D*ELBE>>"E
Sire . je ne vous le donne pas pour la fleur des honnêtes gens j mais , en cette occasion . j'ai des preuves certaines de sa fidélité} le chancelier et Miron vous l'attestent comme moi.
Vous m'avouerez du moins qu'il est bien mauvais prophète j car de tous les complots qu'il nous a prédits , Dieu me damne si j'en ai vu un seul mis à exécution.
d'elbehke.
Grâce à lui , ils ont été étouffés avant de naître.
LE ROI
Mais non , mon cher abbé j encore une fois , toutes ces trames dont vous me faites peur n'existent que dans le cerveau de cet intrigant affamé. Laissez faire , je me porterai à merveille sans qu'il prenne soin de mes jours , et ÏY gagnerai d'être délivré de ces terreurs paniques qu'il a pris l'habitude de réveiller chaque semaine par une confidence nouvelle. — Vojez-un peu quel rôle il me fait jouer depuis six mois : je ne vis plus que de défiance et d'inquiétude ; j'ai fait de mon palais une forteresse 5 j'en ai banni les fêtes , les plaisirs : ce train de vie commence à me lasser, je ne suis pas d'humeur à m'enterrer tout vif plus longtemps. Ainsi , mon cher D'Elbenne , donnez congé a votre homme , et même , pour mieux nous assurer son silence , comptez-lui les vingt mille écus que le chancelier a eu la sottise de lui promettre j vous verrez que ses révélations s'arrêteront tout court.
Sire , il me sera bien facile, pour cette fois du moins , de dissiper vos soupçons ; car ce que notre lieutenant m'a chargé de vous apprendre , plus de cent mille bouches vous le diront comme lui. Oui, Sire, il n'est qu'un bruit par toute la ville , c'est que monsieur de Guise y doit entrer aujourd'hui.
LE ROI
Par la mort-Dieu î qu'est-ce que vous ditesla? non , impossible ; il n'osera jamais. d'elbe>">"e.
Tous ses amis sont déjà partis à sa rencontre; il entrera par la porte Saint-Denis. LE ROI , la voix émue.
Ah! bon Dieu! je ne m'attendais guère à pareille visite ! nous avions si bien pris nos mesures pour traquer ce maudit renard ! d'Épernon en Normandie. d'Entragues à Orléans, moi à Paris , nous nous donnions la main j je me croyais maître de la partie !
( Il s'assied. ) d'elbenne.
Le duc a compris vos desseins , il veut les prévenir par un coup de tête.
LE ROI
Mais non , encore une fois , il n'osera pas. Bellièvre n'a-t-il pas dû lui signifier Tordre formel de ne pas s'avancer en-decà de Soissons ?
d'elbek^e -
Voilà plus de quatre jours que cet ordre est parti, et la réponse ne vient pas. Monsieur de Bellièvre a sans doute de grands talens , mais nous savons quil n'est pas toujours très heureux en ambassade. Cette infortunée reine d'Ecosse...
LE ROI
Ah ! pauvre Marie !... Morbleu ! d'Elbenne, ne parlez jamais de ces choses-là.. . dites plutôt dites... croyez-vous qu'il soit assez osé pour me braver en face ?
d'elbekke.
Sire 5 il faut tout attendre et tout craindre de lui.
LE ROI
Que voulez-vous que je craigne? viendrat-il m'assiéger dans mon Louvre ?
d'elbekke.
Tout est possible.
LE ROI
Il lie traîne pourtant pas une armée à sa suite , j'espère !
d'elbenke.
Non, Sire, il en trouvera une ici qui rattend. Toute la populace est en armes et prête à marcher aux ordres de ces officiers espagnols et lorrains cachés dans les maisons des principaux de l'Union , et dont nous avons si souvent supplié Votre Majesté de délivrer la ville.
LE ROI
Et quels sont ses desseins , selon vous ? d'elbenke.
Ses amis ne les cachent plus ; ils disent hautement qu'ils mèneront monsieur de Guise à Reims.
LE ROI
Ah ! vraiment ! Le mignon fait les yeux doux à ma couronne.
d'elbekke.
Depuis qu'il est au monde , il n'a d'autre pensée que de se faire roi. Vous savez bien , Sire . que dans sa maison cette pensée-là se transmet avec le reste de l'héritage.
lE ROI.
D'Elbenne, vous avez la manie de tout exagérer. Je gage que le duc a encore moins d'ambition que de jalousie et de haine contre d'Epernon. La charge de grand-amiral lui tenait au cœur, il avait peut-être aussi quelque envie de la Normandie : ma foi . je conçois qu'il enrage de n'avoir rien obtenu. Ce n'est pas moi , c'est d'Epcrnon qu'il veut détrôner. Eh bien ! voyons , qu'en dites-vous ? ne pourraisje pas tout accommoder en le nommant lieutenant général du royaume ?
d"elbek]se.
Ah ! bon Dieu ! quelle idée ! mieux vaudrait, Sire, vous déclarer son vassal, son prisonnier, son valet ! cédez-lui la lieutenance aujourd'hui, demain il vous demande votre trône , il vous jette dans un cloître , comme déjà sa sœur l'annonce publiquement. Quel moyen de vous défendre quand il vous tiendra pieds et poings liés?
LE ROI
Maïs, mon ami, je reste maître de mes armées, de mes places fortes.
i8o LES BARRICADES.
d'elbe>"ke.
Déjà , Sire , vous n'en êtes plus maître qu'à demi ! Oubliez-vous que depuis un an vos soldats ne se battent plus que pour ce maudit lorrain? vous les lui confiez pour les mener contre les hérétiques , et lui , c'est à prendre vos villes en son nom qu'il les emploie. Est-ce vous , Sire , qui commandez aujourd'hui à Boulogne, à Provins, à Amiens, à Abbeville ? Vous flattez-vous dêtre encore seigneur et maître dans un seul bourg de Picardie ? Y a-t-il dans toute la Champagne, dans toute la Bourgogne, un régiment qui porte les armes au nom de Votre Majesté ? Que serait-ce donc , si vous sanctionniez cette rébellion en prenant son chef pour voti'e vice-roi ? il n'y aurait pas un homme en France qui ne se crût délié de ses sermens envers vous ; et , certes , autant vaudrait abdiquer sur-le-champ votre couronne et la placer vous-même sur la tête de votre ennemi.
LE KOI , se levant.
Oui, vous avez raison : point de lieutenance. Mais que voulez-vous que je fasse? Comment me débarrasser d'un gaillard si puissant et si alerte ?
Sire, il n y a qu'un moyen, et, grâce à Dieu, il est à-la-fois le plus sûr et le plus juste. Laissez venir le duc. et tâchez d'endormir ses soupçons. En même temps entourez-vous de toutes vos forces ; et quand vous serez maître de la ville, saisissez-vous de sa personne et chargez le parlement de vous en délivrer. Les dépositions de Poulain et mille faits qu'on pourra citer suffisent pour le faire pendre dix fois s'il le fallait. Vous verrez alors ce que vaut un coup frappé à propos ; vos amis...
LE ROI
Tout cela est fort beau , mais je n'userai pas de votre moyen. Peste ! comme vous y allez , mon cher abbé !
d'elbekne.
Sire , tant que le duc vivra , point de repos pour Votre Majesté.
LE KOI.
Mais qui me répond des suites, si je le tue ? Non, mon parti est pris ; je vais pour la seconde fois lui défendre de mettre les pieds dans Paris.
i82 LES BARRICADES.
d'elbekme.
Sire, vous laissez échapper une belle ocrasion.
LE ROI
Elle se retrouvera.
d'elbenke.
Puisque tôt ou tard il vous faut frapper ce grand coup , pourquoi différer ?
LE ROI
Parce qu'il me plait ainsi Allons , c'est assez; prenez la plume et faites la dépêche.
U'Elbenne s'assied devant la table et écrit. Le Roi se jette dans un fauteuil de l'autre côte' de l'appartement.
Dites-lui que s'il ne veut passer pour l'auteur de tous les troubles , de tous les soulèvemens qui pourront éclater, il ait à ne pas sortir de Soissons.
I)''ELBE^NE , à -part.
Sur ce point-là, je crois qu'il aurait de la peine à obéir.
LE ROI , à part.
Maudit abbé ! qui sait où il m'entraînerait avec ses coups d'Etat? en vérité, tous les jours
LES BARRICADES. i83
il me déplaît davantage. Il est si laid ! il me dégoûte ! ces yeux de fouine , et cette peau plus ridée que celle d'une pomme au mois de juin!.... Si d'Epernon ne me l'avait pas tant recommandé , il v aurait beau temps qu'il ne me fatiguerait plus les yeux ni les oreilles. Ah ! sainte Marie ! c'est d'Epernon qu'il me faudrait ! que de soucis , que d'embarras de moins si dÉpernon était encore ici. quand ce ne serait que l'ennui d'entendre chaque matin tous ces bavards prêcher chacun dans leur sens ! faut-il que je sois fou pour l'avoir laissé partir !
d'elbeîi->'e , présentant au Roi la dépêche. Votre Majesté veut-elle jeter les yeux...
LE ROI , Usant.
Vous avez pris le ton bien sévère 5 mais il n'y a pas de mal , il n'en comprendra que
mieux qu'il doit obéir.
Il signe.
d'elbe>'ne.
Sire, à qui confiez-vous ce message?
LE ROI
A qui? voyons... parbleu ! à La Guiche.
d'elbejSne.
\ DUS desirez donc qu'il ne soit pas remis?
ï84 LES BARRICADES.
LE ROI
Que voulez-vous dire? La Guiche est uu brave gentilhomme.
d'elbenne.
Sans doute , Sire , mais son attachement à monsieur de Guise est bien connu- on dit même...
LE ROI
Peu importe ce que Ton dit ; pas de commérage, s'il vous plait, mon cher abbé. Vous êtes sans doute très fidèle et très loyal . mais ce que vous me dites des autres, les autres me le disent de vous , entendez-vous , monsieur d'Elbenne ?
d'elbeake.
Sire, les véritables serviteurs se distinguent sans peine : ce sont ceux...
le roi.
Assez; nous perdons le temps en paroles.
d'elbeinxe.
Vous persistez à charger monsieur de La Guiche. . .
Mais oui , morbleu î je sais ce que je veu.^.
D^Etbenne sort.
LES BARRICADES. i85
Ne fallait-il pas cédCT" à monsieur Tabbé , et garder La Guiche a Paris , quand il me plait de lui faire courir les champs ? — Maître d'Elbenne , si vous vous mettez sur le pied de me contrecarrer en tout, je ne réponds pas de ma patience. Décidément, c'est un vilain cadeau que d'Epernon m'a fait là , et d'Epernon luimême... je le regrette bienj mais, en vérité, faut-il tant compter sur lui? tout le monde ici le déteste , ma mère surtout l'a en horreur| et ma mère , il a beau dire , m"a toujours voulu du bien. Ah ! miséricorde ! si celui-là n'est pas de mes amis , il n'y a donc que des traitres dans ce monde ! et ce père Saint-Germain qui ne vaut pas mieux que les autres ! Pas de directeur, bon Dieu ! pas de directeur! à qui voulez-vous que je me fie? qui croire? qui écouter? je m'y perds. Si ce maudit Guise allait me surprendre , comme il aurait bon marché de moi ! Oh ! quel triste héritage j'ai recueilli ! que ne suis-je resté an fond de ma Pologne ! un peu de repos, seigneur Dieu ! qui veut de ma royauté, je la lui passe pour un peu de repos. ( Il aperçoit le chapelet qui pend à sa ceinture.) Oh! mon bon Dieu ! {il baise la croix. ) Sauvez-moi ! ayez pitié de moi !
Jl s'itppuie surin table ,latête cachée entre ses mains.
i86 LES BARRICADES.
UN PAGE , sortant du vestibule.
Monsieur de Bellièvre descend de cheval , et demande à entrer chez Sa Majesté.
Bellièvre ! qu'il entre sur-le-champ. Enfin je vais donc savoir... Le cœur me bat.
Bellièvre entre.
Eh bien ! Bellièvre , quelle réponse ? parlez vite.
BELLIÈVRE
Grâce au ciel ! Sire , je suis arrivé à temps : le duc allait quitter Soissons et s'acheminer vers Paris. Mais dès qu'il a connu vos volontés , il a montré la plus grande soumission j tous les apprêts de voyage ont été suspendus, et quoiqu'il n'ait pas promis précisément de renoncer à son dessein , nul doute qu'il ne prenne le temps de réfléchir avant de le mettre à exécution.
LE ROI
Vive Dieu i venez donc qu'on vous embrasse , admirable messager ! Ainsi notre homme n'ose lever le masque , et vous pensez qu'il nous laissera bien quinze ou vingt jours encore devant nous ?
BELLlÈVRE.
.Sire , j'en suis convaincu.
LE ROI
Quelle divine complaisance ! c'est tout juste le temps quil me faut pour l'enlacer bien à mon aise dans mes filets.
BELLIÈVRE
Votre Majesté a donc entrepris quelque orand dessein depuis mon départ?
On vous mettra au courant , mon ami. — Mais ne croyez pas que tout ce temps que nous laisse notre cousin de Guise doive être dépensé en méditations politiques, nous en réservons une bonne part au plaisir. Corbleu ! votre arrivée me remet la joie au cœur! Dès ce soir, les voûtes de la grande galerie vont revoir briller les bougies et entendre résonner les violons. Vous serez le roi de la fête , Bellièvre , et voulez - vous savoir qui en sera la reine ?
BELLIÈVRE
Sire , parmi toutes les femmes de la cour...
LE ROI
Il n y en a qu'une qui vaille la peine que je
i88 LES BARRICADES.
la regarde. C'est celle de votre ami La Guiche. JNe lui en parlez pas au moins . car il a la maladresse de mal prendre ces choses-là : eh bien ! TOUS voyez que je n'ai pas rompu tout commerce avec ce prétendu beau sexe. A vrai dire, je n'en perds pas la tète. Mais vous , mou ami . qu'avez - vous vu . qu'avez - vous fait à Soissons?
BELLlÈVRE.
Sire , on s'ennuie à Soissons mieux qu'en aucun lieu d,.' France. Et comment ne pas périr d'ennui avec des femmes dont la moins laide est la duchesse de Nemours , avec des hommes dont le plus spirituel est le cardinal de Bourbon? Cependant je dois dire que j'ai assisté à la plus belle procession que j'aie vue de ma vie.
Une procession ? Laissez venir la Fête-Dieu , mon cher Bellièvre , et je vous en fais voir une qui éclipsera et celle de Soissons et toutes celles dont il est gardé souvenir dans la chrétienté.
Entre d'Elbenne.
d'elbe>>e.
Su'e . monsieur de La Guiche vient de partir.
LE ROI
Et monsieur de Bellièvre vient d'arriver ; pauvre La Guiclie ! C est vraiment cruel de lui faire user pour rien sa monture et son haut-dechausses.
d'elbekke-
Monsieur de Bellièvre vous a donc assuré que le duc ne viendrait pas?
LE ROI
Comme je vous l'avais prédit , mon cher abbé ; et non seulement il ne vient pas aujourd'hui , mais il ne viendra ni demain , ni dans huit jours , ni dans quinze , ni jamais par conséquent. Cet homme si formidable n'a pas seulement soufflé le mot : il est docile comme le plus souple de mes épagneuls. Eh bien ! tremblez -vous toujours ? avez -vous encore à nous dévoiler quelque complot? Mais qui s'avance sans être annoncé ?
Entre Davila,
C'est VOUS , Davila? pourquoi courir si fort? que se passe-t-il donc chez ma mère ?
DAVILA
Sire . j'ose a peine. . . un événement inoiu . . .
ïQo LES BARRICADES.
LE ROI
Expliquez -VOUS . morbleu ! vous mefaittis peur.
DAVILA
Sire . monsieur de Guise vient de descendre à l'hôtel de la reine.
LE ROI , d'une voix tremblante Monsieur de Guise? Ah ! bon Dieu!
Il se soutient sur la table , puis se liisse tomber dans le fauteuil. Au bout d'un instant, il se lèi'C pre'cipitamment et va droit a Bellièvre ?
Vous vous êtes donc joué de moi , monsieur de Bellièvre ?
BELLIKVRE.
Sire, je vous ai dit la vérité vous voyez
mon étounement le sc-ul trompeur, c'est
monsieur de Guise.
LE ROI, à d'Elhenne.
Votre main, mon cher abbé.' — Pardou, vous êtes mon oracle désormais. Vous serez content de moi. — Approchez Davila : Tavezvous vu ?
DAVILA
Oui, Sire.
LE ROI
Eh bien ? — A-t-il des forces avec lui ?
D A VIL A
Sire , il n'a pour escorte que cinq ou six cavaliers ; mais il iven montre pas moins un grand air d'assurance, et même il n'a surtout le corps d'autre arme que son épée.
LE ROI
Quelle audace ! quelle impudence ! Mais que dit -il? comment s'excuse -t- il d'être venu ?
DAVILA
Sire , à peine arrivait-il , que je suis accouru vers vous 5 cependant la reine savait déjà qu'il est dans l'intention de venir ce matin faire sa cour à Votre Majesté , et j'étais chargé de m'informer si vous consentiez à recevoir une pareille visite ?
LE ROI
Si j'y consens ? sans doute : oui , je l'attends,
ici , dans mon Louvre , dans cette salle même ,
mais par la mort-Dieu ! il en mourra. ( à (TEl-
benne. ) Faites venir Alphonse sur-le-champ.
Amenez aussi tous ceux des quarante-cinq que
vous rencontrerez. — De grâce , un peu plus
vite , mon cher abbé.
D'Elbenne sort
Comment , sans escorte ? je ne le croyais pas téméraire jusqu'à la folie. {A Davila. ) Mon cher Davila , merci de votre zèle : retournez vers ma mère , et dites-lui qu elle me l'amène, mais le plus tard possible. Allez , et quant à vous, soyez discret.
Dai>ilasort. Entrent cTElbenne , Alphonse d'Ornano, et quelques gentilshommes de la compagnie des quarante cinq , parmi lesquels Loignac :" pendant qu'ils entrent, Bellièi^re se dit a lui même :
Je .suis ici comme un chien dépisté , il me faut reprendre le vent : aUons faire un tour auprès de ces messieurs.
, // sort.
LE ROI , a Alphonse.
Mon ami . j'ai besoin de vos conseils. ( Aux gentilshommes. ) Messieurs , votre Roi a reçu un outrage , il doit être vengé . et cest sur vous qu-il compte ,• tenez donc vos dagues toutes prêtes. — Je ne vous donne point d'ordre précis , mais vous les recevrez bientôt. ( A Loignac. ) Vous , Loignac , aUez dire à Crillon et au maréchal de Biron qu'ils fassent prendre les armes à tout ce que nous avons de soldats dans le château : je les charge de nous mettre à l'abri d'un coup de main.
Loignac et les antres gentilshommes sortent.
LES BARRICADES. igS
Alphonse . vous savez ce qui m'arrive.
ALPHONSE ORKASO.
Sire, monsieur d'Elbenne m'a tout appris.
LE ROI
Eh bien ! que faire ?
OKîfxyo ^faisant un geste expressif.
Vous délivrer du duc sans balancer.
LE ROI
C'est aussi mon dessein. Il ne s'agit donc
plus que dei*prendre si bien nos mesures
Vo^'ons. — C'est dans ce cabinet que nous allons le recevoir , plaçons nos hommes d'armes dans ma chambre à coucher , il suffira du moindre signal — Mais qui vient m'interrompre ?
Entre la reine Louise , suivie de deux dames.
C'est la Reine : nous naurons pas de peine à la congédier. ( A la reine. ) Madame , que demandez-vous ? que venez-vous chercher ?
LA REINE
Sire, on m'avait annoncé votre visite ; et j'ai craint, ne vous voyant pas paraître , que votre santé...
LE ROI
Grand merci : je me porte à ravir.
LA REINE
Sire , vous paraissez agité.
LE ROI
Oui . très agité ; mais n'y prenez pas garde, je vous prie. Veuillez retourner auprès de vos femmes , ou plutôt n'est-ce pas l'heure où votre chapelain vous attend?
LA REI>E
Sire , je me retire.
Elle sort.
LE ROI , à d'Elbenne.
Eh bien ! tout est-il décidé? qui choisissonsnous ? à quel moment ?
Entrent Villeqider y Bellièvre, Villeroi. Comment . toujours des importuns ! — Que voulez-vous , Villeroi ? je. ne vous ai point fait appeler. ]\i vous non plus , Villequier. Messieurs , quand j'aurai besoin de vous . je saurai bien vous avertir.
VILLEQUIER
Sire , en apprenant linsnlte que monsieur
de Guise ose faire à Votre Majesté , n'étail-il pas du devoir des membres de votre conseil de se rendre à leur poste pour décider du char timent qu'a mérité le coupable ?
d'elbekne.
Monsieur le gouverneur convient donc enfin qu'un Guise peut être coupable ?
Jusqu'à ce qu'il se justifie , je le tiens pour rebelle et félon.
LE ROI
Il est bien tard pour vous en apercevoir ; si vous m'aviez toujours parlé sur ce ton , je n'en serais pas où j'en suis. Mais il y a du remède encore: une seule journée bien employée fera ce que dix ans perdus auraient dû faire.
VILLEQUIER
Votre Majesté a raison de hâter sa justice , mais ne craint-elle pas...?
LE ROI
Je ne crains rien, j'ai tout prévu.
On entend un grand bruit dans V éloignement. Qu'est - ce que j'entends ? Messieurs , voyez d'où vient ce bruit...
viLLEROi . regardant au travers de la croisée. Une foule immense s'avance de ce côté. — Bon Dieu î quelle affluence ! — J'aperçois la chaise de la reine ; un gentilhomme marche à côté : c'est monsieur de Guise.
LE ROI
Déjà !
d'eleeîike , à la fenêtre .
Seigneur Dieu ! les pauvres fous ! en voilà qui montent sur les toits !
LE ROI , dans une grande agitation.
Vraiment! c'est donc un bien beau spectacle! Ouvrez -moi cette fenêtre il faut
que je l'admire aussi ce grand roi des Parisiens !
Au moment où la fenêtre s'outre , le peuple s'e'crie de toutes parts : vive monseigneur de Guise !
Les misérables! ont -il jamais crié de si bon cœur : Vive le roi ! — Ah ! je le découvre enfin ! Voyez donc quel air patelin , quelle humble posture! il usera son chapeau et ses plumes à force de saluer !
Les cris redoublent.
Allons , canaille ! criez plus fort ! déchirezvous le gosier ! Dieu tout -puissant ! en voilà
qui tombent à genoux ! Holà ! pauvre femme , que fais-tu? tu baises son manteau ! te figurestu toucher un saint? Et ces imbéciles qui lui lancent des guirlandes et des fleurs ! Par la sainte croix! si j'avais là une bonne coulevrine chargée jusqu'à la gueule , je sais bien ce que je lui enverrais en guise de fleurs 5 j'aurais le coup-d'œil juste , j'en réponds.
Nouf^elle explosion de cris Ces ci'is me mettent hors de moi ! fermez cette fenêtre.
d'elbenne.
Sire , le temps presse , et vous n'avez point encore donné vos ordres.
LE ROI
Je croyais que nous étions convenus de
tout.
d'elbekxe.
Pardonnez-moi , Sire.
LE ROI
Eh bien ! faites comme vous voudrez : je ne suis en état de rien commander : je ne veux qu'une chose , c'est qu'il meure . n'importe le moyen.
ORNAKO.
Vous serez obéi.
// va pour sortir,
viLLEQuiER, le retenant.
Colonel 5 arrêtez : au nom du ciel ! un instant. Sire , c'est votre propre mort que vous ordonnez.
LE ROI
Que voulez-vous dire?
VILLEQriER.
Vous entendez les cris de cette populace r songez que votre Louvre en est investi de toutes parts , que rien de ce qui est dedans n'écliappera à sa furie. Qu'avez-vous pour vous défendre ? deux ou trois compagnies tout au plus.
LE ROI
C'est bien assez pour exterminer toute cette canaille de bourgeois.
VILLEQUIER
Vous croyez donc que le duc n'a pour es-v corte que des bourgeois ? détrompez - vous , Sire , plus de trois mille Lorrains bien armés sont mêlés à la foule.
LE ROI
Trois mille !.. . . Mais que dois-je donc faire?
VILLEQUIER
N'attenter à sa vie que quand la vôtre sera en sûreté.
ORTfA>-0.
Sire , je réponds des jours de Votre Majesté.
VILLEQriER.
Colonel , vous n'entendez donc pas?
ORUANO.
Que me font vos bourgeois et vos Lorrains?
je veux avec ma compagnie les mettre tous en
poussière.
d'elbekne.
Sire , le temps presse : que décidez-vous?
LE ROI
Rien... rien encore.
d'elbekne.
Sire , on entre dans le vestibule.
Eh bien?
d'elbekne.
Ordonnez.