‹ Les barons de FelsheimChapitre 7 sur 14 · Tome III. R · texte numérisé non relu

Tome III. R

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et on est trop heureux d'y trouver de quoi parler. L^arrivée du jeune Baron fournit à la conversation pendant le dîner de monsieur Blumenthaï. Baltide ne disait mot; mais elle écoutait avec une avidité ! Le pain et Teau lui parurent d*une dureté que rien , selon elle , ne pouvait justifier. Avec une figure sî heureuse on ne commet pas de cri- -mes , et un criminel seul méritait à ses yeux un pareil traitement. Elle demanda d'une voix timide ce qu'avaitfait monsieur le Baron. «< Je n'en » sais rien, répondit le papa, et ce ne >ï sont pas vos affaires : la fille d'un » commandant de Spandaw doit tout » voir, tout entendre, et ne rien dire, » Oh,neriendire,repritlamaman...

3> — Non, madame; ce n'est pas à 33 quinze ans qu'on se mêlent d'affai- 3> res d'état. A propos , mademoi- 33 selle , vous me ferez le plaisir de >î ne plus visiter mes papiers pen- >î dant mon absence. >3

On quitta la table, etBaltide, sans faire semblant de rien , descendit à la cuisine. On avait desservi iine caille rôtie à laquelle on n'avait pas touché, ctque la jeune personne convoitait violemment. .. Un si beau garçon au pain sec î ce Ma chère Su- J3 zanne, dit- elle à une vieille cui- 1» sinière que jamais personne n'a- » vait essayé de séduire, ma chère » Suzanne , tu ne m'as pas cueilli » de roses aujourd'hui 5 tu m'as fait » perdre un baiser de maman. — 3> Vous vei rca <jtxo je n'aurai pas le

35 temps de dîner Va , ma bonne

» Suzanne , va. — Et que n'y allezi5 vous ? — Je suis d'une maladresse ! » je me pique toujours les doigts. >> Suzanne sort en grondant, et aussitôt la caille est enveloppée dans un tortillon de papier.

C'était beaucoup de la tenir , mais il fallait la passer au joli prisonnier , et c'était une grande affaire. 0x1 pouvait être surprise 5 le

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papa était colère ; il y avait de quoi trembler. Cepandant Charles, manquant cle tout, fut plus fort que les considérations personnelles , et on résolut de se hasarder. Ce n'était pas ramoûr qu'on brûlait de servir :

on n'entreprenait rien que par humanité'; mais l'humanité a des droits ai puissans sur les belles âmes ! Baltlde monte à la terrasse , son sac à ouvrage au bras , et la volatille en poche. Elle s'assied sur un banc de gazon , elle tire les manchettes qu'elle brodait powr le papa , elle travail le . . • comme on travaille quand on ne rei^arde pas à ce qu'on fait : ses yeux ne quittaient pas la fenêtre grillée.

. Suzanne compléta enfin le bouquet le plus volumineux, et toujours grommelant , elle le donnât à Baltide , et retourna à son dîner. La jeune personne partage le bouquet en deux : Charles y avait aussi ses droits. Elle se lève, elle se pro-

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mène à l'aventure, elle chante la chansonnette : c'est la ressource des gens embarrassés. Un vilain soldat, en faction au haut d'une tourelle , découvrait toute la terrasse , et intimidait les amours. On le regarde en* dessous , on l'épie 5 il fait un demitour à droite , et crac , les roses et la caille tombent dans la chambre du petit ami.

Charles sait bien à qui il est re^ devable de ces soins. Il monte à Id croisée 5 Baltide était déjà loin 5 il l'entrevoit encore, et lui cnvoîft un baiser, que le zéphir jaloux intercepte au passage.

Le jeune homme avait pour boire une tasse de racines de buis ; c'est dans cette tasse qu'il dépose , qu'il arrange chaque rose , après l'avoir respirée et baisée. Le gibier fut fêté à son tour : offert par Baltide , il devait être délicieux. Charles était content. . . mais content î. , . Spandaw allait être pour lui le séjour céieste3

Il avait du papier et de l'encre, et les doigts lui démangeaient. Cependant écrire à Baltide, et si promptement , n'était-ce pas bien hardi ? Recevrat-elle sa lettre ! Eh ! pourquoi pas , puisqu'elle a daigné l'écouter ?

Mais comment la remettre ? L'amour y pourvoira. Il écrivit, rien que de très-respectueux, comme on peut le croire ; mais son style était si aimable , si coulant , si chaud , que lamour-propre , qui ne s'oublie jamais , lui arracha un sourire.

Madame Blumcuthal vivait àpeu-près seule , et s'ennuyait honorablement dans son fort. Elle était privée de son fils , qui , depuis quelques mois, était entré au service.

Son mari n'était pas fort aimable 5 toutes ses affections étaient réunies sur sa fille : Baltide et son jardin , c'étaient là ses plaisir. Elle y rencontra la jeune personne qui se retirait lentement , et qui , forte de la présence de sa mère , ne pensa plus

à s'éloigner. L'être le plus aimable le devient davantage encore par le sentiment du bonheur. Baltide amusait sa mère , l'intéressait , rattachait par ses sallies naïves , par ses contes plaisans , et l'attentive maman ne s'appercevait pas qu'elle tournait autour de la fenêtre grillée , et qu'elle ne s'en écartait que pour y revenir. Charles à qui rien n'échappe , saisit un moment favorable, et laisse entrevoir son poulet. Le cœur bat à l'aimable fille.

Le billet devait être si doux à lire ! on grillait de le tenir ; mais décemr ment on ne pouvait le prendre. Au premier tour d'allée on revint jusqu'à la croisée ; les plis ondoyans du taffetas en touche même les barreaux; le sac à ouvrage pendait très-bas , il était entr'ouvert : lorsque maman se retourne , Charles alonge le bras ; la lettre est à son adresse , les cordons du sac sont ti-. rés.

200 ÎLES BARONS, CtC.

Mais je conte , je conte, et je ne m'aperçois pas que ce volume est assez fort pour l'intérêt de Téditeur.

Passez au quatrième, citoyen lecteur, si les trois premiers ne vous ont pas ennuyé.

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