‹ Les barricades, scènes historiques, mai 1588Chapitre 36 sur 61 · SCÈNE vn · texte numérisé non relu

SCÈNE vn

Jeudi 12 mai^ , 6 heures du matin.

L'intérieur de l'e'°Iise Saint Gervais ; les cloches sonueiit matines. On entend dans le lointaia un roulement de tambour.

Les portes de l'e'glise sont ouvertes ; quelques hommes et un grand nombre de femmes sont de'jà rassemblés sous le porche et dans la nef. Roland , appuyé' contre un pilier , cauje à voix basie avec le bedeau.

Entre In Chapelle -Marteau-, d'un air préoccupé et sa?is prendre d'eau bénite.

ROLA>D . allant au-devant de lui.

Soyez le bienvenu , camarade.

MARTEAU , sans Vapercevoir.

Que me veul-on ? — Ah ! c'est vous, maître

1 Nous sautons à pieds joints le mercredi, parce que cette joui née ne serait , pour ainsi dire , qu'une contre-e'preuve de celle que nous venor.s de voir. Le Roi, maigre' sa volonté' inébranlable ^ ne fit pas entrer ses troupes ; les ligueurs ne firent point d'at-

Roland ? A la bonne heure , on vous trouve , vous.

ROLAND

Ah çà ! que signifie ce tambour ?

MARTEAU

Vous le savez bien.

ROLAND

Les Suisses , n'est-ce pas ?

Mon Dieu , oui • voilà deux heures que la porte Saint-Honoré nous les vomit, ces suppôts de Satan j c'est une légion qui n'en finit pas : la queue en était encore dans le faubourg , que la tète était à la Grève. Ma foi , mon pauvre Roland , autant vaudrait pour nous entendre notre cloche des morts que cet infernal tambour.

taque ; la Reine-mère continua les pouiparlers sans rien oble; ir ; de telle sorte que le mercredi soir à minuit , les choses en étaient exactement au même point que le mardi , aussi bien au Louvre qu'à l'hôtel de Guise , à l'hôtel de Soissons et dans le cabaret de Sanchoz. 11 eût cte' fastidieux de voir les mêmes scènes se répéter presque mot pour mot : voilà pourquoi nous nous sommes permis de supposer qu'il n'avait jamais existé de mercredi ii mai 1 588, et que )eudi était le lendemain de mardi.

ROLAKD.

Il faut voir pourtant : qui sait ce qu'ils vont en faire de leurs Suisses ?

MARTEAU

Tout est vu , morbleu ! nous avons été trahis , vendus à ces chiens de politiques. On dit que Grillon occupe déjà le Marché-Neuf, du Gast le Petit-Pont, un autre la place Maubert j il n'y a plus de remède 5 la Aàlle est à eux.

CRtJcÉ , qui vient d'entrer et qui a entendu ces

derniers mots.

Jésus-Maria ! c'est ce que nous verrons.

Ah ! c'est vous , père Crucé j vous êtes bien heureux d'être toujours content.

CRUCÉ

Pourquoi, diable, ne serais-je pas content? est-ce que ces tambourineur* vous font peur, par hasard ?

MARTEAU-

Je les aimerais mieux dans leurs faubourgs qu'ici.

CRUCÉ

Parbleu ! moi aussi ; mais puisque nous les tenons , il n'y a qu'à leur serrer la gorge.

MARTEAU

C'est eux qui nous tiennent , tu-Dieu !

CRrcÉ.

Pas sûr.

MARTEAr.

Tous nos gens se cachent comme des taupes 5 vous voyez bien qu'il n'y a que des femmes ici.

CETCÉ.

Les hommes, vont venir.

MARTEAU

Et ce misérable Guisard, qui fait le poltron ! il ne veut pas seulement nous donner un de ses gentilshommes.

ROLAKD.

En vérité ?

MARTEAU

Ne vous Tavais-je pas prédit ? depuis deux heures , Bussj le prêche et le harangue sur tous les tons , mais il y perdra son latin.

CRUCÉ

Jésus-Maria ! nous nous passerons bien de lui ! il n'y a pas de duc qui tienne - la Sainte- Union doit triompher . morbleu ! c'est écrit

33o LES BARRICADES.

là-haut. Laissez-moi faire , je cours à rUniversité 5 dans un quart - d'heure , tout mon monde est en armes , et nous verrons qui sera maître de la place Maubert , à la fin de la journée.

MARTEAU

Si vous pouvez la prendre à vous tout seul , a la iKiune heure . père Crucé ; mais s'il faut seulement deux camarades , n'y comptez pas : les plus braves ont caché leurs mousquets dans leurs paillasses.

CRCCÉ.

Vive-Dieu ! je sais les moyens de les faire marcher !

ROLA>"D.

C'est bien . mou père Crucé , essayez toujours j de notre côté , nous ne nous endormirons pas.

CRLCÉ.

Adieu j vous aurez de mes nouvelles.

Il sort.

ROLAND

Ah çà ! Marteau ! où diable sont donc les autres ?

MARTEAU

Ne mrn parlez pas. Je viens de chez Hott-

man , il n'a pas répondu : je gage qu'il est renfermé dans sa cave avec ses tonnes de doublons. Compan se cache chez son beau-père , Poulain a disparu 5 mille tonnerres ! que voulez-vous que nous fassions ? Et , par-dessus le

marché, cette peste de Guisard ! Je suis

sûr qu'il s'est arrangé avec la cour.

ROLAKD,

Sa visite au Louvre ne signifiait rien de bon.

MARTEAU

Oui, il y a du trafic là-dedans : tous ces Lorrains n'ont pas plus de cœur que des Juifs.

Entre la mère Sénault , femme des halles , les cheveux en désordre , les yeux tout en larmes . elle s' e' crie :

Miséricorde ! miséricorde ! nous sommes perdus !

Qu'avez-vous. ma commère? qu'est-ce qu'on vous a fait ?

LA MÈRE SÉNAULT

Ils vont nous massacrer.

On se rassemble autour de la mère Sénault, elle répond a Marteau.

Ils m'ont battue, ils m'ont volée, ces scélé-

rats d'habits rouges , qui se disaient chargés de visiter notre maison pour en chasser deux braves Espagnols que nous logeons. Ils ne les ont pas trouvés , voyez -vous, et c'est pour se venger qu'ils sont tombés sur moi : ils m'ont rouée de coups ; regardez plutôt.

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