LES ARTICLES DE COSMOS
Du New York Times du 18 décembre 1916
A travers la série d'articles publiés dans le Times par Cosmos et dont le seizième article, qui en contient la conclusion, paraît ce matin, nous avons entendu la voix de la raison au milieu du conflit des armées. Le sujet traité par lui est celui des conditions sur lesquelles devra reposer une paix durable après la fin de la guerre. Il était désignée pour sa tâche par une claire intelligence des rivalités d'intérêts, des erreurs manifestes dans les arrangements politiques de l'Europe et des fausses conceptions d'où est sortie la guerre. Il a été amené à ses conclusions par l'idée de la justice et par la conviction profonde que de cette guerre devaient résulter des mesures de protection contre la guerre dans l'avenir. Ces articles ont valu à Cosmos un certain nombre de critiques, mais ils ont eu pour principal effet de provoquer la discussion. Par avance ils nous font voir dans leur ensemble les changements dans les arrangements politiques qui
s'imposeront à la fin de la guerre comme conditions essentielles d'une paix durable.
Au début de son neuvième article l'auteur de ce travail récapitulait dans la phrase suivante les conditions qui, dans son opinion, devaient former la base de la paix si elle est destinée à durer.
«Au point où nous sommes arrivés nous avons tracé les grandes lignes d'un règlement des questions soulevées par la guerre qui assurerait le libre développement de tous les Etats, des petits aussi bien que des grands, la politique de ((la porte ouverte» dans le commerce international, l'inviolabilité en temps de guerre de la propriété des particuliers, la contrebande de guerre exceptée, qui rendrait l'Alsace-Lorraine à la France et qui ferait de la Russie la maîtresse des Dardanelles et du Bosphore.»
Reste cet autre but de la guerre au sujet duquel M. Asquith a dit que la Grande Bretagne ne remettrait au fourreau l'épée qu'elle n'en avait pas tirée à la légère que lorsqu'il aurait été atteint, la destruction complète et définitive du militarisme prussien, «cet état d'esprit prussien» comme l'appelle Cosmos, qui a fait de l'Allemagne une nation militariste. Reste aussi la réparation à faire par l'Allemagne à la Belgique, par l'Autriche à la Serbie.
Les mesures permanentes de protection que doivent prendre les nations contre la guerre, la ligue de tous au profit de tous pour le maintien de la paix, l'établissement de commissions d'enquête pour l'examen des motifs de désaccord, la création d'un Tribunal International, tous ces sujets ont été discutés dans les articles servant de conclusion à la série avec une remarquable largeur de vues et une sure compréhension des buts à atteindre et des obstacles qui nous en séparent encore. C'est surtout de la discussion relative à la nature des mesures à prendre pour définir la sanction et assurer la mise à exécution des engagements pris entre les nations, engagements dont le respect doit être assuré pour qu'il en résulte un bien quelconque, et du rôle que peuvent assumer les Etats-Unis, étant données la doctrine de Mon-
roë et la tradition établie de se désintéresser des affaires de l'Europe, que se dégage une véritable lumière. Enfin viennent de sérieux conseils adressés à nos concitoyens et aux Etats de l'Union, des avertissements au sujet des conséquences auxquelles il faudrait s'attendre s'ils ne réussissaient pas à comprendre ce qu'exigent d'eux le devoir et le service de la nation, conseils et avertissements dont tous les Américains feront -bien de faire leur profit.
En provoquant ces articles de Cosmos et en les publiant le Times & la conscience d'avoir rendu un service dont la valeur ne pourra manquer de frapper le public quand, la guerre finie, les conditions de la paix dans toute leur multiplicité avec toutes leurs conséquences, immédiates et futures, en seront venues à subir l'épreuve de la discussion pratique. Ce qu'a fait Cosmos c'a été de mettre en pleine lumière non seulement les conditions à imposer mais les principes même des choses.