées depuis 1870 : la fabrique d'objets en carton laqué et comprimé de Pont-à Mousson, qui produit elle-même son carton à Blénod-les-Pont-à- Mousson, et à laquelle se rattachent en partie les maisons

de jouets de Lunéville et de Champigneulles,

SECTION IT. — Industries développées après la guerre,

La brasserie (3).

Sans doute, dès avant 1870 Nancy possédait de nombreuses brasseries à la production déjà considérable (4). Mais, depuis lors, pour répondre aux besoins de la popu-

lation immigrée, et grâce aux avantages des tarifs protec-

(1) Société des Imprimeries Réunies ; Chauvette et Cie; Royer.

(2) Papeteries de Clairefontaine (Vosges) ; Papeteries de Mainbottel (M.-et-M.) ; de Jeand'heurs (Meuse) ; Maullet et Cie, à Raonl'Etape ; Papeteries du Souche (Vosges).

(3) A ce sujet, consulter pour plus amples renseignements généraux, la thèse de M. Jehan Charlie, L'évolution économique de la brasserie française, Paris, octobre 1909.

(4) Soixante-trois brasseries : 192.155 hectolitres,

tionnistes, les Lorrains ont pu singulièrement développer cette fabrication. Suivant les lois économiques de la concentration, la Lorraine a vu les établissements de brasserie diminuer de nombre, mais augmenter beaucoup de puissance (1). Si la Meurthe-et-Moselle n'arrive pas au premier rang de la production de la bière, c’est cependant ce département qui fournit à la France le plus considérable contingent (>) de bière à fermentation basse. Les deux départements du Nord qui le dépassent comme production fabriquent presque exclusivement de la bière à fermentation haute destinée uniquement à la consommation locale. Ces brasseries auprès desquelles se sont installées de grandes tonnelleries, fabriquent elles-mêmes leur mall, ou le trouvent dans les malteries lorraines qui, en majorité, emploient le procédé de maltage pneumatique découvert par un lorrain, M.Saladin, vers 1870 (3).Quoique la cencentration industrielle se soit exercée dans ce domaine, il y a encore des progrès commerciaux considéra bles à faire pour éviter les déperditions de force. Une

entente entre les concurrents serait profitable à tous, Elle

(1) Vingt-neuf brasseries : 615,400 hectolitres en 1904 ; 800.000 hec: tolitres en 1908.

(2) Le Nord fournit 6.500.000 hectolitres ; le Pas-de-Calais, 2.250.000 ; la Meurthe-et-Moselle, 800.000 ; la Seine, 750.000.

(3) Le maltage pneumatique permet, par l'usage de retourneurs mécaniques, de produire des quantités de malt plus considérables dans des espaces plus restreints.

Il ÿ a quatre malteries en Meurthe-et-Moselle : 3 à Nancy ; 1 à Pout-à Mousson, Chiffre d'affaires : 3,500.000 francs à 4.000.000 fr. par an.

diminuerait les frais de réclame et empêécherait le gaspil- Jlage de la glace et des bouteilles.

Tels sont les principaux domaines d'activité où Les Lorrains ont pu, par le privilège de la nature et la force des événements, exercer leur activité et les qualités d’ingéniosité et de ténacité de leur race. Le développement prodigieux de ces affaires amenait l'accroissement notable du nombre d'habitants. Beaucoup de ces industries, en effet, et non des moindres : les mines en particulier, et, dans un tout autre ordre d'idées, la broderie à la main, ne sont pas de celles où le machinisme peut se développer et remplacer la main-d'œuvre humaine.

Aussi, pour subvenir aux besoins croissants d’une population plus nombreuse, se sont créées des industries secon -

daires : celles de l'alimentation, du bâtiment et des trans-

ports.

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