‹ Les barricades, scènes historiques, mai 1588Chapitre 17 sur 61 · LE HALLEBARDIER · texte numérisé non relu

LE HALLEBARDIER

Il faut que vous attendiez : Sa Majesté entend la sainte messe.

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d'elbenke , revenant sur ses pas.

Toujours attendre quand il s'agit d'affaires ! Allons . patience : faisons sentinelle avec eux. (Il s'assied dans unjauteuil.) Mon pauvre d'Elbenne, tu vas encore perdre ta peine! Je gage qu'il me reçoit comme si je lui débitais des chansons ! et pourtant les choses sont claires. Nos coquins ont repris du cœur ; les voilà plus dispos que jamais. Dans deux heures, leur patron est à leur tête. Tu-Dieu! il est bien temps de nous mettre en garde. Mais que faire avec un pareil homme? sait-on jamais sur quoi compter ? sait-on jamais , quand on lui parle . par qui on est écouté ? il a au moins deux douzaines d'âmes dans son pourpoint ; une pour toutes les heures. Ce matin, le voilà en dévotion ; et cette nuit , qui sait où il a couché? tout-à-lheure , il va peut-être vouloir faire le roi , et ce soir , nous le verrons valet de la Ligue. Ali ! bon Dieu ! bon Dieu! Miron prétend qu'il tourne à la folie j en vérité , je crois (ju'il voit juste. Jésus- Maria! quel métier d'être le conseiller dun fou ! Au moins , quand monsieur d'Epernon était ici , la girouette n'allait que par un seul

vent ; mais aujourd'hui c'est à qui la fera virer

de son côté. Ce chien de Villequier et

Villeroi lui-même , depuis sa querelle avec

monsieur d'Épernon.

Enlre Villeroi, qui se dirige vers la chambre du Roi ; mais apercevant d'Elbenne , il vient à lui.

VILLEROI

Dieu vous garde , mon cher monsieur d'Elbenne.

d'elbe>'î(e , se levant.

Je vous salue, monsieur de Villeroi.

VILLEROI

Pardon d'interrompre vos méditations : je vois que vous avez fait comme moi 5 vous êtes descendu trop tôt : le Roi dort encore.

r)'ELBE>>E.

Non pas , il est avec son chapelain.

VILLEROI

En ce cas , nous ne sommes pas près d'entrer.

d'elbense.

Tant pis.

VILLEROI

Moi , je dis tant mieux 5 il est si rare de vous posséder tête-à-tête , et de jouir à soi

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seul de toute votre amabilité ? Mais, si je vous comprends . vous venez pour affaire d'importance ?

D'ELBE>'îrE.

Oh ! c'est peu de chose.

VILLEROI

Je vous jure qn'on vous croirait soucieux.

Entrent Villequier et La Guiche ; Ftllequier donne la main h J'illeroi et fait un grand salut à d'Elbenne ; La Guiche ne le salue pas.

VILLEROI, basa La Guiche.

Vous arrivez fort à point, j'allais périr d'ennui avec cette vieille buse : je ne lui ai pas encore arraché quatre paroles . et je sue sang et eau.

VILLEQUIER , d'un tOTi TTiielleux.

Messieurs , vous me voyez doublement ravi de vous trouver ici j car , outre le plaisir de pouvoir m'entretenir avec vous , je regarde encore comme un singulier bonheur d arriver à temps pour le lever de Sa Majesté. En vérité , je tremblais de manquer aujourd'hui à ce devoir . non pai- ma faute , mais par celle des obstacles imprévus qui m'ont retardé en

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chemin. Croiriez-vous que j'ai mis plus d'une heure à venir de mon hôtel ici?

VILLEROI

Et pourquoi donc ?

TILLEOCIER.

On voit bien que vous êtes habitant du Louvre , et que vous n'avez pas encore mis le pied à la rue. En vérité , je ne sais quel lutin s'est mis aux trousses de nos bourgeois , mais ils sont tous hors de leurs maisons et de leurs boutiques. Femmes , filles , garçons , maîtres , valets , les voilà tous qui courent de çà , de là , se poussant , se heurtant : c'est une cohue dont tous les passages sont obstrués. Il a fallu de bons poings et quelque courage à mes pauvres porteurs pour fendre ces épais bataillons. Comprenez-vous quelque chose à ces gens-là,

messieurs ?

LA. GUiCHE . à part.

Maître fourbe ; ne dirait-on pas qu'il ne

sait rien?

VILLEROI, vivement.

Mais ne serait-ce pas quelque émeute?

VILLEQUIER

Pas du tout 5 vous diriez plutôt d'une pro-

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menade àîa foire , ou même d'une procession. Ils sont tous sans armes , et la plupart vêtus de leurs beaux habits comme un dimanche.

VILLEROI

Je ne vois pourtant pas quel patron ils peuvent fêter aujourd'hui.

d'elbenke.

Et moi , je le sais bien.

VILLEROI

Comment ?

d'elbenke.

Ce saint-là s'appelle Henri de Guise.

VILLEQUIER

Que voulez-vous dire , de grâce?

A'ILLEROI.

Je ne comprends pas.

d'elbenke.

Il n'y a pas grand mystère cependant. Monsieur de Guise , que Ion croyait si loin , va tout-à-lheure entrer dans la ville, et tous ces fous de Parisiens sont appelés à sa rencontre. Vous voyez s'ils sont exacts au rendez-vous. Corbleu ! comme ils courent ! ne dirait-on

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pas que cest l'heure du théâtre , et qu'il leur est arrivé quelque nouvel histrion d'Italie.

VILLEQUIER

Certes , la nouvelle est étrange. Oserait-on , monsieur d'Elbenne , vous demander comment vous l'avez apprise ?

b"elbenne.

Ma foi, je vous demanderais plutôt , monsieur de Villequier , comment vous avez pu ne pas l'apprendre : on n'a qu'à faire deux pas dans les rues pour en avoir les oreilles étourdies.

VILLEQUIER

Ainsi , ce n'est encore qu'un bruit de halles?

d'elbe>'he.

Pardonnez-moi, monsieur, je le tiens de meilleure source.

viLLEROi , bas à La Guiche.

Y a-t-il un mot de vrai dans sa nouvelle ?

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