‹ Les barricades, scènes historiques, mai 1588Chapitre 28 sur 61 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Mardi 10 mai, midi.

Le jardin de l'hôtel de 'la reine-mère ( hôtel de Soissons , aujourd'hui la Halle au Blé).

Entrent Guglielmo d'un côté et Davila de Vautre. CrCLIELMO.

Eh bien ! compère, si mes yeux ne me trompent , la ville est encore debout ! Qu'en dis-tu, prophète de malheur , toi qui viens de galoper par les rues ? as-tu trouvé bien des montagnes de cadavres 5 les ruisseaux sont-ils d'un beau rouge ponceau — ; ah çà ! réponds; voyons , tant de tué,? que blessés , combien y en a-t-il de morts ?

DAVILA

Tais-toi , scaramouche manqué , te voilà donc bien fier d'avoir deviné ce que ferait un

poltron ! la belle gloire , ma foi , que d'être expert en l'art de couardise !

GUGLIELMO

Mais toi , l'Achille , aux pieds légers , s'entend , ne faut-il pas que tu sois quarante mille fois crédule pour aller loger dans ta pauvre cervelle que ce capucin fiévreux , ce veau fraisé à triple étage , oserait faire entrer

cette nuit ses soldats dans la ville ! si c'eût

été des moines , encore passe , mais des soldats....

DAVILA

Je ne te conseille pas néanmoins d'aller crier : vive Guise ! par les rues, demain matin.

GTJGLIELMO.

Ah ! ah! c'est donc demain, maintenant.

DAVILA

Oui , pas plus tard.

GUGLIEIiHO.

Demain , les Suisses seront dans la ville ?

DAVILA

Oui , les Suisses et les gardes françaises.

GUGLIELMO

Tout de bon?

DAVILA

Tu le verras.

GUGLIELMO

Et tu crois ces balivernes-là !

DAVILA

Oui , morbleu , je les crois , et je t'en fais la gageure.

GUGLIELMO

Je la tiens.

DAVILA

Des sorbetti et des rubans pour ces demoiselles.

GIJGLIELMO.

Ça va ! mais si je perds , autre gageure.

DAVILA

Voyons , que pariez-vous , beau sire ?

GrGLIELMO.

Que tes soldats , s'ils entrent comme tu le dis , ne tueront personne.

DAVILA

Ne t'y fie pas.

GUGLIELMO

L'odeur de la poudre ferait mal au Valois et à ses petits chiens.

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