ROLE SOCIAL DE L'ÉDUCATION
L'Éducation physique s'adresse a tous, aux faibles surtout. — Il ne faut pas restreindre, comme on le fait trop souvent, l'éducation physique à de simples pratiques athlétiques. Celles-ci sont plutôt destinées à utiliser les forces qu'à les acquérir.
Les résultats extraordinaires auxquels atteignent certains sujets d'élite frappent l'imagination, on admiré le développement musculaire excessif, l'adresse et l'audace poussées jusqu'à la témérité. Mais on oublie que c'est là une exception.
Sans prétendre à de tels avantages physiques, tous peuvent s'améliorer et sortir d'un état déplorable d'infériorité sous ce rapport.
Le faible est timide, très chatouilleux sur les questions d'amour-propre, il ne faut pas le décourager, mais au contraire l'attirer vers l'exercice dont il a tant besoin. Il doit être l'objet de l'attention bienveillante de l'éducateur soucieux de la prospérité et de l'avenir de son pays. Les faibles sont en majorité. Il est urgent de relever le niveau moyen d'une nation au lieu de chercher à produire quelques sujets hors pair. Il faut être d'accord sur ce point.
L'éducation physique, ce n'est point l'athlétisme, ce n'est pas
Dembrt. — Bases scient i
UBS 6ASES SClEIttWOUBS'iîB t'ÉfitJCATlOÏT PHYSIQTJI
la recherche de la force pour la force; son but est plus élevé, il loiiche à la puissance même d'un peuple en tant que source d'énergie et producteur de Iravail.
Chacun devrait avoir des connaissances élémentaires sur cet objet et s'assujettir aux règles de l'hygiène comme aux règles de la morale avec la conviction que c'est là le moyen de trouver le bonheur, l'indépendance et le succès.
Tous désirent la santé, convoitent une longue et verte vieillesse; personne n'y peut prétendre sans s'astreindre à un régime convenable. L'organisme humain a ses exigences, la vie a ses lois. La sagesse est de ne point vouloir s'y soustraire, on est forcément vaincu dans la lutte contre les lois naturelles.
Chaque jour l'occasion se présente de tirer parti des avantages d'une bonne éducation physique. Ce n'est pas en vue de concours athlétiques ni de spectacles acrobatiques qu'il faut s'exercer; la lutte pour la vie est assez âpre, nos forces nous trahissent trop souvent pour que nous sentions la nécessité de nous préparer à l'effort.
Jeune ou vieux, faible ou fort, nous devons toujours entretenir nos forces pour ne pas les perdre ; l'exercice doit faire partie intégrante de notre vie et passer à l'état de besoin comme éelui de manger, de boire et de dormir.
L'application militaire est une spécialisation facile et toute naturelle; il n'est pas indispensable de passer de longues années sous les armes, si^ rentré dans son foyer chacun de nous continue à s'exercer et à s'entraîner de façon à être toujours prêt à la lutte.
Les piPpâREiYCfis ektre les hommes ^rovieiinent de leur MANIÈRE DE VIVRE. — Il n'est pius néceBBâÀre d'être un observateur bien profond pour apercevoir entre les hommes des différences sensibles.
La taille, la grosseur, les proportions des différentes parties du corps, l'attitude et la détiiarche> la vivacité et la lenteur des mouvements/ les traits du visage, les expressions de la physio'* nomie^ la coloration des pigments sont visiblement différents.
A côté de ces différences extérieures, il y en a de cachées> de plus profondes constituant la partie intime de l'individu.
Dans l'ordre physique, l'activité, la force, la vigueur^ la santé, la résistance à la fatigue et aux causes morbides^ l'habileté
ROLE SOCIAL DE l'ÉDUCATION
manuelle et ladresse corporelle; dans Tordre psychique, la sensibilité, Tacuité des sens, la puissance de la pensée, du jugement et de Timagination, le sens esthétique ; la force morale, la volonté et le courage sont aussi choses sujettes à variations et susceptibles de perfectionnement.
Les lois de l'hérédité sont assez obscures ; il nous est parfois difficile d'établir la filiation d'un caractère nouveau que nous voyons apparaître chez un sujet, mais il est souvent des cas où nous parvenons à saisir la raison des variations individuelles et à établir les rapports de cause à effet.
Des recherches de ce genre ont été faites d'une façon suivie chez les animaux. Elles ont pu l'être parce que les animaux sont nos esclaves, nous les manions en maîtres, nous les plaçons à notre gré dans des conditions nouvelles, nous pouvons suivre pendant plusieurs générations l'influence des milieux, nous accumulons les effets des plus petites causes ; nous obtenons des résultats sensibles et nous arrivons ainsi 4 modifier ranimai à notre profil.
Chez l'homme peu d'observations suivies ont été faites dans ce sens. Les préjugés nous arrêtent dans cette voie, notre vanité et notre orgueil se révoltent à l'idée de nous assimiler à des animaux et nous avons bien du mal à nous soumettre à des expériences de longue haleine, même en vue de notre perfectionnement.
Par expériences suivies nous entendons parler d'expériences faites avec la méthode scientifique dans des conditions déterminées, avec un contrôle sérieux des résultats, nous ne consi-» dérons pas comme telles les simples constats sans précision faits dans les records ou dans les concours athlétiques.
Les causes des différences existant entre les hommes d'une même race sont évidemment dues à l'influence des agents exté« rieurs et au genre spécial d'activité de chacun.
Les variations constituent parfois un bénéfice acquis pour l'individu, mais elles peuvent être aussi un indicé de déchéance.
Les métiers laissent leur empreinte reconnaissable chez tous les travailleurs. Les passions dominantes laissent leur trace dans le geste et la physionomie.
Les artisans d'une même profession forment une même famille ayant ses caractères propres, ils se ressemblent et se
4^ LEi BASES SCIENTIFIQUES DE L EDUCATION PHYSIQUE
reconnaissent. L'homme a varié depuis les temps préhistoriques ; parasite rivé pour toujours à sa planète, il a subi Tinfluence du milieu naturel imposé et celle du milieu faclice qu'il s'est créé par ses habitudes, ses préjugés, ses vices et son ignorance.
L'homme varie encore dans les temps historiques ; fort et beau dans l'antiquité à Rome et à Athènes où il est toujours entraîné à la lutte ; il dégénère quand le fanatisme religieux lui enseigne à mépriser le corps, à le sacrifier à l'âme, élan superbe de notre nature mais incompatible avec les lois de la vie.
Les temps modernes indifférents et sceptiques demandent à l'industrie un bien-être qui nous éloigne de plus en plus des conditions normales et naturelles ; l'activité cérébrale s'exagère aux dépens de l'activité musculaire et des maladies apparaissent, conséquence du surmenage nerveux et de la faiblesse de notre pouvoir réparateur.
L'espèce humaine n'est donc pas immuable ; si l'individu nous semble fixe, cela tient à nos sens trop imparfaits pour constater de faibles variations et aussi à notre vie trop courte pour que ces petites variations aient eu le temps de s'accumuler et de devenir apparentes. 11 nous faut alors échelonner dans la suite des temps des observations continues ; il nous faut des chercheurs qui se succèdent, des sentinelles qui se remplacent quand elles tombent et transmettent à leurs successeurs la suite toujours inachevée de leurs travaux.
A côté de ces études délicates il y a des faits grossiers qui n'échappent à personne :
On distingue facilement un athlète d'un bureaucrate, on reconnaît un écuyer d'un tailleur à leur démarche. Le cordonnier a le sternum déformé à sa base. Les apophyses osseuses et les insertions des muscles sont plus développées chez les sujets à muscles puissants, capables d'efforts intenses que chez Fenfant, la femme et l'homme sédentaire.
L'équitalion pratiquée dans la première jeunesse arque les fémurs. Les attitudes professionnelles, les mauvaises attitudes scolaires déforment le corps. Tout le monde a remarqué les mollets des danseurs, les biceps des boulangers, les cuisses des cavaliers, les malformations de la main chez les tanneurs et les tailleurs de pierre.
ROLE SOCIAL DE l'ÉDUCATION
Les femmes renversent la forme du thorax qui devrait être étroit en haut et large en bas et trouvent beau de se serrer la taille avec des ceintures et des corsets.
Les chaussures étroites détruisent la fonction primitive du pied et le i'éduisent à un moignon dont les orteils sont rabougris et atrophiés.
Il y a une asymétrie constante de la partie droite et de la partie gauche du corps. Le squelette humain porte son âge marqué sur ses différents éléments, il porte les traces des mouvements et la marque des efforts spéciaux répétés pendant la vie; le vieillard se reconnaît dans ses traits, dans sa forme et dans ses mouvements.
Les différences sont régies par la loi d'adaptation des organes A LEURS FONCTIONS. — Lcs différences entre les individus sont la conséquence du rapport intime entre la fonction et l'organe qui le produit. Les organes se modiOent quand la fonction se modifie ; les limites de ces modifications sont à déterminer, mais elles existent et sont bien connues dans certains cas. Les plus tangibles et les plus faciles à produire sont celles du système musculaire ; il y en a d'autres, le muscle lui-même est sous la dépendance des centres nerveux, et l'organisme entier obéit à la loi du plaisir et du moindre effort.
La transmission des caractères saillants des individus par voie héréditaire constitue le propre d'une race; la fixité de ces caractères n'est peut-être pas absolue, mais elle est assez durable pour qu'il résulte des différences bien tranchées entre les peuples et pour constituer des sectes.
Influence des habitudes héréditaires. — La noblesse ancienne mettait sa gloire à briller par les qualités viriles et chevaleresques ; elle se soumettait à une éducation forte et recherchait ses alliances parmi les sujets de même rang et de même valeur. Il y avait des principes qui assuraient la transmission de ces qualités. Aussi, tant que chevaliers et seigneurs s'entraînèrent aux combats et luttèrent pour de grandes causes, ils formèrent l'élite de la nation.
Il n'en fut plus de même lorsque cette vie active et ardente fut remplacée chez les descendants par une vie de plaisir et d'oisiveté.
La valeur réelle de Tindividu fit place à des préjugés de caste et à des privilèges injustes destinés à en masquer i'impuis'i sance.
Le plus grand^ malheur qui puisse arriver à un homme au point de vue de son perfectionnement, c'esf d'être, dans sa jeunesse, en possession des privilèges de la fortune : celle-ci supprime chez lui toute nécessité de lutte, d'effort, et le maintient en tutelle, presque en esclavage.
Lorsque cette tutelle vient à manquer, on constate Tétat d'infériorité et d'impuissance de ces êtres privilégiés destinés à disparaître à cause de leur incapacité.
La bourgeoisie timorée préfère pour ses enfants les situations médiocres, mais garanties par FÉtat, aux aléas de Tinitiative privée.
Ce besoin de tutelle est une véritable maladie, il est incompatible avec l'état de liberté, on le voit pénétrer dans les campagnes où le paysan rêve pour son fils l'existence factice des grandes villes, alors qu'il a sous la main les vrais biens naturels.
, Toutes ces erreurs auront pour notre race les conséquences les plus graves.
C'est l'effort qui nous améliore physiquement et moralement ; l'effort est une condition de notre développement. Le travail est la source du bonheur et de la vertu, tandis que l'oisiveté engendre tous les vices ; le plaisir tue plus de gens que le travail.
On se demande quelquefois si la guerre n'est pas une nécessité et un bien relatif quand on voit les maux engendrés durant les longues périodes de paix où le bién-étre et la mollesse enlèvent à l'homme son énergie et amoindrissent son caractère.
Il Y A DES CIRCONSTANCES QUI FAVORISENT L'ÉPANOUISSEMENT DE LA RACE HUMAINE ET d' AUTRES QUI LA DÉGRADENT. — MaiS tOUt travail
tfest pas sain, tout effort n'est pas réconfortant ; les artisans de la pensée et les artisans manuels sabissent des effets bien différents suivant ie genre de trarvail spécial imposé par leur métier ; nous préciserons ce point essentiel, mais nous pouvons déjà conclure qu'il existe des circonstances favorisant i'épar-