RÛLB SOCIAL DE L'ÉDUCATION
Qouissement de Torganisme humain et d'autres, au contraire^ qui dégradent Tindividu et la race entière.
Différences entre deux hommes, l'un entraîné, l'autre étran- <}fiR aux exercices du corps, r^ Déjà chez deux hommes restés, l'un étranger à tout perfectionneinent physique, l'autre u» adepte persévérant de l'exercice, on voit apparaître des modifications si profondes que l'on se croirait en présence de deux êtres différents.
Chez celui resté en dehors de tout entraînement se sont accumulés les effets malsains de la vie sédentaire. Des habitudes de mollesse l'envahissent, la volonté s'émousse, de là une difficulté de plus en plus grande d'agir.
Ralentissement des fonctions organiques. — Le repos devient l'état normal, les fonctions s'y accommodent; leur activité décroît, la circulation se ralentit, les mouvements respiratoires diminuent d'amplitude, la capacité respiratoire tombe à un minimum, les échanges nutritifs sont faibles; la peau est froide et pâle, ou rouge et couperosée, des malaises surviennent surtout après les repas, l'équilibre de l'assimilation et de la désassimilation est rompu et la maladie est proche. Les fonctions cérébrales s'exaltent, l'excitabilité nerveuse apparaît avec l'insomnie, de là un état constaot de fatigue qui laisse sa trace dans le caractère et dans les productions dç l'esprit.
Laideur des formes. — La conformatioii extérieurç du corps est caractéristique, les formea sont arrondies, presque fémi* uines, à cause de la présence de la graisse, ou bien elles sont anguleuses à cause de la maigreur et de l'atrophie générale des muscles. Les membres inférieurs trouvent encore dans la marche l'occasion de s'exercer, mais les bras, dans une inactivité totale, sont grêles et jurent avec le développement relativement plus grand des jambes.
L'épaule est affaissée, le moignon de l'épaule anguleux et porté en avant, le thorax aplati, un vide remplace la saillie des pectoraux ; les omoplates mal fixées au thorax font saillie sous y», peau en forme d'ailes.
Le dos est plat ou voûté, ses lignes latérales sont parallèles, le tronc a la forme d'un cylindre. La pesanteur courbe la colonne vertébrale, et le tout s'ankylose avec l'âge. Une raideur anticipée s'étend aux articulations des membres; Tabdomen est saillant, les parois en sont flasques, et la cambrure lombaire est exagérée.
Maladresse. — Le sujet non éduqué se reconnaît à la maladresse et au manque de sûreté de ses mouvements. S'il marche, court ou saute, il fait des contractions inutiles ; il ne sait pas économiser ses forces et n'en connaît pas la mesure ; aussi n'at-il aucune résistance à la fatigue. S'il entre dans un gymnase, il se jette sur le plus gros haltère ; s'il veut grimper à la force des bras, il se débat désespérément, fait des mouvements désordonnés, avec grimaces et contorsions; il gaspille son énergie pour n'aboutir à aucun résultat utile. Même désordre dans la respiration et la circulation : de là essoufflement, palpitations, vertiges et impossibilité de continuer un travail soutenu.
Ces faits se présentent pour tout exercice nouveau, le sentiment de sa maladresse lui ôte le sang-froid et la conflance devant le danger, et il risque de s'abandonner à des actes désespérés qui peuvent lui coûter la vie.
Nécessité d'une activité constante. Beauté corporelle. — Au contraire, le sujet bien éduqué physiquement est toujours prêt à agir, l'activité habituelle étend sa vie de relation, ses fonctions s'accomplissent avec énergie ; leur harmonie a pour conséquence le maintien de la vigueur et de la santé. Les muscles sont apparents et bien développés, la peau est colorée, les contusions n'y laissent pas de traces. La forme générale est belle, l'attitude dénote la vigueur. L'épaule est large et charnue, la poitrine ouverte garnie de pectoraux saillants, le dos s'élargit de la taille à l'épaule, la ligne vertébrale est au fond d'un sillon creusé dans la masse musculaire; les courbures du rachis sont peu accusées, les mouvements respiratoires sont larges.
L'abdomen est concave, les parois en sont épaisses et charnues, la taille est flne et souple.
Utilisation des qualités physiques dans la vie. — L'homme
ROLE SOCIAL DE l'ÉDUCATION O-
bien éduqué physiquement se reconnaît à la précision et à la sûreté de ses mouvements ; les plus énergiques semblent lui être faciles. Sa démarche et ses allures sont assurées et rapides ; il sait parer à une chute imprévue et en atténuer les inconvé* nients. Il connaît ses forces, sait les appliquer, surtout les ménager. Il est résistant à la fatigue parce qu'il est maître de ses organes.
Dans Tatelier, dans le gymnase, partout il se distingue par ces qualités auxquelles il peut devoir la vie ou le succès dans la lutte pour l'existence.
Une sensation générale de bien-être, inconnue de ceux qui n'ont jamais pratiqué assidûment les exercices du corps, retentit sur son activité cérébrale.
Les productions intellectuelles sont peut-être moins sujettes aux égarements de la rêverie ; elles sont pondérées et d'une portée plus pratique.
, Influence morale. — L'homme qui aime l'exercice finit tôt ou tard par concevoir une horreur instinctive de la débauche dans laquelle il sent sombrer ses forces. Il lui préfère des habitudes viriles qui améliorent et assurent la santé; ainsi il se moralise, il est disposé à rendre à la société une grande somme de services et à perpétuer ses qualités dans ses descendants ; finalement, il contribue par des moyens réellement efficaces et dans la mesure de ses forcea au relèvement et à la grandeur de la patrie.
Nécessité de l'éducation physique. Son rôle social. — Pour éviter le gaspillage de notre activité et de nos forces, il faut une éducation. Elle est nécessaire aussi bien pour former les athlètes que pour améliorer les faibles.
L'individu livré à lui-même peut quelquefois trouver les conditions favorables à son développement, ma!s le plus souvent il végète, il ne peut surmonter les obstacles et les entraves qu'il rencontre et n'atteint pas le degré d'épanouissement complet de sa nature.
L'effet bienfaisant de Téducation ne cesse pas avec nous ; nos descendants héritent de nos qualités physiques ; il faut avoir souci du patrimoine que nous leur laissons ; l'État doit pour ces raisons s'occuper de l'éducation de la jeunesse.
L'excès de civilisation est néfaste a la race. — C'est mémie une nécessité impérieuse dans la période actuelle de la civilisation. Les statistiques montrent que Texcès de civilisation est plus nuisible qu'utile an développement de rhumanité.
En France, le quart des enfants qui naissent est mort à 3 ans, il n'en reste plus que la moitié à 41 ans, le quart à 68 ans. A Paris, la moitié sont morts à 21 ans, il en reste le tiers à 46 ans.
Les maladies de dégénérescence, la diminution de la taille, la stérilité, le nombre des crimes et délits, la folie ont souvent pour cause une mauvaise hygiène, une mauvaise éducation physique.
La division du travail crée les métiers spéciaux et place l'ouvrier dans des conditions déplorables. A l'état naturel au contraire, pour satisfaire ses besoins, il faut à l'homme un exercice constant des organes de la vie de relation ; cet exercice fortifie et affine les fonctions correspondantes.
Les vices de l'âme tiennent beaucoup aux vices du corps et la faiblesse physique engendre la faiblesse morale. « Plus le corps est faible, plus il commande; plus il est fort, plus il obéit ; un bon serviteur doit être robuste. Toutes les passions sensuelles logent dans des corps eflFéminés ; ils s'en irritent d'autant plus qu'ils peuvent moins les satisfaire. » (Rousseau.)
La moyenne de la vigueur diminue par la conservation des faibles. — Quelques auteurs vont même jusqu'à accuser le développement de la thérapeutique d'être pour beaucoup dans raifaiblissement de la race.
<( Le grand nombre des oiédecins est un des signes de la décadence des peuples ; ils sont comme les plantes parasites qui vivent aux dépens des vieux arbres ; tandis que les peuples robustes de corps et d'esprit savent s'en passera »
La vigueur n'est certes jamais le résultat des médicaments ; si la science médicale arrive à prolonger l'existence des êtrjçs débiles et leur permet de se marier, le résultat sera une diminution dans la moyenne de la vigueur, et la racé issue de pareils accouplements n'a pas de raisons pour s'améliorer*
On ne peut accuser la médecine d'être coupable en obéissant
1. D' V. Maquel, Perfectionnement ou dégénération physique et morale de V espèce humaine, Paris, 1S6Ô.
ROLE SÛCIAL DE L'ÉDUCATION li
à uo seutiment 4e charité, on ne peut d'autre part supprimer les enfants anormaux ou les faibles comme cela se faisait à Sparte.
Il faut chercher à en relever la condition physique.
Il ne faut rien laisser au hasard ; savoir pour prévoir afin de pourvoir (A. Comte), voilà la sagesse.
L'ÉDUCATION DÉVELOPPE LES ÉNERGIES LATENTES. — L'éduCatiOU
ne crée pas d'éléments nouveaux, elle développe les qualités latentes, atténue les exagérations, fortifie les parties faibles, équilibre en un mot les fonctions de la vie et fait évoluer l'individu vers un idéal déterminé, vers un état meilleur et plus parfaiJt.
L'éducateur prévoit les dangers que court Tcnfant dont on connaît la nature et les parents, il indique les meilleures conditions pour éviter les maladies dont il est menacé. Si le résultat n'est pas toujours complet chez un être ayant des tares héréditaires, on peut néanmoins neutraliser l'influence de celles-ci» améliorer sa descendance et, si Ton persiste de génération en génération, créer un type qui diffère totalement de ses parents primitifs.
L'État a charge de la direction de la jeunesse. -^ Notre devoir est donc de donner à nos enfants la nourriture complète du corps ; il ne faut pas nous exposer à ce qu'ils nous reprochent un jour d'être privés, par notre négligence, de la santé et de la force auxquelles ils ont droit.
La valeur d'un homme se mesure à la part qu'il prend dans la réalisation du progrès social. L'homme est dautant plus parfait qu'il est un plus grand producteur de travail utile, mais la société ne peut exiger du travailleur une som^me de travail qui dépasse ses forces. C'est en donnant à chacun le plus de vigueur physique possible qu'on peut augmenter le rendement total en travail utile et contribuer ainsi à la marche du pro* grès.
L'éducation ne relève pas seulement la vigueur et les forces, elle les règle, les discipline et en empêche la dispersion et le gaspillage.
Il est peu intéressant d'être vigoureux si Ton emploie son
énergie mal à propos et si le travail ou la dépense de forces ne laisse pas des résultats utiles, ne produit pas de fruits. L'augment de rendement doit consister dans la contribution de chacun à une plus grande part dans la somme de bien général grâce à une utilisation meilleure de Ténergie humaine.
Notre bonheur tient en grande partie à notre vigueur physique, à la quantité d'activité dont nous sommes capables et à la direction de notre activité. Nous sommes malheureux parce que nous sommes faibles, nous nous abandonnons à nos caprices et^à nos passions; Toisiveté engendre l'excitabilité, source de dispersion et d'indécision. Les plus grands plaisirs viennent au contraire de la vigueur morale et de la santé. Ni les sermons ni les punitions dont on nous accable à l'école ne peuvent nous en convaincre ; il faut créer de nouvelles habitudes, établir de nouvelles mœurs.
Il Y A AVANTAGE AU POINT DE VUE ÉCONOMIQUE A DÉVELOPPER LES INS- TITUTIONS RELATIVES A l'éducation PHYSIQUE. — Ghacuu de nous ne peut dépenser durant sa vie qu'une somme d'énergie limitée ; la somme de travail produit et son effet utile résultent de la direction donnée à celte énergie. Il y a là un véritable budget à équilibrer.
On peut dissiper son capital, l'engloutir dans la débauche ou le faire fructifier en établissant la balance stricte entre la dépense et la réparation de nos forces.
Nous voyons souvent les robustes ruiner leur santé et, les faibles, en se soignant, prolonger la durée de leur vie et finalement engendrer plus de travail que les forts.
Tous le grands hommes auxquels l'humanité doit beaucoup n'ont pas été des modèles de vigueur, il s'en faut, mais la force morale, la persévérance dans l'effort et son but élevé ont compensé leur faiblesse physique. Ceci nous montre, à côté des raisons morales, les raisons économiques qui militent en faveur des œuvres d'éducation physique à créer.
N'est-il pas plus sûr et moins coûteux de fortifier la santé et la vigueur au début de la vie, de prévenir les maladies de toutes sortes qu'engendre la pauvreté physiologique, plutôt que de chercher à enrayer le mal une fois déclaré? Souvent alors notre impuissance est manifeste^ et nous sommes obligés d'entretenif