‹ Les barricades, scènes historiques, mai 1588Chapitre 21 sur 61 · O0 LES BARRICADES · texte numérisé non relu

O0 LES BARRICADES

LE BOI

Oui... mais non... Attendez.

UN PAGE , sortant du vestibule.

La Reine.

La reine Catherine entre la première , après elle vieh-t le duc de Guise , puis un grand nombre de dames et de seigneurs de la cour et de la suite de la reine^ mère.

OR>A>"o , bas à (ïEïbenne.

Morbleu ! une femme aurait plus de cœur que cet homme-là !

d'elbe>>'e , bas à Ornano.

Je ne comptais que sur l'assassinat; mais

puisqu'il n'a pas osé , il n'y a plus d'espoir.

Croyez - moi , j'aimerais mieux maintenant

être dans la peau du Guisard que dans la

sienne.

Pendant ces derniers mots , le duc adresse au Roi de profonds saluts , et fle'chit presque le genou ; le Roi, qui n^a pas l'air de l' apercevoir, pâlit et se mord les lèvres; puis, après une longue pause, il se retourne brusquement, et dit au duc :

Mon cousin , pourquoi etes-vous venu ?

Sii-e , pour me justifier devant Votre Ma-

jesté des calomnies dont me chargent mes ennemis.

LE ROI

Je ne savais pas qu'on vous calomniât ; mais en tout cas , le meilleur moyen de vous blanchir à mes yeux était de ne pas venir.

GUISE

Sire , j'étais loin de m' attendre à cet accueil sévère . et je ne comprends pas quels soupçons peut exciter ma présence. Je suis seul , , sans escorte et sans train , dans l'équipage du plus modeste gentilhomme ; je me livre entre les mains de Votre Majesté , sans autre défense que ce pourpoint de soie , sans autre saufconduit que votre loyauté et ma bonne conscience. Quelle défiance . je vous le demande, pouvez-vous avoir de moi ? Et d'ailleurs , Sire , comment aurais-je deviné que vous me teniez en exil?

LE ROI

Demandez à monsieur de Bellièvre qui est là devant vous ; ne vous a-t-il pas porté l'ordre de ne pas mettre le pied dans Paris . et navez-vous pas rencontré en chemin mon-

sieur de La Guiche , chargé de nouveau de la même mission ?

Sire, je n'ai pas vu monsieur de La Guiche, et , quant à monsieur de Belîièvre , il ne m'avait pas fait entendre positivement qu'en me présentant à Votre Majesté j'attirerais sur moi sa colère.

LE ROI

Expliquez-vous Belîièvre.

BELLIÈVKE.

Sire , j'ai rapporté textuellement à monsieur le duc les paroles de Votre Majesté , et si je lui ai fait concevoir l'espérance. . .

LE ROI

C'est bien... je comprends. Belîièvre a fait son devoir 5 c'est vous , monsieur , qui avez oublié le vôtre. Si du moins après avoir eu l'audace de me désobéir .-vous aviez eu le bon esprit en entrant dans ce Paris , dont la vue vous tenait tant au cœur , d'éviter l'éclat scandaleux d'une entrée triomphante ! En vérité , je ne reconnais pas la votre adi^esse , mon cousin. Vous venez , dites-vous , pour confondie vos ennemis qui vous accusent de

LES BARRICADES. 2o3

conspirer contre ma personne . et vous laissez vos amis m'insulter par leurs clameurs , jusque sous les fenêtres de mon palais ! Vous vous donnL'z pour venir sans escorte , et voua traînez toute la ville à votre suite. Ayez donc soin, dorénavant, de mettre un peu mieux d'accord vos actions et vos paroles.

Sire, je gémis plus que vous des hommages que ce peuple m'adresse. Dieu sait si j'ai rien fait pour les provoquer , et si je n'ai pas au contraire cherché tous les moyens de teair mon arrivée secrète.

Il n'en est pas moins vrai que dès la peinte du jour vos chers Parisiens vous atcencUient au passage. Sans doute quelque sorcier, votre ennemi, s'était chargé de leur donner It mot. Mais si vous ne pouviez échapper à leir empressement, vous deviez au moins . en lomme sage , leur commander le silence. Un caoitaine tel que vous oubiie-t-il donc qu'on ne sonne pas l'alarme quand on veut donner Tassant ? tous ces cris de joie , toutes ces fanfares . sont

^.o4 LES BARRICADES.

jivertissemens dont je ferai mon profit : grâce :iu ciel , vos amis paraissent peu disciplinés . seigneur duc 5 ils ont fait feu avant Tordre.

GL'ISE.

Sire...

LE P.Ol.

Que pouvez-vous répondre? je viens de les entendre vous appeler leur sauveur , leur vengeur ? Qu'est-ce que cela signifie, sinon que vous tramez quelque intrigue avec eux, et que, pour remplir une vieille promesse , vous venez vous mettre à leur tète , et essayer de faire marcher les choses à leur fantaisie et à la vôtre.

GTJISE.

Sire , je suis bien malheureux de voir Votre Majesté si cruellement abusée sur mon comptej et je l'avoue, j'étais si peu préparé à cette disgrâce, que j'ai peine à remettre mes esprits...

Vous vous trompiez , monsieur , si vous comptiez sur des complimens de bienvenue. Quand je veux voir les gens . je ne leur donne pas Tordre de rester où il<; sont.

LES BARRICADES. 2o5

Le Roi , pâle de colère , se jette dans son fauteuil. Guise porte irufolontairement la main gauche a la garde de son e'pee. Catherine s'approche du Roi et lui dit quelques mots a l'oreille , puis elle Tetourne auprès du duc qu'elle trouve en conversation avec la reine Louise qui vient d'entrer. Un grand silence règne dans l'assemblée : pendant ce temps Guglielmo , le nain de la reine-mère , s'approche de Datfila et lui dit à voix basse : ; , ,

Compère, tu avais raison; nous touchons à la catastrophe.

DAViLA , bas à Guglielmo.

Sais-tu que le noble duc n^a pas Fair à son

aise ? je crois qu'il se mord les doigts de sa

bravade.

GUGLIELMO , hos à Duvila,

Il est devenu plus pâle que sa fraise , en passant sous le grand guichet, quand il a vu tous ces hallebardiers en bataille. Il est vrai que Crillon lui a fait une furieuse grimace.

Pendant ces derniers mots , l'abbé d'Elbenne s'ap' proche du Roi , et lui dit h l'oreille :

Sire , le lieutenant Poulain est là qui demande à me parler : Votre Majesté ne desiret-elle pas l'entretenir elle-même ?

LE ROI , has.

Je le veux bien; allez m'attendre avec lui

aoG LES BARRICADES.

dans ma chambre h coucher. Savez-vous ce qu'il vient nous dire ?

d'elbe^ne, has.

Non , sire 5 mais sans doute quelque nouvelle machination des Seize. A votre place , je retiendrais monsieur le duc en otage, au moins jusqu'à ce que nous sachions ce qu'il en est.

,> iiioii LE ROI , bas.

Excellente idée?... Oui, je vais... cependant , je verrai. Mais allez toujours rejoindre 'notre homme.

D'Elbenne , après un moment d'hésitation , se retire.

CATHERiKE , à Guise.

Je vous conseille de lever la séance , car voilà l'abbé qui endoctrine le Roi.

GUiSE , au Roi, Si Votre Majesté n"a point d'ordres à me donner , permettez , Sire. . .

LE ROI

Comment , déjà nous quitter , mon cousin ? J'aurais cru que vous ne laisseriez pas mes paroles sans réponse , et que vous daigneriez tenter quelque effort pour vous justifier. Vous

tenez donc bien peu à recouvrer mes bonnes

grâces.

Sire , je ne comptais plus que sur ma conduite à venir pour dissiper les préventions qui ont été semées dans l'esprit de Votre Majesté.

LE ROI

Ainsi vous ne voulez pas vous défendre par des paroles , mais par des actions ! Vous avez grandVaisou. Eh bien ! souffrez que je vous aide a me convaincre, en vous mettant moimême à répreuve : chargez-vous d'aller dire à ces bourgeois , qui ont pour vous tant de déférence , qu ils aient à se retirer sur Iheure chacun chez eux, et menacez -les de votre propre épée , si jamais ils renouvellent ces scènes de tumulte et de sédition. Certes , une telle tâche n'est pas au-dessus de vos forces ! crisE.

Sire , jamais je n'obtiendrai d'eux ce que vous demandez , si vous ne m'autorisez à leur promettre que les troupes qui encombrent les faubourgs cesseront de menacer la ville , et seront envoyées contre le Béarnais. rj

2o8 LES BARRICADES.

> LE ROI

En vérité ! c'est là leur dernier mot ! Le> loups aussi quand ils ont envie de croquer les brebis , leur conseillent de congédier leschiens. Mon cher cousin, les huguenots sont à plus de cent lieues d'ici . et vos ligueurs sont à ma porte. Vous permettrez qu'entre deux ennemis, je songe d'abord...

GUISE

Sire , je voiis ai montré la difficulté de l'entreprise , mais ne croyez pas que je refuse de la tenter. Mon bras et mon épée sont prêts à obéir.

LE ROI

À merveille ! soyez donc mon champion : et pour ne pas laisser s'éteindre ce beau feu , mettons-nous sans tarder a Touvrage. Justement j'aperçois ici messieurs les échevins et monsieur le prévôt des marchands ( à Comte et Lugoli ^ échevins; et Pereuse , prévôt des marchands,) xipprochez .messieurs, {à Guise.) J'oubliais de vous parler d"un autre petit service que j'attends aussi de vous , mon cousin. H ne s'agit encore que de me prêter votre nom, et c'est pour sévir non contre nos chers

bourgeois , mais contre certains étrangers qui vous intéressent probablement fort peu ; car je ne pense pas que pour avoir Taccent espagnol ou lorrain on soit nécessairement de vos amis.

GUISE

Sire, disposez de moi....

CATHERINE , bas au duc de Guise.

Le Roi cherche à gagner du temps : insistez pour vous retirer.

GUGLiELMO , has à Davila.

Sais-tu que ta tragédie m'a tout l'air de se terminer en comédie ?

DAVILA

Tais-toi , laisse-moi écouter.

LE ROI, aux échevins.

Messieurs , vous avez affaire , ce me semble , à un troupeau bien peu docile : mais grâce à Dieu , voici mon noble cousin qui m'offre de vous prêter un peu d'aide pour le forcer de rentrer au bercail. Vous allez donc publier par toute la ville , au nom du Roi et de son amé et féal le duc de Guise qui s'engage à vous donner main-forte s'il y a lieu , qu'il est

ïio LES BARRICADES.

enjoint à tous bourgeois , artisans et autres , de rentrer sous deux heures dans leurs maisons , et de livrer entre vos mains tous les êti-angers et gens suspects qui s'y trouvent cachés. Allez, messieurs, faites diligence.

Les écheyins et le pret^ôt sortent. Le Eoi se rappro. che Je Guise.

En vérité , mon cousin , votre conduite m'enchante , et j'espère qu'en signe de réconciliation , vous allez me donner toute cette journée.

CUISE

Sire, je serai forcé de...

LE ROI, l interrompant.

Non pas : vous resterez, vous dînerez au Louvre. Ne faut-il pas que nous parlions un peu plus à notre aise de nos plans et des vôtres pour la guerre que nous méditons en Poitou ? Corbleu ! nous devons venger ce pauvre Joyeuse !

GUISE

Souffrez, Sire, que je n'accepte pas vos offres gracieuses , et laissez-moi prendre congé de Votre Majesté : la fatigue d'un long

voyage commence à se faire sentir , et me commande le repos.

Le Roi paraît hésiter ; il regarde du côte' de sa chambre il coucher. - Catherine s' avance derrière son fauteuil et lui dit à voix basse :

Ne cherchez pas à le retenir ; le peuple commence à murmurer : songez à ce que je vous ai dit.

GCGLiELMO , bas à Davila.

Ce pauvre duc a l'air de marcher sur des charbons ardens.

LE ROI , après un long silence.

Puisque vous le voulez, mon cousin , nous recevons vos adieux. J'espère qu'une fois hors du Louvre , vous ne jeterez pas là vos bonnes dispositions et votre obéissance comme un masque incommode ; et , quant à vos promesses, vous aurez d'autant plus de mérite à les remplir que vous allez vous trouver libre de les violer. La liberté a bien des charmes , mais bien des périls aussi ! Je vous dis cela , mon cousin , parce qu'il est bon que vous sachiez que tant que vous serez dans la ville , il ne s'y commettra rien de mal que je ne vous

Fattribue. C'est vous qui m'en avez douné le droit.

GUISE

Sire , bientôt vous ne l'aurez plus . s'il n'est besoin à cet effet que de ma soumission et de mon dévoûment.

Amen, de tout mon cœur. Dieu vous sarde ,

mon cousin.

Le duc sort nccompagné seulement de Brissac, de Meyneville , de Dois-Dauphin , ses aides-de-camp , venus avec lui de Soissons. Tous ceux de la cour restent en place.

LE ROI , à la Reine.

Madame , il est plus de deux heures : veuillez descendre au réfectoire ; je vous rejoindrai dans peu.

La Reine sort, ses dames la suii'ent , et les courtisans s'écoulent petit- a-petit : le roi retenant Alphonse d'Omano et le chancelier.

Mes amis, j'ai besoin de vous, restez, (à Miron). Et vous aussi. Miron {àBellièvre, Villeroi et J^illequier , qui ont Vair de vouloir rester.) Messieurs , ne suivez-vous pas la Reine?

Ils sortent.

CA.THERIKE.

Moi , je resterai.

LE ROI

Que voulez-vous , ma bonne mère ?

CATHERINE

Un moment dentretien.

LE ROI , au chancelier , à Miron et à dOrnano. Entrez dans cette chambre , messieurs ( à sa mère ). De grâce, hâtons-nous , madame ; VOUS le voyez , on m'attend.

Catherine s'assied. • Le roi reste debout derrière un

fauteuil,

CATHERINE

Ce que ces gens-là ont à vous dire peut être différé : les mauvais conseils viennent toujours assez tôt. Mais , par bonheur , vous avez déjà eu la force de leur résister une fois , et je me flatte que vous resterez dans un si bon chemin.

LE ROI

Que voulez-vous dire ?

CATHERINE

Je veux dire que la modération que vous venez de nous montrer , et dont vous devez tant vous applaudir , n'était pas sans doute du goût de ces messieurs.

LE ROI , brusquement.

Ni du mien non plus, je vous jure.

2i4 LES BARRICADES.

CATHEKINE.

Quoi ! VOUS VOUS repentez ?

LE ROI , se promenant en long et en large.

Oui , morbleu ! — Que n'ai-je écouté leurs avis \ ( il frappe du pied ) Il doit me tenir pour un insigne fou ! Je pouvais d'un mot l'écraser comme un vermisseau, et le voilà qui s'échappe sans une égratignure ! Aussi ^ madame , qu'aviez-vous besoin de me faire part de vos frayeurs de femme ! Sans vous , tout serait fini à l'heure qu'il est.

On entend une explosion de vivat, qui annvnce hi sortie du duc de Guise.

CATHERINE

Ecoutez. — Écoutez. — Et plaignez-vous de ma prudence : sans moi , que seriez-vous devenu ?

LE ROI

Encore un coup , tous vos bourgeois ne me font pas peur.

CATHERINE

Vous ne parleriez pas ainsi, croyez-moi,

si, au lieu de ces cris de joie , vous leur eu-

. tendiez pousser des cris de vengeance. Henri ,

LES BARRICADES. 2i5

mon bon fils , vous êtes au bord du précipice , soyez prudent.

LE ROT

En effet, je tirerai beau profit de ma prudence : si je ne le tue , il me tuera.

CATHERINE

Mon Dieu ! mon cher enfant . que vous comprenez mal les intentions de cet hommelà ! Vous ne voyez donc pas que ce qu'il redoute par-dessus tout, c'est de prendre un parti e^xtrème. Serait-il venu vous voir s'il eût voulu rompre en visière ? Au contraire , il espérait quelque violence de votre part , car il lui faut absolument un prétexte ; il n'est pas homme à s'en passer. Allez , je le connais comme si j'étais sa mère. Durant plus d'une heure , je l'ai sondé sur tous les points , et je vous promets qu'il n'entreprendra rien.

LE ROI

Quand vous auriez les yeux d'un lynx , je vous défierais dV voir clair dans cette âme-là. Vous savez bien qu'il n'a pas son pareil pour cacher ses pensées.

CATHERINE

T'ai quelque expérience des choses et des

2i6 LES BARRICADES.

hommes j et je ne crois pas qu'on me trompe aisément. Henri , laissez-moi faire , je veux vous débaiTasser de cet hôte incommode.

LE ROI

M'en débarrasser ? et comment ?

CATHERINE

Je ne m'explique point ; mais que diriezvous si demain , pas plus tard que demain, notre cher duc quittait la ville , sans bruit et sans éclat , si vous aviez partie gagnée avant d'avoir risqué votre enjeu? qu'en diriez vous ?

LE ROI , souriant malgré lui.

Je dirais que j'ai pour mère une étonnante magicienne ; que , par deux fois , vous m'avez fait don de mon royaume... — Mais de grâce, madame , point de chimères ; parlons sérieusement.

Je parle ti'ès sérieusement , mon bon fils , et je vous tiendrai parole. Toutefois , j'ai besoin que vous m'aidiez.

LE ROI

Eh bien! voyons : que vous faut-il ?

CATHERINE

Votre confiance , mon cher Henri.

LE ROI

Ne l'avez-vous pas y madame ? je vous dorme tout pouvoir.

CATHERINE

Puis-je espérer , en me mettant à l'ouvrage , que personne ne viendra en votre nom traverser mes desseins ?

LE ROI

A coup sûr.

CATHERINE

Ainsi , vous vous reposerez en moi seule ?

LE ROI

Sans doute. . . . Cependant nous pouvons bien travailler chacun de notre côté , c'est une chance de plus pour le succès.

Ah ! bon Dieu ! songez que la moindre fausse mesure , le moindre parti violent renverse toutes mes espérances.

LE ROI

Oh! n'ayez pas peur, je veux être prudent.

CATHERISE.

Vous m'en donnez donc votre parole?....

LE ROI

De quoi?

CATHERINE

De ne point prendre de parti violent?

LE ROI

Mais

CATHERINE

Jusqu'à demain , bien entendu.

LE ROI

Oh! jusqu'à demain, certainement, certainement.

D'Elbenne entr'oui>re la porte de la chambre a coucher comme pour hâler la fin de l'entretien

CATHERINE

Ah ! ah ! monsieur l'abbé en est aussi ? je vous en fais compliment. Pour celui-là, vous savez ce que valent ses paroles. Vous n'avez pas oublié....

LE ROI

Quoi donc ?

CATHERINE

Il nous écoute, adieu. Comptez sur moi, mon

fils.

le roi lui boise la main , elle sort.

ner?

LE ROI, à d'Elbenne.

Votre homme est-il encore là?

d'elbes>'E.

Oui , Sire.

LE ROI , brusquement.

Eh bien ! qu attendez-vous pour me l'ame-

VElbenne sort.

Mon Dieu! quel supplice de parler à cette femme ! quel art n'a-t-elle pas de jeter le trouble et l'indécision dans mon âme! auprè* d'elle , il me semble toujours que je vais redevenir enfant. Si je n'y prenais garde, elle m'aurait bientôt remis la main dessus. {IWassied. ) Mais heureusement tous ses beaux projets vont échouer , et je serai débarrassé de la reconnaissance.

Entrent d'Elbenne , le chancelier, Miron , Alphonse d'Ornano , et Poulain , dont la démarche est embarrassée.

POULAIN, has à d'Elbenne.

Je vous en supplie , monsieur le conseiller ,

parlez pour moi.

d'elbenke.

Non , non , courage.

LE ROI , à Poulain.

JVe vous troublez pas, monsieur,- approchez, et dites-moi vite le sujet qui vous amène.

POULAIN

Sire . je demanderai d'abord à Votre Majesté la permission de lui parler d'une chose qui me concerne.

LF ROI.

Eh bien! voyons; je vous écoute.

// joue a^'ec son chapeleL POULAIX.

Sire, j'ai été averti que Votre Majesté était entrée en défiance de la vérité de mes paroles.

LE ROI , vivement.

Moi ! pas du tout . mon cher monsieur. Oh ! si ce n'est que cela , parlez , parlez , je vous crois.

POULAly.

Cependant, Sire, afin de vous mieux convaincre , permettez-moi d'envoyer saisir en votre nom tels membres de l'Union que vous voudrez, et si je ne les force en votre pré-

sence.

LE ROI

Mais encore une fois , monsieur le beutenant , tout cela est inutile : ne voyez-TOUS pas que i^ai toute confiance en vous ? Certes , vous m'avez fait faire de bien mauvais rêves , mais , en vérité , je ne m'en souviens plus. Ayez seulement la complaisance de vous bâter un peu , et tout sera le mieux du monde.

POtJLAIN.

Sire, pendant que monsieur de Guise s'a- ^ cheminait de ce côté , tous ceux de l'Union se rassemblaient au logis d'Hottman, le receveuide l'arcbevêclié, dont la maison est a deux portées d'arquebuse d'ici, vis-k-vis la porte Saint-Honoré. La présence du patron les rendait pleins de joie et de confiance : bier encore ils désespéraient de se défendre ; aujourd bui ils ne parlaient que d'attaquer. Il y en avait même qui voulaient marcber incontinent contre vos gardes. Mais ce beau feu s'est calme ; ils se sont mis a délibérer , et voici ce qui était arrêté, quand je me suis écbappé pour venu vous avertir.

LE KOI.

Ah! bon : voyons un peu.

POULAIK.

L'entreprise était d'abord fixée à dimanche prochain • mais de crainte que Votre Majesté n'ait le temps de prendre ses mesures , ils se mettront à l'œuvre après-demain au lever du

jour.

LE ROI

Peste !

POULAIÎf.

Cela décidé , ils ont compté leurs forces et tracé leurs plans. A les entendre, tous les meilleurs postes de la ville sont à eux, tous les bourgeois sont à leur dévotion , et même , parmi les serviteurs de Votre Majesté , c'est à qui leur prêtera Tépaule. Le chevalier Testu leur livrera la Bastille; a l'Arsenal, un des fondeurs leurs ouvrira les portes ; ils entreront dans le grand et le petit Châtelet en feignant d'v conduire de nuit des prisonniers ; le palais sera investi au moment de l'ouverture des chambres | il en sera de même du Temple et de la Maison-de- Ville , et quant au Louvre —

LE ROI

Eh bien ! qu'est-ce qu'ils en font ?

LES BARRICADES. aaS

POrLAïN.

Comme il est plus malaisé de le surprendre , on se contentera de le bloquer et de l'assiéger à l'aide de barricades et autres moyens de Tinvention du patron.

LE ROI

A merveille ; et vous savez sans doute ce qu'ils comptent faire de nous ?

POTJLAIIf.

Sire , ils n'ont pas renoncé à leurs vieux des-' seins.

LE ROI

Je comprends : et ces braves gens sont donc bien sûrs de leur fait ?

POULAIN

Sire, ils se partagent déjà les places et les commandemens. Cependant ils ne pouvaient cacher quelque inquiétude sur la conduite de leur chef 5 presque tous l'accusaient de risquer leur fortune et leurs vies au hasard d'un coup de dés.

LE ROI

Bon . c'est assez.

POrLAIK.

Sire, je n'ai rien à ajouter : seulement s'il pouvait plaire à Votre Majesté de couper le mal à sa racine , l'occasion est belle. Je les crois encore assemblés chez Hottman , vous pouvez tous les prendre d'un seul coup de filet.

LE ROI , se levant .

Je ne sais point encore ce que je ferai 5 mais en tous cas. je vous remercie, monsieur le lieutenant : continuez à m'avertir fidèlement. . . Mais , dites-moi , ne commencez-vous pas à exciter leurs soupçons ?

POULAIN

Sire , je ne vois point encore de danger pour moi à servir Votre Majesté.

LE ROI

Néanmoins . soyez sur vos gardes •• attendez la nuit close pour quitter le château. {Bas à d'Elbenne.) D'Elbenne, faites-le sortir : je ne me soucie pas qu'il entende ce que nous allons décider.

D'Elbenne adresse quelques mots à Poulain et lui fait signe de le suivre. Poulain fait une profonde révérence au roi. Ils sortent.

Eh bien ! messieurs , si notre espion dit vrai , nos gens veulent aller grand train : gagnonsles de vitesse , morbleu ! Mais que faire , fautil , sans plus délibérer , nous saisir du maître et des valets ? ou bien les laisserons-nous mettre la main à l'œuvre , afin de les prendre sur le fait ?

ORKAKO .

Le remède le plus prompt , Sire.

LE ROI

Ainsi , vous êtes pour l'arrestation j et Miron aussi, je gage.

MIRON

Sire , j'allais vous le dire.

LE ROI

Et vous , chancelier?

LE CHANCELIER

Sire, je voudrais, avant de rien résoudre, savoir positivement ce que nous pouvons faire. Sommes-nous réellement en état d'attaquer?

LE ROI

Le chancelier a raison, n'agissons point à l'étourdie; avant d'irriter la guêpe, ènecessa-

rio coprirsi bene il vlso, comme dit ma mère. Il est certain que nous ne sommes pas en force dans la ville; mais , d'ici à demain, nous pouvons nous rendre maitres du terrain. Demain donc nous agirons • c'est encore assez tôt , puisque nos gaillards nous donnent jusqu'à après-demain.

ORMANO.

Mais demain, Sire, que ferez-vous?

LE ROI

Nous cernerons Ihôtel de notre cher cousin, aussi bien que tous les repaires de ses dignes satellites , et nous chargerons nos amis du Parlement d expédier tout ce mauvais gibier à la Grève.

ORNA.TÎO.

Si vous ne comptez que sur les gens de robe pour vous venger , vous aurez le temps d'attendre ; et croyez-vous qu'il sera facile de tenir ainsi durant des mois le Guisard entre quatre grilles? Vous savez bien qu'on ne prend pas les sangliers au filet : c'est à bons coups d'épieu qu'on en vient à bout. Si Votre Majesté le permet, je me charge d'être le pi-

queur. Ventrebleu ! j'aurais plus vite fait que le Parlement.

LE ROI , lui prenant la main.

Voilà ce qui s'appelle un ami ! Mon cher Alphonse, vous êtes mon sauveur, mon Dieu ; que ne vous ai-je laissé faire tantôt ! Mais il

est encore temps; allez en diligence Il est

bien vrai que j'ai promis à ma mère Scrupule puéril. Morbleu! je suis de taille à me conduire moi-même Oui 5 mais si nous allions par-là aventurer notre partie...? Qu'en dites-vous , chancelier ? persistez-vous à voir

du danger..

LE CHANCELIER

Sire , voici monsieur de Biron qui vient de faire la ronde 5 il vous instruira là- dessus mieux que moi.

Entre Biron , causant avec d'Elbenne,

LE ROI

Eh bien ! maréchal , que nous apprendrezvous?

BIRON

Sire . la ville sera bientôt remplie d'étrangers armés; dans tous les carrefours, les bourgeois s'assemblent en pelotons , et parmi eux

se glissent des visages inconnus. L'archevêque de Lyon, à la tête de trois cents cavaliers» vient d'entrer par la porte Saint-Martin. De tous cotés on transporte à l'hôtel de Guise des armes et des munitions; enfin on dirait, en se promenant par les rues . que nous sommes au moment de soutenir un siège.

Messieurs , voilà qui lève tous nos doutes : il est clair que notre premier soin doit être de nous assurer de la ville. Demain, mon cher Alphonse . nous déciderons s'il vaut mieux juger avant de punir . ou punir avant de juger. (^ Biron.) Maréchal, n'avez-vous pas pris quelques mesures pour arrêter ce désordre ?

BIRON

Sire , j'ai commandé qu'on exécutât sévèi'ement votre ordonnance de ce jour contre les étrangers. J'ai visité presque tous les postes, puis j'ai envoyé le mot du guet.

LE ROI

Très bien : maintenant songeons à introduire nos troupes.

BIRO>".

Elles doivent être déjà sous les armes : je leur ai envoyé un message.

LE ROI

Combien avons-nous de monde , tant dans la ville que dans le faubourg ?

BIRON

Six mille hommes environ : quatorze enseignes de suisses et huit enseignes de vos gardes.

LE BOI

Messieurs , demain à quatre heures du matin, soyons sur pied pour les recevoir à la porte Saint-Honoré. Moi-même je veux monter à cheval et aller au-devant d'eux.

MIRON

Messieurs , vous ne dites pas ce que vous ferez des compagnies bourgeoises?

ORKATfO.

Il ne faut pas compter sur elles , car elles fourmillent de ligueurs.

BIROK.

Je le sais bien : aussi je compte les mettre

hors d'état de nous nuire.

23o LES BARRICADES.

LE ROI

Et comment vous y prendrez-vous ?

Je les éloignerai autant que possible de leurs quartiers , afin de leur ôter la faculté de se concerter. J'enverrai celle de l'Université à la Grève , celle du Marché-Neuf aux Prés-Saint- Germain , et ainsi des autres.

LE ROI

Bravissimo , mio caro ! Ah çà ! et de l'argent , en avons-nous ?

LE CHANCELIER

Sire, à ne vous rien cacher, le trésor est absolument vide.

LE ROI

Comment , pas un sou ?

LE CHANCELIER

Non , Sire , le voyage de monsieur d'Épernon....

LE ROI

Eh bien ! messieurs , n'aurai-je pas quelque crédit? vos poches sont-elles vides aussi? — (Silence.) — Allons, soit, il nous faudra su-

cer nos robes longues , je ne demande pas mieux : soixante écus par conseiller , est-ce

dit?

LE CHANCELIER . viuement.

Sire , il faut craindre d'indisposer ces messieurs : le Parlement est votre meilleure ressQurce.

LE ROI

Morbleu ! trouvez-moi donc de 1" argent alors.

LE CHA>'CELIER

Nous avons bien à l'Hôtel-de-Ville deux cent mille écus environ pour le paiement des rentes de la Saint-Jean...

Ah bravo ! deux cent mille écus , c'est mon affaire. D'ici à la Saint- Jean , il y a six semaines : nous avons tout le temps de réparer la brèche 5 et après tout , il vaut mieux, je crois, que messieurs les bourgeois se passent de leurs quartiers que moi de ma couronne. — Allons , tout va bien : si nos plans s'exécutent avec ardeur et discrétion, tous nos renards seront traqués demain k leur réveil. Adieu, messieurs : que chacun se rende à son poste. Demain avant le jour nous nous reverrons.

. // entre dans sa chambre à coucher.

D ELEENNE.

A l'ouvrage , messieurs , à l'ouvrage 5 battons le fer pendant qu'il est chaud. Surtout ne laissons pas le Roi réfléchir, je crains toujours les changemens de temps.

BIRON

Dieu nous soit en aide ! voilà l'espoir qui

me revient. Je cours parler à d'O , pour qu'il

dispose les compagnies bourgeoises.

Il sort.

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