‹ Les baptêmes à Toulouse pendant la révolutionChapitre 6 sur 13 · MARIAGES · texte numérisé non relu

MARIAGES

Orthodoxes

Schismatiques

Orthodoxes

Schismatiques

maire (24 avril 1802). Il estimait le total des cinq lots à 1,500 francs environ. Voici ce qu'il dit du mur : « Le cinquième lot comprendrait le mur de division situé au fonds du temple décadaire qui produirait environ neuf toises cubes de matériaux, qui ne peut être porté, déduction faite des fraix de démolition et enlèvement de décombre.s, qu'à raison de 8 francs la toise cube, ce qui fait pour les neuf toises 72 francs. » — Nous supposons que ce mur ne devait pas dépasser la hauteur du chapiteau de la troisième travée, à l'extrémité de la tribune capitulaire.

« Décrets des Cinq-Cents du 17 thermidor, "des 13 et 25 fructidor an VI. — Voir abbé Sicaru : A la recherche d'tine religion civile (chap. iv : Le décadi). L,e Directoire supprimait officiellement l'abstinence, interdisait la vente du poisson le vendredi, et le repos du dimanche pour le transporter au décadi.

^ Arch. municip., rejç. des Délibérations municipales, 19 pluviôse et 26 ventôse an VII (7 février et 16 mars 1790).

■' Voir Leilri's iucdiles, pp. 520, 21.

4 Arch. de Saint-Ktienne,.reg de 1797, 98, 99.

•'• Ces deux chillres, 310, 26, ne sont pas d'une exaclitu(h' absolue : c'est une moyenne approximative, car U: registre de 1797 no commence (]u'an 12 avril, et, du 12 avril au 31 décembn,', nous avons compté 226 baptêmes et 19 mariages.

Les chiffres de 1797, que nous avons reproduits pour mieux comparer, démontrent qu'il avait suffi de quelques mois de liberté relative pour ramener les masses au clergé légitime.

Après fructidor, les manifestations de la foi se ralentissent. Par défaut de confiance on s'éloigne des prêtres schismatiques, et par fraveiir on n'ose recourir aux prêtres orthodoxes. De là cette sérieuse décroissance que révélerait, avec la même autorité que celui de de Saint-Etienne, le tableau des autres paroisses de la ville.

Qu'on ne crie pas cependant à la perte des convictions chrétiennes.

Beaucoup de familles se résignent, comme au temps de la Terreur, à ondoyer secrètement leurs enfants; et si d'autres consentent à les faire baptiser par les schismatiques, puisque le sacrement est en soi validement donné, elles refusent de leur demander la bénédiction nuptiale, sachant que tout mariage, contracté sans la présence du clergé fidèle à Mgr de Fontanges, est invalide. Lacontrontation des colonnes du tableau ci-dessus n'est-elle pas probante?

L'examen des registres de l'une et de l'autre communion va nous instruire de quelques particularités nouvelles de la vie paroissiale.

A Saint-Etienne, la plupart des actes sont signés : Jacques Bardinet; ce collaborateur d'Anglade, ex-carme-déchaussé comme Sermet, a été curé de Saint-Orens en 1791.

A Saint-Sernin, un billet collé sur une feuille du registre d'Hubert, au l^'- août 1799, nous informe qu'on a repris l'usage de; funérailles chrétiennes :

« Le citoyen Hubert peut enterrer le G. Bébian ' quoiqu'il ne soit pas enregistré : le commissaire de police étant occupé, il l'enregistrera demain à la maison commune de Toulouse.

« Le 11 thermidor, 7^ année républicaine.

« Paul Vaïsse, président^. »

L'interdiction pour tout ministre du culte est maintenue de paraître avec insignes sur la voie publique et de diriger un cortège, mais elle n'atteint pas les cérémonies funèbres célébrées à l'intérieur des édifices. Dès 1795, on s'est hâté de supprimer aux obsèques le caractère exclusivement civil que les jacobins leur avaient cyniquement imposé, et, aussitôt réinstallé à la Daurade. Taverne tient le registre mortuaire, avec cette formule :

« Le... avons consacré par les cérémonies du culte catholique la sépulture de... et ce dans notre église '. »

A laDalbade, Manaud succombe après une courte maladie. Le 11 décembre 1798, il fait un baptême; et

1 Un parent probable du curé conslilulionncl de Saint-Pierre qui habitait rue des « Quistans », n<>465, prés la place Arnaud-Bernard {Lettres inédites, p. 157).

2 Arch. parois, de Sainl-Sernin, reg. de 1798, 99, 1800, fol. 3i. - Hul.erl lit 131 baptêmes en 1798, et \2'^ on 1799. — Paul Vaysso avait succi'dé à Uesbarioaux comme président de l'administration municipale.

3 Arcb. parois, de la Daurade, reg. des Sépultures, du 25 oclolire 179.") au 20 octobre 4802. — Taverne fil 136 Ixiptèmes en 1798 et 131 en 1799.

« le C. Paul Manaud, curé de la Dalbade, est mort le 4 nivôse de l'an Vil, 24 décembre l'an de J.-C. 1708 », écrit Cor, son vicaire'. Sermet dut éprouver un sincère regret de la perte de ce dévoué partisan qu'il cite maintes fois dans ses lettres; encore, en septembre dernier, il lui a vu dans les mains, dit-il, « un recueil des psaumes et himnes en grec^ ».

L'élection du curé schismatique par les citoyens, d'ailleurs inhabiles en cette matière, n'est plus de rigueur; sans façon on se confère à soimême la juridiction et on s'attribue le gouvernement d'une paroisse : aussi Cor signe-t-il les actes suivants : curé, puis curé constUutiunnel.

Découragé par l'indifférence de ses paroissiens 3, Bébian, qui a inutilement tenté plusieurs démarches pour obtenir la restitution à l'église des Chartreux de ses anciens marbres et tableaux*, songe à quitter Saint- Pierre.

Sermet connaît cette lassitude que cause la persistance d'amers insuccès. A certains jours, il s'illusionne encore sur son rôle et sa dignité. Car il confirme aux Récollets, à Saint-Pierre, à Saint-Sernin, à Saint- Etienne^,..

Il confirme dans les environs et signe, sûrement satisfait, cette page du registre de Lalande, qui nous renseigne sur le titre ecclésiastique par lui décerné à son ami Hubert, et sur son clergé de la banlieue :

« Ce aujourd'hui, 4 thermidor, l'an de J.-C. 1799, septième de la République française, jour de sainte Marie-Magdeleine, patronne de la présente paroisse de Lalande, après avoir célébré la messe pontificale, à laquelle j'ai été assisté par les vénérables citoyens Paul Gleyzes, curé de cette paroisse, Louis Hubert, curé de Saint-Sernin et archiprêtre ; Pierre Latapie, curé de Saint-Martin-du-Touch ; Antoine Batut, curé de Fenouillet, et Espagnol, curé de Launaguet, et après une instruction relative au sacrement de confirmation, j'ai administré ce sacrement aux fidèles ci-après de la dite paroisse et de celle de Fenouillet, qui, quelques jours auparavant, avaient fait la première communion. (Suit une liste de cent noms].

« Sermet, « Evêque métropolitain de Toulouse ^. »

Deux mois plus tôt, les tenants de son culte et les catholiques de M. du Bourg ont fusionné dans un mouvement de commune dévotion envers la Vierge Marie. De temps immémorial, la statue de Notre-Dame la Noire reçut les hommages des Toulousains. La Révolution l'a reléguée parmi les objets disparates provenant du pillage des monuments religieux.

Quelques paroissiens de la Daurade, à l'instigation probable de Taverne, vont la réclamer aux administrateurs du département qui la leur aban-

1 Arch. parois, de la Dalbade, reg. de Î798, au bas de la 3« page. — En 1798 et 99, on baptisa à la Dalbade 137 et 139 enfants, dont un grand nombre de Saint-Michel.

2 Lettres inédites, 27 septembre 1798, p. 520.

•^ Arch. parois, de Saint-Pierre : en 1798, il avait fait 51 baplèmes; en 1799, il n'en lit que 22.

'' Lelt es iiii'-tliLi's, pp. 45(), 57.

•'■ Aux Hécollels (Saini-Micliel), le 2() avril 1798; à Sainl-Pierre, le 2'i- juin 1798; à Saint- Sernin, le 15 juillet 1798; à Sainl-Elieune, le 10 juillet 1797, le 20 août et le 8 septembre 1798. (D'après les registres paroissiaux). L'âge des coiilinnés variait de 13 à 18 ans.

« .\rcli. parois, de Lalande : 22 juillet 1799.

LES BAPTEMES A TOULOUSE PENDANT LA REVOLUTION 8l

donnent en secret, au prix de 24 francs. Cèdent-ils à des influences domestiques? Ne sont-ils pas les mêmes qui abritent la vieillesse indigente de certains ecclésiastiques?

On la rapporte dans le sanctuaire, et le bruit se répand de sa réinstallation.

Double résultat : joie délirante de la foule et débordante fureur des municipaux. Qu'on en juge par les extraits de leur correspondance*.

Ils écrivent au représentant du peuple Dast :

« Hier (23 mai 1799), jour d^une fête christicole , appelée Fête-Dieu, le local catholique, dit la Daurade, n'a jamais désempli de toute la journée. On y est venu en foule de la campagne, les habitants de la ville y accouraient comme en procession : et pourquoi? Pour voir la statue de cette Vierge, qui aurait dû être brûlée depuis longtemps... vendue aux fanatiques pour 24 francs... Pour 24 francs, ils ont vendu nos soins et nos efforts pour le triomphe de la philosophie et de la vérité; ils ont remis entre les mains du peuple une jjoupée dangereuse...- »

C'est une affaire d'Etat. Ils en informent les ministres de l'Intérieur et de la Police générale :

« ... l'église ni ses avenues ne désemplirent pas : les quettes produisirent immensément. Les dévots qui n'avaient point abordé la chapelle du prêtre constitutionnel s'y rendirent en foule... ^ »

Evidemment la patrie est en danger. Vite ils députent trois collègues menaçants vers l'administration centrale, qui retire humblement l'autorisation précédente et ordonne la translation de la statue à la maison commune. Desbarreaux est l'homme de toutes les métamorphoses et de toutes les capitulations.

Mais l'administration municipale effrayée des conséquences possibles,

« considérant qu'il est essentiel de se conduire dans une pareille mission de manière à ne pas compromettre la tranquillité publique, en leur arrachant trop brusquement le joujou dont s'était servi l'armée meurtrière du fanatisme pour égarer le cœur des âmes trop crédules...'' »,

confie au citoyen Paul Vaysse le soin de faire cette expédition 'pendant la nuit. A l'heure du vol et du crime, on procède donc à l'opération sacrilège. Le lendemain l'exaspération pressentie se déchaîne. La municipalité écrit au représentant Destrem :

« Vous pouvez juger quelles furent les criailleries , lorsqu'on ne trouva plus la béate dans la niche. Les marchés, les halles, les carrefours, toute la commune enfin fut occupée de cette grande nouvelle. Passons les propos, les sottises et les cris furieux qui ont été entendus ce jour-là. Plaignons le peuple que le fanatisme égare, et éclairons les hommes pour les rendre meilleurs ■'. »

1 Le désir de fournir une consciencieuse et instructive documentation nous excusera de citer des lermes qu'un sentiment chrétien élémentaire estime irrcspoctuoiix et oircnsanls.

' Arch. municip., reg. Correspondance du niaip-e : la municipalité de la commune do Toulouse au représentant du peuple Dast, 5 prairial an VII (2t mai 1799).

3 Arch. municlp., IbiU. : la uiunicipalilé aux ministres de l'Intérieur et de la Police générale, 7 prairial an VII.

♦ Arch. municip., reg. des Délibéralions municipales, 5 prairial an VII.

•' Arch. municip., reg. Correspondance du maire : la municipalité au représentant du peuple Destrem, 7 prairial an Vil.

82 LES BAPTÊMES A TOULOtTSE PENDANT LA RÉVOLUTION

Oserait-on contester, à rencontre de cette correspondance, l'attachement de Toulouse à ses traditions religieuses et l'échec des tentatives officielles pour instaurer un culte purement civique? Circonstance digne de remarque : la persécution, loin de désarmer, poursuit ses attaques.

A Saint-Etienne, quatre-vingt-dix prêtres orthodoxes avaient signé au registre de 1797; en 1798, leur nombre descend à quarante-quatre, et, en 1799, ils ne sont que trente-deux.

Le nom de l'abbé Ortric cadet disparaît en octobre 1797 jusqu'au mois d'octobre de l'année suivante. De providentielles infirmités lui ont valu l'autorisation de se retirer à Baziège, lieu de sa naissance ^ Mais son âme vaillante ravive bientôt ses forces physiques, puisque, par son ministère 2, il acquiert rapidement une dangereuse réputation régionale et que, dans la surprise d'une prédication nocturne, il ne doit qu'à l'extrême agilité de ses jambes d'échapper aux mains des gendarmes. Il retourne à Toulouse, et se réfugie chez M'"" d'Agède, place Saint-Etienne 3.

A Saint-Sernin le total des baptêmes baisse également, de 83 à 29 et 31. Parmi les actes, une écriture connue trahit, dans une délégation de mariage signée Gilbert, le nom de guerre de M. Jean Mathieu, curé du Taur *.

Cette diminution se généralise. Prêtres et fidèles souffrent d'espionnages incessants et d'odieuses délations; et ceux qui participent à des cérémonies clandestines s'entourent parfois eux-mêmes du plus impénétrable mystère. Le P. Henri Le Gry, remis en liberté, a « baptisé Pierre Charles, fils de père et mère inconnus, né hier : ont été parrain et marraine deux personnes instruites de leur foi et ne voulant être connues quoique enquises avec urgence^. »

Le gouvernement du diocèse à travers d'inextricables difficultés continue d'exiger une main habile et ferme. L'inlassable vigilance de l'abbé du Bourg s'étend à tous les détails de l'administration ; sur des formules imprimées ^ et avec l'aide de son zélé secrétaire, l'ex-Père bernardin Atitoine Prépaud, il accorde de multiples dispenses, en qualité de vicaire général de Mgr de Fontanges ou d'évêques voisins.

Personnage imprenable — n'est-il pas alors retiré lui-même à l'hôtel Agède ', avec l'abbé Ortric? — il irrite les pouvoirs publics. On instruit contre lui une procédure, « à raison d'un écrit séditieux^ »>. De

^ Arch. (lupart., série L, reg. 53, fol. 45 : arrêté du 12 vendémiaire an VI (3 octobre 1797). — Arch. municip., reg. des Délibérations municipales, 9 vendémiaire an VL

2 Arcli. de Saint-Etienne : reg. de Baziège.

3 Arch. de Saint-Etienne, reg. de 1799 : « J'étais alors logé chez M'"<' Agède, place Saint- Etienne. » Ortric cadet.

4 Arch. parois, de Saint-Sernin : 26 mai 1798.

^ 3 avril 1798. Dans les intervalles de ses réclusions, il baptisait et consignait ses baptêmes sur un cahier. (Arch. de Saint-Elienne.)

6 Arch. du Saint-Etienne et de Saint-Sernin.

' Il avait abrité les reliques du premi(!r martyr saint Etienne dans la maison des dames. d'Agède. Cette ancienne maison de Catel, place Saint-Elienne, est aujourd'hui l'hôtel du Bourg, un neveu de l'abbé du Bourg, M. Gabri(;l du Bourg, ayant épousé M"» Hélène d'Agède. (J. de Lahondés : Histoire de l'église Saint-Etienne, p. 409.)

« Arch. municip., reg. Lettres à la )nunicipalité, ilOO — an Vil : le directeur du jury d'accusation à l'administration municipale (12 lloréal an VI). n';

malheureux constitutionnels se rétractent-ils? la municipalité fulmine des arrêtés visant «ces êtres républicides, ces prêtres lavés... dociles aux ordres donnés par le tartufe Duboarg^ ». Ces fréquents retours au catholicisme romain suffoquent le pauvre Sermet : « Ce qui m'étonne, s'écriet-il, c'est de voir des prêtres, dont quelques-uns paraissent réellement estimables, passer encore au blanchissage 2. »

Spectacle singulier, en effet, puisque les vexations se perpétuent et que l'administration municipale réquisitionne le commandant de la place et le capitaine de gendarmerie pour assurer les mesures de police relatives aux prêtres insermentés^.

Soudain, en août de cette année 1799, éclate l'insurrection royaliste dans le Midi. Toulouse, dépourvue de garnison sérieuse, est menacée. Oq fait appel à la garde nationale des départements limitrophes, et leâ troupes républicaines du général Gommes écrasent à Montréjeau la petite armée du comte de Paulo.

Il faut bien que les prêtres réfractaires, rendus responsables de la révolte, soient châtiés pour le danger couru. Ils remplissent déjà leâ cachots. Mais de nouvelles visites domiciliaires, des ordres d'emprisonnement et de déportation se succèdent acharnés.

Vingt-six ecclésiastiques seulement sont découverts et arrêtés en août et septembre*, parmi lesquels : M. Cinqfraix, ex- vicaire de Saint-Martin de Lasbordes, « déguisé en femme »; M. Saint-Côme, ex-curé de là Daurade « tapi dans une cachette » ; les deux frères Cornac, dont Fun chanoine de Saint-Sernin, et l'autre vicaire général de Castres; M. Mar-^ soulan, ci-devant prêtre de chœur à Saint-Etienne, (c surnommé le croque-mort », etc.

Ces arrestations et les représailles contre les insurgés ne contribuent guère à l'apaisement du Midi. D'ailleurs l'anarchie est complète : lesi partis se déchirent, le Directoire abuse des coups d'Etat, les revers militaires se multiplient.

Cependant un jeune général, vainqueur des Turcs, a quitté furtivement l'Egypte et s'approche de Paris, le front auréolé de gloire, le cœur brûlé d'ambition... La dictature inévitable se prépare.

* Arch. municip , reg. Cultes, IV (3 pluviôse an VI).

2 Lettres inédites, p. 523 : au ciloyon Desbois, évèquc d'Amiens, 21 germinal an VII (10 avril 1799).

^ Arch. municip., reg. des Délibérations municipales, 29 messidor an VII (17 Juillet 1799).

* Voir : Arch. départ , série L, reg. 60 : arrêtés relatifs à la police, fol. 29-'t2 ; — Le Journal de Toulouse ou Anli-Royaliste, de tliermidor an VII à brumaire an VIII (Bibliothèque de la Ville).

sous LE CONSULAT

Le 18 brumaire fut un second 9 thermidor ^. Avec les blêmes Jacobins qui évacuent Saint-Gloud dans le désarroi, sous la menace des baïonnettes, disparaît un odieux régime. On acclame Bonaparte comme un sauveur. Sur les frontières et dans les prisons on palpite d'espérance : le retour à la liberté religieuse peut-il tarder à se produire quand les persécuteurs sont chassés du Pouvoir ?

Interrogeons encore nos registres sur les dernières vicissitudes que l'Eglise de Toulouse eut à subir avant l'heure delà pacification générale.

De novembre 1799 à juin 1800, ils n'accusent aucune particularité remarquable : les positions respectives des deux camps, orthodoxe et schismatique, ne semblent guère modifiées. Mais, dès le mois de juillet, le nombre des baptêmes augmente, l'ouverture de plusieurs églises est annoncée : de graves événements nationaux ont dû s'accomplir.

Tout d'abord, les Consuls maintiennent dans sa rigueur la législation hostile au clergé catholique. Peut-on subitement transformer la mentalité du monde officiel habitué, par dix ans de persécutions, à traiter les gens d'Eglise en parias ?

L'arrêté du 8 frimaire favorise les prêtres constitutionnels ou mariés. Le décret plus libéral du 7 nivôse 2(28 décembre 1799), consacré par une loi, le 11 janvier suivant (21 nivôse), autorise l'exercice du Culte public et la rentrée en France des déportés à la condition de souscrire la promesse de fidélité à la Constitution de l'an VJII^. Le Moniteur explique qu'il s'agit d'un « engagement purement civil ». Mais cette formule rappelle les serments antérieurs et ranime d'ardentes controverses.

M. du Bourg l'interdit dans le diocèse. Les manifestations de sa vigilance énervent V Anti-Royaliste dont la colère déborde :

* Le 18 Brumaire an VIII (9 novembre 1799), trois membres du Directoire donnèrent leur démission, Sieyès, Roger-Ducos et Barras ; les deux autres. Moulins et Gohier, furent retenus prisonniers au Luxembourg. La dictature fut donnée à trois consuls : Bonaparte, Sieyès et Roger- Ducos.

^ << Tous les fonctionnaires publics, ministres des cultes, insliluleurs et autres personnes qui étaient, par les lois antérieures à la Constitution, assujettis à un serment ou déclaration quelconque, y satisferont par la déclaration suivante : Je promets fidélité à la Constitution. * Décret du 7 nivôse.

a Dans cette Constitution, le pouvoir législatif était partagé entre le Conseil d'Elat, le Tribunal, le Corps législatif, et le Sénat conservateur. Le pouvoir exécutif était confié à trois consuls nommés pour 10 ans. Mais le Premier Consul Bonaparte dirigeait seul le gouvernement.

0 C'est toujours par de nouveaux traits de scélératesse hypocrite que le trop fameux abbé Dubourg, chef de la bande des prêtres conspirateurs qui pullulent -ur tous les points de cette partie du Midi, signale sa présence à Toulouse. Il a jusi|a'ici échappé aux recherches de la police qui, plus d'une fois, a pénétré dans sa tt'traile sans pouvoii- le saisir. C'est de son grenier qu'est émanée la décision contre la nouvelle formule de promesse de fidélité à la Constitution* d.

Aussi bien, sa défense a-t-elle simplement prévenu celle des administrateurs de la Haute-Garome qui proclament dans une circulaire aux municipalités :

«... Les prêtres réfractaires ne peuvent être admis à faire cette déclaration, attendu que n'ayant point été relevés de leur état de déportation, ils n'en demeurent pas moins frappés de mort civile jusqu'à ce que la législation les conceinant soit abrogée, sans en excepter les prêtres sexagénaires ou infirmes faisant partie de cette même classe, et qui sont en surveillance dans leurs communes respectives ^ ».

Le premier préfet de notre département, l'ex-conventionnel Richard, nommé conformément à la loi du 28 pluviôse (17 février 1800) s'empresse, dès son arrivée, de confirmer la circulaire de l'administration centrale qu'il remplace :

« Les prêtres réfractaires demeurent absolument dans l'état où ils étaient avant l'an YIII, et l'exercice de leur culte leur est toujours interdit^ ».

La persistance des troubles, causés par le retard à résoudre la question religieuse dans le sens d'une liberté plus large, oblige le Pouvoir à se départir de son intransigeance.

Par ordre de Fouché, ministre de la Police générale*, les préfets doivent admettre à la promesse de fidélité tous les ecclésiastiques désireux d'exercer leur culte, sans égard à leur état politique antérieur. Le 11 messidor (23 juin), par quelques lignes sèches où perce le dépit, Richard en avise les sous-prétets et les maires de son ressort s.

En face de ces concessions, quelle sera l'attitude du clergé légitime? Depuis six mois, entre partisans et adversaires de la formule, se poursuit une lutte virulente que des préoccupations dynastiques compliquent et enveniment 6. Sans brisement douloureux, l'épiscopat, que tant de liens séculaires rattachent à la royauté, va-t-il se rallier à un gouvernement républicain? Mais la cause supérieure de l'Eglise et l'avenir du catholicisme en France sont en jeu. D'inévitables malheurs résulteraient de l'unanime refus d'une promesse qui alarme à tort certaines consciences.

On ne s'engage pas devant Dieu : on déclare ne point s'opposer aux institutions actuelles. Le nouveau Pape, Pie VIF , veut s'instruire et diffère son avis.

' V Anti-Royaliste, n» du 14 pluviôse an VIII (3 février 1800.)

' Arch. départ. Sérlo V. liasse 5 : Circulaire de l'administration centrale du département, signée : Barrau, Caisse), Desbarreaux ; 25 ventôse an YIII (16 mars 1800.) 3 Circulaire aux municipalités du 7 avril 1800. Richard était arrivé à Toulouse le 27 mars.

* Lettre du 26 prairial (15 juin) aux préfets.

* Arch. départ. Série V, liasse 5.

6 Voir abbé Sicard : L'ancien Clergé de France, t. III, op. cit., chap. v; Meilloc : Lex Serments pendant la Révolution, p. 272 et suiv.

■' Pie VI était mort dans la citadelle de Valence, prisonnier du nirecloirc. le 29 août 1799. Le Conclave ouvert à Venise, le 1" décembre 1799, n'clul que le li mars 1800 le cardinal Chiaramonte qui prit le nom de Pic VIL

Avec M. EmeryS l'archevêque d'Auch, Mif de la Tour du Pin^ et son ami, l'archevêque de Toulouse, dans des lettres très judicieuses écrites d'Espagne, conseillent la soumission et se placent en tête des prélats qui, par leur intelligence des véritables intérêts religieux, travaillent au rétablissement de la paix.

Aussi, le clergé du diocèse est-il l'un des premiers à faire la promesse devant les municipalités.

A Toulouse, le maire Picot de Lapeyrouse ouvre un registre, dès le 11 messidor (30 juin), au secrétariat de l'Hôtel-de-Ville 3. Du 30 juin au 21 septembre, dernier jour de l'an VHP, 182 prêtres comparaissent, parmi lesquels 30 constitutionnels environ. Aucun qualificatif propre ne les distingue les uns des autres. Mais, dans l'examen des multiples registres compulsés, administratifs et paroissiaux, nous avons acquis une connaissance dei noms suffisante pour affirmer, d'une manière plus qu'approximative, à laquelle des deux communions ils appartiennent : ainsi dans une liste de 123 ministres du culte qui ont, à la même époque, spécifié le local où ils se proposent d'exercer, nous avons reconnu 23 schismatiques et 100 orthodoxes ^.

L'abbé du Bourg, mieux éclairé, se présente le 6 thermidor pour promettre la fidélité prescrite : sur le refus immédiat des autorités encore haineuses qui le traitent en émigré 6, il n'obtiendra satisfaction que le 19 thermidor.

Avec une intensité plus forte que dans quelques diocèses voisins dont les évêques condamnent la formule'^, le réveil religieux progresse à Toulouse et accentue ses conquêtes.

Par le décret du 7 nivôse, les Consuls ont mis à la disposition des communes les églises non aliénées : on se hâte de les réclamer ; les prêtres sont là, et le peuple a une soif si vive des cérémonies.

Avant même de signer la promesse, Vahbé Bourrée s'est emparé de la chapelle des Chartreux laissée vacante par Bébian qui s'est retiré à Croix- Daurade s. Le 15 juillet 1800, il inaugure son registre de baptêmes^ : il a

1 "Voir Mgr Méric : Histoire de M. Emery, t. II, cliap. i.

2 Voir Victor Pierre : Le Clergé français en Espagne [Revue des Questions historiques, •jer avril lyOi, p. 533 et suiv.)

3 Arcii. inunicip. : P»eg. des délibérations municipales, 7 messidor an VIII, fol. 60.

* Ihid. Reg. Serment de l'an y///(fol. 15-45.) ^ Arch. départ. Série V, liasse 4.

6 h'Anti-Hoyaliste, n» du 9 thermidor an VIII.

" « Les grands vicaires du Tarn ne s'accordent pas avec ceux de la Haute-Garonne. MM. d'Albij ont défendu la déclaration comme impie, scliîsmatique... " U Anti-Royaliste du 17 messidor. — « On écrit de VAveyron que tous les piètres jusqu'alors insoumis, ont unanimement refusé de faire la promesse de lidélité à la. Constitution. C'est être d'accord et conséquent. » Jbid., 7 thermidor. — « Los vicaires générau.x du ci-devant arrondissement épiscopal de Lomin'z ont décidé qu'on ne pouvait sans péché faire la promesse de fidélité. » Jbid., 9 thermidor. — Voir : Décision de plusieurs évi''(]ues français sur la promesse de fidélité à In Lonstitulion, hrochure de 38 pages, 1801. (bibliothèque du Petitséminaire). Dans deux lish-s d(; prélats français et helges, hostiles à la promesse, nous trouvons les noms de l'archevêque de Narbonne et des évêques de Rieu.r, Lombez, Coni- ■"xinges, Carcassonne, Castres, Tarbes, Rodez, etc.

« h' Anli- Royaliste, 15 messidor et 7 thermidor.

• Kvch. parois, de Saint-Pierrt;. — L'ahhé Forlic, quoique infirme, exerçait toujours : un oe'it cahier de son écriture atteste qu'en 18(H) il lil VI haptémes et 5 mariages. Le registre VJï Bébian s'arrête au 1'' pluviô.se an VIll (2U janvier ibUO.J

déjà célébré une fête que V Anti-Royaliste ne peut relater sans quelque acrimonie :

« Il y a quelques jours qu'une soixantaine d'enfants firent leur première communion dans l'église Saint-Pierre, où les prêtres qui ont fait la déclaration... exercent leur culte. L'un d'eux, le prêtre Ortric, fit un très long discours. Il termina eu assurant son auditoire qu'il était bien dédommagé de ses longues souffrances par l'empressement des fidèles à se rendre avec une aussi édifiante affluence auprès de leurs pasteurs si longtemps persécutés. L'aspect du bassin des offrandes était, en / effet, très consolant...' »

A Saint-Etienne, l'abbé Ortric cadet éprouve moins de contrainte à déployer son zèle, puisqu'au 18 juillet les registres nous annoncent qu'on administre désormais les sacrements « dans l'église Sain i- Jacques, cJiapelle Sainte-Anne, actuellement notre paroisse^ ». Ce vénérable local, qui abrita d'illustres confréries, servait, durant la Révolution, de vulgaire remise à des selliers. Sa destination nouvelle aussitôt apprise, dans un vigoureux élan de joie « des femmes se sont réunies et ont traîné dehors beaucoup de voitures ^ ».

On assiste à une émouvante explosion de sentiments chrétiens. Au bas des pétitions qui sollicitent dans tous les quartiers la possession des chapelles nécessaires, pour ne pas cohabiter avec les schismatiques, des milliers de signatures d'hommes respectables affirment la vitalité du catholicisme à Toulouse *.

Dans le diocèse, même empressement. Les demandes affluent : à défaut de temples on ofïre des maisons particulières à l'impatiente piété des foules 5. « Vous participerez à toutes les prières et saints sacrifices » écrivent, au maire et au préfet, les paroissiens de la DaU)ade qui revendiquent la chapelle des chevaliers de Saint-Jean. Peu touché par l'assurance de cette participation d'ordre surnaturel, Richard croit néanmoins politique d'accorderbeaucoupd'autorisations : les témoignages officiels des meilleures dispositions gouvernementales à l'égard du clergé ne correspondentils pas à l'invincible poussée d'une renaissance catholique?

La France chante victoire : Bonaparte a vaincu les Autrichiens à Marengo. Le sabre subit sans terreur le voisinage du goupillon. Le général Gommes n'est-il pas présent, dans le chœur de Saint-Etienne, à la cérémonie funèbre en l'honneur de Desaixdont « le citoyen Sermet prononce l'éloge ? "5 »

Faute d'adeptes, la religion civique se meurt. Les fonctionnaires salariés, par décret des Consuls, sont seuls astreints à l'observation du décadi : et ceux de notre ville « n'ont pas même rougi de faire ce joar-là

* N" du 17 messidor (6 juillet.)

2 Arch. de Saint-Etienne : Reg. dos mariages et des haplèn.is, 1800. La très antique chapelle Saint-Jacques sVdevait au sud du cloître de la cathédrale, parallèlement au chœur actuel dont elle avait à peu près la longueur. Apres avoir été la chapelle d'un hôpital, puis des pèlerins, elle abrita la confrérie de Sainte-Anne, qui lui lit donner le nom de chapelUr de Saint-Jacques et de Sainte-Anne. Voir J. de Lalioudès : Ilixtoire de l'église de Saint- Etienne, pp. 37 et !{8.

3 VAnli-Royalisle, 23 messidor.

* Arch. départ. Série V, liasse 29.

^ Arch. départ Série L, reg. 61 (30't'f), Arrêtés concernant la sûreté {"l^) messidor an Vill, 7 messidor an IX.) ** L' Anti-Royaliste, 5 thermidor an VIII.

travailler chez eux i ». En même temps, le préfet se décide à prendre cet arrêté :

« La réunion des citoyens, au jour de la décade, cessera d'avoir lieu au temple décadaire.

« La publication dfS lois ot autres annonces officielles se fera le jour de la décade au lieu des séances des maire et adjoints municipaux ^ »

Plutôt que de pérorer dans un local vide d'auditoire, il vaut mieux disparaître. Mais la nef métropolitaine, qu'on ne débarrassera que plus tard des gradins et des estrades qui l'encombrent, ne sera point envahie par les partisans de Sermet, très commodément assis dans les stalles capitulaires. Cependant, son clergé garde encore les églises et doit à cet avantage de conserver quelque crédit.

L'étude très minutieuse des divers registres qui mentionnent les noms et qualités des prêtres et les locaux où ils exercent leur culte nous a per-

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