INTRODUCTION XVII
par la tache d'huile aussi mollement que l'opinion. Dernièrement, n'avons-nous pas vu une femme d'un talent secondaire, décorée, comme un homme, reconnu grand artiste, ne l'est souvent pas?... Sans doute puisqu'on voulait refaire, en la féminisant, la scène légendaire de Gharles-Quint dans l'atelier du Titien, et qu'une M'"^ Titien manquait, on pouvait prendre M"" Rosa Bonheur tout aussi bien qu'une autre.
Ce n'est pas un crime do ne prendre que ce qu'on a. Mais en la décorant comme un homme, c'était une manière d'accepter l'idée qui court dans tous les esprits, cette rue ! qu'il n'est réellement aucun obstacle dans l'organisation de la femme à ce qu'il y ait des mesdames Titien, des mesdames Michel-Ange, des mesdames Shakespeare, à partir du jour où la tyrannique éducation que les hommes imposent aux femmes ne l'empêchera plus ! ! !
Certes ! nous verrons bien, — comme dit le Misanthrope, — mais toute expériencce peut être longue ! Mais en attendant que nous ayons ru, la prétention subsiste, la prétention au génie, cette immense virilité ! Mais en attendant les éblouissantes acquisitions des temps futurs, le bas-bleu médiocre, vaniteux et impudent, fleurit et s'étale, comme jamais il n'avait fleuri, comme il ne s'était jamais étalé^! Jusque-là, il s'était contenté de se cantonner dans quelque coin de livre ou de théâtre, mais le livre, c'étaitencore trop pudibond et trop mystérieux. Le théâtre même ne donnait pas le succès à visage assez nu, et il lui a fallu des chaires ! D'étranges professoresses (car le bas-bleuisme bouleverse la langue comme il bouleverse le bon sens) se sont mises à faire solennellement des conférences et ont pu trouver des publics. Les hommes qui aiment le plus la plaisanterie y sont allés, non pour y rire, non pour y siffler... même avec une flûte, mais sérieusement ! mais comme à un enseignement possible !
L'américanisme qui nous ronge et qui doit très-jus-
tement nous dévorer (et de fait, le principe de la démocratie accepté, les Américains étant de plus grands démocrates que nous, doivent être nos maîtres), Taméricanisme que nous affectons nous a fait nous tenir tranquilles à cette exhibition... antifrançaise. En Amérique, qui ne le sait? le bas-bleuisrae a dernièrement poussé un jet formidable. Le bas-bleu s'y est transformé en blouse bleue. On y a souffert que les femmes y fissent l'homme tant qu'elles ont voulu. Les Américains les ont regardées comme le bœuf regarde la grenouille, quand la grenouille veut faire le bœuf. Soit logique, soit indifférence, ces égalitaires dédaigneux, grossiers, occupés, acharnés aux affaires, ont laissé les femmes invoquer pour leur sexe le bénéfice de l'égalité avec eux, et même le leur ont laissé prendre. Et ce n'a pas été assez encore.
Une fois en cet heureux train d'ambition et de conquête, les Américaines ont exigé davantage. De récentes publications nous ont appris que, maintenant, c'est la supériorité absolue qu'elles réclament. Il ne s'agit plus d'émancipation, mais de domination. Le mot d'ordre est lancé. Il faut chasser l'homme de partout. « Nous voulons le pouvoir, — disent-elles aux hommes, — comme meilleures, plus intelligentes et plus parfaites que vous. » Est-ce assez net?... E^^ elles publient des livres pour le prouver; des livres curieux'de physiologie, d'histoire et de théologie, dans lesquels, toujours protestantes, elles interprètent la Bible dans le sens de leurs idées, culbutent la Genèse, démontrent que la chute d"'Adam est la gloire d'Eve, à qui le serpent parla de préférence à l'homme, parce qu'elle était la plus spirituelle des deux. Elles tiennent pour Swedenborg, par l'unique et péremp- ■ toire raison que Swedenborg a révélé, le premier, des I Anges femelles. Comme on le voit, les bas-bleus américains ont de l'avance sur les bas-bleus français, mais en vanité, tout bas-bleu est une botte de sept lieues, et nous pourrons les rattraper !
INTRODICTIOX XIX
Seulement le résultat de la chose, si elle arrivait, ne serait pas le même en France qu'en Amérique. En Amérique où l'homme est tout muscle et tout calcul, l'intluenc3 exagérée ou prépondérante de la femme ne peut avoir la môme portée que chez un peuple d'imagination et de nerfs. Nous, depuis que nous existons, nous avons toujours été un peuple à femmes, et nous ne nous arracherons (lue bien difficilement la libre sur laquelle la femme a tant joué ! Ajoutez à ce tempérament de la race, développé pendant des siècles par toutes les habitudes sociales, le sentimentalisme imbécile de la vieillesse dans lequel s'eflbndrent les peuples autant que les individus. Le phénomène de la servante-maîtresse, si commun chez les vieux galants; chez les dons Juans les plus superbes, les plus durs à la femme dans leur jeunesse, lorsque Fàge les a suffisamment attendris, peut se produire aussi chez les nations, et il semble que nous y touchions, à ce phénomène.
En effet le genre d'influence que la femme exerçait en France et en Europe, aux temps chevaleresques de leur double histoire, n'est plus, et toute trace en est effacée ; mais elle a été remplacée par une autre, moins généreuse et plus grossière,— et cette autre espèce d'intluence tend à devenir un empire, — le lias-Empire d'un temps où les Monarchies ne tombent plus en quenouille, mais les Mœurs, — si on peut dire de quelque chose « tomber en quenouille » alors que les femmes n'en veulent plus ! Il est, dans l'histoire de l'humanité, des époques de véritable hermaphrodisme social, où l'homme s'etîémine et la femme s'hommasse, et quand ces fusions contre nature se produisent, c'est toujours, pour que l'ordre soit troublé davantage, la femelle qui absorbe le mâle jusqu'à ce qu'il n'y ait plus là ni mule ni femelle, mais on ne sait plus quelle substance neutre, pâtée à vainqueur pour le premier peuple qui voudra se l'assimiler !
Serions-nous donc arrivés à ce degré d'efïémination suprême, qui précède la disparition d'un peuple ou d'une
race? ... Toujours est-il qu'on le dirait. Toujours est-il qu'à l'heure qu'il est, dans tout ordre de faits, l'élément mâle se laisse absorber par l'élément femelle et que l'homme se prête à cet immense ridicule ! Même l'observation, quand il s'agit de femmes, n'ose plus maintenant être cruelle. L'âpre Chamfort, s'il revenait, n'écrirait plus que la femme a de moins que l'homme un tiroir dans la tête et une fibre de plus dans le cœur. Il conviendrait toujours de la fibre de plus ; mais le tiroir qu'il a nié, il l'ouvrirait, si même il n'en trouvait pas deux. Parmi les moralistes contemporains, aucun n'a eu le courage de s'inscrire en faux contre la tendance de tout le monde et de rabattre les ambitions féminines.., aucun, excepté Proudhon, le rude casseur de pierres, qui est traité d'esprit grossier^ depuis ce temps-là ! Enfin, jusqu'en religion, la sphère impénétrable, l'influence de la femme a, par je ne sais quels invisibles pores, pénétré...
Des esprits hardis ont irrévérencieusement écrit que présentement la Vierge primait Jésus-Christ. Impiété à part, ils ont vu clair ; et par cette audacieuse parole, la tendance universelle a été montrée dans sa dernière profondeur.
Tels les faits, les faits actuels, — irrévocables, je n'en sais rien, mais certains, patents, indiscutables. Quand on les a montrés et racontés, il ne reste plus à demander si ces faits engendrés par les causes que nous avons dites, sont bons ou mauvais en eux-mêmes; légitimes ou illégitimes, le développement naturel des choses humaines ou une de ces distorsions que l'homme, avec son libre arbitre, peut leur imprimer.... En d'autres termes, le bas-bleuisme, — si on entend par là et on ne peut entendre par là que l'égalité entre l'homme et la femme