Morat, Traité de physiologie, p
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brutal à la tête anéantit toute la mémoire ou une partie de nos souvenirs. La faim excessive nous met dans le même état, L'évanouissement résulte d'une circulation mauvaise. Bref, tout ce qui, directement ou indirectement, retentit sur le cerveau, retentit du même coup sur la pensée, augmente ou détruit nos facultés, les rend momentanément plus actives ou plus languissantes.
Ainsi s'il est vrai de dire que, quand la cause varie, l'effet varie également, le cerveau paraît bien être la cause de la pensée. Car leurs variations sont évidemment correspondantes.
Mais va-t-on donc pouvoir admettre cette conclusion ? Beaucoup de philosophes naturalistes l'ont fait. D'autres n'ont pas osé aller jusque là.
C'est, en effet, une difficulté énorme pour ceux des naturalistes qui se font de l'univers une idée purement cinétique que d'expliquer la pensée. Cabanis a vu en elle une sécrétion du cerveau. Buchner la réduit à un mouvement. Il faut bien avouer que des notions de ce genre sont plus qu'obscures. Assurément, si nous devons concevoir la matière comme faite d'atomes étendus, et si nous devons admettre que la force agit dans la matière simplement en agitant ces atomes et en les groupant de diverses façons, nous devons penser aussi que, dans le corps humain, il n'y a que des mouvements soumis à des lois mécaniques. Le cerveaut en particulier, ne peut pas contenir autre chose. Buchner a donc raison, si le cerveau est l'organe de la pensée, de confondre la pensée avec un mouvement. Mais est-ce donc là une idée qu'on puisse soutenir intelligiblement ? Un mouvement est un transport d'atomes et de molécules d'un point à un autre avec une certaine vitesse et dans une certaine direction.
Cresion. — Philos, natur. 8
Dira-t-on donc que la sensation de rouge ou de bleu que j'éprouve soit quelque chose de ce genre ? Dirat-on que mon amour ou ma haine se réduisent à des vibrations moléculaires ? Qu'on nous montre la ressemblance qui peut exister entre ces deux choses. Leibniz Ta établi. On peut supposer un moulin qui pense. Celui qui y entrerait y verrait des roues et des meules en train de tourner ; y découvrirait-il une pensée ? On peut supposer de même un cerveau agrandi comme un moulin. L'observateur qui s'y promènerait apercevrait peut-être l'agitation prodigieuse des atomes et des molécules ; y apercevrait-il davantage une pensée ? Confondre le phénomène psychique et le mouvement cérébral, c'est s'aveugler à plaisir. C'est cependant ce que font ceux des philosophes naturalistes qui déclarent que la pensée est une fonction du cerveau après avoir défini celui-ci comme une combinaison d'atomes et de molécules.
Mais la difficulté est-elle aussi grande dans un naturalisme dynamiste ? Ici, ce n'est plus à la notion de l'étendue qu'on demande une définition de la matière. L'étendue de l'atome n'est plus qu'une apparence subjective, une des formes sous lesquelles nous l'imaginons. La vraie notion de la réalité est tout autre. Le vrai atome, c'est la force. La dualité « force et matière » se réduit à l'unité « force ». Le cerveau n'est donc plus composé de petites parcelles agitées. Il se réduit à un groupe de forces immatérielles synthétisées suivant un certain ordre et certaines lois. Or estil impossible de considérer à son tour la pensée comme une force ? Et si la pensée est une forme de l'énergie, sera-t-il plus extraordinaire de voir les formes de l'énergie que nous apercevons sous l'aspect matière se changer dans les formes d'énergie que nous aper-
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ccvons sous l'aspect esprit, que de voir se transformer les unes clans les autres les diverses formes de l'énergie physique ?
En somme, lorsqu'il s'agit de l'esprit comme lorsqu'il s'agit de la vie, la science est loin encore d'avoir dit son dernier mot. Pourtant les progrès qu'elle a faits ont été de telle sorte qu'ils tendent à confirmer la théorie naturaliste de l'univers plutôt qu'à l'infirmer. Il n'y a décidément pas une différence de nature entre la mentalité de l'homme et celle des diverses espèces animales. L'abîme que le spiritualisme prétend creuser entre la vie du corps et celle de l'esprit ne semble peutêtre exister que parce qu'on a pris trop à la lettre les schémas à l'aide desquels les partisans de la doctrine cinétique se représentent la matière. Les phénomènes de la vie psychique pourraient donc bien n'être pas autre chose qu'un cas particulier des phénomènes ordinaires de la vie organique : les mêmes lois qui expliquent les uns pourraient bien aussi s'appliquer à l'explication des autres.