LE SERGENT PRUSSIEN ET SA FEMME
Un sergent, à l'anniversaire De je ne sais plus quel exploit, Buvant plus qu'il n'est nécessaire, Revint un peu gris sous son toit.
Or, dans son ivresse ayant l'âme Pleine de sentiments houleux, Il se mit à battre sa femme, Une frêle blonde aux yeux bleus.
« Ah î c'est comme ça que nous sommes Lui dit, rageuse, celle-ci ; Me prends-tu pour un de tes hommes, Que tu me maltraites ainsi ?
« Je n'ai pas, moi, Icui" [)alience !
Tu ris ? Bon ! qui vivra verra.
Si jamais ta main recommence, Ta figure me le paiera ! »
L'ivrogne se rapproclui délie, Et, furieux, recommença.
« Tu l'as voulu ! lui dit la belle, Eh bien 1 tant i>is, altrai»e ça ! »
Et sur sa face rubiconde, Qui tourna presque au violet, Elle appliqua, la fiùle blonde, Le plus formidable soufïlet.
Sous cette soudaine bourrasque On vit le sergent trébucher, Tandis qu humilié, son casque Roulait au loin sur le plancher.
Alors, se courbant jusqu'à terre Pour ramasser son couvre-chef :
« Un de mes hommes ! cré tonnerre !
Grogna-t-il, on dirait mon chef ! »
PACIFISME DOUTRE-RHIN
Parce qu'à de longs intervalles, Six mois, un an, quelquelois deux, La Prusse, au nom de ses vassales.
Ajoute, en ces temps hasardeux,
Aux délenseurs du grand empire Quelques centaines de milliers :
« Oh ! l'Allemagne ! quel vampire ! » Grondent nos censeurs joui-naliers.
Nous, les plus paisibles des hommes, — Dieu de nos pères, tu le sais ! — A les en croire, seuls nous sommes Les perturbateurs de la paix !
La paix ! mais c'est là notre rêve !
C'est pour la paix du genre humain Qu'en prenant les armes, sans trêve Travaille le bon sens germahi.
Il est clair, quoi qu'on puisse faire, Que vain restera tout effort, El que, triomphante, la guerre.
Sanglante semeuse de mort,
En dépit des cours d'arbitrage Bouleversera l'univers, Tant que, dans un maudit partage, Y vivront cent peuples divers.
Les unir tous sous notre empire, — O fraternelle ambition! — Voilà le but auquel aspire Notre altruiste nation,
Voilà l'espérance joyeuse Qui l'anime sous le harnais :
Si son humeur est batailleuse, C'est par pur amour de la paix.
Pour notre humanitaire tâche Séchons notre poudre, ô Teutons, Aiguisons le fer sans relâche Et, sans défaillance, luttons
Jusuq'au grand joui', au jour de lùte Où, conquis par notre César, Le monde courbera la léte Sous les plis de notre étendard.
Alors, grâce à nous, plus de guerre î De la Prusse devenus fiefs.
Les divers peuples de la terre Oublieront leurs anciens griefs .
Ils vivront tous dans l'harmonie :
— Par intervalles seulement, Pour rompre la monotonie, Quelque querelle... d'Allemand.