Morat, Traité de physiologie, p
Elle la suggère plus nettement encore quand on examine les variations relatives de la pensée et du système nerveux.
Nous l'avons dit : les facultés mentales des différents animaux sont profondément dissemblables les unes des autres. De l'homme au protozoaire, nous apercevons tous les degrés de l'activité, depuis l'action volontaire dirigée par des connaissances scientifiques jusqu'à l'action réflexe purement automatique. Or, si nous comparons entre eux les systèmes nerveux des différents vivants, nous constatons qu'ils sont aussi dissemblables les uns des autres que le sont les facultés psychiques de ceux qui les possèdent. Entre le cerveau de l'homme^ celui du chien, celui du lapin, celui de l'aigle, celui de la grenouille, il y a certaines ressemblances évidentes ; mais il y a des dissemblances non moins frappantes. Le rapport de la quantité de substance grise accumulée dans le cerveau au poids total du système nerveux, la forme des circonvolutions cérébrales, leur disposition, leur présence ou leur absence, la situation du cerveau lui-même par rapport au cervelet et aux couches optiquest tout cela varie. Naturellement, les dissemblances sont encore plus grandes entre le système nerveux d'un homme et celui d'une abeille qu'entre celui de l'homme et celui du lézard. Les dissemblances s'accentuent quand on suit ainsi toute la chaîne des animaux. Qu'est-ce à dire ? Que les facultés mentales varient comme varient les organisations nerveuses des divers vivants.
Continuons. Les hommes sont très inégalement doués au point de vue de leurs facultés mentales. Il est des hommes de génie et des idiots. Il est des esprits sains et des fous. Or, si l'on examine les systèmes nerveux des individus de ce genre, on trouve qu'ils diffèrent sou-
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vent d'une façon visible comme les mentalités de ceux qui les possèdent. Nombre d'hommes de génie ont eu des cerveaux énormes, dont le poids dépassait singulièrement la normale. La plupart des idiots sont des microcéphales dont le cerveau est extrêmement réduit. L'étude du cerveau des fous i révèle chez eux soit des lésions apparentes, ramollissement de certaines parties, circonvolutions devenues transparentes, cerveau tacheté d'une multitude de granulations, soit des lésions qu'on ne peut apercevoir qu'au microscope. Chez quelques-uns, à vrai dire, l'analyse ne découvre aucune anomalie, Mais cela ne suffit pas à prouver qu'il n'y en ait pas. Nous n'avons pas encore d'instruments assez perfectionnés pour saisir dans leur détail toutes les étrangetés que peut présenter une substance vivante. La matière peut être altérée chimiquement sans que nous nous en apercevions. L'observation tend donc à le prouver : aux anomalies mentales individuelles correspondent exactement des anomalies physiologiques.
Il y a mieux. Car lorsque certaines parties du cerveau, toujours les mêmes, sont détruites, certaines facultés mentales, toujours les mêmes, sont annihilées; lorsque ces parties sont excitéest au contraire, on voit se produire chez le sujet certains mouvements, toujours les mêmes. « Des renseignements puisés à ces sources diverses, on a pu conclure que le cerveau est composé de parties, de systématisations différenciées dont les modalftés principales correspondent aux cinq sensations différentes qui se partagent notre sensibilité. La partie supérieure du cerveau, son pôle occipital, est affectée à la vision. Une partie de la région temporale