MODERNES ALCHIMISTES
Le diable, dans une tournée, Se dit tristement vers le soir :
« J'ai presque perdu ma journée ; Si, pour m'égayer, j'allais voir
« Mes excellents amis de Prusse ?
En nous chauffant au coin du feu, Nous blaguerons Français et Russe, Et nous comploterons un peu. »
De la Prusse il prit donc la route.
Les hommes d'Etat du pays, Ce soir-là, rongés par le doute, Par rinquictude envahis,
Tentaient tous un effort suprême, Dans un mystérieux réduit, Pour résoudre le noir problème Qui les harassait jour et nuit.
Spectacle étrange ! Des cornues, Des creusets près d'un alambic, De fauves liqueurs inconnues, Des sels, des yeux de basilic,
Et, l'air sombre, l'an^joisse à l'àmc.
Tous ces messieurs se démenant.
Des fourneaux aclivanlla flamme Et sur leurs poisons s'inclinant.
Le diable, à travers les murailles Entrant soudain, fut quelque temps A reconnaître ses ouailles Dans ces alchimistes... latents.
Enfin, d'une voix sardonique :
« Que faites-vous là, leur dit-il, Messeigneurs ? De la politique Vous ne tordez donc plus le fil ?
« Dans cette singulière salle, C'est plus qu'un vulgaire élixir.
C'est la pierre philosopliale Que vous suez à découvrir !
(( Par mes cornes, elle est bien bonne ! Des hommes d'État ! Oh ! là là !
— Votre Majesté me pardonne, Fit l'un d'eux, ce n'est pas cela.
« Hélas ! non, c'est tout autre chose ! Nous tàclions — sans savoir comment D'opérer la métamorphose D'un Alsacien en Allemand ! »
UN LEGIONNAIRE