LA MORT D'UN GOSSE
Les journaux ont raconté en détail l'héroïque mort du jeune Emile Desprès.
C'est un gosse, treize ans à peine.
Dans le village abandonné, Les nôtres, une cinquantaine, Livrent un combat acharné ,
Il n'a jamais vu de bataille, Et, quand les vieux, au désespoir, Sont partis, fuyant la mitraille, Derrière il est resté — pour voir.
Partout s'eftondrent pierre et brique, Pas un toit qui ne soit détruit :
Un contre dix, la lutte épique Depuis le matin se poursuit.
Elle vient pourtant, l'heure sombre Où les derniers de ces vaillants Doivent, submergés par le nombre, Quitter enûn les murs croulants.
Rester encor serait folie :
Que pourraient-ils ? Ils sont si peu!
Le groupe en ordre se replie,
Se retournant pour faire feu.
C'est donc la fin de la bataille?
L'enfant s'en va, lorsque, adossé Là-bas contre un pan de muraille, Il distingue un sergent blessé.
Vite, il approche et l'examine.
<( A boire I Je me sens mourir ! »
Et vers la fontaine voisine Le gosse aussitôt de courir.
Cependant, âpres au pillage,
Les Boches, poussant de grands cris,
Se sont rués dans le village,
Et, quand il revient, il est pris.
Dans ses yeux se gonfle une larme.
« Allons, dit le chef, indulgent ; Je te lâche, si, de cette arme.
Tu finis ce chien de sergent. »
Indigné, l'enfant, sans rien dire, Saisit le mousquet qu'il lui tend, A la hâte l'épaule, et tire Sur le bandit à bout portant.
Sur lui se jette alors, farouche, La horde des Huns ébahis :
Il tombe, un sourire à la bouche.
Fier de mourir pour- son pays.