GUILLAUME LE GRAND
Dans une ville germanique.
Un beau jour, en déambulant, J'aperçus, près d'un parc rustique, Une statue en marbre blanc.
C'était un homme à la moderne; J'ignore le noili du sculpteur, Mais son œuvre me parut terne, Kt je passais, lorsque, ô stupeur!
S'étalant en creux sur la pierre, — Dans leur langue, ça se comprend Je lus — j'en clignai la paupière — Ces trois mots : Guillaume le Grand.
« Le conquérant de l'Angleterre ! M'écriai-je, tout étonné; Que diable en ce lieu vient-il faire?
Ce n'est point ici qu'il est né.
(( Et puis, quelle absurde toilette !
Pourquoi donc ainsi l'équiper ?
Ce n'est pas là sa silhouette, ;; Je dois à coup sûr me tromper.
« Serait-ce Guillaume d'Orange ?
Pensai-jè, toujours incertain; Pourtant, en Prusse... Etrange, étrange l Franchement, j y perds mon latin. »
En fai<;ant, pour m'y reconnaître, Un tour à pas lents dans le parc :
« Ah ! dis-je enfin, ce ne peut être Que le Guillaume de Bismarck !
« Mais qu'a-t-il donc fait, ce Guillaume, Pour mériter pareil surnom?
Le sait-on hors de son royaume?
Dans son royaume le sait-on ?
<( Oh ! le vrai pays de cocagne !
Murmurai-jc en me retirant ; Décidémenl. en Allemagne, C'est à peu de frais qu'on est grand. »