‹ Les barricades, scènes historiques, mai 1588Chapitre 4 sur 61 · COSTUMES · texte numérisé non relu

COSTUMES

Voici le costume d'un élégant de cour . au mois de mai i588 :

Pourpoint de soie brochée , boutonné depuis la ceinture jusqu'au cou , et découpé par bandelettes larges de deux doigts , traversées de distance en distance par d'autres bandelettes de même largeur , ce qui forme une espèce de grillage ; manches bouffantes , matelassées ou garnies de baleines 5 fraise de quatre à cinq pieds de circonférence , composée de trois rangs de gros plis réguliers. Petit manteau très court , de drap ou de velours bordé de galons d'or 5 chapeau de feutre à larges bords , à forme haute , et presque pointue . surmonté d'une plume blanche ; haut - déchausses en soie . bouffant , découpé comme le pourpoint , et de même couleur. Les couleurs à la mode sont le jaune-citron, l'orange, le

8o INTRODUCTION.

blanc , le vert et le merde-d'oi?. Le manteau doit être carmélite ou noir , x'arement bleufoncé ou ponceau. Bas de soie amaranthes ou verts ; souliers de buffle très couverts et pointus j en négligé . bottes de buffle ; gants de soie brodés : médaillon suspendu au cou par une chaîne à plusieurs rangs ornée de rubis ; large ceinturon portant d'un côté une escarcelle ou grande bourse à fermoir , de l'autre une longue épée à poignée de fer poli. Petites moustaches j barbe longue de deux pouces , et terminée en pointe.

Quant aux dames , beaucoup d'ampleur à leurs robes , surtout au voisinage des hanches i la taille prodigieusement serrée , à-peu-près comme en 1770. Petit corset, terminé par une pointe très étroite et très aiguë descendant plus bas que le ventre 1. Coiff'ure à la Marie- Stuart , c'est-à-dire le front complètement dé-

1 C'est une cxagéralion riJiculc du charmant corset à pointe, que les dames commencèrent à porter sous François 1er. A chaque règne cette pointe allait s'allongeant, ce qui la rendait de moins en moins gracieuse : sous Henri III, le bon goût e'tait îout-à-fait perdu; aussi les corsets n'étaient pas plus larg€s que des fuseaux.

INTRODUCTION. 8i

pouillé , les cheveux plats sur le haut de la tête , et crêpés sur les côtés 5 par derrière , un gros chignon parsemé de rubans. En place de fraise , une espèce de collet droit en mousseline gaudronnée 1 , surmonté dune dentelle empesée ; manchettes renversées , également empesées ; manches longues , d'une ampleur extraordinaire , et soutenues par une carcasse de baleine : il y danserait trois ou quatre manches à gigot, modernes. Gibecière suspendue à la ceinture ^ ; chaîne dor ou de bronze autour du cou. En général , on ne sort pas de sa maison sans mettre sur son visage un demi-masque noir , rose ou bleu , et sur ses épaules une mante de soie.

A la ville , la coupe des habits et des robes est à-peu-près la même; l'étoffe seule est différente : la serge de Florence , la filoselle et

I C'est-à- dire enduite d'un empois extrêmement e'pais et brillant, appelé alors gaudron.

1 La gibecière sert à porter le bijou favori : certaines dames y mettent un petit e'pagneul gros comme le poing, d'autres un écureuil ou une petite perruche des Nouvelles-Indes. La reine Louise a presque toujours dans sa gibecière un livre d'heures, et la duchesse de Monlpeusier un jeu de cartes.

la Lure remplacent le velours et le damas. Les ligueurs portent presque tous un grand manteau de serge verte ou brune , le chapeau pointu et la petite botte de cuir jaune j plus , le chapelet autour du cou , et la croix blanche ^. Ceux d'entre eux qui sont g^ns de robe ont le pourpoint et le haiit-de-chausses noirs. Le père Crucé , qui est du vieux temps , n'a pas adopté les manches bouffantes, et il porte le col de chemise rabattu en guise de fraise.

Le pourpoint et le haut - de - chausses du Roi sont de soie jaune-serein ; son manteau , de velours marron brodé dargent.

Souliers de daim très pointus j bas lie-de-vin ^ petit toquet de velours noir » ; énorme frai-

t La croix des ligueurs, ou -croix de Lorraine, ctuit double; ce qui donna lieu dans le temps à ce quatruin :

Mais, dites-moi, que signifie Que les ligueurs nut double croix?

C'est qu'en la Ligne on crucifie Je'sus-Cbrisl encore une fois.

s Quelques-uns prc'lendent que le Roi portait perruque, n'ayant pas un seul cbeveu sur la tèle. Eu ce cas, la ducbesse de Montpensier n'ctait pas dans lu confidence , elle qui disait : il a déjà deux couronnes , mais je lui en taillerai une troisième, c'est-à-dire, je

se ^ ; enfin à sa ceinture , d'un côté ., pend un petit sac à fermoir rempli de flacons et de hochets en or et en ivoire ; de l'autre , un grand chapelet de têtes de mort , chacune de la grosseur d'une noLx.

Le duc de Guise est vêtu plus cavalièrc-

le tondrai , et uc lui laisserai pour chevelure que la couronne de moine. - Le buste d'Henri III, exe'cule' d'après nature , par Barthélémy Prieur , ne laisse pas voir trace de cheveux. Ce buste doit avoir ëte' d'une ressemblance frappante : le caractère, les actions, les paroles de Henri III se lisent dans chaque trait. Ou trouvera ce buste au Muse'e, dans la galerie d'Angonlème, salle de Jean Goujon, à gauche de la porte qui mène à la salle de Fiancheville.

On peut consulter aussi le tableaa de Clouet, intitule' Bal de la cour de Henri III : il est placé dans le vestibule du grand salon , à droite en entrant.

I Le Roi avait la manie des grandes fraises , et plus d'une fois ses fraises lui attirèrent des railleries. « Le mercredi \ février 1579, dit l'Estoile, le Roi étant allé descendre aux Prés (c'est-à-dire à la foire des Prés- Saiut-Germain) , aperçut quelques écoliers qui se promenoient dans la foire avec de longues fraises de papier, en dérision de Sa Majesté et de ses mignons , toujours si bien fraisés et gaudronnés , et crioient en pleine foire, h la fraise on connaît le veau! Sa Majesté fit emprisonner et fouetter comme il faut ces petits insolens. »

84 INTRODL'CTION.

ment : manteau de drap noir , pourpoint de damas blanc , bottines de buffle , grand chapeau pointu avec une plume verte.

Ses aides-de-camp ont à-peu-près le même costume : Brissac est le plus élégant j Saint- Paul est tout en drap.

La reine-mère porte une robe de soie noire très ample . et autour du cou quatre ou cinq médaillons.

Ses camerieres pourraient être vêtues d'une manière plus modeste : leurs robes sont un peu trop décolletées ; mais c'est une vieille habitude de la maison.

La reine Louise et ses dames d'honneur suivent la mode k la lettre (voir la description ci-dessus). La Reine est vêtue plus simplement que la plupart de ses dames - surtout que madame d'Uzès.

Quant à madame de Montpensier , dans la première scène - sa robe est de drap de soie gros-vert . bordé de petits fdets d'argent. Elle a la taille moins serrée, les manches moins volumineuses et la robe moins bouffante qu'à l'ordinaire ; elle s'est mise à Taise pour être plus agile. Quand elle va souper chez son

frère , elle a une robe de damas blanc à ramages de couleurs , avec des manches de drap de soie blanc , brodées en perles roses et vertes : du reste , rien d'extraordinaire . sinon beaucoup de coquetterie. Toutefois , n'oublions pas qu'en général , elle porte ses robes extrêmement longues, afin quon ne voie pas qu'elle a une jambe plus courte que l'autre.

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