‹ Les barons de FelsheimChapitre 6 sur 14 · Tome III. Q · texte numérisé non relu

Tome III. Q

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Charles arrive , il demande à parîer au commandant; on l'introduit dans le fort ; il remet son paquet d'une main peu assurée; roflîcier l'ouvre, et lit à haute voix ;

Monsieur le commandant y

<c Je vous envoie un j^age dont Je » suis très-mécontent. Il ne sortira pas » de sa chambre, où il sera au pain et » à l'eau. Vous lui donnerez un traité » et des instrumens de mathématiques, » et tous les mois vous me rendrez » compte de sa conduite.

» Frédéric ».

« Tous les mois, s'écria le petit )) malheureux ! pendant des mois ai| 53 pain et à l'eau !...... Au reste, je l'ai

» bien mérité. Vous en convenez , c'est )) quelque chose, reprit le comman- }) dant. Comment vous appelez- vous ?

» — Le baron de Felsheim. — Oh î » je; vous attendais depuis quelque

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)) temps. — Comment, monsieur?...,, )) — 'Vous étiez recommandé à mon )) beau -frère le comte de Fersen, et » vous n'avez pas été chez lui une » seule fois. Un jeune homme qui évite » les gens de bien , doit former des )) liaisons dangereuses, et vous voyez )) où cela mène «.

Le commandant laissa Charles dans son cabinet , et fut donner ses ordres pour sa nourriture et son logement. Le jeune homme convenait bien que sa punition était juste, mais la rigueur de sa détention l'effrayait. Il s'assit , triste et pensif, le dos tourné à la porte, et tomba dans des réflexions très-profondes pour son âge , mais malheureusement un peu tardives.

L'arrivée du page s'était répandue dans le château. Cette qualité de page a toujours quelque chose de piquant pour les femmes, et un page malheureux est doublement intéressantr

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Le commandant de Spandaw était marié. Baltide Blumenthal sa fille, bien jeune, bien jolie et bien curieuse, s'était approchée de la porte du cabinet ; elle avait entendu les dernières paroles de son père, et dès qu'il fut sorti, elle entra sur la pointe du pied, poussée par je ne sais quel pressentiment. Le murmure de sa rober de soie la décèle, malgré ses précautions. Charlestoume la tête, il regarde... ô surprise! enchantement î... C'est son inconnue. ||

Baltide n'avait pas oublié la rue aux Arbres, Elle rougit, elle pâlit, elle recula quelques pas, et comme il fallait avoir l'air d'être entrée pour quelque chose, elle brouilla tous les papiers de son père, d'un 'air si gauche et si peu attentiff Elle avait les yeux baissés sur la table , et regardait sans rîen voir ; elle cherchait à démêler ce qui se passait dans son petit cœur, et die ne savait

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encore si elle était fâchée ou contente de trouver dans le pauvre captif le page si joli , qui Favait fait si souvent soupirer. Moi, je crois qu'elle en fut bien aise. Dans quelque position que soit son amant^ on aime toujours à le revoir : qu'en pensez- vous, mesdames ?

Charles, ardent, impétueux, n'avait pas été le maître de son premier transport. Dès qu'il la vit , il se leva , courut à elle , il allait lui prendre la main ; la timidité de son âge, la bienséance rax'rétèrent. «C'est 5) vous ! c'est vous! s'écria -t- il, que » j'ai tant désirée, tant cherchée,

>3 que je ne comptais plus! Vous

w m'avez cherchée , monsieur , in- » terrompit Baltide, ses grands yeux » bleus toujours baissés, vous m'afez >3 cherchée?....... — Par tout Berlin.

w — Excepté chez mon oncle , où.

» j'ai passé quinze jours avec ma- » mail. — Chez le comte de Fersen,

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33 qui m'avait assuré de sa bienveil- 33 lance, chez qui je pouvais trouver 33 le bonheur, et un asile contre les >3 écueils de mon âge î Comi)ien je >3 me reproche d'avoir désobéi à ma 33 mère!... Si du moins vous vous étiez 33 aperçue du plaisir que j'ai eu à 3) vous voir, si vous aviez pressenti 53 ce que j'ai souffert quand je vous, 33 ai perdue, je ne serais pas tout- >3 à - fait malheureux. Je ne sais 33 même si je me reprocherais plus » long -temps des fautes qui m'ont » conduit à vos pieds » ; et le pelit fripon était aux genoux de Baltide , et Ballide, sans défiance et sans art, se laissait aller au charme du moment. « Répondez - moi , de grâce , )) reprit le séduisant Baronnet, avez-

» vous deviné mon secret? Mais

» je le crois , répondit Baltide avec » un sourire si doux ! — Et vous » n'en avez pas à me confier? — Con- » fie - 1 - on ces choses - là ? — On

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» peut au moins se laisser pénétrer.

» — Oh î ^e n'empêche pas cela. — Je M vous entends, et je suis heureux.

» — Heureux et prisonnier ! — Pensez » donc que j'habite avec vous, que » je respire le même air, que je vous » verrai quelquefois^ que vous me )) plaindrez; et vous intéresser, n'est- » ce pas le bonheur »?

Le papa rentra : ces papas sont toujours importuns. Charles , caché par Baltide , eut le temps de se relever et de be remettre; Baltide plus embarrassée que jamais , retourna les paperasses, et le papa , beaucoup plus expert en tactique qu'en amour, ne se douta de rien, et ordonna à Charles de le suivre.

L'aimable page regarda encore Baltide 5 il ne pouvait lui parler:

cependant elle l'entendit. Elle craignait le témoin redoutable ; elle voulut ne pas répondre, çt son dcr-;

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nier coup-d'œil n'en fut que plus expressif.

Monsieur Blumenthal savait avec quelle exactitude le roi voulait être obéi. Jl avait su aussi du comte de Fersen, rintérêt que Frédéric prenait au jeune homme : il crut remplir à la fois, et son devoir et les intentions du monarque, en donnant à son prisonnier les douceurs que Tordre n'interdisait pas. Il le conduisit en conséquence à une chambre très-propre , dont la fenêtre, bien grillée, était de niveau à une terrasse riante et en bon air.

Charles y trouva précisément ce que le roi avait prescrit; des livres de mathématiques, un étui complet, du pain blanc comme la neige , mais du pain tout sec , de Teau trèsclaire, plus une fiole de vinaigra, * dont le roi n'avait pas parlé , mais que le ^ commandant avait jugée propre à corriger la crudité de Teau.

Charles

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Charles n'avait encore rien pris.

Après avoir fait Tinventaire de son mobilier, il tira son petit couteau à manche de nacre et à clous d'or , il entama sa ration du jour, et cassa gaiement sa croûte, en pensan t qu'il n'est point de mauvais repas auprès de ce qu'on aime.

Il examina la terrasse. Un couvert de tilleuls , des plates-bandes garnies de fleurs, des treilles chargées de raisin , des allées sablées qui portaientencore l'empreinte du râteau, lui firent juger que ce jardin n'était pas à l'usage des prisonniers , pour qui d'ordinaire on ne prend pas tant de soins. Il pensa que cette terrasse était réservé au commandant 5 et , par une suite toute naturelle , il conclut que sa charmante fille s*y était promenée quelquefois, et désormais s'y promènerait souvent.

Spandaw n'a rien de bien récréatif, même pour son commandant.

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