‹ Les baptêmes à Toulouse pendant la révolutionChapitre 5 sur 13 · NAISSANCES DANS LES DIX ARRONDISSEMENTS DE LA VILLE · texte numérisé non relu

NAISSANCES DANS LES DIX ARRONDISSEMENTS DE LA VILLE

1793 6 1" janvier-31 décembre

( 1,175 légitimes Total : 1,571

( 396 inconnus

22 septembre 1794-21 sept. 1795

( 1,626 légitimes Total : 1,998

372 inconnus

22 septembre 1795-21 sept. 1796

( 1,361 légitimes Total : 1,779 '

f 418 inconnus

* Il ne fui ordonné prêtre qu'en 1791 par Mgr de la Tour du Pin, archevêque d'Aucti. (Voir Bulletin des Vocations sacerdotales de Toulouse, octobre 190i : Le RecYuteynent du clergé de Toulouse pendant la Révolution, p. 15i, .1. Contrasty.)

* Arsène Houssaye : Notre-Dame de Thermidor, p. 251. 3 Ch. d'Héricault : La France révolutionnaire, p. 626

* « Cochon, ministre de la police générale, commerce, salubrité, voie pultliquo, surveillance et sûreté, mœurs et opinion publique. » Calendrier de Toulouse ilOO (IJibliothéque de la ville). — Successeur de Merlin, il Dit ministre d'avril 1796 à juillet 1797. Napoléon devait le créer comte de l'Apparent. (Voir Jiiugra})/iie des Contemporains, t. IV, p. 43.').)

5 Arch. départ., série E.

6 Au chapitre précédent, nous avons donné, pour l'année 179;^, les chiIVres paiticuliers à chaque arrondissement.

68 LES BAPTEMES A TOULOUSE FENDANT LA UÈVCLUTION

Ainsi qu'il appert de cette sommaire statistique, très basse pendant la Terreur la natalité remonte après thermidor, de concert avec la liberté, l'espérance et la religion, à un chilï're qu'elle n'avait jamais atteint, pour redescendre, sous le Directoire, à une médiocre moyenne, tandis que le nombre des inconnus devient sensiblement supérieur à celui de l'année précédente.

Nous croyons que tous ces enfants, à quelques exceptions près, reçurent le baptême. Les fonctionnaires eux-mêmes, dont nous avons bien souvent lu les noms sur les registres, ne dérogeaient pas aux habitudes chrétiennes toujours persistantes. Quelques-uns s'adressaient aux prêtres orthodoxes qui gardaient les âmes en perdant les édifices.

Il est vrai que l'abbé du Bourg, sans cesse attentif à démasquer l'erreur et vivifier la foi, avait une merveilleuse intelligence des situations. Aussitôt qu'on promulgue la liberté de la presse', il prépare la création d'un organe apte à le maintenir en relations avec les fidèles et les prêtres. A l'aide de sa « Feuille villageoise » -, il instruira et gouvernera le diocèse, heureux d'affirmer hautement la vitalité de l'Eglise et l'espoir des victoires prochaines. Ce journal, mensuel seulement, remplaçait en partie les prédications et les catéchismes.

Bientôt un nouveau périodique — hebdomadaire — à la publication duquel il ne dut pas rester étranger, aborda franchement toutes les questions même politiques. Nous ne saurions mieux en indiquer l'esprit qu'en reproduisant ce passage d'un article de VAnti- Terroriste :

« ... La liberté de la presse n'étant plus une chimère, les vrais catholiques peuvent donc rompre un pénible et douloureux silence, et plaider enfin la meilleure des causes !

S'il est démonstrativement prouvé que le triomphe des bonnes mœurs, de la raison et de l'humanité dépend uniquement du triomphe de la Religion, n'est-il pas de la plus haute importance et de toute nécessité que ses véritables ministres soient promptement rendus à la société qui les réclame ?

Un journal qui a pour titre : « Le Philosophe catholique » a déjà paru. Le but de cet ouvrage est 1° de montrer que la religion peut seule, par l'exercice actif et solennel de son culte, faire renaître l'empire des vertus sociales; 2° de réconcilier avec le gouvernement certains prêtres estimables et malheureux dont on justifie la conduite et qui sont nos égaux, nos frères, des hommes enfin... Il offre par articles séparés un mélange compatible de religion, de morale, de politique et de littérature 3... »

La Feuille villageoise et le Philosophe catholique, à la suite de VAnti- Terroriste, entrèrent dans la lice pour la défense de la meilleure des causes.

> 19 mars 1796.

^ La Feuille villageoise catholique, à la plus grande gloire du Sacré-Cœur de Jésus, publication mensuelle qui commença à paraître en juin 1796. (Voir, à ce sujet, abbé Salvan : ' Histoire de Sainte-Germaine, chap. xx.)

■* V Anti-Terroriste, 3 fructidor an IV, samedi 20 août 1796. — Le Philosophe catholique, journal hebdomadaire, format in-8*, paraissait en livraisons de 16, 18 et 20 pages. On s'abonnait, au prix de 15 livres par an, chez les citoyens Bellegarrigues, rue Nazarelli.

Les partisans du catholicisme orthodoxe avaient compris que laisser l'arme redoutable de la presse uniquement aux mains de leurs ennemis serait une lourde faute, et qu'ils devaient la manier eux-mêmes avec vigueur. Les résultats pratiques furent réels : l'opinion publique s'orienta vers une tolérance religieuse plus sincère.

Ce n'est jamais en vain qu'on lutte pour la justice et la vérité.

En 1797, le sentiment religieux toujours nécessaire à la vie d'un peuple revêtit, sous le régime troublé de la séparation, les formes variées des cultes civique, protestant, schismatique et orthodoxe. Nous négligeons la secte ridicule des Théojjhilanthropes qui ne put réussir à gagnerdes adhérents toulousains *.

Obsédés par les souvenirs de la Grèce dont ils adoptaient les mœurs, et les costumes, les législateurs poursuivaient systématiquement la résurrection du paganisme afin d'arracher de l'âme populaire, par l'attrait des cérémonies profanes, l'ancestral amour de la religion chrétienne.

La loi du 3 brumaire an IV avait fixé le jour et le sujet des solennités civiques. Aux archives du Donjon, un registre renferme le récit détaillé des fêtes de la Jeunesse, des Epoux, de la Reconnaissance et des Victoi7'es, de l'Agriculture, de la Liberté, du iO Août, de la Vieillesse et de la République'^.

Toutes se déroulent suivant le programme général venu de Paris. De l'autel de la Patrie dressé devant la Maison Commune, le cortège se dirige tantôt vers l'amphithéâtre de la Grande-Allée, tantôt vers le temple de la Liberté, où l'on chante les déclamations lyriques de l'ex-abbé Carré 3, où le principal pontife de ce culte, le comédien Desbarreaux, qu'un retour ofîensif du jacobinisme a fait président de l'administration municipale *, prononce des discours d'un style sonore et froid. Invariablement les danses très honnêtes, assure le narrateur, se prolongent dans la nuit.

Quel est ce temple de la Liberté ? Du Mège, dans le troisième volume des Institutions de la Ville de Toulouse ■% flétrit, en des pages indignées, les saturnales dont la nef de Saint-Etienne vit, en 1796 et 97, le honteux spectacle; et dans le quatrième volume '', il assigne comme sanctuaire aux fêtes laïques du Directoire la chapelle doi Pénitents- Bleus, égWse actuelle de Saint-Jérôme. De ces deux alfirmations contradictoires, le lecteur doit

1 Celle secte, dont La Réveillèrc-Lépoaux, l'un des cinq Directeurs, étail le^ chef, ne reconnaissait d'autres dogmes que l'existence de l)iou cl l'inirnortalilé de lame. Elle tomba en pleine décadence vers la fin de 1799.

2 Arch. municip., reg. Fêtes rêptihlicnines à Toulouse, du 10 germinal an IV au 30 vendémiaire an VI (30 mars 179(i-2l octobre 1797). La dernière est une cérémonie funèbre du 30 vendémiaire an VI, en mémoire du général llocbe. — Voir le livre de l'abbé Sicard : A la recherche d'une Religion civile.

3 Élève de l'abbé Delile, appelé à Toulouse par Loinéiiie de lirienne comme professeur au collège Royal; sous le Directoire il professait les belles-lettres à l'Ecole Centrale.

« Un décret du 11 octobre 1795 avait réorganisé les municipalités et supprimé la charge de maire.

préférer la seconde K La cathédrale ne redeviendra que plus tard temple décadaire : elle appartient encore exclusivement aux schismatiques.

Délaissés par le pasteur Julien qu'une orageuse politique absorbe depuis 1792, les protestants se groupent autour de leur nouveau ministre, Jean Pradel, qui, le 27 janvier 1797, vient déclarer, devant la municipalité, se soumettre aux lois de la République 2.

Sermet accourt du fond du département, et loge, rue des Balances, chez son frère où il retrouve son ancienne chapelle et un respectable servant de messe, le vieux Rigaud, premier maire de Toulouse. Mais il ne cesse de gémir épistolairement dans le sein de Grégoire : la théorie de ses mécomptes se développe à l'infini !

Prêche-t-il des conférences dans « sa » métropole ?

« ... Mon auditoire est habituellement très rempli : mais, quid inler tantos? Sur soixante mille habitants, je doute que j'en aye six mille... » -K

Ordonne-t-il des prêtres?

« Les mauvais prêtres auxquels j'ay eu le malheur d'imposer les mains me font trembler sur le très petit nombre de ceux qui se présentent... » ''.

Pense-t-il avoir reconstitué solidement les cadres de son clergé?

« Le nombre des rétractants grossit à vue d'œuil... et je m'attends bien que cette maladie épidémique va s'accroître et gagner du pays ^... »

Désire-t-il entretenir des relations amicales?

« Madame de Pérignon, femme de l'ambassadeur en Espagne, vient de retirer de chez le citoyen Peccaière, maître d'écriture, un fils qu'elle y avait mis en pension, par cette seule raison que j'allois quelquefois dans cette maison *'. »

Disposera-t-il de ressources pécuniaires?

« Personne ne me donne rien... Je n'ay pu encore obtenir qu'on me procurât dans le voisinage (de la cathédrale) une petite cellule où mon frère me feroit porter à dîner les dimanches et fêtes '. »

Les commissaires de Saint-Etienne, groupés en une sorte d'association

cultuelle, vont sans doute s'empresser de le secourir :

« Groiriez-vous bien que ce n'est que depuis huit jours qu'on m'a compté, au bout de cinq mois de service, la somme de deux louis? Je les reçois, dis-je aux commissaires, non comme un salaire, ce serait nous avilir vous et moy, mais comme une aumône s. »

Au moins jouira-t-il dans son église de la liberté de prescrire des ordonnances liturgiques?

« ... Dimanche dernier... je voulus... abolir l'abus introduit en mon absence, de donner la bénédiction tous les dimanches et les réduire au troisième de chaque mois. Cette déffensc a monté une foule de têtes. Quelques extravagants ont dit au

* Pour so rendre aux Pénitents-Bleus, d'après le registre précité, le cortège suivait ordinairement les rues Rome — on supprimait les saints — du Muséum ou des Augustins Boulbonnc et la place Calas (Saint-Georges).

2 Arch. rnunicip., reg. Soumission des prêtres et des religieuses, an IV-VIII, le 8 pluviôse an V.

3 Lettres incdiles de Sermet, ihid., p. 2i6 (24 janvier 1797j.

* Ihid., p. 2()2 (10 avril 1797).

^' Ihid., pp. 452-54 (10 mai 1797).

B Ihid., p. 262.

' Ihid., p. 247.

3 Ihid., p. 2G4.

vicaire qu'ils la luy feroient donner par force. Je me repants presque de n'avoir pas laissé les choses i)i sfafii (jiio. Je voulus parler aux commissaires de l'église, dont nous sommes exactement les très humbles valets, de la leddifiondes comptes, je les vis si prêts à s'échapper que je crus devoir changer de thèse '... »

Au milieu de ses plaintes il a le sens assez juste de la situation, et comprend que la solution de l'anarchie présente ne peut venir que de Rome. Après la signature du traité de paix de Tolentino -, conclu entre Pie VI et le général Bonaparte, il émet la première idée du Concordat :

« J'ay été tenté d'écrire à Bonaparte qu'il ne manquait plus à sa gloire que de réunir les prêtres. Vous qui avés la plume plus leste décriés le faire^. »

Il faut reconnaître que ces insuccès ne brisent pas tout l'élan de son zèle. En tête du registre des i)aptèmes schismatiques de la cathédrale, nous lisons que, le 12 avril 1797, Sermet << assisté des citoyens Jacques Bardinet, Jean-François Vigniaux et Louis Suau, desservant l'église métropolitaine Saint-Etienne, bénit une chapelle bâtie dans la nef et adossé d au pilier d'Orléans, sous l'invocation de la Sainte-Croix ^ »

Au 30 avril, un registre de Saint-Michel mentionne entre deux actes de baptêmes, qu'en présence « des citoiens Jacques Azarn, curé de Vieille- Toulouse, et de Jean-Etienne Chaudon, prêtre, desservant l'un et l'autre la paroisse Saint-Michel dans l'église des ci-devant Récollets », Sermet, « par la miséricorde de Dieu et dans la communion du Saint-Siège, évêque métropolitain du Sud », célébra pontificalement et administra le sacrement de confirmation à dix garçons et cinq filles ^ Puis il entreprit une tournée pastorale dans le nord du diocèse avant de se rendre au concile « national » de Paris.

En son absence, François Anglade, ex-vicaire constitutionnel de Saint- Exupère, exerça les fonctions de vice-curé de la métropole : d'avril à fin décembre, 226 enfants reçurent le baptême. Dans le cours de l'année, Hubert en baptisa 171 à Saint-Sernin *', Taverne 117 à la Daurade, Manaud 114 à la Dalbade, et Bébian 41 à Saint-Pierre. Mais le registre d'Hube"t témoigne de la pénurie de prêtres schismatiques, en notant que Croix-Daurade et le Taur restaient encore sans desservant. Ce clergé ne comprenait pas vingt membres à Toulouse.

Le clergé de M. du Bourg, au contraire, dev'ait aux rétractationsdes uns et surtout aux retours de l'exil des autres l'accroissement sensible de ses rangs. Nous croyons nos données suffisantes pour fixer à InO environ, le chiffre des prêtres insermentés présents dans notre ville, sans compter ceux qui la traversaient avant d'aller vivifier de leur parole et de leur zèle les populations des campagnes voisines. N'avons-nous pas relevé, sur les seuls registres de Sjint-Elienne pour l'année 1797, les signatures de 90 prêtres fidèles?

Le besoin d'apaisement religieux, favorisé par le rôle actif de la bonne

* Ibid., p. 45i.

2 19 février 1797.

3 Ibid., p. 269.

* Arch. de Saint-Etionnc.

■'' Arcli. parois, de Sl-Exiipèro-Sl-Mlclwi.

'• Li' 8 juin, il haplisy un polit novcii di' Serine! dans la chapcllo épiscopale. Le 5 juillet il iil luiru la 1"= comuiunion. (Arch. parois, de Sainl-berniu.)

presse, grandissait en France et tourmentait les esprits. Pour conquérir la liberté faudra-t-il changer de régime?

Les électionsde Germinal atterrèrent le Directoire, en introduisant dans les Conseils une majorité royaliste : Pichegru présida les Cinq-Cents, et Barbé-Marbois les Anciens.

On pétitionna pour le rétablissement officiel du culte catholique. Un jeune député lyonnais, Camille Jordan, eut des accents superbes pour réclamer qu'il fût permis de suivre en paix la religion de son cœur, et d'en choisir à son gré les ministres. Dans un discours d'une éloquence non moins haute, Royer-Collard constata que la foi chrétienne, assez puisïsante pour survivre à la monarchie et triompher des attaques jacobines, avait « poussé de nouvelles et profondes racines dans le sol fertile de la persécution i ». Les lois d'exception édictées contre les ecclésiastiques furent rapportées le 23 août.

Mais les exilés, sans attendre cette date, en masse s'étaient ébranlés, impatients de saluer le ciel de France; par milliers, écrivait l'administration de l'Ariège, ils franchissent la frontière de la Péninsule. Est-il surprenant qu'un renouveau de christianisme se manifeste? / A Toulouse, « les chapelles domestiques ont toujours la très grande affluence », avoue Sermet -. Comme preuve signalons, sur le témoignage indéniable des registres, 421 baptêmes et 166 mariages administrés à Saint-Etienne par 90 prêtres de la communion de Mgr de Fontanges^. De l'examen minutieux de ces signatures, augmentées de quinze nouvelles que nous donnent 83 baptêmes de Saint-Sernin, il résulte plusieurs observations qui rendent plus accessible la connaissance de l'état du clergé et de l'organisation paroissiale.

Religieux, prêtres étrangers, prêtres de la campagne et de la ville, tous livrent à l'autorité légitime l'ardeur jamais éteinte de leur sacerdoce. Au nombre d'une douzaine d'augustins, de feuillants, de minimes, de carmes, nous retrouvons le P. Candelon, l'ex-curé constitutionnel de Saint-Exupère, blanchi, par la pénitence, de la tare schismatique.

Mais l'ordre de Saint-François éclipse les autres. On dirait que, hanté par le souvenir des blasphèmes qu'éructait à Saint-Etienne, pendant les fêtes de la Raison, le conventionnel Chabot, capucin apostat, il a pris à cœur de se laver de la honte d'avoirabritédans se^ couvents ce répugnant personnage". En décembre 1796, un humble cordelier, le P. Cassé, mourait. Son héroïsme sous la Terreur et sa réputation de sainteté ayant popularisé son nom, le jour de Noël plus de six mille catholiques suivirent son convoi : pour prévenir une émeute, les fonctionnaires apeurés avaient mobilisé les troupes.

1 Rapport de Cainilhi Jordan au Conseil clos Cinq-Cents, 17 juin 1797; opinion de Royer- Collard, 14 juillet 1797. — Voir abbé Sicard : Les Èvrqiœs pendant la Révolution, op. cit., p. 487-88.

' Lettres inédiles, p. 257 (13 mars 1797;.

3 Arch. de Saint-Etienne.

* Il mourut {,'uilloliné : on l'avait chansonné :

— Connnisscz-vdus rien de plus sot Que Merlin, Hazire et Ctiabut?

— Non, ji: ne connais rien do pire Que Merlin, (;iial)ot et Bazire ;

Et personne n'est plue coquin Que Chabot, Bazire et Merlin.

Lui disparu, huit autres cordeliers demeurent : les PP. Depeyrot, Bo7ineville, Othon Rahoisson, Bonaventure Sudre, Costerramond, Ferre, Alexandre Garrigues et Gaillac, ainsi que deux tierçaires Bernard Capéra, Pierre Cassé, et deux capucins Fieuzet et Saint-André.

A leurs côtés se dévouent des étrangers de marque venus de la région : tels MM. Thibault de Chanvalon, vicaire général de Tarbes ; d'Anceaude Lavelanet, chanoine de Montpellier; Falguière de la Martigue, prieur et curé de Saint-Caprais, au diocèse d'Albi ; Gounon, prieur des Bénédictins de la Grasse, au diocèse de Garcassonne, etc.

Quelques vieux prêtres du diocèse de Toulouse résident dans nos murs : MM. Dureyis, curé de Saint-Martin-d'Aucamville; Folbet, de Glermont ; Francès, d'Auriac ; Talon, d'Esquilles près Trébons ; Raymond, de Cugnaux; Laroque, de Villaudric ; Mailhe, de Mauvaisin, etc.

Si malaisée qu'elle soit sans les églises qui centralisent la vie chrétienne, l'organisation paroissiale persiste ; la validité des mariages surtout exige un fonctionnement régulier. Là où les curés, quoique absents, gardent leurtitre, les administrateursdiocésains délèguent de simples desservants.

A Saint-Etienne, l'abbé Ortric cadet a la joie de partager sa charge avec deux confrères revenus d'Espagne, MM. Ortric aîné et Henry K

A Saint-Sernin, M. Nayral est toujours curé et M. Dirat son vicaire.

A la Dalbade, le P. Roure est suppléé par MM. Barre et Caussil.

A Saint-Michel, M. Ghabanettes par MM. Bergerot et Prax dit Hypolite ci-devant prébende de Saint-Sernin, qui tient registre et qualifie d'une expression pittoresque, dans un acte de baptême, l'union en dehors des lois de l'Eglise d'un père et d'une mère « mariés répuhlicainement » 2.

A la Daurade, M. Saint-Gôme est représenté par MM. Baron et Falgaires; celui-ci, ex-prébendé de Saint-Etienne, est arrêté en août et détenu un jour dans la maison de justice « pour avoir délivré en contravention des extraits de baptême » tirés des registres « qu'il signait comme prêtre desservant telle paroisse et délégué par tel évèque ou archevêque ))3.

A Saint-Nicolas, le curé M. Campardon et son frère cadet sont de retour de l'exil, assistés de Vabhé Douarre.

A Saint-Pierre, le vénérable M. Fortic baptise de concert avec le rordnlier Ferr', tous deux délégués pour le service do celte paroisse*.

Au Taiir, M. Mathi''n, m ré. pI son frère fjom inique, après un séjour do cinq ans i Toi-io-v, rjLi'j;i.o.>: ;; ;. ,t.»itii!'.;i..n !)iit iisoiii, ioiie, en deux lefres remarquables 5, iindéteclible attachement à la vraie religion. Le

^ Leurs premières signatures sont du 8 et du 9 juillet 1797. (.\rch. de St-Etienne.)

2 Arcl'.. parois, de St-Exupère-St-Michel. — Au dos du cahier de M. l'rax est écrite cette note : « Suite du cahier où sont écrits les mariapres et baptêmes faits dans la paroisse Saint- Michel de Toulouse : le s isdit cahier m'a été remis par M. Prax, prêtre, comme desservant la susdite paroisse. Son nom de (,'uerre est Hijiinlite : le tou^ faut le coucher tant sur le registre des mariages (lue sur celui des baptêmes, année 1797. »

3 Arcii. municip., reg. Gon-espondance du nmir.' : lettre de l'administration municipale de Toulouse au représentant du peuple l'érès, ï} fruclidor an V.

* Arch. parois, de St-I*ierre. — Il exislf un pelil cahier en partie dé'voré par les rats, écrit de la main de M. Kortic, contenant, du 2 janvier au » jiiillel 1797. dix-huit actes de baptêmes, dont une abjuration, où il l'st dit : « ... suus l'assistance du H I'. HernanI lerre, prêtre mineur conventuel de Toulouse, délégué par M. l)ubourg,vicaiie général de Mgr Kranvois de l'onlangt's, archevé(|ue. i)our le service de la dite paroisse de Saint-Pierre, de concert avec nous, ancien curé de la dite l'glise. »

■' L'ime fut adressée aux paroissiens du Taur (octobre I796i et l'autre aux jeunes gens du Tniir (commencement de 1797 ; les abbés Mathieu arrivèrent a l'été). La première a été

second vicaire, l'abbé Lamarque, les a précédés de quelques mois et signe : Lamarque dit Clément '.

Ainsi, à la faveur de cette organisation, môme sans édifices publics, la vie chrétienne circulait normalement. Les malades recevaient les suprêmes consolations. Ne révèle-t-il pas le pur catholicisme de son auteur, ce billet écrit de la main de Roaldès et, sans doute, adressé à l'abbé Vidal, de Saint-Sernin, qui a, sur son revers, mentionné un baptême?

« Le malade est dans le cas de régler ses affaires : on peut les lui faire régler sans retard. « Roaldès, méd (ecin) * «.

En somme, l'Eglise reprenait son pacifique empire sur le peuple ; mais, n'était-ce pas pour mieux l'anéantir qu'on l'avait séparée de l'Etat? De dépit, et de peur d'être balayé par une réaction victorieuse, le Directoire prémédite un coup de force.

Le 18 fructidor an Y (4 septembre 1/97) rouvre l'ère des violences 3, On impose aux prêtres le serment de haine à la roijauté : on traque avec furie les réfractaires : jeunes, ils seront déportés à la Guyane ou aux iles de Ré et d'Oléron, voués à des souffrances souvent mortelles; sexagénaires, lisseront reclus. Malheur aux émigrés rentrés que condamne sans merci une législation barbare : on a le droit de les fusiller! Et Desbarreaux, fêtant la République, a l'audace de s'écrier : « Journée à jamais mémorable du 18 fructidor, tu as délivré ma patrie du joug de fer qu'on lui préparait"^ ».

Deux années durant, c'est un redoublement de persécutions : on pourchasse le clergé que ressaisissent les angoisses de la vie clandestine : on élève la dénonciation à la hauteur d'un devoir sacré. Mais,

« Nous ne pouvons vous dissimuler, écrit au ministre le commissaire de la Haute- Garonne, combien il est difficile d'atteindre le but désiré. Ces individus savent si bien se cacher ; leurs sectateurs mettent tant de zèle et d'adresse à les dérober à l'œil vigilant de la police'^ ».

Pourtant, des arrestations ont lieu. En citer la liste entière paraîtrait sans intérêt ; qu'il nous suffise de signaler, parmi les premiers incarcérés, MM. Pêne, Carai/on, Claude-Henry Le Gr;/, etc. ; parmi ceux qu'on traduisit aux îles de Ré ou d'Oléron, MM. Campurdon jeune, Bonaventare Sadre, les deux frères Bénahen, Bernard Maison « fanatisant les citoyens, dit le rapport de la municipalité, portant le trouble dans les

roproduite par la Croix de Toxilonse, 2, 9. 16 décemlire 189i-; la minute de la seconde est entre les mains de M. l'ahbé Courau, cun^ du Taur. Voir notre article : Un Cercle d'études toulousain en 1101 (Sillon toulousain, janvier 190't).

1 Arch. parois, de St-Sernin (baptême du 17 juillet 1797).

■^ Arch. parois, de St-Sernin.

3 Le 18 friiclidor, les troupes d'Augercau investirent les Conseils : on annula les élections de .^)3 dépurteincnls ; on ordonna la déportation à la Guyane de 75 députés et de deux Directeurs, Barthélémy et Carnot, qui fuyait en Allemagne. — Le serment de haine à la royauté ne fut prêté à Toulouse que par les schismaliques.

'• Arch. inunicip., reg. Les fêtes ré}>uhlir.ain('s à Toulouse, p. 109; fête de la République» 1»' vendémiaire an Yl (22 septembn; 1797).

■"' Cité jjar Victor Pierre : La déportation à Vile de lié et d'Oléron après fructidor ■'licvuc des Questions historiques, 1883, p. 47G.)

familles par la morale dangereuse qu'il y faisait circuler^ »; et parmi les malheureux qu'on expédia sur les côtes pestilentielles de la Guyane 2, M. Escaffre, le curé de Saint-Pierre, à peine rentré d'Espagne.

Ces déportations en masse — autour desquelles des historiens, tels que Mignet et Thiers, ont fait la conspiration du silence, et que le sensible Michelet estime un châtiment tout naturel — sont la honte d'un gouvernement civilisé.

La haine est une triste et parfois ridicule conseillère.

Voyons à l'œuvre les hauts fonctionnaires toulousains. Desbarreaux occupe un degré supérieur dans la hiérarchie. Nommé par le collège électoral du 16 avril 1798 administrateur du département de la Haute- Garonne, il s'empresse, le 4 mai suivant, avec ses collègues Barrau, Caissel, Leygue, de publier l'arrêté du Directoire sur la stricte observation du calendrier républicain :

« Il est du devoir des administrateurs, dit-il, d'en procurer l'exécution comme le moyen le plus propre à faire oublier jusqu'aux dernières traces du régime royal, nobiliaire et sacerdotal et de faire cesser les résistances qu'éprouve le calendrier républicain, de la part des ennemis de la liberté et de tous les hommes liés par la tbrce de l'habitude aux anciens préjugés... ^w.

Deux mois plus tard, conformément aux ordres du Directoire (6 juillet, 18 thermidor) qui visent l'arrestation des émigrés et des prêtres, on procède activement aux visites domiciliaires ; on dresse la liste des maisons suspectes; on s'acquitte du devoir sacré de la dénonciation, et — ô surprise ! — on ose accuser les hauts fonctionnaires eux-mêmes de receler des ennemis de l'Etat. Dans le drame social qui se joue alors, nous jugeons l'épisode trop piquant pour résister au plaisir de le narrer, en empruntant le langage de l'administration municipale de Toulouse : elle écrit, visiblement gênée, à Destrem, membre du Conseil des Cinq-Cents :

« ... On nous dénonça qu'il y avait un prêtre caché chez Barrau, administrateur du département : il fut reconnu que la dénonce n'était qu'une méchanceté. Une autre dénonce tomba sur Desbarreaux. . . Le fait fut éclairci dans hi journée : il en résulta que l'abbé Legris^, ancien instituteur de Desbarreaux, allait très souvent le voir et quelquefois manger la soupe, que ce prêtre plus que sexagénaire était autorisé à rester dans la commune sous la surveillance de la municipalité.

Une autre dénonce fut faite ensuite contre Leygue comme ayant un prêtre chez lui exerçant le culte. Cette dernière nous convainquit de la méchanceté des dénonciateurs puisque nous savons tous que Leygue nourrit chez lui )>on oncle, ex-capucin, âgé de plus de 80 ans, autorisé de rester à Toulouse sous la surveillance de la municipalité''... »

Desbarreaux et Leygue craignent que la révélation de leur conduite privée, d'ailleurs fort louable dans la circonstance, ne les déprécie aux

^ Arch. municip., reg des Délibérations rnunirl paies, 6 phivioso an VI. — Le ministre ne trouva pas suflisanls les motifs ullègucs : la iniiiiicipaiitt- reliisa de le mettre en liberté. Avant son dupait pour l'îlo de Ré, il denjoura lU'nf mois en prison. Lire les trois ai-rètés qui le concernent : Arcli. départ., série L, reg. ~\); Arrêtés de l'administration centrale relatifs à la police, pp. 116, Kii, 174.

2 Du 21 octobre au 27 novembre 1798, 'lO prêtres moururent à Cnyonno, .'i bord do la Décade et de la Bayonnaise.

3 Arch. municip., reg. Lettres à la municipalité, I, IT) llon'id ;in VI. * Ci-devant prébende du chapitre de Saint-Etienne.

^ Arch. municip., reg. Corresj)ondance du maire, 'il fructidor an VI (13 .scpteiubro 1798).

yeux des Jacobins : leur alTranchissement prétendu de toute attache avec « le régime sacerdotal » ne semblera-t-il pas manquer de sincérité? Il faut un acte de vigueur pour se maintenir au pouvoir.

Et sans tarder, sept jours après l'envoi de la lettre à Paris, le 20 septembre 1798, Leygue et Desbarreaux prennent un arrêté « qui met à la disposition de la commune la nef de l'église... Etienne pour la célébration des fêtes nationales et du décadi *. »

0 tartuferie, ô couardise des hommes politiques !

Une question archéologique se pose: un mur sépara-t-il véritablement la nef de notre cathédrale, réservée au culte décadaire, du chœur abandonné aux partisans de Sermet?

Du Mège l'affirme sans preuves, et dans les pages confuses consacrées à ce tte période, il semble fixer la date de cette innovation à l'année 1795 -. Son affirmation laisse indécis d'éminents archéologues de Toulouse,

Nos registres, croyons-nous, appuyés sur des pièces officielles inédites, permettront d'élucider ce point d'histoire.

De juillet à décembre 1795, avons-nous dit, le clergé orthodoxe disposa de l'église tout entière, dont s'empara le clergé schismatique sous la protection des Jacobins redevenus prépondérants. Nous avons ajouté que, le 12 avril 1797, Sermet bénit « une chapelle bâtie dans la nef et adossée au pilier d'Orléans. »

Le même registre de baptêmes qui relate cette bénédiction contient le procès-verbal d'une curieuse cérémonie. Le 31 décembre 1797, Anglade, vice-curé, en l'absence de l'évêque métropolitain, monte en chaire, après vêpres, et propose aux o fidèles des deux sexes qui ont atteint l'âge de vingt et un ans, ainsi que le prescrit le Concile-* », d'agréer le choix des vingt-six administrateurs de la paroisse, dont il proclame la liste, 'élus la veille par deux cents citoyens. Il est lui-même le président de cette association cultuelle. Puis il gratifie l'un d'eux, Bernard Selve, de l'éloge suivant :

« Citoyen, par mon organe tous les fidèles qui composent l'église Saint Etienne vous remercient fies sacrifices et des peines sans nombre que vous vous êtes donnés pour le transport de tous les matéi'iaux nécessaires au carrellement de cette église, sans en exiger d'autres récompenses que l'agrément du public. La postérité la plus reculée vous bénii'a et fauteur de tout bien ne laissera pas sans gratitude une si belle o'uvre''. »

Un sincère désintéressement était une vertu si rare chez les schismatiqucs que nous nous plaisons à lui rendre hommage, avec l'orateur, dans la personne de ce brave citoyen. La mention honorable qu'on lui décerne nous apprend qu'on venait de carreler l'église.

Encouragés par la persécution de fructidor, Anglade et ses confrères fondaient sur l'exil et l'incarcération des prêtres orthodoxes l'espoir de

* Arch. municip., reg. des Délibérations municipales, 'f^ jour complémentaire an VI.

2 Iniliiulions de la ville de Toulouse, t. III, p. 183.

•' Le concile dos constitutionnels tenu à Nolre-Dainc de l'ar'is, du 15 août au 12 novcml)ro 1797.

'' Arch. de Saint-Elienne, reg. des Baptêmes sr/iisniatiques, 1797-98, fol. 8i. Ce procèsvcrhid fsl orril de fi midn d'Anirlade.

posséder paisiblement la net métropolitaine. Mais le brutal arrêté des administrateurs du déparlement troubla leur quiétude en les expulsant à leur tour. Libre à eux de se réfugier au delà du pilier d'Orléans. Aux sectateurs du culte décadaire il fallait la plus vaste enceinte.

Quoique le jubé de pierre de taille élevé par les soins du cardinal de Joyeuse isolât le chœur du reste de l'édifice ', on estima cette séparation insuffisante. La municipalité, dans sa délibération du 20 septembre 1798, chargea l'ingénieur Virebent de dresser sans délai un devis des contructions ou réparations nécessaires -. On conçut alors le projet de bâtir un mur.

Si ce devis nous est inconnu, nous avons du moins retrouvé l'état des démolitions à effectuer en 1802 au moment de rendre à la cathédrale sa destination naturelle. C'est le même Virebent qui, dans une lettre au maire, rappellera les travaux accomplis et, pour favoriser les intérêts de la commune, conseillera la mise aux enchères, en cinq lots, des divers gradins ou estrades et « du mur de division situé au fonds du temple décadaire 3. »

D'après ses indications, nous pouvons reconstituer, dans ses grandes lignes, le plan de la nef convertie en église de la religion civique.

Côté

de la tribune

capitulalre

Pilier d'Orléaiis

Porte

Escalier

Escalier

Temple Décadaire (nef de Saint-Etienne)

Escalier

Escalier

Porche d'entrée

Côté

de la chaire

actuelle

1 Ce jubé, datant de 1(112, fut driiioli en I8G6, pour pcpineltrc aux fidélos d'apercevoir les cérémonies du cliœur. — Voir .1. de Lahondcs, Ilixloin^ de l'i'glisi' Sainl-Etichite, pp. '264, 65.

* Arcli. iriunicip. , reg. des Délibr rations nninuipales, 4« jour complémentaire, an VI.

3 Arcli. départ., série V, liasse 1 : l'architecte voyer de la cojumunc de Touloiixe au

Là, à chaque décadi, jour de repos obligatoire, les officiers municipaux accomplissent en costume les rites de ce culte que les législateurs s'ellbrcent vainement de revêtir d'un appareil magique et d'un caractère moral*. La lecture des lois, du bulletin des affaires nationales et d'articles instructifs, l'exécution de chants patriotiques par les élèves des écoles, la communication des naissances et des décès, et la célébration des mariages civils sous les regards d'une foule gouailleuse composaient un programme d'un charme médiocre, impuissant à triompher des préférences populaires pour les soleni^ités autrement éloquentes du culte catholique.

On essaya d'égayer par des morceaux de musique la froideur de ces réunions. Et, « considérant qu'il est urgent de placer des orgues dans l'intérieur du temple décadaire pour remplir les divers intermèdes des cérémonies », l'administration municipale projeta, sans succès, d'utiliser les orgues en ruine des Grands-Carmes et des Gordeliers^,

Derrière le mur séparateur, les constitutionnels groupaient timidement leurs fidèles dans le chœur du ci-devant chapitre : et Sermet, pour réchauffer leur zèle mourant, se préoccupait de faire traduire en vers français les hymnes et les principales prières de l'office divin 3,

Leur impopularité ne bénéficia guère de la persécution qui sévissait contre les vrais catholiques : nous ne pourrons en administrer une preuve plus décisive qu'en notant le mouvement paroissial de Saint-Etienne chez les orthodoxes et chez les schismatiques durant les années 1797, 98 et 99*.

FJ^TiaXSSlEl SA.I3SrT-ÉXIEITiq-E

ANNÉE

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