IMMOLATION
A mesure que se prolonge Le conflit qu'ils ont déchaîné, Croît le délire du mensonge Dans l'empire désarçonné.
Les modestes simplement nient, Pour ne pas voir fermant les yeux ; Le plus grand nombre calomnient :
Tous, ils trompent à qui mieux mieux.
Leur chancelier, au nom du maître Pour le droit plein d'un lier mépris, S'obstine à ne pas reconnaître Les engagements qu'il a pris.
Sans cesse debout sur la brèche, Leurs diplomates, hardiment, Tantôt forgent une dépêche, Tantôt truquent un document.
Dosant la fraude avec science Pour semer, esprits d«'diés, Chez les neutres la méfiance, Le discord chez les alliés,
Leurs savants ilocleurs en logique.
Par un argument souverain, Démonlrent que c'est la Belgique Dont l'armée a franchi le Rhin.
Leurs écrivains, leurs journalistes.
Tripotant et manipulant, Transforment, adroits alchimistes,.
Le plomb en or, le noir en blanc.
Pour des Teutons dont la nature Semble être toute de rondeur.
Dont l'œil bleu parle de droiture.
De bonhomie et de candeur,
Ah ! quelle douleur ce doit être, Quelle cruelle extrémité, Avec cet arsenal de traître D'assassiner la vérité!
Dans la grande lutte où se joue Le sort de l'empire allemand.
Leurs soldats — nul qui ne l'avoue Se battent désespérément ;
— lUli —
Mais qu'est-ce auprès de l'héroïsme Des civils, bardés d'impudeur, Sur l'autel du patriotisme Immolant jusqu'à leur honneur?