‹ Les baptêmes à Toulouse pendant la révolutionChapitre 12 sur 13 · OCO · texte numérisé non relu

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Ce tableau se passe de prolixes commentaires. Bornons-nous à émettre quelques considérations. Notre race a perdu de sa vigueur physique et morale ; et les esprits soucieux de son avenir et de son influence dans le monde, jettent le cri d'alarme. Tandis que, en 1850, la France et l'Alle-

1 D'après les registres des baptêmes pour 1689 et 1790, et, pour les autres années, d'après les registres des naissances.

2 45,000 c'est le maximum de la population de l'époque, puisqu'elle n'atteignait que 50,000 cent ans après, lorsque les faubourgs et la banlieue s'étaient développés.

3 Total des l,8i'3 baptêmes des huit paroisses de la ville et des 70 de Saint-Simon, Saint- Martin-du-Touch et Monlaudran.

4 D'après le recensement officiel, la population était de 50,171 habitants en 1800 et de 51.319 en 1806; de 1790 à 1800, elle ne dut guère varier, et nous pouvons l'évaluer à 50,000 environ.

s Total des 1,877 baptêmes des huit paroisses de la ville, des 145 des sept paroisses de la banlieue et des 4 baptêmes protestants; il y eut un enfant inconnu à Lardonne.

6 Total des 1,571 naissances de la ville et des 132 de la banlioue : il y eut un enfant naturel à Saint-Simon.

^ Il faudrait dire l'an X : du 22 septembre 1801 au 21 septembre 1S02.

8 Chiffre officiel : 77,372. (Les recensements ont lieu tous les cinq ans.)

8 Chiffre officiel : 103,1 '^4.

'0 Chiffre approximatif; la population était de 131,642 en 1881 et de 140,289 on 1886 : clic augmentait de 2,000 environ par an.

<' Chiffre approximatif; la population était de 149,791 vn 1891.

" Chilfrc officiel du recensement de 1901 ; 149,841.

magne comptaient chacune 35 millions d'habitants, en 1900, la première en compta ;}8 millions et la seconde 56 millions ^

Actuellement, si la moyenne des naissances par 1,000 hahilants, est de 48 en Russie, 37 en Allemagne, 36 en Italie, elle n'est que de 2^ en France'^ et de i7 à Toulouse ; la Haute-Garonne est du nombre des huit départements dans lesquels le recensement de 1901 constate les plus fortes diminutions 3.

Quoique l'immoralité, jugée d'après le total des illégitimes, paraisse n'avoir guère varié dans l'espace d'un siècle en notre ville*, elle ressort toutefois plus grande aux yeux des moralistes, du fait de l'abaissement de la natalité.

Pour expliquer le fléau de la dépopulation, on invoque, avec raison, des motifs d'ordre économique, légal et social ; mais la cause primordiale est plus profonde et réside surtout dans le dépérissement de la foi : « Le couple de l'ancienne morale avait entendu le commandement : croissez et multipliez. Le couple de la nouvelle morale craint d'accroître ses charges avec sa famille; la femme redoute la douleur, et la natalité en France ne suffit plus, depuis quelques années, à réparer l'œuvre de la mort^. » Aussi parmi les païens d'idées et de mœurs qu'engendre le naturalisme des productions littéraires, n'est-il pas surprenant de découvrir même à Toulouse, jadis la Sainte, des païens d'origine. L'obstination de parents égarés prive quelques enfants de religion.

En 1904, il y eut :

„^,^ . [ 2395^ baptêmes catlioliques, dont '263k la. Gra\e

zo4d naissances \ r / x, \' ^ . ^

dont 342 à la Grave ^^ ha^temes 'protestants

\ 4 présentations israélites

Total : M43

L'excédent des naissances, i02, correspond-il à une quantité égale de nouveau-nés appartenant à des familles impies? Nous ne le croyons pas. Car « la présentation au Temple n'ayant pas dans le judaïsme la même signification que le baptême dans l'Eglise catholique... il y a beaucoup de familles, et quelquefois des plus pratiquantes, qui ne se conforment pas à cet usage... Le nombre des enfants israélisles élevés en dehors de tout principe religieux est, à Toulouse, des plus restreints; depuis bientôt sept ans, il n'y a eu qu'un seul exemple ''. »

* Voir J. Bertillon : Discours à l'Alliance nationale pour l'accvoissenicnl de la population, 14 juin 11)01.

'•î Voir Henry Cléincnl : La dépopulalion en France, p. 15; collection Science et Relir' gion, n» 254.

3 Jmrnal officiel, 10 janvier 1902.

'' N'oublions pas d'ailleurs que les enfants nés de parents ([ui ne sont unis que civilement sont inscrits, a l'état-civil, comme légitimes.

5 Etienne Lamy : La femme et l'enseignement de l'Etat, Revtie des Deux-Mondes, 1-r avril 1901, p. (519.

" D'après les registres des paroisses et de l'Hospice de la Grave. Ils se décomposent ainsi : 1,290 dans les dix paroisses du la ville; OiO dans les huit paroisses des faubourgs; 202 dan? les huit paroisses de la banliciue, et 203 à la Grave.

' iiienveillanlo coinmunicalion de M. Lévy, rabbin départemental, Toulouse.

LES BAPTEMES A TOULOUSE PENDANT LA RÉVOLUTION lOH

Dans le culte réformé, « les familles font encore toutes baptiser leurs enfants. Il faut que ceux-ci meurent tout à fait à la naissance ou dans le courant du premier mois pour qu'ils ne soient pas baptisés '. »

On ne pense pas qu'à la Grave « il y ait eu des mères qui par irréligion n'aient pas voulu que leurs enfants fussent baptisés. Les unes, mariées légitimement, désirent les faire baptiser dans leurs paroisses ;c'est le petit nombre. Les autres, filles-mères, ont parfois quelque intérêt pécuniaire à attendre d'être sorties pour obtenir, de dames charitables, quelques secours à l'occasion du baptême-. >i

Ainsi, des enfants de la Grave ou des paroisses de la ville, inscrits sur les registres des naissances, sont baptisés à la campagne dans des églises étrangères à notre commune. D'autres, victimes de la tendance coupable, qui va s'accentuant, de différer la cérémonie pour des raisons d'ordre secondaire, ne le seront que plus tard. Mais on oppose rarement un refus catégorique; on suit la tradition, on sera catholique dans la famille. N'avons-nous pas vu un député radical-socialiste tenir dévotement un cierge devant les fonts-baptismaux, en qualité de parrain?

Il est donc difficile de fixer le chiffre absolument exact des enfants élevés sans religion par des parents libres-penseurs ou bornés. Sur 2545, v en a-t-il eu trente? Peut-être : ce serait beaucoup si l'on compare avec les temps anciens ; ce serait peu si l'on rétléchit aux négations brutales ou aux insinuations perfides dont usent les démolisseurs de dogmes, pour essayer de construire, sur les ruines de la foi, une société purement laïque.

En général, à Toulouse comme ailleurs, on désire rester chrétien; et, conséquemment, on n'a pu prétendre en conscience répondre aux vœux des Français en votant la suppression du Concordat. Instruits par l'expérience de la période révolutionnaire, n'y a-t-il pas lieu de craindre, pour notre malheureux pays, la réouverture d'une ère de troubles et de guerre civile, et, renversant les termes d'une phrase récente, n'avonsnous pas le droit de proclamer au lendemain de cet acte antinational que, si l'Eglise n'a pas besoin de la France, la France a besoin de l'Eglise 3 !

* Bienveillante communication de M. Viel, pasteur, prosidenl du Consistoire, Toulouse.

' Obligeamment communiqué par M. l'abbé Fages, aumônier de la Grave.

3 « Si la France a besoin de 1 Eglise, l'Eglise n'a pas besoin d'elle. » Déclaration de M. de Marcère, au Sénat, au moment du vote de la Séparation de l'Eglise et de l'iitat, 6 décembre 1905.

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