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Elle saisit son haBit, il se dégage J elle croit Tarréter , il l'enlraîne : elle pousse des cris affreux. La nourrice, qui repose paisiblement, et que le Baron , dans son trouble, n^a point vue à côté de Baltide , la nourrice se réveille au bruit que fait sa jeune maîtresse; elle regarde autour d'elle, et ne la: trouve plus. Cette femme , effrayée à son tour, sort par une porte qui communique avec le corpsde-logis; elle appelle madame Bluinenthal et les domestiques. Les tambours qui ont battu sous leurs croisées , les ont aussi réveillés. Ils sont debout, ils s'alarment, ils accourent^ ils traversent le pavillon , le parterre Ils s'arrêtent devant Baltide,
étendue en travers de la grille, et cherchant encore à en défendre le passage; ils voient près d'elle un homme en délire, et qui cependant paraît la respecter. Ils relèvent l'infortunée j ils approchent l'auda-?
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deux Madame Blumenthal et lui
se reconnaissent C'est la foudre
pour tous deux. Charles se jetle la face contre terre ; il prie le ciel de l'engloutir. Madame Blumenthal étend aussi ses mains vers l'Etre des êtres, mais c'est pour invoquer, pour appeler ses vengeances sur le meurtrier de son fils, sur le séducteur de sa fille : elle le maudit ; elle rentre. Les domestiques referment la grille , transportent Baltide , et croient que sa mère a aussi perdu la raison : c'est la première fois qu'elle a accusé Felsheim en leur présence.
Le jeune homme est resté dans la même position. Dans les convulsions qui l'agitent, il arrache l'herbe autour de lui , il gratte la terre , il semble chercher à l'entr'ouvrir. Pour la première fois , Brandt perd le jugement ; il est incapable de penser et d'agir. Tout -à -coup le tocsin se fait entendre à Neurode et dans les
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villages voisins. Les soldats qui vîert* lient d'arriver se rassemblent, et crient aux armes! Les malheureux habitans emportent ce qu'ils ont de meilleur, et chassent leur bétail devant eux. Les jnères prennent dans leurs bras les enfans à la mamelle , et excitent les plus grands à les suivre. On marche, on erre à l'aventure : la crainte et la confusion «ont par -tout. Expliquons cet incident tiouveau.
- lie roi de Prusse avait éprouvé de* revers en Bohême. Le prince Charles , à la tête de quatre-vingt-dix mille Jiommes , avait d'abord balancé ses «uccès; bientôt ses talens, et les hasards de la guerre, avaient forcé Frédéric à évacuer la Bohême, et à porter toutes ses forces en Silésie»
Marie-Thérèse, fière-^de ces premiers avantages, espérait l'en chasser eucore (i).
■ "H » » I II .... I . I ■ ■ ■ I — I ■ I »v
^). Historique*
Le prince Charles s'avançait sur Breslaw avec la grande armée; le comte de Bathiani , à la tête de douze • mille hommes, avaient forcé les prussiens dans les montagnes de Schandaw; il filait le long de ces gorges, où il croyait que rien ne pouvait Farrêter : il espérait arriver dans les plaines de Glatz, s y déployer, et mettre Frédéric entre deux feux.
Neurode était le dernier village de ces défilés. Ce passage était autrefois défendu par une forteresse qu'on avait depuis abandonnée, mais où on pouvait encore établir des batteries y et où quelques compagnies suffisaient pour arrêter une armée qui ne pouvait marcher que sur six de front.
Frédéric, qui prévoyait tout, y avait envoyé un bataillon et quelques pièces de campagne : c'est tout ce qu'il crut devoir exposer pour la défense d'un poste sur lequel il ne comptait pas. Campé lui-même sur les bords
2l4 Ee5 BÂIlôlS'5 de la Neivsse, il attendait, avec vingt mille hommes, que Bathiani débouchât des montagnes; il comptait fondre sur lui avant qu'il eût le temps de se mettre en bataille, et se joindre, après Ta voir battu, au prince de Dessau, qui allait au-devant de Charles de Lorraine pour le tromper par ses manoeuvres, et le tenir en échec.
Cependant Bathiani approchait de Neurode, et les paysans qui fuyaient devant lui, avaient répandu l'alarme dans ce dernier village. Brandt, remis des sensations poignantes que lui avait fait éprouver la scène dont il avait été témoin, avait laissé Charles à la garde de Plumper , qui n'ayait pas tenu contre quelques ducats.
Il était allé s'informer de la cause du tumulte qui régnait dans le village.
Il apprit que les autrichiens s'approchaient en vainqueurs, et il conçut une idée dont il pressa sur -le -champ l'exécution.
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Il revient dans le parc, où il a laissé le Baron sans mouvement ; il le relève , il le caresse , il lui parle.
«Allons, ventrebleu ! lui dit -il, )) voilà le moment. Empêchons ces )) paysans de fuir, faisons-en des sol- )) dats, mettons-nous à leur tête, dis- » putons à la troupe de ligne l'hon- )) neur de cette journée, conservons à )) madame Blumenthal sa fortune, à )) votre enfant la vie, au roi la Si- )) lésie, ou faisons -nous tuer comme )) de braves gens. Marchons , sacre- )) bleu! laissez là vos lamentations, et )) souvenez -vous de Molvitz et de )) Chotusitz w.
A ces mots, Charles revient à lui^ l'amour de la gloire rentre dans son coeur 5 son oeil s'anime, ses joues se colorent. Le voyez-vous dans le village, oubliant sa sûreté personnelle, arrêtant les fuyards , les rassemblant autour de lui, les haranguant avec cette force et cette précision c[ue les
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héros seuls connaissent, et leur communiquant enfin l'enthousiasme dont il est rempli? Voyez -vous les villageois, un instant avant faibles et pusillanimes , devenir , en l'écoutant , des hommes nouveaux , le nommer leur chef, leur sauveur, s'armer de ce qu'ils trouvent sous leurs mains, et lui demander des ordres ? Voyezvous le colonel prussien , étonné de ses dispositions, reconnaître l'homme de génie, venir avec franchise se concerter avec lui? Le voyez -vous enfin, cédant à l'ascendant qu'a toujours Charles sur ceux qui l'écoutent, s'honorer de suivre ses conseils?
Tout obéit à la voix et à l'exemple du brave major. Soldats , paysans y officiers , tout est ouvrier , tout travaille. La bêche, la pique résonnent de tous côtés. Les murailles du vieux châleau sont crénelées ; le bataillon prussien en garnit Fintérieur, et doit arrêter reiinexni par son feu soutenu.
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sans être exposé au sien. La seule route que peut prendre Bathiani, est défendue par des coupures et des abattis : c'est là que Charles fait placer rartillerie. Quatre pièces vont prendre les autrichiens en tête, et les renverser. S'ils poussent la valeur jusqu'à la témérité, sMîs avancent sur la batterie, les» paysans placés sur les hauteurs qui bordent le ravin , les écraseront sous les quartiers de roche qu'ils ont détachés des flancs de la montagne. Madame Blumenthal , sa famille , les femmes , les enfans de Neurode , les troupeaux sont en surelé dans la forteresse. En trois heures tout est prêt pour recevoir Bathiani :
on ne forme qu'un voeu , c'est de le voir paraître.
Au point du jour, les tirailleurs autrichiens se montrèrent sur les hauteurs, et se répandirent çà et là ^our reconnaître le terrain. Charles , avec une partie des gardes - chasse ^ Tome IF. T
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des braconniers et des fraudeurs^ était posté sur nn des côtés du ravin; Brandt, avec le reste de ces gens , occupait le revers opposé : tous étaient ventre à terre , leurs fusils auprès d'eux.
liCs tirailleurs approchent avec sécurité. Nulle apparence qu'il y ait du inonde dans le château , personne dans le chemin, creux. La" fumée qui s'élève des cheminées , où on a exprès allumé des feux , leur persuade que les habitans , tranquilles dans leurs maisons , n'ont aucune connaissance de leur marche. Ils avancent ^ en se promettant de commencer par mettre le village à contribution.
Aussitôt qu'ils ont dépassé deux jalons plantés de chaque côté du chemin , Charles et Brandt , ainsi qu'ils en sont convenus , se lèvent avec tout leur monde 5 chacun choisit •son homme à cinquante pas , l'ajuste
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^t lâche son coup ; soixante autricliiens tombent, le reste s'arrête : la troupe de Charles et de Brandt se reploie le long des rochers , elle prend une aiitre position , et dérobe cette nouvelle manoeuvre à l'ennemi, à la faveur des genêts et des touffes de ronces qui abondent sur ces mon-»
4agnes.
Revenus de leur première surprise , les autrichiens veulent savoir au moins à quel nombre ils ont affaire. Ils se présentent de nouveau , mais avec plus de circonspection. Ils se sont éloignés du ravin , et paraissent vouloir tenter une reconnaissance sur Neurode. Brandt les laisse passer devant lui : il a vu que Charles les a pénétrés , et qu'il s'est placé derrière les haies qui bordent les jardins du village. Ce jeune homme, aussi prudent que courageux, attend qu'ils se livrent eux-mêmes ; il fait sur eux une décharge à bout portant, et les met une seconde fois
en déroute. Ils fuient , ils repassent devant le hussard, dont ils essuient encore le feu , qui achève de les détruire. De deux cents hommes, quarante à peine rejoignent l'armée, et ils rapportent au général que les gorges de Neurode sont défendues par l'élite des troupes prussiennes.
Le comte de Bathiani avait fait vingt-cinq lieues dans ces chemins difficiles : il était engagé trop avant pour penser à la retraite. Il craignait que les bataillons qu'on disait postés aux environs de Neurode, ne le prissent en queue et en flanc .dans des défilés où il ne pourrait se défendre : il n'était plus qu'à une demilieue de Neurode. De tous les partis, celui qui lui parut le moins dangereux fut de forcer le passage , et il s'y détermina.
Il fit porter en tête de sa colonne des obusiers et des pièces de cam-
pagne 5 il en plaça entre chaque bataillon , et il continua sa marcl^ en jetant à droite et à gauche une grande quantité d'obus. Cette arme inconnue aux paysans, jeta d'abord l'épouvante parmi eux. Brandt, qui était aussi calme au feu qu'au cabaret , trouva un remède sûr contre la terreur panique; il lit distribuer du genièvre à ses gens , il les éloigna assez les uns des autres pour ne ^as craindre que les obus produisissent un grand effet. Ces tubes, dirigés au hasard, ne faisaient en général que du bruit; ceux même qui i:)ortaient sur le roc nu , se relevaient , éclataient en l'air, ou retombaient au milieu des autrichiens.
Aucun coup n'était encore tiré du coté des prussiens : ils attendaient en silence que Charles, qui était allé commander la batterie, leur donnât le signal. Batliiani prévoyait quelque ruse de guerre : il ne doutait
plus qu'il ne perdît beaucoup âê moièfle ; mais il ne désespérait pas de franchir cinquante toises qui* lui restaient à. parcourir. Déjà ses premiers bataillons sont sous les inurs du cliâteau , et à cent pas de l'arttllerie prussienne qui est masquée , et qu'il ne devine pas. Quatre coups de canon partent soudain , lui démontent deux pK^ces, et lui enlèvent des files eniièi%s : la mousqueterie du château fait aussitôt un feu roulant sur ceux que le canon a épargnés 5 des quartiers • de roche pleuvent dans le ravin ; ils écrasent les hommes 5 les affûts, les caissons et les chevaux : l'ennemi intijnidé s'arrête 5 Charles a le temps de recharger ses pièces ; elles tirent pour la seconde fois , et avec le même •succès.
Les autrichiens, sans défense, se renversent les uns sur les autres ; ils n'entendent plus la voix de leur
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chef, ils se hâtent de sorth' du ravin , oii lu mort fond sur eux de tous côtés. Ils montent en foule sur les revers du cliemiu 5 Charles et Brandt vont être enveloppés par toute
une armée , à la vérité en désordre ,
mais à qui leur petit nombre ne pourra résfster. Charles , 'sans perdre un instant , fait monter son artillerie au château 5 Brandt espère aussi s'y retirer : moins heureux que le Baron , il est coupé par un gros d'ennemis. Il n'a que le temps de se jeter ^ dans l'église de Neurode , et d'en fermer les portes. Il monte sur la plate - forme de la tour avec les plus braves , et il ose s'y défendre. Les assaillans , honteux et irrités d'avoir été arrêtés j culbutés paKune poignée d'hommes, s'avancent à travers les balles jusque sous la tour , où les coups ne peuvent plus les atteindre. Ils essaient d'enfoncer les portes : elles résistent aux baïon-
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nettes , aux crosses de fusil. Toute leur artillerie est restée dans le ravin : ils n'ont qu'un moyen pour chasser Brandt de l'église , c'est d'y îuelire le feu. Le plcis grand nombre se répand dans le village , et cherche* dans les maisons des matières conibustibles. Le hussard les voit de loin , chargés de paille , de bourrées , de liqueurs spiri tueuses :
il prend sur- le -champ son parti. Il fait de nouveau circuler le genièvre, il parle aussi à ses gens , il les échauffe , il les persuade , il ouvre brusquement les portes , et fond tête baissée sur l'ennemi , que cette attaque imprévue déconcerte et fait re^ culer. Il avance à grands pas vers le ciiâteau : les autrichiens le suivent ,' tirent , et chargent en marchant. Ses compagnons tombent autour de lui 5 ou se débandent , et Fabandonnent. Très - heureusement pour lui 5 la frayeur l^s égare , ils
T) E I* E L S H E I M.' ÔqS se dispersent , ils courent* au hasard , ils occupent les autrichiens , qui les pours)uivent avec acharnement, et qui les tuent en détail. Brandt, toujours maître de lui , continue sa roule. Il découvre le château , déjà la mousqueterie des prussiens le protège 5 il arrive , couvert de sang y de sueur et de poussière. Il entre par les derrières, boit un coup, et va prendre sa part du combat furieux que son ami livre aux forces réunies du comte de Bathiani.
Ce général était bien le maître de se retirer par les hauteurs, et d^entrer sans obstacles dans les plaines de Glatz; mais sa grosse artillerie et ses bagages étaient dans le ravin. Il fallait que ces trains passassent sous le château de Neurode , d'où on les démonterait infailliblement les uns après les autres. S'il les abandonnait , ils tomberaient aussitôt au pouvoir des prussiens y et quel moyen de tenir
la campagne , privé de ces ressources essrentielîes ? Il était donc indispensable d'emporter ce poste , avant d'ailer plus loin.
Il fit monter, du déiilé sur les hauteurs, huit petites pièces et quatre obusiers. Cette opération se fit à bras, prit du temps, et coûta des peines incroyables : les autrichiens établirent enfin leur batterie, et commencèrent à canonner le châleau. Charles ripostait vivement, et défendait les approches de sa place. Il était à la fois général, ingénieur et canonnier.
Cependant l'artillerie autrichienne , plus nombreuse et mieux servie , entama facilement des murailles qui tombaient de vétusté : les brèches à chaque instant devenaient plus considérables. CharleS' prévoyait un assaut qu'il sentait bien qu'on ne pourrait soutenir dans une forteresse ouverte de tous, côtés, et à |lemi remplie de femmes et d'eufans. Il était persuadé
DE FELSHEÏIVT. ^îij
d'ailleurs que des troupes qui attendent l'ennemi dans leurs retranchemeus , sont sûrement battues : il osa concevoir lïdéé de prendre luimême roffensi,ve.
Il proposa au colonel de sortir avec tout son monde , et de se faire jour jusqu'à la batterie des autrichiens , de la détiuire, et de rentrer dans le château , où on n'avait rien à craindre de la mousqueterie. Il jugeait, avec raison , que l'ennemi avait monté sur les hauteurs toutes les pièces qu'il avait pujuanier, et que les autres resteraient dans le ravin. « Si cette attaque >3 réussit, ajouta- 1- il, nous tiendrons » aisément le reste du jour. Nous dé- » pécherons un exprès à l'armée prusî> sienne, et demain dès l'aurore nous » aurons des renforts considérables.
» Alors l'armée entière dt3 Bathiani » est perdue : son artillerie, ses équi- » pages , sa caisse militaire , tout est 5> à nous w.
HVti lÊS BARONS
Le colonel , digne en tout de seconder Charles , sent la justesse de ces vues; il donne ses ordres en conséquence , et quinze cents hommes vont à découvert en attaquer douze mille, qui, je dois l'avouer, n^ont pas daigné se former régulièrement encore, mais qui doivent envelopper, prendre, ou passer les prussiens au fil de l'épée.
Ce brave régiment marche au pas redoublé, sans tirer .un coup de fusil. Une grêle de balles, reffet du canon chargé à mitraille , rien ne l'arrête.
Des files entières tombent; les rangs se resserrent. Le colonel, la plupart des officiers sont tués ; Charles prend le commandement, et sa fortune ne l'abandonne pas.
Il joint l'ennemi à la baïonnette , il en fait à son tour un carnage affreux. Il tue les canonniers sur leurs pièces; il les tourne contre les autrichiens ; elles protègent sa retraite ,
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qu'il commence en ^on ordre , faisant face de tous côtés , et écartant les plus intrépides avec leur propre artillerie.
Ce fut alors seulement que le brave, l'inappréciable Brandt le joignit à travers mille périls. Il le croy*ait perdu sans ressource; il venait mourir avec lui : quel fut son étonnement de le trouver vainqueur ! (( Sacré mille )) morts! s^écria-t-il en s'arrachant )) quelques cheveux qui lui restaient )) encore , vous avea fait tout cela , )) et je n'y étais pas!... Allons, mor- » bleu! encore un effort, et nous ren- )) trons chez nous, et ces coquins -là )) ne nous en chasseront pas ». Ils rentrèrent en effet , mais après avoir perdu huit cents hommes ; ils en avaient tué trois mille dans ces diffcrens combats.
Charles s'était conduit en guerrier réfléchi , entreprenant et valeureux :
il va couronner la journée en se montrant père tendre et amant fidèle
Les obus que les autrichiens avaient lancés sur le château, étaient tombés en partie sur un corps de casernes rempli de femmes eU dle^fans. Les époux, occupés à combattre, ignoraient qu'un de ces globes eût percé le toit et le premier plancher : il avait éclaté dans une galerie dont on avait fait plusieurs ch^mbres^ et dans une desquelles madame Blu|iienihal s'était retirée avec Baltide et le fils de Charles., Des faisceaux de feu , des parties de fer embrasé, s'étaient attachés aux cloisons d'un sapin sec et résineux , et préparaient un violent incendie. Il se manifesta avec fureur, lorsque Charles , rayonnant de gloire , rentra dans le château.
Déjà les flammes comipuniquaient à la chambre où était Baltide ; sa mère éplorée , au désespoir, appelait au secours de sa fille , que s*
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propre faiblesse jie lui avait pas peninis d'aider, des hommes que l'humanité touche , mais . que le danger effraie. Elle, presse, elle supplie, elle promet sa fortune à celui qui sauvera
le dernier de ses enfans Charles se
présente. « C'est à moi seul, dit -il, )) qu'est réservé l'honneur de vous la
» rendre O mon Dieu! encore ce
)) succès )). Il s'élance , il pénètre , il monte , il arrive. Il prend son fils sur un bras; de l'autre, il soutient, il guide sa mère. Il les croit sauvés; il s'applaudit d'un dévouement qui doit
désarmer madame Blumenthal O
malheur! orage!.... l'escalier embrasé s'abyme devant lui, les flammes l'environnent; il est forcé de rétrograder.
Il ouvre une croisée , il regarde ; l'élévatiqn le fait frémir : il ne sait
à quoi se résoudre .Mais Brandt,
trop pesant pour le suivre, Brandt n'a cessé de veiller sur lui. L'enfant est reçu mollement sur des manteaux que
sSii LES BARONS
le hussard et quelques soldats tiennent fortement tendus sous la fenêtre.
Baltide s'avance d'elle-même, et suit son fils 5 Charles saute après elle. Il tombe aux pieds de madame Bluïnenthal , qui se détourne , embrasse ses enfans, et s'éloigne avec eux du bâtiment qui s'écroule. « Elle vous 3) pardonnera, disait le bonhomme.
» Je ne l'espère plus, répondait triste- » ment Charles ».
Aussitôt que ce jeune homme, exaspéré par cette foule d'incidens , put se reconnaître et réfléchir , il redevint soldat. Il donna un cheval à Brandt j il le fit partir avant que l'ennemi coupât les communications , il l'envoya trouver le roi sur les bords de la Neisse, et l'engager à vei^ir achever la victoire. « Je connais ton affection , » dit -il au hussard, je sais comment » tu lui parleras de moi; mais rap- ; )) pelle -lui que le vainqueur de Neu- = V> rode est le même page qu'il aimait
*• autrefois ,
ïï B f E L S H E I ]Vf. 205
>> autrefois, que depuis il a condamné )) à mort, qui ne demande pas la vie, )) mais qui le supplie de lui rendre » l'honneur. Sacredieu ! reprit le lius- » sard, en partant au galop, si ce n'est )) pas un tigre, il vous rendra Fun et )) l'autre ».
Le jour tirait à sa fin. Batliiani irrésolu, n'osait rien entreprendre, et Charles préparait tout comme s'il devait être attaqué. En établissant ses. postes, en allant, en venant, il rencontre Baltide , Baltide qui s'est défobée à sa mère, qui le cherche, et qui le reconnaît enfin. Charles lui parle, elle répond juste; il s'étonne, elle le prévient : « Tant de malheurs , )) dit - elle , avaient altéré ma raison j » des maux plus grands me l'ont ren- » due. J'ai vu mon fils prêt à devenir » la proie des flammes : son danger a » causé en moi une révolution terri- » ble, subite, inattendue. La violence V de la secousse m'a rendue, en ua Tome ir. y
» instant , à mon état naturel. J'ai » voulu vous remercier de m'avoir )) conservé mon enfant , et je vous- )) quitte pour jamais : vous avez tué » mon frère, je ne peux plus être à 3) vous )). Elle s'éloigne en poussant un profond soupir , et en essuyant des larmes qu'elle ne peut dérober à son amant.
Cependant Frédéric , campé au plus à vsix lieues de là, avait entendu une canonnade dont la prolongation lui paraissait étonnante. «Il ne conce'vait pas comment un régiment tenait contre une armée, dans un poste qu'il croyait devoir être emporté d'un coup de main. Rangé en bataille, il attendait Bathiani au débouché des montagnes, lorsqu'çnfin la durée inconcevable de Faction lui fit juger que les autrichiens avaient fait quelque faute majeure dont les siens tiraient avantage. Il prit vingt escadrons y ordonna à chaque cavalier
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de monter un fantassin en croupe, et il marcha lui-même à la tête de ce détachement, impatient de profiter des circonstances.
Il n'était plus qu'à une lieue de Neurode , loi'sque Brandt l'aperçoit , le joint , saute pesamment à terre , embrasse sa botte , et lui raconte , en le suivant à pied, les exploits de son cher Baron. Le roi, qui dès les premiers mots a senti combien les momens sont précieux, le fait remonter à cheval , et lui prête une oreille attentive. « Tout cela est-il bien vrai? » demanda - t.- il au hussard lorsqu'il )) eut terminé son récit. — Que l'arc- )) en- ciel me serve de cravatte, si j'en )) impose à votre majesté! elle en ju- » géra par .elle-même. — Oui, c'est )) ainsi que j'aime à juger : au grand )) trot ; marche )\
Ils arrivent, à la nuit tombante, sous Neurode. Le roi fait mettre pied à terre à tout son monde 5 il charge
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Brandt de guider les fourrageurs, et îî entre seul au château.
Un sergent vient dire à Charles.
qu'un inconnu, décoré de Tordre de l'Aigle noir, visite tous ses postes. Le
jeune homme court c'est le roi^
qu'ail n'attendait que le lendemain ^
c'est lui. Charles est à ses genoux.
a Levez-vous, monsieur. — Mon par- )) don, Sire.... — ^ Ce n'est point de cela 3) qu'il s'agit : levez-vous, vous dis- je; » je ne connais point le pays, j'amène 5) dix mille hommes, prenez-les, et ser* » vez-vous-en pour ma gloire et pour la )) vôtre )).
Charles les range aussitôt sur les; deux côtés du ravin , où les autrichiens découragés s'étaient réunis pour garder leurs bagages. Il attend le jour pour engager l'affaire. Il espère que l'ennemi consterné y n'opposera pas une résistance inutile : il veut épargner le sang.
En effet, au lever du soleil Bathiaiii
s'aperçoit qu'il est cerné , et que seize pièces d'artillerie sont pointées sur ses troupes sans défense : il demande à capituler. Charles le reçoit avec la distinction due à un officier aussi brave qu'habile , mais que le sort a trahi; il le présente à Frédéric, qui lui impose des conditions qui doivent être remplies dans une heure. « Votre » armée , lui dit le roi , mettra bas les » armes, et se rendra prisonnière de 33 guerre. Vous retournerez à Vienne, » sur votre parole : cela vous convienty> il? — Mais, Sire........ — Cela vous
» convient-il? — De grâce...... — Oui,
53 ou non. — Permettez moi du moins... » Monsieur , interrompit le roi en » se tournant vers Charles , remettez 35 le comte où vous l'avez pris , et at- 35 taquez à l'instant w. Bathiani ne répliqua plus , il signa la capitulation , et Charles eut aussitôt l'honneur de l'exécuter.
Lorsqu'il reatra au château, le roi
était avec madame Blumenllial et Baltide, On se tut en le voyant ^ mais le jeune homme jugea, à l'attitude de Frédéric, à la rougeur de Baltide et à l'embarras de sa mère, que la conversation avait été animée , et que probablement il ^en était l'objet. Il attendit respectueusement, mais avec fermeté, ce ^u'il plairait au roi d'ordonner de son sort. Ce prince le regarda quelques instans d'un air sévère, puis il lui dit : <c Le major Felslieim M a été justement condamné 5 j'ai ra- » tifié l'arrêt, je ne lui pardonnerai » point >5. Charles et Baltide firent un mouvement. c< Approchez- vous, mon- » sieur le comte de Holbourg, pour- » suivit Frédéric en présentant la » main au jeune homme j la race de :» Felsheim est éteinte , et celle de y> Holbourg commence. Que dis- je?
» après ce qu'a fait aujourd'hui le » comte , elle est déjà au rang des y> plus anciennes familles ». La sur-
DE felsheim. 3og prise 5 la joie des deux amans leur ôteiit l'usage de la parole ; ils tombent aux pieds du roi. 11 les relève 5 et se livrant à l'affeclion qu'il a toujours eue pour Charles, il l'embrassa tendrement, et il lui dit : (( Tu as com- » mandé dix mille hommes, tu ne dois >5 pas rétrograder : je te fais général- 5) major. Madame, ajouta- 1- il en se a>. tournant \ers madame Blumentlial, >3 Felsheim a tué vetre fils qui l'avait 3) attaqué , le général Hoibourg a sauvé >3 votre fille , il l'aime , il en est aimé : >3 qu'on appelle un chapelain ^ que la •>5 cérémonie se fasse dans ce château, >3 où tout est plein de sa gloire ». Madame Blumenthal fit quelques légères observations , elle opposa des raisons de convenance : le roi termina tout par ces mots : Je le veux.
La mère forcée d'obéir, et s'en applaudissant peut-être, présenta Baltide à son époux.
Ceux qui ont un peu lu, savent com-
s4o LE« BAHONS BE FELSHETM.
ment finit cette guerre. Ceux qui Figno rent, et qui veulent le savoir, peuvent consulter le Siècle de Louis XV, par Voltaire, ou Fhistoire du roi de Prusse, par je ne sais qui. Pour moi qui conte depuis long-temps, et qui, en vérité, suis las de conter, je finirai en disant que le bonheur rendit à Baltide 1^ santé et la fraîcheur , que rien ne troubla plus la félicité de Charles, que son changement de fortune prolongea la carrière de madame Werner, et que Brandt passa auprès d'elle une vieillesse heureuse que charmèrent Feslime, la reconnaissance , et Tamitié généreuse de ceux qui lui devaient tout.