‹ Les Bases de la BiologieChapitre 20 sur 20 · AT · texte numérisé non relu

AT

fonction. C’est donc le centrosome et non la sphère attractive que Rabl aurait dû considérer comme le centre mécanique de la cellule, expression fort heureuse d’ailleurs. Les cils vibratiles ne sont pas, comme on le dit, des prolongements protoplasmiques, mais bien des cocei allongés ou des chapelets de cocci aboutés revétus d’une mince couche cuticulaire protectrice. Ce sont eux qui communiquent au cil ses mouvements vibratoires de sens déterminé. La direction de ce mouvement leur est communiquée par des organes centraux de l’amibe et C. Schneïder a vu les fibrilles du cytoplasma se continuer au dehors avec les cils.

Les flagella et les membranelles (membranes oscillantes) ont une constitution analogue, de là leurs mouvements irréguliers et appropriés aux circonstances, comme s'ils se produisaient sous l'influence de la volonté. Et pourquoi pas? Que sont, en effet, ces striations longitudinales que l’on observe si fréquemment dans le flament axile qui, enveloppé de sa gaine cuticulaire protectrice, forme le flagellum du spermatozoïde (DELAGE. p. 124), striations longitudinales qui se montrent chez les spermatozoïdes mobiles et non dans les spermatozoïdes immobiles (Decace, p. 125, note), sinon les organes contractiles, cocciens, qui communiquent le mouvement à ces flagella?

Le flagellum des spermatozoïdes, le flagellum et les cils vibratiles des amibes libres et associées, sont bien des neuro-museles cocciens, analogues aux neuromuscles amibiens que l’on observe chez les cœlentérés, c'est-à-dire des neuro-muscles formés par la juxtaposition de cocci différenciés dans le sens sensitif ef moteur tout à la fois, solidement fixés dans une trame protoplasmique inerte.

Pour que l'amibe puisse opérer sa bipartition, il faut qu’elle soit abondamment approvisionnée, car tous les cocei comburateurs vont entrer en action à l’occasion de cette grave fonction,

Le travail de l'amibe. — Cette distinction une fois établie, entreles hôtes de l’amibe, leur édifice, leurs provisions d'aliments et de matériaux, leur fonction productrice ou consommatrice, nous sommes à même de nous faire une idée infiniment plus nette et plus explicite du travail de la cellule, que celle qu'à exprimée Delage (p. 57) dans cette phrase : le plus grand nombre des produits de la cellule, excreta et secrela, « provient « dedédoublements du protoplasma, opérésavec hydra- « tation et sans oxydation, peut-être même, d'après « Gautier, avec réduction ».

Ilest bien évident pour nous que ces produits ne résultent que de l'élaboration des aliments et des matériaux par les cocci ; que les sécrétions représentent les produits utiles façonnés intentionnellement à l’aide de ces matériaux en vue d’une utilisation bien précise, et que les excrétions représentent à la fois les déchets inévitables de ces opérations chimiques, les cadavres des cocci tombés à la peine, les matériaux inutilisables résultant des dépréciations subies par les cloisons et les murs de l’amibe, etc., etc. Cherchez dans les excrétions, la marque de chacune de ces multiples origines et vous l'y retrouverez.

Quand Delage décrit en quelques mots le travail de la cellule et les produits réalisés par ce travail, il distingue : 1° des produits d’excrétion externe ; 2° des produits d’excrétion interne ; 3° des produits de sécrétion interne; 4° des produits de sécrétion externe, et il range au nombre des produits de sécrétion externe

« la substance intercellulaire des tissus de la famille

< conjonctive, fibres conjonctives et élastiques, masse

< fondamentale du cartilage et des os ».

« Cette manière de concevoir les choses, ajoute-t-il, « élargit et simplifie beaucoup la conception des orga- « nismes supérieurs. Elle permet de ne voir en eux que « des agrégats de cellules à constitution typique et de « comprendre la signification de tout ce qui, en eux, « n’est pas cellule et de tout ce qui, dans leurs cellules, « n’est pas cytoplasme ou noyau. »

Pourquoi Delage n’a-t-il pas étendu cette remarque si judicieuse à la cellule elle-même, qui n'a pourtant rien fait pour s’y soustraire ? Funeste chaîne, que cette foi sans bornes dans l’unité d’un protoplasma qui, quoi que l’on découvre en lui, ne saurait qu'à grand'peine se partager, non en deux personnes distinctes l’une de l’aucre, ce serait trop lui demander, mais tout au plus en deux aspects, en deux émanations, cytoplasma et noyau, qui, bien qu’elles se séparassent, ne cessent pas pour cela d’être le protoplasma un et indivisible!

N'eût-il pas été beaucoup plus juste de dire : « Cette « manière de concevoir les choses élargit et simplifie « beaucoup la conception de tous les organismes quels « qu'ils soient. Elle permet, en effet, de ne voir dans « les métazoaires et dans les métaphytes que des asso- « ciations d'amibes, étroitement combinées, solidement « unies par les liens réciproques nés de l’étroite spécia- « lisation adoptée par chacun des membres, à une « fonction unique, et de comprendre la signification de « tout ce qui, dans les métazoaires et dans les méta- « phytes, n'est pas amibe. De même elle permet de « comprendre tout ce qui, dans une amibe, n’est pas « COCCUS. »

Eh bien ! ce protoplasma, tout à l’heure presque déifié, ne doit-il pas désormais décheoir piteusement au rang infime de substance conjonctive intercoccienne,de masse inerte de soutien et d'union sécrétée par Les cocei qui ont éprouvé le besoin de s’en envelopper, comme la basale est une masse inerte de soutien sécrétée avec la même intention par les amibes associées dans un métazouire, comme aussi la cire est une masse inerte d'union et de protection sécrétée par les abeilles associées dans une ruche ? Les sécréteurs de ce protoplasma, de cette basale et de cette cire sont les mêmes êtres et ils n’ont varié la nature et les qualités de leur produit que pour se conformer à la variabilité des circonstances qui nécessitaient la confection de ce produit.

Nous ne dirons rien ici de la structure probable de ces cocci, ce serait sortir du cadre que nous nous sommes imposé. D'ailleurs nous l’avons laissé pressentir à plusieurs reprises dans les pages qui précédent.

Histoire phylogénétique de l'amibe. — Delage déclare (p. 839) inexplicable l'adaptation phylogénétique et s'explique fort bien, dit-il, l'adaptation ontogénétique par l'excitation fonctionnelle et les autres facteurs similaires. Nous n'avons pas à discuter ici cette proposition.

L'amibe, née de la bipartiation desa mère, semblable à elle, adulte par conséquent dès sa naissance, n’a pas et ne peut avoir de développement ontégénétique. Elle n’a qu’un développement phylogénétique. Le développement ontogénétique, conséquence inévitable de l'impossibilité d'une bipartition rigoureuse, n’estapparu que quand, dans le cours du développement phylogénétique, des êtres se sont heurtés à cette impossibilité. Is ont alors substitué à cette division en deux parties égales, queleur constitution anatomique, les conditions

ambiantes ou toute autre circonstance ne leur permettaient plus d'effectuer, un procédé nouveau basé sur la disjonction de leurs associés et sur leur dissémination. C'est ainsi que la protamibe a disjoint et disséminé ses associés quand elle ne pouvait plus continuer ses bipartitions arbitraires ; que l’amibe,aprèsunenkystement préalable, a disjoint et disséminé ses associés, quand elle ne pnuvait plus effectuer ses bipartitions régulières et équitables. C’est le sauve qui peut d’une association en danger. Le cyele d'opérations biologiques imposé à chaque membre ainsi isolé, pour reformer une association semblable à celle dont il dérive, ainsi que son édifice, à constitué le développement ontogénétique de cet être, tableau raccourci et simplifié, quoi qu’on en ait dit, du developpement phylogénétique qu'avait parcouru cet organisme. C’est ainsi que nous avons pu dire, et nous achèverons plus loin de le prouver, que la ponte, selon qu’elle est monospermique ou polyspermique, estune bipartition ou une série de bipartitions déguisées. Nous expliquerons tout cela, de manière à ne laisser subsister aucun doute, quand nous experons notre Loi de transmission.

Maintenant que nous sommes bien pénétrés de l'unité du but poursuivi par la SUBSTANCE VIVANTE dans toutes ses créations et que nous avons déterminé la situation occupée, sur la voie qui conduit à son objectif, par tous les êtres sous lé masque desquels 1à SUBSTANCE VIVANTE se cache, cherchons à connaître les procédés qu'elle à employés pour les amener jusque-là.

Bien qu’en vertu d'un contre sens inexplicable, le Protobathybius de Huxley soit encore tous les jours proclamé comme la forme la plus simple que la vie ait jamais revêtue, nous posons en principe que l'être le

plus simple que nous connaissions actuellement est le coccus.

Un grand nombre de cocci ont tenté de s'associer et leurs tentatives diverses, avortées, puisqu'elles en sont toujours restées au même point, ou à peu près (1), sont connues sous le nom de zooglées. Nous ne parlons ici que des zooglées de cocci : des zooglées cocciennes.

Un coceus, plongé dans un liquide qui lui convient, c'est-à-dire qui fournit à tous ses besoins, se bipartit; les nouveau-nés 8e bipartissent à leur tour et cette multiplication est poussée plus ou moins loin suivant le coccus considéré. Toujours est-il que tous à l'envi sécrètent une matière gélatineuse qui s'accumule autour d’eux et constitue une masse amorphe, de dimensions variables, qui est, en somme, un édifice rudimentaire. Il assure leur soutien, leur union et leur protection.

Le liquide vient-il, par malheur, à perdre ses qualités nutritives, ou à acquérir des qualités nocives, la vie des cocci est singulièrement compromise, car leur édifice n’est pas doué de motilité et ils ne peuvent éviter le danger qui les menace qu’en s’enkystant pour atteindre la réalisation de conditions meilleures.

Que le liquide au sein duquel ils se sont enkystés vienne à s’évaporer, leurs spores seront dispersées par le vent, de-ci, de-là ; un très grand nombre se perdront à jamais et ce sera bien heureux si quelques-unes d’entre elles, fort rares sans doute, parviennent à retrouver un liquide nutritif convenable,

Ce procédé, tout défectueux qu’il soit, est néanmoins

(1) Mais ces tentatives sont toujours youlues, habilement combinées et compatibles avec l'existence. Elle n’ont aucun rapport avec les variations aveugles inventées pour les besoins de leur cause par les adeptes de la Sélection naturelle.

rigoureusement suffisant, puisque malgré l’immensité des temps parcourus, la zooglée coccienne a pu se perpétuer jusqu'à nous.

Mais à côté de ces zooglées cocciennes stationnaires, d’autres parvenaient à réaliser un procédé capable apparemment d'offrir plus de garanties de sécurité. La zooglée était construite comme précédemment; comme précédemment elle s’édifiait au sein d’un liquide nutritif. Les associés étaient très nombreux, mais au lieu de se contenter de faire comme les premiers, demeurer tous semblables entre eux, se nourrir et se bipartir, il arriva que les uns se fixèrent dans la couche périphérique de la zooglée et ne songèrent plus qu'à assu rer sa protection en veillant à l'intégrité constante de sa membrane d'enveloppe. D’autres cocci, fixés au-dessous d'eux, abandonnant sans doute ou négligeant quelques-unes de leurs multiples propriétés natives, ne songèrent plus qu’à assurer la mobilisation en masse de l'édifice. « De la sorte, se disaient-ils, si un point de notre liquide devient inhabitable, nous transporterons l'association dans un autre point. »

Ce que nous disions tout à l'heure de la perte d’un erand nombre de spores, éprouvée par la zooglée, tandis que quelques-unes seulement parvenaient à retrouver les conditions nécessaires à leur prospérité, montre que la division de la SUBSTANGE VIVANTE en portion Ssacrifiée et portion transmissible existait déjà, mais dans un rapport tout à fait arbitraire. Le nouveau progrès réalisé a donc eu pour résultat de fixer d’une façon plus définitive ce rapport des deux portions de là SUBSTANCE VIVANTE et d'utiliser temporairement, au profit de l’ensemble, la portion sacrifiée qui, jusqu'alors, lui était ravie en pure perte. « Nous mourrons, mais du moins

nous aurons favorisé, dans les limites du possible, la transmissibilité de nos sœurs priviligiées. » Telle est l'origine de la mort, qui va dès lors frapper tous les organismes et /a construction de ces derniers par la SUBSTANCE VIVANTE résulte des efforts effectués par elle pour reculer le terme fatal, ou mieux, pour affecter de plus en plus ingénieusement la portion sacrifiée à la conservation de la portion transmissible.

Mais il fallait autre chose encore.

Si toute la masse du liquide devenait inhabitable, devait-on se voir obligé des’enkyster et de perdre ainsi un temps précieux à attendre la dessiccation du liquide et, en outre, d'éprouver une perte de substance énorme en livrant au hasard des milliers de spores dont deux ou trois à peine parviendraient à destination ? Non, il fallait faire mieux et ce mieux consistait à se rendre indépendant à l'égard du liquide nutritif enveloppant.

La mobilisation en masse de l'organisme (édifice et association) était acquise, il était bien simple d'ouvrir dans la masse amorphe des lacunes dans lesquelles le liquide extérieur pénétrerait par endosmose et formerait un lac séreux interne dans lequel on accumulerait des réserves nutritives que la motilité, désormais acquise, permettrait d'emprunter à dés proies solides ou demi-solides qui seraient introduites dans ia masse, épuisées de leurs principes nutritifs et ensuite expulsées.

la chose était tellement possible qu'elle fut faite. Nous ne saurions dire si le Prolobalhybius de Huxley profita de toutes ces innovations, mais ce qui est bien certain, c'est que la Tannée ou Fuligo en a si amplement profité, qu’elle est parvenue à se passer complè-

tement du liquide ambiant indispensable à la zooglée. Une certaine humidité de l'air et du tan sur lequel et dans lequel elle rampe, voilà tout ce qu'elle exige.

Quoi qu il en soit, l’amibe sans noyau, la monère de Hœæckel, la protamibe était réalisée (4).

Pendant ce temps, la zooglée entrait dans une autre voie. L'édifice gélatineux, amorphe, restait le même, mais les cocci, se rapprochant les uns des autres, s’enveloppaient d’un vêtement commun qui faisait d’un certain nombre d'entre eux une sorte d'individu, une bactérie. Ici encore certains d’entre eux,devenus essentiellement moteurs, formaient en s’allongeant ou en se disposant bout à bout de minces filaments destinés à imprimer à la bactérie un mouvement d’ensembie plus ou moins rapide exigé par les besoins de son alimentation et de la transmission de ses germes. Nous avons cité, en la désignant sous le nom de spirobactérie nucléaire, la forme analogue qu'ont affectée, précisément en vue de la reproduction de l’amibe, les cocci renfermés dans son noyau. En tout cas nous n’avons pas compté la bactérie au nombre des types parfaits d’organismes, car elle ne représente qu'un groupement

(1) Altmann, envisageant la question des bioblastes au point de vue phylogénétique, pense qu’ils vécurent d’abord isolés, que plus tard ils se réunirent dans une gelée commune sécrétée par eux peur constituer la zooglée, que la monère résulte du perfectionnement de la zooglée qui s’est isolée et individualisée en s’enfermant dans une enveloppe, qu'enfin la cellule représente une monère dans laquelle s’est différencié un corps central, abrité à son tour sous une enveloppe propre, le noyau, dont l'étude attentive du groupe des protozoaires et des protophytes nous révélera le mode de développement phylogénétique, en présentant à nos yeux les divers stades par lesquels il est passé. Comme on le voit, nous ne différons en rien à ce sujet.

particulier des cocci habitants d’une zooglée : les cocci transmissibles qu’elle renferme jouent en elle le rôle de spores, les cocci ouvriers, ceux de nourriciers et de moteurs: Ë

Le groupement des cocci zoogléens en bactéries cor-

respond au groupement des amibes d’un métazoaire en zonites.

- Quand bien même les bactéries posséderaient un noyau, cela ne suffit pas pour les ériger à la dignité de cellule, mot dont on a fait un grave abus en disant, par exemple, des « cellules de levure ». Chacun des iñnombrables cucurbitains qui forment un tœnia, ne possèdet-il pas son ovaire ? Il n’est cependant pas üun métazoaire, mais seulement un zonite. C’est que la possession d’un noyau où d’un ovaire n’est pas un titre suffisant pour ériger un être vivant à la dignité d’amibe ou de métazoaire. C’est son développement phylogénétique qui lui confère ce titre et, ce développement phylogénétique, nous venons d'essayer de l’esquisser.

Jusqu'ici nous n’avons eu affaire qu'à des pseudo-organismes, c'est-k-dire à des essais organiques dans lesquels tous les associés, où à peu près, restaient indépendants les uns des autres ou, du moins, n'étaient unis due par des liens de solidarité assez Tâches.

La constitution de la protamibe, incompatible avec la conservation de son individualité, ne lui permettait pas de s'associer, Hœckel donna le nom de cytodes à des cellules de tissus qu’il croyait dépourvues de noyau, mais on est parvenu depuis à découvrir un noyau dans la plupart de ces cytodes et il ne semble pas téméraire de penser que toutes en possèdent, par conséquent que toutes sont des amibes. Frenzel est presque le seul qui persiste à croire à l'existence de eellules de tissu sans

noyau. « Les exemples qu’il donne ne sont pas démons- « tratifs. Les hématies des mammifères sont, il est vrai, < Sans noyau, mais on leur conteste la signification de « Cellules. Ce seraient des produits de cellules destinés à « mourir sans postérité, après avoir accompli certaines « fonctions physiques pendant un temps déterminé ». (Decace. La Struct. du protopl. 1894, p. 37, note 3.) Que dites-vous de cette bizarrerie; on dispute la dignité de cellules aux hématies des mammifères, parce qu’on ne leur connaît pas de noyau, et l’on concède sans hésitation cette dignité aux globules rouges nucléés des vertébrés à sang froid! Cependant les mammifères dérivent des vertébrés à sang froid et par conséquent il semble bien naturel de croire que les hématies des mammifères dérivent des globules rouges nucléés des vértébrés à sang fro d. Pourquoi ne pas considérer cette perte de leur noyau comme un résultat de leur évolution phylogénétique? Les hématies des mammifères auraient perdu leur noyau,parce qu'il ne leur était plus utile, Comme les ouvriers neutres des organismes-cités ont perdu leurs organes sexuels parce que leur possession n’était plus utile à l’ensemble de l'association. Quelques protamibes, enfin, parvinrent à réaliser un organisme véritable, l’amibe. Il est des zooglées individualisées, en quelque sorte, en ce sens qu’elles n’admettent qu'un nombre limité d'habitants et deszooglées

indéfinies, qui en admettent un nombre indéfini. Les

protamibes semblent être toutes indéfinies. Le Profobathybius, comme le Fuligo, rentrent dans la catégorie des protamibes indéfinies ; Ce ne sont pas, comme on le dit, des êtres primordiaux. Ce sont déjà des associations complexes, sièges d’une combinaison rudimentaire, mais sans avenir, en raison de leur défaut d'indi-

ASE

vidualisation. Quant aux amibes, elles sont toutes individualisées ; leur noyau est le lien de leur individualisation.

La constitution de l'amibe est, dès lors, facile à comprendre; c’est une association de cocci qui s’est construit un édifice commum de soutien, d'union et de protection. Cet édifice était primitivement une zooglée gélatineuse amorphe et ses habitants, de perfectionnement en perfectionnement, l'ont amené à l'état d’amibe. Is en ont fait d’abord une protamibe, d’une part en disposant sur toute la surface une couche continue de eocci épithéliaux juxtaposés, protégés eux-mêmes par une mince couche cuticulaire, puis en creusant, comme nous l’avons dit, dans la masse amorphe de l'édifice, ces lacunes dans lesquelles ils ont créé un lac séreux nourricier; d'autre part, en fixant dans les murs et les cloisons de nombreux associés différenciés et spécialisés en cocci moteurs. Tous les autres associés, d'abord isolés ou réunis en membranes tapissant les alvéoles, cumulaient les deux fonctions zymogène et reproductrice, ils épuisaient les substances alimentaires introduites dans l’édifice, accumulaient des provisions, se nourrissaient et se bipartissaient. Puis, sans doute en conséquence d’un défaut d'équilibre survenu entre les occupations des cocci libres phériphériques et celles des cocci libres centraux, où mieux dans le but de régulariser la division, jusqu'alors purement arbitraire, de la protamibe, et de répartir également les qualités de celle-ci entre elle et sa fille, Ceux-ci en vinrent à différer considérablement des premiers. IIS étaient désormais désignés pour représenter la portion transmissible de la SUBSTANCE VIvANTE de l’amibe, tandis que les cocei périphériques demeuraient cocei ouvriers. Ceux-

ei, ajoutés aux cocci moteurs et aux cocci épithéliaux, formaient la portion sacrifiée de la SUBSTANCE VIVANTE de l’'annbe.

Les cocci transmissibles, devenus les microsomes nucléiniens, s’enfermaient dans une loge centrale, que leur construisaient des cocci à la fois protecteurs et sécréteurs ; d’autres cocci, jouant à leur égard le rôle de soutien et de moyen d'union, constituaient le filament de linine ; d'autres encore, s’associant en membrane secrétrice ou excrétrice, formaient le nucléole, et le noyau était constitué. L'importance spéciale acquise par ces

cocci nucléaires fit du noyau la partie essentielle de l'amibe au point de vue de la reproduction de celle-ci, son centre dirigeant, comme l'ovaire, comme le gynécée sont aussi les centres dirigeants du métazoaire et de la cité. C'est par le fait d’une énergie spéciale, variable, susceptible de s’accroitre et de s’affaiblir sous certaines influences, comme nous le montrerons en traitant de la fécondation, que les cocci nucléaires OU, pour faire allusion à la morphologie nupitalé et parturiale de ces cocci. la spirobactérie nucléaire, commande aux cocci amibiens tous leurs actes et les maintient agrégés autour d'elle, comme l’ovaire fait à l'égard des amibes ouvrières du métazoaire, comme la reine abeille ou termite dirige tous les travaux des ouvrières et les maintient agrégées autour d'elle, tout le temps que l'ovaire et la reine possédent une énergie suffisante.

On a beaucoup discuté au sujet de l’importance relative du noyau et du cytoplasma et cette question est, en effet, bien digne d'intérêt. Du jugement exagéré de O. Hartwis et de Strasburger, qui élevaient tellement haut la suprématie du noyau, qu’ils le déclaraient l’organe directeur des phénomènes de la vie cellulaire et le

facteur exclusif de l’hérédité on en est arrivé peu à peu au jugement plus réservé de Balbiani qui accorde au noyau et au cytoplasma des fonctions, les unes. communes, les autres distinctes. « Le plasma, dit il, peut « diriger seul les mouvements du corps, des cils, la « préhension des aliments, l'évacuation des fèces, la « contraction des vacuoles pulsatiles, la division du « corps cellulaire dans la scission. Mais le noyau est « nécessaire pour la sécrétion, la régénération, la scis- « sion en ce sens que c'est lui qui dirige l’activité du « cytoplasma dans ces phénomènes. » (DELAGs. 1014. p. 85, note.) ,

Ne sont-ce pas là les conclusions auquelles vient de nous amener notre raisonnement par analogie ?

Delage, voulant lutter contre la tendance contraire, nie la suprématie du noyau sur le cytoplasma, parce que, dit-il, on n'a jamais vu le noyau isolé régénérer le cytoplasma, se reproduire ni même montrer des signes de vitalité indépendante. C’est comme si l’on niait la suprématie de l'ovaire sur l'organisme métazoaire et de la reine abeille sur la ruche, sous prétexte que l’on n’a jamais vu l'ovaire ni la reine isolés régénérer le soma ou la ruche, se reproduire, ni même montrer des signes de vitalité indépendante. Ces arguments ne contredisent pas l’idée de suprématie; il ne font que fixer à celle-ci une limite. « Les fragments non nucléés, ajoute « Balbiani, mangent mais ne se nourrissant pas, n’aug- « mentent pas de volume. Quand la scission était pré- « parée elle s'achève dans le fragment non nucléé, mais « les individus formés ne Sontpas complets ». (DELAGE. Ibid, p. 85, note.)

Dire que le noyau et le cytoplasma, dans la vie de la cellule, ont la même importance, c’est accorder, dans

le métazoaire, la même importance aux amibes transmissibles et aux amibes ouvrières, et, dans Ja vie de Ia ruche, à la reine qu'aux ouvrières. Evidemment le noyau et le cytoplasma, comme la reine et les ouvrières, sont également incapables de vivre isolés, également indispensables à la vie de la cellule et de la ruche et par conséquent également nécessaires, mais non également actifs dans la reproduction et dans la transmission des caractères héréditaires. L'un dirige; l’autre travaille un peu pour lui, surtout pour assurer la réalisation des projets dont l’exécution définitive appartient à son directeur. C’est l’idée du but à atteindre qui domine toute la scène, et, dans aucun des savants que nous venons de citer, nous n'avons trouvé cette idée, cependant si importante et si juste.

Quand le directeur, le noyau, est privé du concours de son auxiliaire, il continue à vivre et à fonctionner, grace sans doute aux provisions accumulées par le travail antérieur des cocci cytoplasmiques. Des expériences montrent que « si l’on divise une cellule ou un « organisme unicellulaire en deux fragments, celui des « deux qui contientle noyau peut d'ordinaire régénérer « la cellule entière et continuer à vivre et à se diviser; « l’autre au contraire est radicalement incapable de « vivre indéfiniment et de se reproduire et, pendant la « durée de son existence temporaire, ses fonctions sont « plus ou moins incomplètes. » (DiLacr. 1bid., p. 85.) N'en est-il pas de même de la ruche que l’on a privée de sa reine, du métazoaire que l’on a privé de son ovaire ?

Comparez la situation critique de ces pauvres cocci amibiens (cytoplasmiques), que l'on a privés de leur noyau, avec celle de cesmalheureuses abeilles que l’on a

privées de leur reine. « Si une ruche venait à être privée «de sa reine, sans qu'il restât aux ouvrières l'espoir « d’en avoir une, c’est h-dire avant que les œufs aient « été pondus,on verrait aussitôt le découragement s'em- « parer de toutes les habitantes de la ruche; elles ne «construiraient plus d’alvéoles, n'amasseraient plus « de provisions; l’objet de leurs soins laborieux n’exis- « tant plus, l'espoir de perpétuer l'espèce étant anéanti, « elles vivraient au jour le jour, jusqu’à ce qu une mort « prochaine vienne mettre fin à leur existence. » (Emile BLancHaro. Histoire :les insectes, 1845, &. I, p. 25.)

Ceci n’est il pas aussi explicite que les belles observations de Balbiani et consorts? L’instrument amplifiant, ce microscope d’un nouveau morlèle, que met entre nos mains la connaissance de la Lo? des associations successives et des combinaisons biologiques, ne nous permetil pas de franchir d'un bond le point où est en ce moment parvenue l'observation? Jugez-en.

« On tend aujourd’hui. à se rallier à la formule de « Werworn qui dit que la vie cellulaire dépend d’un « ensemble de relations mutuelles entre le noyau et le « cytoplasma et qui attribue à ces deux parties une « importance égale dans les fonctions de la cellule et « dans la transmission des caractères héréditaires. « Watasé ne sen éloigue guère lorsqu'il considère la « cellule comme une association symbiotique du eyto- « plasma et du noyau.

« Quant à la nature des relations entre le noyau et le « Cytoplasma, nous ne savons à peu près rien de précis, « Werworn les considère comine exclusivement nutri- «tives. Elles sont nutritives certainement, mais ne sont- « elles que cela? Les uns veulent y voir des actions « dynamiques, des excitations de nature spéciale exer-

« cées par le noyau sur le cytoplasma (Strasburger), € Haberlandt, une action zymotique. > (DEeLAGE. Jbid., 1895, p. 88.)

Eh bien! cette question si obscure des relations qui existent entre le noyau et le cytoplasma, celle de Ia suprématie du noyau sur le cytoplasma, ne sont-elles pas vivement. éclairées et définitivement tranchées par l'induction analogique ?

C’est en vertu de sa suprématie incontestable sur le cytoplasma que « le noyau joue un rôle important « dans l'accroissement de la cellule et dans les phéno- «mènes de nutrition et de sécrétion dont elle est le « siège. » (DELAGE. 1bèd., p. 82.)

Le noyau est bien, comme l’a dit Demoor, l'organe reproducteur de la cellule; ajoutons à cela que le centrosome, organe cytoplasmique, est son auxiliaire puissant, mais non indispensable, comme les pattes et les ailes du métazoaire sont à l'égard de son ovaire des auxiliaires puissants, non irdispensables. sans doute, mais si utiles que nombre d'insectes ne font leurs ailes qu'à l’occasion de l'entrée en fonetion de leur ovaire.

Quand deux reines abeilles se disputent le gynécée d'une ruche prospère, les ouvrières se partagent en deux fractions dont chacune embrasse le parti de l’une des reines. Cet acte instinctif fait partie de leur spécialisation fonctionnelle à formes si multiples ; aucun oroupe spécial ne s’est encore différencié anatomiquement pour l'exercice exclusif de cette fonction. Dans l'amibe, infiniment plus ancienne, la différenciation anatomique est beaucoup plus avancée : des cocci amibiens ou cytoplasmiques nombreux se sont adaptés spécialement à l'exécution de cette importante fonction dont le but est de faciliter Ia séparation des deux

reines résultant de la scission de la spirobactérie nucléaire. La force qui préside à la séparation des ansés jumelles comme celle qui préside à la séparation des deux reines, préludes de la scission de l’amibe et de la ruche, est une force répulsive dont l’origine et la nature nous sont inconnues. Cette répulsion mystérieuse est du ressort de la loibiologique, si importante, de Dissémination. LA SUBSTANCE VIVANTE veut etre parloult.

Chez les reines, la séparation exigée par l'instinct répulsif fait naître dans chacune d’elles un sentiment de haine, de jalousie, qui les amène à mesurer leurs forces et, avant même que le combat ait lieu, détermine l’une d’elles (c'est généralement la plus âgée) à se retirer avec son escorte, et la bipartion de la ruche s'effectue. Jei ce sont les pattes et les ailes qui assurent l’exécution de cette fonction. y

Mais comment pourrait s’opérer la séparation nécessaire des anses jumelles et celle des segments cytoplasmiques qui doivent les accompagner, si d’autres organes ne leur venaient en aide? Il existe bien, dans le noyau, des cocci ouvriers, ce sont les cocci sécréteurs que nous avons placés dans la paroi du filament de linine et dans celle de la membrane nucléaire. Mais pour expliquer une partie du phénomène de la division amibienne : division longitudinale des chromosomes, division de la membrane nucléaire et de la membrane cytoplasmique suivant un grand cercle, il faut, de toute nécessité, supposer l'existence d'éléments contractiles disposés suivant le grand axe du filament de linine, et suivant un grand cerele de la membrane nucléaire et de la membrane cytoplasmique. Au signal donné par les microsomes nucléiniens ces éléments contractiles en-

treraient en action et effectueraient la division des chromosomes, du no yau et ducytoplasma.

Mais, sans doute, ce procédé n’était pas suffisant et il a fallu qu'un procédé par attraction vienne favoriser la tendance répulsive. Telle est l'origine de la spécialisation d’un groupe fort nombreux de cocei cytoplasmiques (cocci constituant les filaments du réseau et des asters) en fracteurs.

Dès lors tout était prêt pour effectuer la divison directe de la cellule. Mais intervint dans l’exécution de cette fonction un important perfectionnement. Un groupe de coccicytoplasmiques se spécialisa à son tour en directeurs de la traction (groupe centrosomien ou centrosome). En raison de son importance, le groupe centrosomien s'entourait d’une enveloppe protectrice et sécrétrice d’un suc nutritif spécial et la sphère attrative était constituée. Désormais la division de l’amibe devenait indirecte.

D'abord le groupe centrosomien, aidé en cela par les tracteurs, séparait l’un de l’autre ses deux sewments, lorsque sa division devenait nécessaire pour opérer en sens inverse la traction des deux segments du noyau. Ce furent encore des cocci contractiles qui se chargèrent de remplir cet office. Le fuseau est le confr'extenseur des ‘efforts effectués par les tracteurs qui constituent les asters. À son rôle de contr'extenseur, il joint en outre celui de fixateur de la cloison ou plaque celtulaire dans la place et la direction les plus convenables pour assurer une juste répartition des organes dans les deux amibes qui vont résulter de la bipartition de l’'amibe primitive. Les cocci qui forment cette cloison, vus et décrits par Strasburger, doivent être nés et émi-

orés d'une membrane préexistante, peut-être de celle qui limite la sphère attractive.

Les deux procédés, par répulsion et par attraction, se combinent par conséquent dans le travail complexe qui opère la division cellulaire; le premier commence et termine cette opération; le second lui vient puissamment en aide.

L'intérêt qu'offre l'historique de la formation du

noyau mérite que nous nous y arrêtions quelque temps encore. Dans une zooglée, qui n'est encore qu'un pseudo-organisme, tous les membres de l'association sont encore. semblables entre eux : chacun cumule, avec la propriété zymogène, la propriété reproductrice. Il en résulte que, dans la zooglée, chaque coccus ou chaque bactérie constituait un centre d'attraction visà-vis de l'organisme gélatineux commun. Les cocci conserveront bien encore dans l'amibe, comme les amibes dans le métazoaire, cette propriété de se bipartir, qui deviendra matériellement impossible de la part des métazoaires combinés en cité, mais ils tourneront la difficulté.

Le passage de la protamibe à l’amibe a-t-il donné lieu À une forme intermédiaire dans laquelle la différenciation en cocci transmissibles se serait opérée à la fois sur plusieurs points de la protamibe, constituant autant de pseudo-noyaux, autant de centres d’attraction agissant de concert sur la protamibe entière ? Oui (1:. Existe-t-il ou a-t-il existé, chez les métazoaires, un stade correspondant,où plusieurs ovaires coexistants

(4) On connaît d'assez nombreuses amibes conlenant deux noyaux (certaines cellules hépatiques), et beaucoup d'autres contenant un assez grand nombre de noyaux (cellules à myéloplaxes de la moelle des os), nombreux foraminifères: Vaucheria, parmi les végétaux.

auraient joué sur l'organisme métazoaire le rôle de centre d'attraction ou de cohésion? Oui {animaux divisés en zonites distincts). Or, ce stade s’observe aussi chez la cité, où la fourmilière nous montre de nombreuses femelles, libres d'occuper indistinctement tous les points de la cité et exerçant simultanément sur les ouvrières, et même à l'égard des autres, une attraction qui les maintient réunies, elles et leurs servantes, en un tout compact. L'unification de l'ovaire n’est même pas encore opérée chez le métazoaire supérieur.

La formation du noyau est une tendance générale à laquelle répondent elles-mêmes les cités humaines désignées sous le nom de nations et chez elles, comme chez les protamibes et les métazoaires, on peut encore observer les diverses péripéties par lesquelles doit passer la concentration en un noyau unique. Londres :n est-il pas le noyau de l'organisme anglais, Paris celui de l’organisme français et New-York, Chicago, Philadelphie.etc., les noyaux imparfaits qui vont se réunir un jour au centre d’un État unique qui succédera nécessairement aux États-Unis?

Tandis que cette amibe, à l’état naissant, entrait dans la voie des associations pour aboutir à la formation des métazoaires et des métaphytes, d’autres se condamnaient à vivre isolées et subissaient des modifications importantes. D'abord les cocci ouvriers, autres que moteurs, pouvaient errer à leur guise dans toute la masse de l’amibe, mais, par suite des progrès de la combinaison, ils s’incorporaient peu à peu dans des systèmes tissulaires et organiques de plus en plus variés et, partant, se trouvaient immobilisés par leur spécialisation fonctionnelle, puis anatomique, dans les divers points de l'édifice protoplasmique. Ainsi apparaissaient

dans l’amibe des organes digestifs, des organes excréteurs, enfin ces vésicules contractiles destinées à répartir également le sérum nutritif, le chylema, dans toute la masse, et c’est identiquement ce qui se produira chez les métazoaires où la circulation, copiée fidèlement sur la circulation protozoarienne, n’apparaîtra également qu’à une époque tardive, c’est-à-dire lorsque aura été poussée déjà fort loin la spécialisation des amibes associées.

L'organisme protozoaire est une maquette qui servira de modèle à la confection de l'organisme métazoaire ; dans cette maquette, les cocei amibiens (ouvriers) et les cocei nucléaires (directeurs, transmissibles) jouent exactement le même rôle que joueront les amibes ouvrières et les amibes transmissibles dans le métazoaire; que les ouvrières et la reine dans la termitière et dans la ruche. Tous ces organismes sont construits sur le même plan parce que l'objectif que se propose la SUBSTANCE VIVANTE qui les a tous construits est demeuré toujours le même. La seule différence notable que l’on puisse constater entre ces divers organismes, c’est que les tissus et les organes sont cocciens — c'est-à-dire formés par la juxtaposition et la combinaison de cocei — chez les protozoaires ; amibiens — formés par l’association et la combinaison d’amibes — chez les métazoaires ; enfin #élazoariens — formés par la juxtaposition et la combinaison de métazoaires — dans la cité.

Nous laissons à Butschli la tâche, impossible à remplir, Ccroyons-nous, de prouver que, dans l’évolution phylogénétique de l’amibe, l'existence du noyau a précédé celle du cytoplasma. (DELAGE, p. 37 note.)

Quant à Delage, il n’exprime qu'un petit, qu'un tout petit côté de ce développement phylogénétique de

l’'amibe, quand il dit (p. 37) que le noyau s’est formé par concentration dans un organe central particulier, de la nucléine qui, primitivement, se trouvait répandue dans toute.la masse du cytode.

Importance méconnue de la SUBSTANCE VIVANTE. — Nous ne croyons pas à l'existence de cette substance vivante initiale, plastique, amorphe, que Maggi à nommé glia, Hæckel, aufoplasson et qui, non encore individualisée ni limitée, s'étendant en masses sans forme ni taille limitée, constituerait le bathybius et l’'aphanérogle (Maggi) ou g'atrine (Filhol, Béchamp) des eaux douces.

De cette gla amorphe, dit Maggi, se seraient formées, par individualisation, de minimes particules, les plastidules, qui seraient devenus les éléments de toute substance vivante. Mais en quoi donc consisterait cette individualisation ? Est-ce parce que la masse est ici plus grande, là plus petite, qu'on peut la dire ici indéfinie, là individualisée? Cette exiguité de la masse des plastidules résulte-t-elle de la fragmentation, en menus morceaux, de la masse indéfinie? Nous ne croyons pas à la possibilité de la fragmentation d'une substance amorphe et homogène, fût-elle vivante.

Lorsque la Tannée ou Fuligo, qui est une protamibe, c'est àh-dire une amibe dans laquelle les granulations vivantes, ou cocci, se sont*déjà différenciées en deux castes bien distinctes. ouvrière et transmissible, mais où les cocci transmissiblésnese sont pas encore groupés dans une chambre spéciale ou gynécée et sont demeurés répartis dans toute la masse, lorsque le Fuligo, disonsnous, que tout le monde considère comme une masse amorphe de protoplasma, veut mettre ce qu’il possède de précieux en lui, ses cocci transmissibles, à l’abri d’une cause destructive menaçante et, pour cela, entre

prend de former et de disséminer ses spores, par le fait du rapprochement de ses cocci moteurs, il se ramasse sur lui-même, se contracte, s'élève en 8e pédiculisant et, sur ce pédicule qui s’est durei en même tempsæqu'il opérait ce mouvement d'äscension, s’'épanouit une grappe d innombrables spores.

Comment, dans l'hypothèse du protoplasma vivant, expliquer la segmentation spontanée, régulière, de cette masse réputée homogène; l'inclusion dans chaque segment d'une provision d'aliments et l’enveloppement de chaque segment dans un revêtement protecteur? Jamais personne ne le pourra et cette difficulté n’est pas la seule raison qui doive nous engager à considérer ce pédicule sacrifié comme une substance non vivante, essentiellement distincte de celle qui constitue les spores.

Comment pourrions-nous croire, en effet, à une telle inconséquence de la SUBSTANCE VIVANTE que, méCconnaissant sa propre valeur, elle puisse se prodiguer au point de se réduire à l’état de pédicule inerte? En outre, pourquoi telle partie de ce protoplasma, partout le inème, dit on, dans le Fuligo, va-t-elle se flétrir ainsi, perdre toute activité et se raccornir tandis qu'une autre portion, pleine de vitalité, va former au sommet de cette substance soi-disant vivante, sacrifiée pour constituer le pédicule, une abondante source de vie? Non! ce phénomène, si souvent décrit, n'a cependant jamais été compris.

La Tannée, comme toutes les protamibes, est essentiellement constituée par une trame molle, souple, extensible, mais inerte, qui est le protoplasma proprement dit, et dans les mailles serres de ce réseau proto : plasmique inerte sont enfermés un sérum nutritif et

des granulations vivantes euplasmiques, des cocei. De ces cocci, les uns spécialisés dans le sens moteur, se sont fixés à la trame protoplasruique et, par suite de leur étroite spécialisation, sont devenus mortels, tandis que les autres conservaient leur liberté. L'ensemble de ces derniers réalise la portion de SUBSTANCE VIVANTE transmissible, possédée par le Fuligo, tandis que l'ensemble des premiers représente sa portion de SUBSTANCE VIVANTE sacrifiée.

La sporulation du Fuligo consiste donc essentiellement dans la séparation des éléments que nous venons de distinguer : dans le départ de la SUBSTANCE VIVANTE transmissible, abandonnant un cadavre composé, d'une part, de la substance vivante sacrifiée et, d'autre part, du protoplasma inerte. Dans cette circonstance, la substance vivante subit une perte déjh considérable : celle des coccei différenciés qui communiquaient le mouvement à la protamibe, et cette perte est devenue, par le fait d'une adaptation ingénieuse, fort utile à la portion transmissible. Tout le reste de cette masse raccornie est formé d’un protoplasma qui n'a jamais vécu. La suBs- TANCE VIVANTE transmissible a émigré au sommet du pédicule élevé pour ses besoins et ce départ de la substance vivante transmissible a été le signal du raccornissement de ce pédicule, comme le départ des graines du corps d’une plante annuelle: comme le départ des spermatozoïdes du corps d’un mâle; comme le départ des ovules du corps d’une femelle. d’insecte, est le signal de la mort et du raccornissement de leurs organismes, désormais réduits à l’état de cadavres, lesquels sont formés, d’ailleurs, des mêmes parties que le cadavre du Fuligo.

La SUBSTANCE VIVANTE transmissible forme alors au

sommet du pédicule protoplasmique, une grappe de spores qui ne sont autres que les cocci non différenciés, frères et fils de cette spore qui, naguère. construisait la protamibe, se multipliait et s’approvisionnait à sa faveur. Car chacun des cocci s’est enveloppé d'une couche protectrice, muni d'une provision alimentaire et attend patiemment, en état de vie latente, qu'un coup de vent l'ait emporté dans une région propice où, ranimé, il se propose d'entreprendre, avec le secours des cocci dérivés de sa bipartition, la construction d’un nouveau Fuligo.

L'euplasma est ici, comme partout, le substratum de la vie; le protoplasma n’est que le soutien et le protecteur de l’euplasma.

Identique est l’évolution de la plante polycellulaire, où le même besoin de dissémination des germes, encore confié aux mouvements atmosphériques, est satisfait par le même procédé : formation d’un pédicule, au sommet duquel s'épanouira la SUBSTANCE VIVANTE transmissible, renfermée dans les germes. Si la plante est annuelle, en d’autres termes si la plante doit abandonner en une seule fois toute Sa SUBSTANCE VIVANTE transmissible, le pédicule se flétrit à mesure que celle-ci l’abandonne.

Si la plante est vivace, sa substance vivante se partage en deux parties distinctes : l'une inimédiatement transmissible, l’autre destinée à être transmise plus tard. Tantôt alors, comme dans les Liliacées par exemple, la première se porte et s’inclut dans les germes, tandis que l’autre est mise en réserve dans un bulbe. Tantôt, et c'est le cas le plus fréquent, la SUBSTANCE vivante renforce le pédicule, à mesure que les progrès de sa multiplication nécessitent une plus grande solidité

et de plus grandes dimensions de son support; puis, elle abandonne le bois, dès qu'il est constitué, et sous forme de cambium, se localise entre le liber et l’aubier, comme en un quartier général, d’où elle pourra se porter, suivant ses bésoins et la destination de ses di: verses portions, dans les feuilles, les fleurs et les fruits.

La masse ligneuse d'un arbre est du protoplasma modifié, soit, mais non de la SUBSTANCE VIvANTE modifiée, La SUBSTANCE VIVANTE ne se modifie pas : comme disent les Anglais : « Elle est ou elle n’est pas. » Elle se forme et demeure identique à elle-même jusqu'au moment où elle s’exhalera dans l’atmosphère ; ou meurt en cédant quelqu'une de ses parties constituantes à des affinités chimiques plus puissantes qu’elle. Elle n’a jamais fait et ne fera jamais que cela. La SUBSTANCE VIVANTE à CONStruit cette masse lisneuse à l'aide de matériaux qu'etle a empruntés, qu'elle à élaborés, mais elle ne lui a pas cédé une parcelle d'elle-même. Elle ne lui en cédera qu'au moment de la mort du végétal, comme elle l’a fait à l’occasion de la mort du Fuligo où elle a sacrifié la portion d'elle-même qui, en raison de son étroite spécialisation, avait perdu ses aptitudes à la transmissibilité.

Quelle singulière idée ne se fait-on pas de la sups- TANCE VIVANTE, que l’on s’est habitué à regarder comme une denrée de si faible valeur, que la vie la sacrifie pour ainsi dire à ses moindres caprices! Non, la suBs- TANCE VIVANTE n’est pas une denrée banale, elle ne se prodigue pas inutilement. Elle a le sentiment de sa haute valeur et fait tout pour se préserver de la destruction. Elle est aussi rare qu’elle est puissante et n'existe dans les organismes supérieurs, relativement à leur masse, qu’à dose pour ainsi dire infinitésimale. Un

Le AE

homme du poids de 80 kilos n'en renferme peut-être pas 10 grammes et il n’en existe peut-être pas une once dans un arbre pesant 1.000 kilos.

La puissance terrifiante des cocciet des bactéries, lorsqu'ils deviennent pathogènes, en nous donnant la mesure de leur pouvoir antibiotique, ne nous donnet-elle pas indirectement, une idée exacte de la puissance biogène des cocci et bactéries associés? Car pathogénie ét biogénie sont la même chose au fond. De même que, traitant des choses de l'esprit, on à pu dire que « la superstition des uns est la religion des autres », de même le biologiste doit dire : « la biogénie des uns est la pathogénie des autres. > La pathogénie microbienne n'est que la biogénie s'exerçant aux dépens d'autrui.

Quand nous voyons un milligramme de culture de vibrion cholérique tuer un cobaye de 300 à 400 grammes, nous pouvons noùs demander, tout en restant dans les règles de la plus stricte logique, pourquoi un milligramme de cocei associés et combinés n’animerait pas 800 à 400 grammes d’un organisme métazoarien.

Quant à la prétendue sensibilité du protoplasma, qu’il est impossible, dit Claus, de considérer comme une fonction de lamatière— et que serait-cedonc? —ilsuffit qu'il soit bon conducteur des vibrations lumineuses, électriques, calorifiques, acoustiques et tactiles qui lui sont communiquées, pour qu'il les transporte rapidement et intégralement aux cocci qui l’habitent; ceux-ci, alors, réagissent aussitôt, comme réagissentcontre de telles impressions les abeilles et les termites d’une cité, dont le mur d'enceinte n’est ni plus ni moins sensible que le protoplasma, mais seulement bon conducteur des vibrations. Le revêtement corné de notre peau, de notre cornée, etc., n’est pas sensible et cependant il transmet

-médiatement à nos cellules les sensations qu’il à éprouvées. Et le bâton de l’aveugle, le stylet du chirurgien qui atteste la présence d’une balle, d’un séquestre ou d'une carie osseuse sont-ils sensibles? Qui donc sait si ces sensations sont perçues par le protoplasma ou par les cocci? On croit à la sensibilité du protoplasma ; nous disons, nous, que les cocci seuls sont sensibles.

Aucune des propriétés, dites vivantes, du protoplasma ne lui appartient en propre; elles lui sont communiquées par les cocci, comme les manifestations vitales du métazoaire lui sont conférées par les amibes et celles de la cité, par ses habitants métazoariens, ce qui revient à dire que, dans tout organisme, quel que soit le degré qu'il occupe dans le cycle évolutif parcouru par la SUBSTANCE VIVANTE, les cocci seuls possèdent la vie et animent les machines plus ou moins compliquées dont ils représentent les foyers vitaux, l’âme.

Une analyse succinte des phénomènes de la reproduction va clore, enfin, cette longue discussion et apporter à nos conclusions une imposante confirmation.

Si, ne nous occupant que de la portion privilégiée de là SUBSTANCE VIVANTE, de sa portion transmise, nous cherchons à l’apercevoir dans sa course à travers les organismes, nous remarquons ceci :

Chez les cités, le germe, c’est-à-dire la portion transmissible apparente, est l’essaim, formé d’une femelle fécondée seule (bourdons) ou d’une femelle fécondée, entourée d’un groupe d'ouvriers (abeille, termite) ;

Chez le métazoaire le germe, c’est-à-dire la portion transmissible apparente, est l’ovule, recouvert de son chorion protecteur ;

Chez l’amibe, la portion transmissible apparente, le M. 10

germe, est une amibe ou de nombreuses spores résultant de la segmentation du noyau ;

Chez la protamibe, la portion transmissible apparente est, tantôt un fragment de la protamibe, tantôt “une multitude de spores. De même chez la bactérie;

Enfin, chez le coccus, la portion transmissible appa- ‘rente est un coccus semblable à celui qui lui a donné naissance.

= Mais cherchons à pénétrer au delà ce ces apparences : de cet essaim que nous voyons sortir de la cité, les métazoaires ouvriers vont bientôt disparaître tout entiers, frappés de mort; puis à son tour la reine, dès qu'elle aura expulsé ses œufs. Ce sont donc ces œufs seuls qui constituaient la portion de substance vivante transmise par la cité, ou mieux ce sont ces œufs débarrassés de leur chorion et du vitellus nutritif dont l'organisme maternel les avait munis. Reste, pour représenter cha- ‘Cun d'eux, un essaim d’amibes (les amibes nourricières de l’ovule, ou vitelligènes, se sont déversées dans celuici) confondues et groupées autour d’un noyau. Dans cet ensemble sont des parties non vivantes : réseau protaplasmique, membrane nucléaire, sérum nutritif amibien et nucléaire et autres réserves, et une partie vivante : les cocci de l’amibe ovulaire et ceux du noyau. En sorte que la SUBSTANCE VIVANTE transmise par la cité se réduit à une multitude de cocci amibiens et nucléaires.

Le même procédé analytique nous montre que ce sont également des cocci, mais de moins en moins nombreux et de moins en moins variés, qui forment la partie vivante des germes transmis par le métazoaire, l’amibe, la protamibe, la bactérie et. enfin, le coccus chez lequel le nombre des rejetons est réduit à l'unité.

Concluons de là que, quel que soit le degré auquel

appartienne un organisme, il ne transmet jamais que des coeci.

Mais des cocci de plus en plus diversement spécialisés et de mieux en mieux protégés alors qu'ils sont transmis par des organismes d'ordre plus élevé, puisque celui que produit le coccus est toujours semblable à lui et seulement protégé par sa mince cuticule; ceux que produit l'amibe sont déjà plus variés et diversement spécialisés ; de plus ils sont protégés par une amibe. Ceux que transmet un métazoaire sont plus variés encore et protégés par un groupe nombreux d’amibes intiment combinées. Enfin ceux que transmet une cité sont plus variés encore et protégés par un groupe nombreux de métazoaires merveilleusement adaptés à leur conservation.

Que gagne la SUBSTANCE VIVANTE à ces complications progressives? Des moyens d'action plus puissants et plus variés. L’inégalité est de tous les temps : elle dut faire son apparition dès l'avènement de là SUBSTANCE vi- VANTE. Celle-ci, conséquemment à cette circonstance inévitable, en créant la concurrence et l’antibiose, se mit elle-même dans l'obligation de progresser sans cesse, sous peine de disparaître bientôt tout entière.

Ainsi, tous ces germes, que nous venons de passer en revue, se résolvent, en dernière analyse, en un nombre plus ou moins considérable de cocci. Tout le reste de leur substance est, tôt ou tard, consumé par l'activité vitale ou abandonné sous forme de cadavre. Eh bien ! dans ces cocci, le protoplasma ne joue plus que le rôle infime d’enveloppe protectrice et de minuscules cloisons. Nous apercevons la SUBSTANCE VIVANTE presqu’à découvert. Elle est là ; elle n’est que là et tout ce qui, dans l’amibe, dans le métazoaire et dans la cité, n’est

pas coccus, est un ensemble de substances inertes associées par la vie à ses travaux, à titre d’auxiliaires seulement.

C’est encore aux cocci qu’elle renferme et à eux seuls, qu'il faut attribuer tout entière l’action mystérieuse de cette spirobactérie nucléaire déléguée par le père vers cet ovule qui va devenir son enfant, et qui porte en elle tout Jui-même : ses qualités et ses défauts, ses talents et ses manies, ses maladies organiques qui vont éclater à point nommé chez son descendant, ses diathèses et jusqu'à sa frappante ressemblance : son âme (tota in qualibet parte corporis), sa vie en un mot. Eh bien! dans cette fidèle et toute-puissante messagère, où donc est le protoplasma?

La dissertation qui précède comprend les deux premiers chapitres d’un Essai biologique que nous nous proposons de publier un jour. Peut-être encourra-t-elle le reproche d’être moins une œuvre scientifique proprement dite qu'une exploration pré-scientifique. Ce reproche, nous l’accepterons sans protestation aucune, convaincu qu'il ne dépréciera en rien notre œuvre. Toutes les convictions, même les plus risquées, ne sont-elles pas respectables, dès lors qu’elles sont rationnelles et sincères? « Un système, pourvu qu’il soit « raisonnable, et quel que soit le sort que les progrès « de l'observation lui réservent dans l’avenir, offre à « nos yeux, a dit un savant distingué (de Lapparent, « Traité de géologie, 1883, p. VI), l'avantage d'établir un « lien logique entre des faits dont la signification nous « échappe quand ils demeurent isolés. » La science n’a que de grands avantages à retirer d'une si large tolé-

rance.

Un fait certain, c’est que, toute récente qu’elle soit

là conception de la cellule organe élémentaire, c'est-àdire élément le plus simple qui entre dans la composition des tissus, est devenue tout à fait insuffisante. La conception du protoplasma, substratum de la vie, est incapable de nous rendre compte des phénomènes vitaux. Ces croyances, malheureusement érigées en principe, ont fait naître et entretiennent dans les esprits cette idée fausse, que nous sommes parvenus dès maintenant aux dernières limites de l'analyse des êtres vivants. | Animés par les ardeurs d’une poursuite acharnée, éblouis par les progrès effectués par l’histologie depuis cinquante ans, les savants se sont crus parvenus au terme de leurs investigations. Ils ont cru saisir enfin ce protée qui, depuis si longtemps soupçonné, toujours fuyant, toujours se dérobant, leur échappait sans cesse, cette matière première qui, directement animée par la vie, a servi à l'édification de tous les organismes. C'était un leurre. fe gen Non ! la cellule n’est pas l'organe le plus élémentaire dans lequel puisse se résoudre un organisme : elle est un monde qu’il nous faut étudier patiemment et analyser avec soin. Non ! la science n’est pas parvenue au terme de ses recherches concernant les origines de la vie. | UE En substituant à la théorie amibienne (cellulaire), déjà vieillie, une théorie coccienne, nous avons seulement fait une nouvelle étape dans l’interminable voie des investigations. Puis nous nous sommes prudemment arrêté, car il nous semblait inutile de franchir les bornes actuelles du domaine scientifque. De ce lieu avancé, jetant un coup d’œil dans le lointain brumeux, nous avons ru apercevoir ces associations élémen-

taires dont nous avons parlé et, aussi loin que le permettait la portée du regard, au sein d’une atmosphère antique, riche et féconde, ce brouillard formé de vésicules vivantes que nous avons appelées pr'otobies.

Cet aperçu vague n’a pas fait naître en nous de trompeuse illusion. Nous ne croyons pas avoir dévoilé le mystère des origines de la vie, tant s’en faut. Aurionsnous déterminé d’une façon définitive le substratum matériel de la vie, qu’il nous resterait tout à apprendre des forces qui l’animent et de la combinaison de ces forces. Mais du moins nous avons apprécié la situation qu’'occupe le savant par rapport au problème des ori gines et nous avons acquis cette ferme conviction que la science ne fait encore que pénétrer dans le monde immense des infiniment petits.

Fidèle aux principes que nous venons de développer, dans tout le cours de notre Biologie, nous considérerons les éléments constituants de tout organisme, qu’il soit monamibien, polyamibien ou cité, non plus ainsi qu’on a l'habitude de le faire, comme des objets obéissant passivement à des forces directrices vagues, mal définies, siégeant on ne sait où, qu'on les appelle Nature, Intérêt de l'espèce où Sélection naturelle, mais comme des étres vivants, complets, étroitement associés, joncièrement convaincus de la nécessilé de la vie en commun, par failement instruits des besoins de l'association, entièrement dévoués aux intérêts de celle-ci, doués chacun d’une volonté propre, ferme, précise ; capables d'acquérir des aptitudes variées, déterminées par leur situation, dans les organismes à éléments fixes, par des circonstances encore ignorées, dans les organismes à éléments mobiles ; capables, le temps aidant, de développer ces aptitudes d’une facon presque indéfinie ; profondément pénétrés du plan de l'édifice qu’ils

ont à construire, du but qu'ils se proposent en le construisant, des fonctions que cet édifice doit remplir par leurs soins el de la part qu’ils ont à prendre, chacun pour son compte, dans l’accomplissement de ces diverses fonctions.

Cette manière de concevoir un organisme quelconque, en distinguant soigneusement les associés actifs de l’édifice passif, est la seule qui permette de comprendre la genèse, le fonctionnement, la variation, l'objectif des

Ê êtres vivants. L'intelligence des faits biologiques l'exige Tes et la raison l’impose.

Nous demandons pardon à M. Delage pour l'avoir si souvent pris à partie. Maïs en se faisant le porte-parole, d'ailleurs si autorisé, de tous les biologistes théoriciens et le champion de la doctrine protoplasmique unitaire, ne s'est-il pas, de lui-même, désigné comme objectif à nos critiques ? |

Du moins qu'il ne se méprenne pas sur nos intentions et croie à la sincérité de notre respect.

Vu : le Président, Vu : Ze Doyen de la Faculté, MATHIAS-DUVAL. BROUARDEL.

Vu et permis d'imprimer :

le vice-recteur de l'Académie de Paris, GRÉARD.

Paris. — Typ. À, DAVY, 52, rue Madame,

Page 1