INTRODUCTION XXI
:iui a le droit de s'attester au môme titre que l'homme 3t dans des œuvres semblables à celles de l'homme, — le bas-bleuismc est-il une vérité ou un mensonge, un cri du talent opprimé ou une prétention de la vanité ; une illusion et un désordre?
Physiologiquement, métaphysiqucment, socialement, a-t-il le droit de se produire et d'exister ? Physiologiquement, métaphysiqucment et socialement, trois choses unies et dépendantes, la femme est-elle conformée de manière à faire dans toutes les sphères de l'activité humaine, identiquement ce que fait l'homme ; et comme il ne s'agit ici que de littérature et d'art, est-elle d'organes, de cerveau, et môme de main, lorsqu'il s'agit d'art, capable des mêmes œuvres que l'homme, quand l'homme est supérieur ? Car, si la femme n'est égale à l'homme que quand il est médiocre, nous avons bien assez comme cela de médiocrités dans le monde, et ce n'est pas la peine de les augmenter !
Yoilà la question ; et l'accent de ces pages aura déjà dit que, pour nous, elle est résolue. Pour notre compte, nous ne croyons nullement à l'égalité spirituelle de l'homme et de la femme, telle que le bas-bleuisme la suppose et la pose. Pour nous, il y a identiquement les mêmes différences de l'homme à la femme, dans sou esprit que dans son corps. Or, s'ils sont différents, c'est évidemment pour faire des choses différentes et différence implique hiérarchie. L'ordre n'est qu'à ce prix. Ordinairement les femmes sont enchantées, quand on exprime sur elles des opinions impertinentes ; quand, en conversation, par exemple, on essaye de leur couper la tête avec ce vieux sabre turc qui ne coupe plus: « il faut avoir sur les femmes les opinions de l'Asie, » ou encore quand on parle de ce fameux concile qui n'a jamais existé, où l'on décréta « que les femmes n'avaient pas d'âme. »
Elles sont heureuses d'avoir à répondre à ces vieille^ bêtises traditionnelles qui ne font pas que de courir les
rues, mais qui y bâtissent des maisons... Pour elles, c'est l'occasion de thèses faciles et infinies dans lesquelles elles frétillent comme le poisson dans l'eau. Il ne s'agit nullement de faire aux femmes, qui aiment tant à être victimes, parce qu'elles savent que c'est la meilleure manière d'être bourreau, le plaisir de leur refuser tout ; mais simplement de reconnaître exactement, — en le déterminant, — ce qu'elles ont, et ce qu'on ne veut pas, certes! leur ôter. Or ce qu'ellee ont, ce sont des facultés quelquefois exquises et relativement puissantes mais des facultés de l'ordre femelle. Seulement est-ce donc si malheureux d'être, en art ou en littérature, quelque chose comme la Vénus de Milo ?... Et faut-il encore vouloir être Hercule ?
Les femmes peuvent être et ont été des poètes, des écrivains et des artistes, dans toutes les civilisations, mais elles ont été des poètes femmes, des écrivains femmes, des artistes femmes. Étudiez leurs œuvres, ouvrez-les au hasard ! A la dixième ligne, et sans savoir de qui elles sont, vous êtes prévenu ; vous sentez la femme ! Odor di femina. Mais quand elles ont le plus de talent, les facultés mâles leur manquent aussi radicalement que l'organisme d'Hercule à la Vénus de Milo, et pour le critique, c'est aussi clair que l'histoire naturelle.
Ainsi elles n'ont ni l'invention qui |crée ou découvre, ni la généralisation qui synthétise, ni la force sans convulsion, car la force convulsive, passionnée, elles peuvent l'avoir en leur qualité de femmes (preuve, M"«^ de l'Espinasse).
Elles restent donc incommutablement femmes, quand elles se montrent le plus artistes ; et les arts mômes dans lesquels elles réussissent le mieux, sont ces arts d'expression qu'on pourrait appeler des arts femmes. En effet, dans l'ordre des écrivains, vous chercheriez en vain une femme qui vaille, dans l'ordre des danseuses, M'"^ Taglioni
liNTRODUCTION >^X1II
Et voilà justement ce que l'Histoire et la Critique que nous allons faire ici devront constater. Nous allons voir si de toutes les femmes littéraires, il en est une seule qui échappe à cette loi d'infériorité. La Métaphysique doit précéder l'Histoire, et nous devions, avant de regarder les bas-bleus du xix* siècle et leurs œuvres, dire à quels principes, à quelle lumière nous allumions notre flambeau.
Quoique nous pensions qu'en fait de femmes, le Christianisme ait mieux compris que qui que ce soit leur destinée, en les internant dans le sentiment ou en les déportant dans les vertus, nous voulons pour elles être moin scruel que saint Paul qui disait : Contineant insilcntlo. Mais pour être nos semblables, en nature humaine, doivent-elles se donner, — comme elles le font, — pour nos égales ?
— Un jour, dit le charmant apologue de Brucker, le petit cercle dit au grand cercle : Je suis ton semblable.
Et le grand cercle, qui était bonhomme, le laissa dire; mais le petit cercle, devenu fort par la longanimité du grand cercle, ajouta : Je suis ton égal.
Et le grand cercle lui passa la jambe.
Eh bien ! la femme, qui est le petit cercle, passerat-elle la jambe à l'homme, qui est le grand, ou l'homme continuera- t-jl de la lui passer?... •
C'est là ce que nous allons voir.