Maurice Faure, ta rééducation motrice
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ne valent pas des sujets moins jeunes mais plus studieux, plus intelligents et mieux doués. Il est même possible de se perfectionner à tout âge, le secret est de savoir bien travailler, d'éviter la fatigue et de mettre de racharnement à vaincre les difficultés qui résistent au travail. L'enfant apprend plus facilement, l'homme âgé apprend mieux parce qu'il raisonne.
Influence de la gymnastique générale. — La gymnastique générale donne une facilité très grande pour aborder un nouvel «exercice musculaire ; par elle on acquiert le sens de la coordination. Le jeune homme habitué aux sports et aux exercices gymnastiques apprendra facilement à canoter, à monter à cheval ou à bicyclette, il ne lui faudra pas un apprentissage bien long pour cela. Cette habileté acquise se transmet héréditairement^ comme les instincts^ comme Taptitude à la m'arche et aux genres divers de locomotion*
Cependant les sujets d'élite ne doivent pas tout au travail ; ilssont généralement bien doués et bien éduqués ; ici, comme ailleurs, l'éducation ne crée pas, mais développe les aptitudes innées.
La beauté et la grâce dans les mouvements sont la conséquence d'une parfaite coordination.
Un mouvement n'est pas beau s'il n'est pas correct, précis ou bien défini. Il doit être d'accord avec sa fin et le résultat utile obtenu économiquement. Il ne doit exagérer aucune des fonctions normales, ni être étriqué ni trop étendu ; le désordre et la précipitation sont les plus grands défaut à éviter. L'incohérence des mouvements indique souvent l'incohérence des idées, la jeunesse ne sait pas tirer parti de ses e£forts,elle gaspille ses forces sans profit.
Les équilibres dans différentes attitudes sont un bon moyen d'éfiuquer les centres de coordination; on peut les exécuter sur une poutre étroite à des hauteurs de plus en plus élevées du sol.
Les exercices non symétriques sont encore des exercices de coordination, ils consistent dans des mouvements différents des bras et des jambes exécutés simultanément ou avec des rythmes variés.
Les mouvements cadencés et commandés sont un moyen de nous rendre maître de notre corps ; savoir rythmer sa respira-
lion est le plus sûr moyen d'empêcher les troubles de la circulation et de la ventilation pulmonaire; vaincre le vertige eu exécutant les exercices à différentes hauteurs, se livrer aux sports qui développent Tiniliative et cependant assujettissent à des règles fixes, ce sontlàd*excellentes conditions pour éduquer ses centres nerveux.
La main a particulièrement besoin d'être travaillée, c'est notre outil naturel à qui nous devons une grande part de notre indépendance. La main est Tinstrument le plus délicat de la pensée ; nous reviendrons sur son éducation à propos des mouvements*. Pour le moment nous sommes convaincus de Tinfluence bienfaisanté de l'exercice sur notre perfectionnement; c'est la loi da travail, un effort n'est jamais perdu^ mais porte toujours en lui sa récompense.
§2.-7 Éducation des sens.
On NE PEUT REMPLACER LES NOTIONS DONNÉES PAR LES SENS.
Rien ne peut remplacer les notions données par nos sens. Aucune description ne peut donner idée de la lumière, il faut la voir.
Mais il y a divers degrés dans la manière de voir et dans la manière d'entendre. Confuses chez le nouveau-né, les sensations deviennent plus tard nettes et précises.
Au début, nous avons la sensation de la présence ou de l'absence de la lumière, du bruit ou du silence , rien de plus ; ensuite nous saisissons les nuances diverses des couleurs, les timbres et les hauteurs des sons, et nous sommes renseignéssur ce qui se passe autour de nous, sur les propriétés des corps et le milieu qui nous entoure. L'organe de la vue ne s'est pas amélioré beaucoup, mais nos sensations sont plus complexes, la perception en est plus nette dans les centres nerveux, nous y prétons attention et nous pouvons accumuler ainsi des impressions qui deviendront la source même de nos idées et de nos jugements.
Nous regardons et nous écoutons au lieu de voir et d'entendre.
Il y a dans les données de nos sens deux choses bien distinc-
i. Demeny. Mécanisme et éducation des mouvements, Paris, F. Alcan, 1903*
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tes : rimpression ou rexcitation produite par les objets extérieurs^ puis la transmission de cette excitation au cerveau, sa perception et son interprétation.
Sans faire ici de la psychologie bien savante, il nous est facile de saisir immédiatement la raison des diflférences entre les sensations perçues et les faits eux-mêmes. La matière nerveuse est diflFéremment impressionnée par une même excitation suivant sa vitalité, suivant les excitations antérieures et son état da fatigue. De là le plaisir et la douleur ; de là des notions nettes et précises, vagues ou incertaines données par les sens.
Les sens sont perfectibles et se complètent . — Les sens sont perfectibles, ils s'affinent et s'éduquent isolément et parallèlement, nous en corrigeons les illusions et nous arrivons à en obtenir des renseignements exacts, des notions positives sur lesquelles nous pouvons asseoir nos jugements^ tirer des conquences de nos actes et diriger finalement notre activité vers un but désiré.
L'éducation de nos sens est inséparable de Téducation de nos autres organes ; notre vie de relation ne peut être perfectionnée sans elle, sans l'apprentissage de notre appareil sensitif.
Si parfait soit-il, un sens isolé ne peut nous donner que des notions incomplètes sur les choses. Le concours de plusieurs sens est indispensable pour obtenir des notions suffisantes.
Nous associons ensuite ces notions différentes, nous les faisons concorder, nous les réduisons à une idée de plus en plus nette, mais ce dernier travail se produit non dans les sens euxmêmes, mais dans les centres nerveux ayant la fonction d'accumuler les sensations reçues. Sans cette éducation réciproque, sans cette interprétation des sensations, notre connaissance de la nature seraij; incertaine.
La vue rendue à Taveugle-né ne lui donne pas un aide nouveau si l'éducation ne vient associer les données de l'œil à celles du toucher, son seul guide sûr, et lui rectifier les erreurs d'interprétation.
Le perfectionnement des sens ainsi compris demande un exercice constant méthodique et progressif, il est influencé par le repos ou l'excès d'activité, par la fatigue et l'épuisement suivant la loi générale du travail. Les organes des sens demandent
des soins particuliers d'iiygiëne de&Linés & ea maintenir l'intégrité, nous aurons à les signaler à propos de chacun d'eux '.
Lb toucher. — Le loucher s'éveille de bonne heure, il est réparti chez l'enfant sur toute la surface du corps, se spécialise ensuite dans la main et s'éduque avec celle-ci. Le pied aurait la délicatesse de la main s'il ne devenait bientôt un simple pilier pour soutenir le poids du corps, si, en l'emprisonnant dans des chaussures étroites, on ne l'atrophiait et on ne lui faisait perdre toute sa délicatesse. L'enfant a les articulations aussi mobiles au pied qu'à la main, il a le sens du toucher réparti é^lementdans ces deux organes, mais cette égalité cesse bientôt. La main elle-même subit ces influences.
Le planiste a les doigts complètement indépendants, tandis que le terrassier saisissant la pelle avec tous les doigts, sa main n'est plus qu'un organe grossier de préhension.
Les métiers professionnels et le maniement des outils saut le meilleur moyen d'éduquer la main. Dans chaque profession la main s'exerce d'une faço» spéciale ; les travaux d'aiguille, le^eu des instrameats de musique, le maniement des armes et des objels sont éminemment favorables à l'af&nement de la main. Le toucher devient par l'exercice assez délicat pour distinguer les étoffes, les métaux, apprécier le polioula rugosité d«aobjets, leur dureté, leur température et Leurs mouvenieats de vibration. L'aveugle n'a pas d'autre moyen de connaître la forme at la dimension de&corps, mais le toucher est bien imparfait pour juger d'ua ensemble et des rapports de position des lignes enlr»