‹ Les bases scientifiques de l'éducation physique (volume 2)Chapitre 24 sur 109 · FONCTIONS DE NUTRITION · texte numérisé non relu

FONCTIONS DE NUTRITION

I 1". — Éducation de Vappareil digestif.

Conditions nécessaires a une bonne digestion. — Suivant la loi naturelle, nous existons aux dépens de la vie d'autres êtres dont nous nous assimilons la substance au moyen des opérations de la digestion. Nos aliments sont des animaux, des végétaux et d€« minéraux tirés de la nature ; ils doivent subir une préparation, être soumis à la cuisson et mélangés à des condiments avant d'être absorbés sous forme de mets.

Bien mâcher. — La première opération consiste à les diviser, à les broyer avec les dents et aies imprégner de salive avant de les déglutir.

Cette opération est très importante, il ne faut pas se contenter d'avaler gloutonnement les aliments mis dans la bouche sous peine d'avoir des digestions pénibles.

La chute des dents est désastreuse à ce point de vue ; les dentiers artificiels ne sont pas seulement un sacrifice à la coquetterie, ils ont leur utilité certaine. Bien des vieillards peuvent s'alimenter normalement et prolonger leur vie grâce à ces instruments de prothèse ; ils continuent h pouvoir mastiquer les aliments les plus variés jusque dans un âge avancé, ce qui contribue efficacement à leur nutrition.

Soins de la bouche et des dents. — On néglige malheureusement les soins de la bouche et des dents. Les jeunes gens a'en prennent aucun souci ; il leur serait bien facile par des soins de

CONDITIONS HYGIÉNIQUES DE L'EXERCICE 47

propreté journaliers d'éviter les accidents de la carie dentaire, d'y remédier à la première apparition et de conserver ainsi longtemps leur dents saines.

On regrette plus tard cette négligence ; on la paie cher par les souffrances intolérables des maux de dents ei tes funestes con* séquences de leur chute.

Salivation. — Le mélange 4e la salive avec le èolalimeataire commence les opérations de la digestion par la dissolution des matières amylacées, sucre^ fécule, amidon. Si Ton se hàfce d'ava^ 1er, on précipite cette opération, elle se fait mal, la digestion peut être troublée et ralentie, puisque les aliments ne rencon* treron t plus dans le iuhe digestif la diastase qui possède cette propriété dissolvante.

L'exercice très violent dessèche la bouche, tarit la sécrétion de la salive^ à ce moment, il serait nuisible de manger. Une habitude mauvaise généralement répandue, c'est de cracher sans raison, d'exciter' constamment les glandes salivaires pour en perdre le produit. On la rencontre surtout chez les fumeurs et chiqueurs de tabac. La salive peut être utilement excitée après le repas en suçant du sucre d'orge ou des bonbons parfumés aux jus de fruits ; dans ce cas, la salive devient abondante, mais on l'avale, elle produit encore son effet sur les aliments ingérés.

Ceux-ci, une fois déglutis et précipités dans le pharynx sous la forme du bol alimentaire, cheminent jusqu'à Testomac, et la digestion stomacale et intestinale commence.

Moment favorable pour se lf^trer a l'exercice. -*- On doit ici Formuler un principe des plus importants, c'est le t^B^ qu'il convient de laisser entre les repas et l'exercice.

Une expérience classique consiste à donner à deux chiens, d'égale vigueur, un repas copieux, à laisser l'un se reposer et à soumettre l'autre à une course rapide et prolongée, et à les sacrifier ensuite, deux heures après, pour vérifier l'état de leur digestion. Chez le chien inactif, on constate une digestion stomacale presque achevée, la digestion intestinale commencée ; chez le chien fatigué, les aliments se retrouvent presque intactiS dans l'estomac.

Eviter l'exercice immédiatement avant et après le repas. — On a pu vérifier chez un Canadien blessé par un coup de mousquet la vérité de ces faits chez Thomme ; Texercice modifie Tacidilé dii suc gastrique et en tarit même la sécrétion ; l'apport excessif du sang aux muscles empêche la congestion de Testomac, congestion indispensable à la digestion; pour toutes ces raisons, il ne faut jamais se livrer à un exercice violent immédiatement après les repas. Il convient de laisser un intervalle d'au moins deux heures, afin d'éviter des accidents graves, quelquefois mortels.

Pour les mêmes raisons, il faut éviter de faire un exercice violent immédiatement avant le repas ; le moment le plus favorable serait les deux heures qui précèdent le dîner, vers 3 ou 4 heures de l'après-midi.

L'organisme à jeun présente un état de faible résistance. Après le repas léger du miatin, alors qu'il doit s'écouler avant le déjeuner un long intervalle de temps, si l'on vient à faire un exercice violent, la sudation et les exhalations abondantes qui les accompagnent ont pour conséquence de diminuer la tension du sang dans le système circulatoire, d'augmenter sa densité et de placer avant tout l'organisme dans les conditions les plus propices à l'absorption. Ces conditions sont avantageuses lorsqu'elles se trouvent réunies au début d'un repas important comme le dîner : elles sont dénature à accélérer les phénomènes de l'osmose intestinale et le passage dans le système vasculaire des aliments digérés; mais à jeun elles peuvent introduire chez l'être faible quelques principes contagieux qui pullulent dans les cités ou habitations encombrées.

Le médecin n'ira pas à la visite d'hôpital à jeun; il serait dans un état de moindre résistance et plus à même de recevoir les germes de contagion.

Cette action sur la progression du chyle et l'absorption est bien manifeste quand on se livre à l'exercice après le repas. J'en avais moi-même la preuve lorsque je faisais partie des sociétés de gymnastique. Composées, pour la plupart, de jeunes travailleurs dont la journée est occupée à gagner leur vie, ces sociétés ont leurs réunions le soir de 9 heures à 11 heures. On se presse pour arriver au début, on dîne vite et l'on se met au travail la digestion à peine terminée. Voici l'effet que me pro-

GONDITIÛVS HYGIÉNIQUES DE L*E>ERCICE 49

duisait cette précipitation : vers 10 heures el demie, j*étais pris de fringale et, rentré chez moi, j'étais obligé de faire un nouveau repas; la progression des aliments et l'absorption était plus rapide que de coutume : de là cette sensation de faim ; cette progression du chyle s'explique par le mouvement et la compression exercée sur les viscères par les muscles abdominaux.

Jeune, état d'inanition. — L'inanition et le jeûne vous mettent dans un état incompatible avec l'activité. On ne peut dépenser de l'énergie sans avoir fait provision de matériaux pour la produire, au risque de vivre sur ses réserves et de dépérir.

Les centres nerveux surtout ont besoin d'un sang riche pour les alimenter ; l'inanition appauvrissant le sang, on voit bientôt apparaître des vertiges, des syncopes même si cet état s'aggrave.

Les expériences du Succi et de Merlati, jeûneurs de profession, ont montré qu'on pouvait vivre quelque temps sans s'alimenter, mais on n'en connaît pas encore le fin mol et l'on sait qu'ils absorbaient des aliments liquides et des substances qui retardaient la dessassimilation, comme le kola.

Les fakirs de l'Inde se font ensevelir vivants et subsistent ainsi des mois entiers sans prendre de nourriture, mais ils restent absolument immobiles, et le seul travail dépensé consiste dans les mouvements du cœur et de la respiration, c'est-àdire qu'il est presque nul.

Influence du froid sur la digestion. — Le refroidissement après un repas cause dans la digestion des troubles plus graves que l'exercice violent. Quand la digestion commence, il nous passe quelquefois un léger frisson, le sang afflue aux organes abdominaux et abandonne la périphérie. Si nous nous refroidissons à ce moment, le travail de la digestion peut s'arrêter net et causer une grave indisposition. Le moindre inconvénient consistera dans le ballonnement du ventre, des coliques et une diarrhée subite. Il n'y a pas là un simple phénomène de congestion et d'anémie des organes dû à la vaso-constriction des vaisseaux périphériques ; la nature des ferments nécessaires à

Dbmbnt. — Bases scient. 4

la digestion normale doit certainement changer et modifier ainsi le travail chimique.

Généralement on évite ces inconvénients Thiver en passant de la salle à manger dans une salle de billard ou un salon chauffe, on prend du café et du thé comme boissons toniques et Ton fait un léger exercice après le repas. Pour éviter le froid, les marins et les ouvriers des champs se couvrent l'abdomen d'une ceinture de flanelle.

La chaleur est nécessaire à la digestion, mais il ne faut pas surchauffer les salles à manger; sinon la tète se congestionne, et Ton doit toujours avoir tête fraîche et pieds chauds.

Danger du bain après le repas. — L'effet d'un bain pris après le repas peut être mortel. Combien de jeunes gens périssent victimes de leur imprudence et se noient par suite de congestion provoquée par un bain froid. Une émotion, une colère peuvent avoir aussi dans ces conditions de funestes conséquences.

On ne peut demander à plusieurs fonctions de s'exercer à la fois sans se contrarier. Lire^ discuter, travailler en mangean^t sont des habitudes détestables, incompatibles avec une bonne hygiène ; la conversation facile et la gaité sont avant tout à recommander.

Fréquence et régularité des repas. — Pour se bien porter il faut régler son alimentation, fixer la fréquence des repas, l'abondance et la qualité des aliments.

Par l'habitude on arrive à régler sa faim avec sa montre et à ne plus manger à toute heure.

Trois repas par jour suffisent : le premier au lever vers 7 heures, le plus important à 11 heures et un troisième plus léger vers 6 heures. La régularité des repas est aussi importante que celle des heures de coucher et de lever. En dehors des repas, aucune ingestion d'aliments ni de boissons. On mange pour vivre, on doit manger sainement pour vivre sainement. La sobriété est la condition essentielle de la vigueur physique et

morale.

Si nous écoutons nos cuisiniers et leur laissons le soin de confectionner les menus de nos repas, nous sommes sûrement condamnés à un véritable surmenage des fonctions digestives.

CONDITIONS HÎGIËNIQUES DE l'EXERGICE 51

On meurt de trop de nourriture plutôt que de, faim. L'embonpoint n'est pas l'indice sûr d'une bonne santé, c'est la conséquence d'une alimentation forcée et d'une oisiveté relative; c'est la première étape de Tobésité, maladie réelle.

La graisse est la première chose dont nous devons nous débarrasser si nous voulons être agiles et vigoureux : ne la recherchons donc pas et surtout ne la considérons pas comme la marque de la vigueur.

Effets de l'alimentation intensive. — Les zootechniciens connaissent l'importance qu'il faut donner à l'influence de la noiirriture sur le développement des caractères d'une race. Tel animal qui demande une année pour acquérir sa taille et sa grosseurl'atteinten quelques mois avec l'alimentation intensive. Celle-ci amène la précocité ; si les fonctions de nutrition s'exaltent, les fonctions de relation s'amoindrissent, la fécondité est diminuée. En général, la masse du corps s'accroît, mais toutes les parties du corps ne profitent pas également de cet accroissement. Le système épithélial se développe. Le tronc grossit plusquelesmembresetlatéte.Le squelette n'augmente pas dans les mêmes proportions, les os deviennent plus denses, mais restent relativemeat plus petits; c'est pourquoi l'on dit souvent des gens obèses qu'ils ont de petits os. L'alimentation forcée sans exercice s'accompagne d'une indolence et d'une incapacité de travail notoires. Les chiens gâtés par leurs maîtres, toujours dans un état de réplétioD» ne font que dormir; ils deviennent incapables de trouver seuls leur nourriture et sont accablés de maladies.

Conditions d'une bonne alimentation. — Il faut boire aussi peu que possible en mangeant, jamais sans soif ni au début des repas.. On a la mauvais habitude de noyer ses aliments dans des quantités de liquide ; on nuit ainsi à l'action des sucs de la digestion en les délavant.

Les animaux se gardent de mélanger les aliments solides avec les aliments liquides ; nous les voyons boire après avoir mangé, quelquefois longtemps après. Nous ne parlonspas des apéritifs: ce sont d'agréables poisons au moyen desquels le commerce sans vergogne exploite la crédulité publique. L'alcool n'est pas répa-

rateur, il excite r,estomac à fonetionnep à vide et, si l'on n*ingère pas aussitôt les aliments, ce travail est perdu et amène bientôt une fatigue des organes digestifs. L'alcool tue lentement et extermine la race à coup sûr : si l'on ne réagit point contre l'infâme exploitation de Tivrognerie, un jour viendra où il n'y aura plus que des infirmes. On pourrait en dire autant du tabac dont Teffet sur les fonctions digestives n'est pas meilleur. Il y a au Japon une loi sévère qui interdit l'usage du tabac aux jeunes gens avant l'âge de vingt ans. Nous ferions bien d'adopter chez nous cette sage mesure*.

Les aliments doivent réparer les pertes subies par l'organisme, pertes consistant en usure des tissus et en dépense de travail. Les aliments doivent servir aussi à l'accroissement et au développement de l'individu jusqu'à l'âge adulte.

La variété des aliments n'a pas seulement pour but d'exciter notre appétit, elle est nécessaire pour répondre aux exigences de la nutrition, il ne suffit pas d'absorber de la nourriture, il faut se l'assimiler, elle doit être conforme en qualité eten quantité à la réparation de nos tissus.

On ne peut vivre de graisse, de sucre, ou d'alcool; la nourriture animale exclusive a des inconvénients sérieux, il y a des aliments complets et incomplets; d'ailleurs, nous n'ep assimilons qu'une partie et devons rejeter le reste sous forme d'excréments. Les viandes et végétaux, sels, fécules et sucres, sont nécessaires; les liqueurs, les boissons fermentées et épices de haut goût doivent être laissés de côté.

Ration alimentaire. — La ration alimentaire doit varier avec notre travail. Si nous utilisons les aliments ingérés et si nous éliminons les déchets, le corps reste stationnaire. Si la désassimilation n'est pas en rapport avec l'assimilation, le poids du corps augmente, et si l'alimentation est excessive, une partie des aliments se retrouve dans les excréments, les organes digestifs se fatiguent et deviennent malades, il y a pléthore.

L'hygiène de Talimentation doit tenir compte de tout cela, elle doit aussi tenir compte de la composition du corps, afin d'établir une ration alimentaire normale.

Page 1